Dans les couloirs d’un Sénat fébrile (c’était jeudi, jour des questions orales au gouvernement), une femme souriante, décontractée et un tantinet provocatrice, promène son petit chien. Dominique Voynet (c’est elle) furète, nonchalante, dans la salle des conférences du Sénat qu’elle fait visiter à sa fille (c’est jour de grève dans l’enseignement public !). Elle s’assied dans un lourd fauteuil de velours rouge, décoche quelques oeillades, et tire par intermittence sur la laisse. Les huissiers semblent en avoir vu d’autres, quelques vieux sénateurs que l’âge rend affectueux, s’égayent du spectacle quand ils ne viennent pas l’embrasser. Un cameraman de France 2 imagine une scène de Lelouch ! Les assistants parlementaires, tout entiers à l’instruction des ministres qui se préparent à intervenir, s’offusquent et désapprouvent. Dans l’hémicycle, derrière la porte, Claudie Haigneré prend la parole. Elle remplace Michel Barnier, en déplacement. Par sa sobriété, son application (elle lit la réponse du ministre), elle impose naturellement le silence. Les sénateurs de gauche et de droite, en cette heure vespérale, réservent leur fiel à Jean-François Copé qui lui succèdera à la tribune. Le sujet est grave, on parle du Darfour, de la détresse oubliée par les médias, effacée par la pléthore d’images ramenées d’Asie du sud-est. Avec sa prestance fragile, son élégance « Chanel» et ses cheveux poivre et sel, Claudie Haigneré ne sera pas désapprouvée. Pas un élu ne contestera la vérité de son émotion. Deux femmes, deux images, deux manières de dire une personnalité.





