Archive pour le 31 janvier 2005

Lundi 31 janvier 2005

Asie, collecte

Samedi 15 janvier, j’ai engagé les Centres E. Leclerc dans une vaste opération de collecte pour venir en aide aux enfants d’Asie du Sud. Les 500 magasins français ont ainsi versé à la fédération « La Voix de l’Enfant»  1 € par passage en caisse, soit près de 2 100 000 €. Les clients étaient invités à participer aussi : 320 000 € récoltés. Et des dons ont été directement envoyés à « La Voix de l’Enfant» .

C’est l’une des plus grandes contributions privées organisées dans notre pays. J’ai demandé à plusieurs cadres du groupement d’assurer tous les contrôles nécessaires pour l’utilisation de cet argent. « La Voix de l’Enfant»  a créé une plate-forme « Séisme Asie Enfants » dédiée à cette initiative. Avec elle, nous contactons des ONG reconnues en Inde, au Sri Lanka, en Thaïlande et en Indonésie. Un programme financier est en cours d’élaboration. Nous en rendrons compte.

Sans attendre le transfert de cette manne, et en plus des sommes collectées, notre bureau de Madras a mobilisé 300 000 €. 20 000 couvertures ont été acheminées pour une ONG du Tamil Nadu. « Médecins du Monde»  et « Médecins Sans Frontières»  ont reçu une aide d’urgence de 100 000 € chacun. Certains entretiennent déjà l’idée qu’il y aurait trop d’argent. Pour subvenir à l’urgence, peut-être. Mais les besoins de reconstruction (écoles, hôpitaux, habitations) sont énormes (à suivre).

BD : Le Festival d’Angoulême

Voir le site du Festival


Chaque année, je me rends à Angoulême comme les 210 000 fans qui déambulent dans la ville, à la découverte des expositions, des stands et forums. Une ruche où s’agitent aussi plus de 6 000 professionnels : éditeurs, libraires, journalistes, écrivains, graphistes, etc…

Pour moi, c’est tout bonheur. J’adore cette ambiance. Contrairement à beaucoup de festivals consacrés au cinéma ou à la musique, il n’y a, ici, ni paillettes, ni surenchère publicitaire, ni esbroufe. Le monde de la bande dessinée est magique, mais il est généreux et humble. Derrière les planches à dessin, les piles d’albums et les queues pour les dédicaces, se planquent discrètement d’authentiques artistes, auteurs (mais oui !) de la plus grande production éditoriale française. Certains albums excèdent le million de tirages. Nombreux sont ceux qui dépassent les 10 ou 20 000 exemplaires. Et pourtant, malgré ce succès, on n’affiche ici aucune prétention.

Sous les bulles du Champ de Mars ou près de la mairie, se sont installés les partisans de la fameuse « Ligne claire» , nostalgiques ou héritiers du style franco-belge (Hergé, Jacobs, Martin). Ils côtoient les amateurs de comics américains (Marvell !), les amoureux des mangas, les héros de la génération « Pilote» , de « A suivre»  ou de « Futuropolis» . Et les monstres sacrés de cette Académie tapent le carton (ou partagent quelques émois oenologiques) avec les irrespectueux de la bande à Sfar, Blain, Satrapi…

La BD inspire et fait école. C’est la raison pour laquelle les réalisateurs de cinéma, éditeurs de jeux vidéo, publicitaires ou affichistes recherchent la contribution de ces aimables barbares. Les sociétés commerciales d’une quinzaine de pays viennent se disputer un marché des droits très animé. Après le salon de Francfort pour le livre, Angoulême est aussi une place de marché qui rapporte des devises à la France. Ca force le respect !

Mais si elle vit un siècle d’or, la BD commence à souffrir d’une prolifération de titres. 1 500 à 3 000 titres par an, c’est énorme. La durée d’exposition d’un album sur les rayons des libraires ou des hypermarchés est souvent trop courte pour permettre à un jeune auteur de rencontrer son public et de négocier un deuxième album avec son éditeur. C’est le sens de mon investissement professionnel. Passion partagée donc, mais promotion aussi. Il faut faire connaître les jeunes talents, parrainer des prix : « Décoincer la Bulle»  avec la complicité d’un jury de quelques scénaristes et de nos amis du journal Bodoï , ou encore le Grand Prix RTL de la Bande Dessinée. Les lauréats auxquels nous aurons attribué les prix à Angoulême seront diffusés dans tous nos rayons, comme chez nos concurrents les plus passionnés. Ici, point d’exclusive. Evidemment, je roule pour Leclerc. Mais si les libraires des réseaux spécialisés, de la FNAC, ou d’autres enseignes d’hypermarchés trouvent à Angoulême le prétexte à rajouter quelques albums dans leurs linéaires, personne ne s’en plaindra au royaume des phylactères.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 31 janvier 2005

Claire Wendling

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A deux pas des bulles du Champ de Mars, l’effervescence du festival n’atteint pas la maison de Claire Wendling : pluie glacée, rue déserte, calcaire usé et moussu, volets grisâtres rabattus.

Dans la pénombre de son atelier, au premier étage, Claire est assise, timide, angoissée, jambes en tailleur sur un vieux siège devant l’ordinateur. Elle ne repousse pas l’insistante mèche noire qui occulte la moitié de son visage bien pâle. L’auteur déjà mythique des ‘Lumières d’Amalou’ (Delcourt) se protège des éclats du monde… et de ses semblables. Elle leur préfère, dit-elle, son propre bestiaire. Ainsi cette sorte de silure gris, dix ans d’âge, qui repose somnolent dans l’eau noire et glauquissime d’un aquarium-catafalque. ‘Je suis sa maman !’. Tendre sourire décoché à son compagnon, graphiste. Elle commente aussi, prolixe (accent de Carcassonne), les croquis d’une animalerie somptueuse, parfois drôle, quelquefois effrayante, dessinée pour la Warner Bros (Excalibur), le scénariste de ses mondes fantastiques (Gibelin) ou ce carnet de croquis ‘Iguana Bay’ (Le Cycliste). Son travail sur les humains peut être terriblement gai, proche de l’univers des dessins animés les plus loufoques.

Mais son dessin est aussi noir, comme ces nus de femmes ou ces pastels sensuels, quelquefois torturés, dont on ressent la douleur sourde : illustrations pour un livre de Pierre Louÿs, le tome 3 ‘d’Aphrodite’ (Humano), ou ce collector ‘Drawers’ (Le Cycliste). Etonnant contraste. Hier soir, une autre femme de la même génération, Marjane Satrapi empochait avec délices, la reconnaissance et les honneurs attribués à une dessinatrice énergique, dont l’histoire est faite d’exil, de compagnonnage, et de revendications générationnelles. Claire Wendling, elle, va se rendre à l’inauguration d’une exposition qui lui est consacrée. Un officiel évoquera, sincèrement admiratif, l’héritage d’Egon Schiele ou de Félicien Rops. Elle, nerveuse, pieds rentrés, écoutera (sans écouter !) cet hommage dont elle a repoussé par avance la suffisance. Emouvante femme ! La magie d’Angoulême, c’est de pouvoir rencontrer une artiste aussi étonnante !

Michel-Edouard Leclerc