SOCIÉTÉ Législation / Fiscalité

Innovation, mutualisation, internationalisation : les défis de nos PME agroalimentaires

Le supplément d’AGRA Alimentation (n° 2222 du 29 novembre 2012) propose une analyse des fragilités de l’agroalimentaire français et présente différents points de vue politiques et industriels. Au-delà des sempiternelles revendications corporatistes et des analyses conjoncturelles, ces contributions rappellent la nécessité d’effectuer d'indispensables révisions stratégiques et les réformes à mettre en œuvre, parmi lesquelles je sélectionne…

1. L’indispensable stabilité juridique et fiscale

Les témoignages des patrons de PME vont tous dans le même sens et doivent interpeller les responsables politiques de tous bords : les entreprises françaises n’en peuvent plus des évolutions permanentes de la législation et des normes toujours plus contraignantes (et parfois même contradictoires) imposées à leur activité.

D’urgence, l’Etat et les politiques doivent produire les garanties d’une stabilité juridique et fiscale durable. Les acteurs de l’économie réelle en ont besoin pour se projeter sur un moyen-long terme.

Si l’entreprise doit sans cesse renforcer ses équipes du service juridique, au détriment de celles de la R&D ou de l’export, c’est que quelque chose ne tourne pas rond !

2. L'innovation : la seule solution !

« En termes de recherche, les IAA accusent un vrai retard. Elles investissent 0,7% de leur chiffre d’affaires en R&D alors que ce ratio atteint 2,5% dans le reste de l’industrie. Si nous n’investissons pas, nous ne créerons rien de très sérieux pour demain ». Je ne saurais démentir Guillaume Garot, le ministre de l’Agroalimentaire.

Notre pays compte environ 10.000 PME dans l’agroalimentaire et notre économie s’est énormément internationalisée. La concurrence est terrible. Sur la « compétition coûts », nous serons toujours mauvais face à des pays où les salaires et les protections sociales sont bas.

Ok, je vous le concède, la France peut faire des efforts par rapport à ses marchés voisins. On ne rappellera jamais assez que les concurrents des producteurs bretons ou alsaciens sont des producteurs allemands, belges, ou espagnols. Les rapports industrie-commerce n’y changeront rien. Un petit coup de pouce en matière d’allègement de cotisations peut contribuer à gommer ce différentiel de coût industriel européen.

Mais plus globalement, si nous voulons que nos entreprises demeurent compétitives, l’innovation est la seule solution. Comme le pointe justement le journaliste d’Agra Alimentation : « Les produits qui font l’essentiel du CA d’une entreprise sont souvent des produits anciens, amortis, bien ancrés dans les réflexes du consommateur (…) Est-ce une fatalité ou la faiblesse n°1 de l’agroalimentaire français ? ».

Dans son rapport sur la compétitivité de la France, Louis Gallois ne dit pas autre chose. Il reproche à l’industrie française de ne pas avoir su monter en gamme. Dès lors, ce manque d’innovation ne lui a pas permis de créer des éléments de différenciation pour échapper à l’affrontement sur les prix.

Beaucoup de nos PME ont fait, ces dix dernières années, cette révolution culturelle. En créant des labels, en travaillant autant sur la qualité que sur l’image de la qualité, elles se positionnent sur des gammes innovantes. Ces choix relèvent d’abord d’une vision de quelques patrons qui ont parfaitement saisi l’environnement concurrentiel dans lequel ils évoluent. Les pouvoirs publics doivent les accompagner en stimulant les dispositifs du type « crédit d’impôt recherche ».

3. Les PME au cœur d’un Monopoly permanent

La recension d’une année de restructurations dans le secteur de l’agroalimentaire, présentée à la fin du supplément d’Agra Alimentation, est intéressante. Elle nous montre que nos entreprises sont au cœur d’un vaste Monopoly.

Elles ne sont pas cotées au CAC 40, mais cela ne les empêche nullement de se racheter les unes les autres, de prendre des participations et d’accueillir des investisseurs divers et variés dans leur capital. Elles revendent des marques, échangent des labels, déposent des brevets…Bref, ça bouge beaucoup de leur côté, loin des caméras qui préfèrent se focaliser sur « La France qui tombe ».

Au risque d’insister…cette évolution vient encore illustrer le fait que le concurrent d’un industriel, c’est un autre industriel, et non un distributeur.

4. Le banc de poissons plutôt que la baleine

Notre tradition colbertiste nous a toujours poussés à développer des baleines plutôt que des bancs de poissons. Or, dans l’économie mondialisée et fortement concurrentielle où nous vivons, mieux vaut chasser en meute que tenter de braconner en solo.

Les collaborations d’entreprises sont indispensables. Elles permettent d’écraser les coûts fixes et de stimuler les productions grâce à l’augmentation des débouchés. Une telle stratégie n’empêche nullement de garantir l’autonomie de chacun. On peut créer de l’interdépendance dans l’indépendance. C’est ce qu’Edouard Leclerc avait compris depuis longtemps en fondant notre enseigne.

Quand je vais à l’étranger, je suis toujours étonné. Il y a très peu d’appels d’offres auxquels répondent les PME françaises alors que celles des pays anglo-saxons arrivent à se pousser du col en construisant des offres quasi-collectives. Un hôpital à construire en Pologne ? Une hôtellerie clés-en-mains en Croatie ? Avec l’aide de leur chambre de commerce et organismes export, ces PME offrent des réponses qui mixent hard et soft, gros-œuvre et prestations d’entretiens, vente et service après-vente. Bref, des sortes de joint-ventures.

On ne le dira jamais assez, l’ennemi des entreprises françaises c’est leur individualisme. A l’instar de ce qui existe dans la distribution européenne indépendante, les formes associatives et coopératives fonctionnent bien. C’est un chantier sur lequel E. Leclerc peut apporter son savoir-faire.

1 Commentaires

Salut Mel!
Sur le tableau noir de l'école de la pensée nait une lumière. C'est vrai qu'en ce moment on a besoin d'être éclairé.
Faut-il souhaiter une stabilité juridique et fiscale ou une réforme globale?
L'innovation est un levier de croissance et la tradition aussi. Faire du neuf avec du vieux cela s'appelle faire de la rénovation. Il reste pas mal de chantiers dans ce domaine y compris en politique française!
La concurrence entre les industriels est exacerbée pour courtiser les distributeurs. Il ne faut pas oublier que les distributeurs sont aussi des industriels.

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