SOCIÉTÉ Europe

Une paire de claque salutaire ?

Il y a quelques semaines, revenant d’un week-end berlinois, je me plaignais de ce qu’on ne parlait pas assez des élections européennes en France. Si le bruit de fond a augmenté, si Valls et quelques personnalités se démènent, je ne rencontre pas beaucoup de Français dans mon environnement professionnel ou amical, qui sachent vraiment pour qui ou quoi voter. D’ailleurs, ils n’ont rien reçu dans leur boîte aux lettres et les nombreux panneaux autour des mairies sont vierges pour la plupart.

Il paraît qu’on est à 72 heures de la clôture de la campagne officielle ! Sérieux ?

Les enjeux économiques, stratégiques, énergétiques ne manquent pourtant pas. C’est un fait, le débat européen en France, quand il a lieu, n’est pas au niveau. On se focalise sur des enjeux sectoriels, sur des points très particuliers.

La faute à qui ?

Nos « euro-technocrates » ont leur part de responsabilité et Piketti ne l’envoie pas dire dans les colonnes du Monde d’hier : « On a parfois l'impression que l'Europe se venge de son incapacité à être décisionnaire sur des sujets importants en étant bêtement intrusive sur d'autres, plus secondaires ». Bien dit, je souscris !

Mais, avouons-le, la droite comme la gauche française, ont surtout cultivé la capacité à se défausser sur l’Europe.

L’Europe, à force d’être bouc-émissaire, est accusée d'être une sorte de coûteux « Machin » comme le disait de Gaulle de l’ONU. A tel point que par exemple, le président de la FNSEA a cru devoir (il a bien fait) rappeler aux agriculteurs combien ils étaient redevables de la construction européenne.

Dès qu’on parle d’Europe en France, c’est pour enliser le débat dans la caricature, le plier aux seuls enjeux nationaux, et agiter les éternels épouvantails. Souvenez-vous du plombier polonais…

Les débats autour du projet TAFTA (appelé aussi GMT, TTIP ou PTCI… plusieurs noms pour un même projet, c’est déjà louche !) illustrent parfaitement ce jeu malsain qui consiste à nourrir les fantasmes dans les chaumières.

Ce que nous en disent les candidats peut sembler effrayant : conciliabules auxquels ne sont pas invités les élus, documents secrets, anéantissement de l’intérêt général, sans oublier l’arrivée en masse du poulet chloré et du bœuf aux hormones. Tout est réuni pour le scandale de l’année !

Il faut prendre le temps de lire ou d’écouter les experts pour comprendre la réalité et l’urgence des enjeux.

D’un côté, il y a les candidats qui grossissent le trait pour en faire le symbole d’un péril ultralibéral. De l’autre, il y a les hypocrites qui font semblant de s’offusquer de règles qu’ils ont eux-mêmes fait adopter (le mandat de négociation donné à la Commission n’est pas sorti d’un chapeau, hein ?!).

En fait, l’enjeu c’est de savoir si on veut peser, y compris avec les Etats-Unis, pour les règles du commerce mondial des prochaines décennies. On nous dit qu’ils vont nous imposer leurs normes. C’est un vrai risque contre lequel il faut se battre. Mais quitte à négocier, n’est-il pas plus simple de négocier un cadre réglementaire avec les Etats-Unis plutôt qu’avec des pays émergents dont on ne cesse de nous dire qu’ils ne respectent aucune norme ? Pour la réponse, repassez plus tard !

Alors oui on nous parle du calibrage des tomates et les allégations sur les emballages de chips…mais tout de même, un peu de priorisation ne nuirait pas à l’Europe !

Combien de temps et sur quels médias grand public a-t-on débattu des sujets brûlants : la réforme institutionnelle (plus de démocratie et de représentativité), l’action extérieure de l’Europe (si nulle et si défaillante en Ukraine ou en Centrafrique, au Mali ou en Syrie…), la convergence fiscale, sociale, industrielle et environnementale… Avouons quand même que l’escapade de Hollande chez Merkel à Stralsund, c’était moins émouvant et moins parlant que le main dans la main de Kohl et Mitterrand à Douaumont !

Dimanche, il n’y aura peut-être pas beaucoup de monde pour déposer son bulletin avec conviction. Quel gâchis ! Je crains la claque.

Peut-être après tout faut-il qu’une génération de décideurs politiques empêtrée dans ses contradictions et son inertie, cède la place à une génération de refondateurs qui voudra construire l’Europe de ses désirs.

5 Commentaires

Bonsoir MEL,
L'UMP et le PS sont chacun très divisés en interne sur la question européenne. De plus et peut-être également à cause de cela, aucun "poids pas trop faible" ne porte le débat (il n'existe plus beaucoup de "poids lourds" dans ces 2 partis à l'exception de Juppé pour l'UMP et de Fabius pour le PS).
As a matter of fact : des débats mettraient notablement en évidence ces contradictions internes : exit donc les débats!
Et que dire des débatteurs potentiels! Ce ne sont pas Cambadélis et Lamassoure qui peuvent tenir face à des orateurs (je ne parle pas du fond naturellement ) comme Mélanchon, Le Pen ou Besancenot. Ceux qui ont vu Marine Le Pen face à Cambadélis le we dernier savent de quoi il retourne...
Exit les débateurs, la boucle est bouclée!
Assisteraient-on actuellement à la fin de l'imposture sur la fameuse Promotion Voltaire de l'Ena? Ainsi : les meilleurs ne font plus l'Ena!
Parmi ceux qui font encore l'Ena, les meilleurs ne choisissent pas la carrière politique et partent très très vite dans le privé (y compris et déjà dans la fameuse promotion citée précédemment).
Ainsi, ce ne sont plus les meilleurs de l'Ena qui font de la politique, et ça, c'est très embêtant mais c'est comme cela. C'est dramatique puisqu'ils ont à intervalles réguliers la charge de distribuer de l'argent public au secteur privé, qui le sait bien puisque les meilleurs d'entre eux y sont!
Paradoxe des paradoxes, ceux-là mêmes ont transféré le budgétaire à Bruxelles, le monétaire à Bruxelles, et dans le même temps, n'y envoie ni les meilleurs de leurs élus, ni leurs meilleurs fonctionnaires (peu d'énarques parlent très bien à la fois l'anglais et l'allemand, encore moins 4 ou 5 langues...pour se concerter, converger et ou faire pression, il n'est pas inutile de maîtriser la ou les langues de ses interlocuteurs...).
Que reste t'il à Paris : le fiscal et le politique!
Pas besoin de revenir sur le marteau fiscal manié depuis des années et qui a dépassé sous cette mandature et législature les limites du socialement rationnel.
En ce qui concerne le politique (le vouloir vivre ensemble) : il faut à la fois imagination, créativité, charisme et volonté. Et là tout est dit, c'est plié!
Vous avez raison MEL, vivement la relève, pas en terme de génération, mais en matière de prismes d'analyses, parce que la claque de dimanche...
A bientôt vous lire sur votre excellent blog.
Salut Mel!
Hier se sont déroulées les rencontres parlementaires du travail et de l'emploi. A aucun moment le mot carrière n'a été prononcé! Il est considéré comme normal que les employés changent d'entreprise et rien n'est prévu pour allonger la durée de vie des entreprises qui pour beaucoup ferment au bout de 3 ans. Voilà 2 chantiers pour redonner la confiance aux patrons et aux salariés! Un problème a été soulevé concernant les métiers technologiques du numérique où la main d' œuvre manque. Cela veut dire qu'en France les ingénieurs fabriquent du travail pour les ingénieurs. Ceux qui ne sont pas ingénieurs se retrouvent où ils le peuvent. Ce n'est pas grave pour l'entreprise car la productivité augmente et les charges de la masse salariale diminue. Le pacte républicain devrait proposer un travail à chaque français et ne laisser personne sur le bord de la route. Aujourd'hui c'est le contraire et François Hollande et le parti socialiste en ont payé le prix aux élections municipales. J'ai bien peur que ce soit le tour des élections européennes de marquer un mécontentement. Pourtant je pense que l'Europe n'est pas la cause de cela mais la vision élitiste de l'entreprise et des employés de notre système. Nous ne naissons égaux que par notre volonté de vivre ensemble et d'accepter nos différences en partageant des valeurs communes. L'élitisme et notre recherche de l'automatisme à tout prix remettent en question notre pacte social, forgeant ainsi le glaive destructeur de tout le système. Qu'en pensez vous
si je peut donner un conseil,pour comprendre les tenants et aboutissants de l enjeu européen ,lire l editorial de C BARBIER dans L EXPRESS de cette semaine .
Salut Mel!
La situation politique me parait ce soir dramatique. La gauche agonise et la droite explose. Dans ces conditions ne vous privez pas d'apporter vos compétences au pays si le cœur vous en dit. J'ai peur de la prolifération des algues vertes après la vague bleue marine.
Non salutaire, il ne peut y avoir une véritable évolution concrète et constructive de société sans les moyens techniques appropriés, le refus du contrôle de l'activité et de l'application des valeurs de la démocratie moderne et civilisée favorise le chaos et
l'obstruction politique, sans cette évidence, les choix politiques ne modifient pas les paysages d'activités et sociétaux et refondent cycliquement les mêmes échecs, même face au pire ! la politique européenne et mondiale la gouvernance mondiale démocratique c'est d'abord rester organisé et productif sans société superficielle et dangereuse ! les mesures sont mondiales et universelles pour avoir l'expertise, la puissance et l'envergure d'un plan actif et opérationnel, la gms et ses relations commerciales directement liée aux citoyens n'est pas seulement une entité commerciale mais aussi sociétale, la politique doit donc se réaliser vers une évolution experte et adaptée à tous ! un véritable programme international riche en échanges !

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