SOCIÉTÉ Législation / Fiscalité

Grande distribution et grosses marges : la fin des fantasmes ?

Après une décennie de polémiques, l’année 2012 aura été une année de vérité sur les marges de la distribution. Quatre rapports indépendants ont disséqué les comptes d’exploitation des différentes enseignes françaises. Voilà qui donne un nouvel éclairage pour aborder (ou contrer) le nouveau débat idéologique sur le partage (certains parlent de transfert) de la valeur ajoutée. De là à faire taire tous les fantasmes… ?

Faibles marges sur les carburants

Publié le 30 novembre 2012, le rapport conjoint de l’Inspection générale des Finances et du Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies, portant sur les marges dans la distribution de carburant était attendu. Il fait suite à une analyse rendue en avril dernier par la DGCCRF (peu suspecte de collusion avec la distribution !) qui traitait aussi de ce sujet.

Les deux textes vont dans le même sens et expliquent :

1. Si la marge brute des distributeurs a augmenté ces dernières années, c’est principalement du fait de la hausse des charges d’exploitation et des obligations réglementaires (impôts, taxes, redevance, nouvelles normes, etc.) ;

2. La variation des prix des cotations internationales est répercutée dans les prix au détail de façon décalée dans le temps, et parfois lissée ;

3. La marge nette des distributeurs va de 0,2 à 1ct/litre. Les auteurs ajoutant : « c’est une marge très comprimée du fait de la forte concurrence ».

La rentabilité des indépendants

Le magazine Linéaires (n°285 – Novembre 2012), en partenariat avec la COFACE, a publié début novembre son étude sur la rentabilité des indépendants. Résultat : la rentabilité est restée quasi-stable entre 2010 et 2011 (1,11% contre 1,02% l’année précédente). Le résultat d’exploitation moyen est de 1,52%, déjà bien moindre que celui des groupes intégrés.

Hors secteur de la distribution, peu d’entreprises (françaises ou étrangères) accepteraient une si faible rentabilité. Un retournement de conjoncture ou une petite erreur d’investissement peut vous mettre par terre. Et je ne parle même pas des entreprises cotées en bourse dont les actionnaires attendent une rentabilité à deux chiffres...

Si l’étude Linéaires-COFACE est certes partielle, elle a au moins le mérite de ne pas être partiale !

Prix et marges dans l'alimentaire : la fin du mythe

Que dit le rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires publié fin novembre ? Si certains rayons affichent des marges nettes non négligeables (de l’ordre de 5%), d’autres présentent des rentabilités très faibles (1,9% sur les produits laitiers, 0,6% sur les fruits et légumes) voire carrément négatives (-1,9% sur la boucherie). Eh oui, le commerce, c’est l’art de la péréquation !

Au total, une fois tous les chiffres consolidés, la marge nette moyenne de la distribution est de 1,9%. La conclusion du rapport du Professeur Philippe Chalmin, Président de l’Observatoire, est sans appel : « la grande distribution ne s’en met pas plein les poches ». 

Et maintenant, sortir de la paranoïa !

Tous ces rapports confirment que la grande distribution a joué un rôle tampon pour limiter une forte hausse des prix dans les linéaires.

En vérité, les distributeurs sont pris en étau entre les consommateurs (qui veulent des prix maîtrisés) et les producteurs/industriels (qui veulent augmenter les tarifs).

Soit les distributeurs répercutent les hausses tarifaires, et alors consommateurs et pouvoirs publics (!) les désignent comme fauteurs d’inflation.

Soit les distributeurs refusent ou limitent fortement ces hausses, et alors producteurs, industriels de l’agro-alimentaire et pouvoirs publics (!) crient au scandale (« vous détruisez de la valeur ! »).

Sur la scène économique française, la distribution demeurera à jamais une cible. Les distributeurs, toujours boudés par des élites qui ne conçoivent la création de richesses que dans l’industrie ou l’agriculture, se consoleront en lisant le « palmarès des entreprises préférées des Français » : 4 enseignes se logent dans les 10 premières places du classement !

5 Commentaires

"En vérité, les distributeurs sont pris en étau entre les consommateurs (qui veulent des prix maîtrisés) et les producteurs/industriels (qui veulent augmenter les tarifs)."
C'est exactement ca, mais je parie que peu de consommateurs voudront accepter cette verité; aussi indéniable qu'elle soit. Les marges des industriels dans l'alimentaire n'ont cessé d'augmenter, ceux des distributeurs de baisser - depuis 2004 jusqu'a 2009 du moins. Mais l'Ania reclame toujours le droit d'imposer ses CGV - c'est à dire d'empecher les distributeurs de limiter ces augmentations de marge. Le jour viendra ou les industriels payeront le prix d'avoir voulu trop abuser du pouvoir d'achat des francais... Tout comme les distributeurs ont passé cinq ans à payer l'ère loi Galland, qui les a permis à leur tour d'abuser du pouvoir d'achat... Les acteurs changent, l'histoire reste la meme..!
Salut mel!

La vente de carburant à marge réduite voire nulle me parait une entreprise discutable parce que si cela favorise les recettes de l'état cela réduit le potentiel de création d'emploi et de maintient de l'emploi dans les petites stations services.
La question aujourd'hui est de savoir si les distributeurs ne font pas cet effort quelle action politique serait entreprise pour maintenir un prix consommateur acceptable et équilibrer les recettes.
Salut Mel!
J'aime bien le commentaire concernant les fournisseurs. Actuellement il y en a un qui profite des prets à 3% sur 10 ans du fond OSEO pour réclamer 24% de rendement annuel... Cette affirmation restant à vérifier car je n'ai aucune confiance ni aucune considération pour la personne qui a affimé cela...
Salut Mel!
Au sujet de la péréquation, cette phrase magique de Bernardo Trujillo (1920-1971)1 " Créer un îlot de perte dans un océan de profit" est-elle encore d'actualité ou l'océan se transforme-t-il petit à petit en lac? Je crois que vous avez répondu mais ça me fait plaisir d'étaler ma culture au travers de cette question!
Excellente synthèse! rien à redire

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