SOCIÉTÉ Industrie / Agriculture

Le porc, le lait de chèvre, les œufs, le lapin, le bœuf…quelques précisions plutôt que des « on dit »

Beaucoup de demandes en ce moment concernant les produits agricoles. Elles viennent de toutes parts, quelques fois de manière confuse, émanant du terrain ou d’interpellation dans les médias. En lisant certains propos qui me sont attribués, il me semble utile de rétablir certaines vérités et d’apporter quelques précisions.

Concernant l’affichage de l’origine des viandes

Contrairement à ce que disent certains communiqués, nous n’y sommes pas opposés. Je salue l’honnêteté d’Emile Riou, président de la section porc à la FDSEA-29, qui l’a d’ailleurs reconnu dans Le Télégramme hier : « Les Leclerc du Finistère jouent le jeu de l'origine contrôlée sur leurs viandes porcines et travaillent beaucoup avec des éleveurs locaux ».

Pourquoi serions-nous opposés à cet affichage d’ailleurs ? Après le scandale des lasagnes, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que cela constituera à l’avenir une exigence forte des consommateurs et une preuve de réassurance pour les distributeurs vis-à-vis de leurs clients.

Je comprends les difficultés techniques avancées par certains conditionneurs industriels, mais franchement nous pouvons mieux mettre en valeur l’origine des produits (nous y travaillons) et je pense que ce sujet pourrait être consensuel, quitte à soutenir une démarche législative qui irait en ce sens.

Concernant l’indexation sur le cours des matières premières

Contrairement à ce que j’ai pu lire ici aussi, le Mouvement E.Leclerc n’est pas opposé par principe à une revalorisation par entreprise, par produit ou par secteur de production. Je rappelle d’ailleurs que cet hiver, nous avons accepté de nombreuses hausses (dont +10% sur le steak haché, 7% sur la boucherie...) et ce, sans qu’aucune pression du monde agricole n’ait eu à nous y obliger.

Ce à quoi nous sommes opposés, c’est l’indexation automatique et généralisée sur tous les biens transformés, telle qu’elle est prévue dans le cadre de la refonte de la LME.

Pourquoi ? Parce que si cette revalorisation automatique est conçue dans le cadre de la LME, elle s’appliquera alors à tous les produits, y compris ceux qui ont peu de matière première (combien de lait dans un Actimel ?). Une telle indexation - via la LME - ferait alors la part belle aux hausses tarifaires d’industriels qui ne garantiraient en rien pour autant l’origine française des produits incorporés. Et surtout, elle s’appliquerait indistinctement à tous les types de production, c’est-à-dire aussi bien aux torréfacteurs qu’aux chocolatiers ou aux producteurs de jus d’orange...

Et pour ceux qui sont focalisés sur le seul traitement des produits agricoles, je veux rappeler que la LME concerne d’abord les produits manufacturés, dont beaucoup sont importés (et pas seulement depuis l’Union européenne !).

Mon opposition ne porte donc pas sur la fin (meilleure prise en compte des fluctuations qui pèsent sur les éleveurs français) mais sur les moyens d’y parvenir.

J’insiste : si on nous force à répercuter au consommateur les hausses de Nestlé, Kraft ou Procter (ce qui est possible au vu de la réforme de la LME telle que présentée aujourd’hui), on pénalisera le pouvoir d’achat des Français sans garantir pour autant que cela profite aux producteurs français.

Sur la revalorisation des tarifs

Là non plus, pas de procès d’intention s’il vous plaît. Je m’en suis déjà expliqué avec les dirigeants des JA et de la Coordination rurale.

Nos adhérents comprennent l’ampleur de la crise. Nous acceptons de déroger aux lois qui régissent le marché pour peu que les pouvoirs publics nous garantissent qu’il ne nous sera pas opposé une sanction pour entente.

Je rappelle que je fus le premier à signer l’accord du 3 mai 2011 dans les filières animales (je m’aperçois d’ailleurs que je n’ai toujours pas rendu son stylo à Bruno Le Maire !).

Pendant la crise du lait, je rappelle aussi que le Mouvement E.Leclerc a fait des propositions concrètes de contributions (à hauteur de 14 millions d’euros) pour abonder un fonds spécialement destiné à soutenir le revenu des éleveurs. A défaut que notre projet ait été retenu, nous avons accepté les premiers le dispositif prévu par Stéphane Le Foll et le médiateur, même si il nous semblait constituer une usine à gaz. Sur le lait de chèvre, nous avons fait savoir que nous n’étions pas opposés à un dispositif identique.

Je ne laisserai donc pas dire que sur ces sujets nous avons été moins-disants.

S’agissant spécifiquement de la crise du porc, j’ai demandé au Directeur de notre abattoir (Kermené) de répondre à toutes les questions de Christiane Lambert, Vice-Présidente de la FNSEA, la semaine dernière. Selon ce que je sais de leur conversation, personne ne met en doute le fait que l’approvisionnement de notre abattoir de Kermené repose à 100% sur du bétail français.

Christiane Lambert nous a bien transmis également le message sur la situation des éleveurs. Mais tout le monde peut constater que pour le moment le cours du porc repart à la hausse et que les prévisionnistes pensent qu’il sera possible d’atteindre le niveau d'environ 1,70€/kg réclamé par les éleveurs.

Je ne suis pas technicien, ni spécialiste de ce marché. On me dit qu’il dépendra beaucoup de l’attitude des producteurs allemands. Toujours est-il que si on n’atteint pas l’objectif d'environ 1,70€/kg, nous resterons ouverts aux propositions qui seront faites.

Au final, la question est de savoir où et comment traiter ces demandes multiples. La solution du médiateur ne nous semble pas être une mauvaise solution.

 

7 Commentaires

Salut Mel!
Alors que Monsieur le Président de la République a parlé hier soir à la télévision, comment jugez vous la qualité de sa boite à outils? Quels sont les outils manquant et ceux à enlever pour recréer de la richesse et des emplois en France dans l'agro alimentaire?
Salut Mel!

Séduit par la couverture du magazine "réponse à tout ! " de juillet, j'en achète un exemplaire.
Je découvre alors un article page 8 qui concerne le jambon blanc.

On y apprend que:
41% du prix revient à la grande surface,
32% pour l'éleveur,
16% pour l'entreprise de salaison,
6% pour l'abatteur-découpeur et
5% pour l'Etat.

Katy Le Moel responsable de l'article revendique ces chiffres sur une base de calcul 10,83 euros au kilo de jambon pour l'année 2012.
Elle indique que les éleveurs sont en difficulté pour couvrir temps de travail et investissements, les abatteurs ont des bénéfices faibles ou négatifs
Ma question:
Alors que la pression sur le marché du lait vous amène à prendre des directives d'urgence pour venir en aide à des cas désespérés, que faut il faire pour équilibrer la répartition des revenus issus du jambon blanc?
Oui le cour du porc repart enfin a la hausse, mais encore loin d un prix rentable.les eleveurs lachent la production, marre de leur metier, mise au norme, envirronement, travail penible, oui c est un metier dure, les jeunes n en veulent plus, la production diminue faute de rentabilité, c est tout.
Tout travail mérite salaire
Quand on voit des salaisonier se fournir en espagne alors qu un abattoir se situe a quelques kms de lui, ca fait réfléchir.
Bonjour,
J'ai 46 ans et vit dans l'ouest breton (Landerneau, tiens tiens) et ai toujours connu depuis mon enfance les manifestations paysannes et les tags sur les ponts (porc à 5 Francs!). Je constate que la filière a toujours les mêmes problèmes et cela me fait penser à un reportage que j'ai vu il y a quelques temps sur l'agriculture-élevage en nouvelle-zélande. Dans les années 80 ils avaient les mêmes problèmes que chez nous jusqu'à ce que le gouvernement décide d'arrêter toute subvention. Du coup ils se sont regroupés, ont modernisé toute la filière (voir les carcasses d'agneau radiographiées aux rayons X avant d'être découpées au millimètre par un robot), maintenant ils sont très rentables et leader à l'exportation. Ce n'est pas un pays à main d'oeuvre bon marché, et malgré la distance, le kg d'agneau arrive en Europe à moitié prix par rapport à celui produit ici. Alors qu'est ce cloche chez nous, chez les agriculteurs dont les seuls (maigres) revenus proviennent souvent des seules subventions ?
Avez-vous vu, Monsieur Leclerc, le lancement du lait FairFrance ?
La bouteille est superbe, le concept nouveau et les producteurs qui
en font partie motivés !
Je leur souhaite longue vie et le meilleur accueil sous votre enseigne !
Salut Mel!
Que pensez vous du "Frankenburger", la nouvelle invention anglaise qui consiste a créer de la viande à partir de cellules sans avoir besoin d'élever des animaux entiers? Ce nouvel aliment pourrait venir dans nos assiettes dans 10 ans si les autorités sanitaires donnent un avis favorable.
Voilà ma vraie question! Comment pensez vous qu'il faut réorganiser la filière de l'élevage et de l'abattage si de tels produits connaissent le succès?
Les marques internationales phagocytent la distribution, étant donné qu’elles cloisonnent les réseaux de distribution elles y pratiquent les prix qu’elles souhaitent...

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