Deux décisions, concernant l’univers de la presse, sont relativement passées inaperçues, alors qu’elles illustrent un tournant dans la querelle qui oppose les zélateurs du téléchargement gratuit et les partisans de l’abonnement payant. 1) Tous les grands journaux dont les archives et les articles constituent une mine d’or inépuisable pour les chercheurs, les étudiants ou même les services de documentation des entreprises, ont commencé à tarifer leurs prestations sur le net. L’initiative avait timidement été lancée, l’année dernière, par le Télégramme de Brest. Elle est reprise aujourd’hui par Le Parisien, l’Alsace et les Dernières Nouvelles d’Alsace. Le journal Le Monde qui vient de re-maquetter son site, prétend encore maintenir la gratuité d’accès aux articles publiés quotidiennement, mais fait payer les recherches dans son service documentaire. Tous ces quotidiens ont le même problème : ils ont créé des sites dont la fréquentation augmente, mais les ventes en kiosques stagnent ou baissent. Sans qu’on puisse véritablement parler de transfert de clientèle, cette concurrence entre deux offres, l’une gratuite et l’autre physique et payante, ne peut plus durer. Le risque de cannibalisation de l’information par le web est réel. Une aubaine, certainement, pour l’internaute. Mais une faillite, à terme, pour les médias privés de recettes. La pratique de la tarification devient inévitable. La question n’est plus celle de la gratuité mais du niveau de prix acceptable par les internautes. Le bilan du premier exercice réalisé par le Télégramme de Brest donne une idée de l’effort pédagogique et promotionnel à réaliser : baisse d’audience de 75 % depuis l’instauration d’un accès payant, plafonnement du fichier d’abonnés à 700 clients… sans report, non plus, sur l’achat en kiosques. 2) L’autre illustration de cette problématique, c’est l’accord pour la cessation de la diffusion des dépêches de l’Agence Française sur le site « Google USA ». Google reprenait gratuitement les dépêches de l’AFP, estimant que ce référencement ne pouvait que valoriser l’audience et la notoriété de l’agence parisienne (une claque tout de même pour les services commerciaux de l’AFP aux USA !). L’AFP s’en est émue, a produit ses avocats et a repris son copyright. Il n’y aura pas de procès. Voilà qui est clair. Les opérateurs sont en train de prendre conscience de la nécessité de protéger leur fonds de commerce. 3) Jusqu’ici, la presse française et, plus généralement, le monde des médias ont toujours été relativement frileux dans le débat sur la tarification du net. Qu’il s’agisse du piratage ou tout simplement du téléchargement peer to peer d’oeuvres musicales ou cinématographiques, les rédactions ne se privaient pas de faire la leçon et de tancer les marchands. C’est toujours le principe de la liberté de l’internaute et de la démocratisation par le net qui prévalait dans toutes les prises de position. Mais puisque voilà leurs propres intérêts commerciaux et leurs fonds de commerce menacés, nos journaux vont peut-être comprendre que la défense du droit à la création vaut bien celui du consommateur (un comble, c’est moi qui le rappelle !). L’accès à l’info suppose avant tout que soient viables les métiers qui produisent ces informations. La gratuité est un mythe. Dès lors qu’une initiative exige salaire et investissement, il était démagogique de faire croire à toute une génération d’internautes que le service ne serait pas payant. Il existe des modèles de financement mixte faisant appel à la publicité, aux ventes de fichiers, etc… Ces pratiques peuvent permettre d’en diminuer le prix. Mais de toute façon il y aura paiement. C’est à cette seule condition que l’économie du net sortira de sa bulle idéologique pour nous éviter une deuxième catastrophe financière.
Archive pour mars 2005
Mercredi 30 mars 2005
Le marché des services : Dumping social ?
Posée en des termes aussi lapidaires, la question est purement démagogique. Tout dépend évidemment de la législation sociale qui accompagnera son application. 1) Dans l’histoire économique de l’Europe, la libéralisation des échanges a d’abord été une affaire de volonté exprimée dans des directives de ce type. Leur adoption a été complétée par de multiples textes. Les uns dans le cadre du droit de la concurrence (texte limitant les ententes, les concentrations, les pratiques déloyales : abus de position dominante ou dumpings). D’autres contraintes ont été inscrites dans le corpus de diverses réglementations : tantôt pour ériger des normes minimales (santé, sécurité), tantôt pour accompagner les efforts de qualité (reconnaissance des labels d’environnement, de produits biologiques, indication de produits OGM, etc…). Mais : a) On n’a pas résolu tous les problèmes dans une seule directive. b) On n’a pas attendu tous ces textes complémentaires pour démarrer la libéralisation des marchés. c) Les questions d’harmonisation du droit de la concurrence, de la fiscalité ou des normes sanitaires ont ouvert des chantiers permanents, laissant une grande part à la négociation entre états membres. 2) Pour le marché des services, il est envisagé le même processus. Traite-t-on suffisamment de l’impact social de cette nouvelle concurrence ? Non. Là aussi, le chantier concernera énormément de textes qui vont devoir répondre à d’inéluctables dérapages. Alors pourquoi tant de désinformations ! Le service public serait menacé ? Non, les services publics sont exclus du dispositif. En revanche, oui, celui-ci prévoit qu’il puisse y avoir compétition entre service public et prestataires privés. Mais n’existe-elle pas déjà dans le domaine de la santé (cliniques), de l’éducation (écoles privées), du courrier (DHL) ou de l’audiovisuel ? On voit bien qu’à travers cette polémique, ce n’est pas le service public qui est en cause, mais sa gestion, son coût, son inertie, comparés aux modèles de gestion privée. La règle qui prime « le droit du pays d’origine » doit-elle être constante ? Non plus : il ne serait pas souhaitable, par ex., d’obliger un agriculteur périgourdin, lésé dans une transaction organisée par un notaire londonien, à aller plaider sa cause devant les tribunaux de la terrible Albion. Certaines situations méritent qu’on amende le principe, ou qu’en tout cas, on conteste son automaticité. 3) L’ouverture à la concurrence du marché des services va faire apparaître, dans les pratiques sociales, d’énormes écarts. Je suis de ceux qui pensent que l’on doit tirer ces pratiques vers le haut et refuser le nivellement sur le « moins-disant ». Le combat politique est donc légitime. L’opinion s’est focalisée sur les conditions de travail de sociétés baltes ou polonaises et opérant en Suède ou en France. Or, la justice a déjà tranché. Elle a clairement renvoyé plaignants et entreprises vers le droit du pays d’accueil. Tout simplement, parce qu’en matière sociale, l’Europe n’est pas complètement restée inactive. Une directive de 1996 impose le respect de la loi nationale en matière de droit du travail et de pratiques salariales, notamment pour obliger les employeurs étrangers à respecter les minima sociaux. 4) S’il y a une chose qui m’insupporte, c’est le mensonge et la manipulation. On ne peut pas à la fois dénoncer le risque de dumping social et refuser aux institutions européennes le cadre juridique qui leur permettrait de renforcer leur intervention dans ce domaine. On ne peut pas réclamer une harmonisation par le haut des conditions de travail et bouder une Constitution qui, pour la première fois dans l’histoire de l’Europe, impose cet objectif.
Mardi 29 mars 2005
Pâques au charbon, fragments d’un week-end agité
Voilà un week-end qui va illustrer très richement les thèses qui ont été soutenues sur ce blog. 1) Repos dominical : La bataille du vendredi saint a été engagée en Alsace-Moselle. Plusieurs supermarchés, principalement Match (Cora), mais aussi quelques Intermarché, Système U et Leclerc, ont décidé d’ouvrir leurs magasins ce jour de fin de carême. La loi de solidarité laisse aux distributeurs le choix d’ouvrir leurs magasins, soit le lundi de Pentecôte, soit un autre jour férié. Après accord des comités d’entreprise, et obtention des autorisations préfectorales, ces enseignes ont préféré maintenir la fermeture du lundi de Pentecôte et ouvrir ce vendredi, traditionnellement chômé en Alsace. En toute légalité donc, sans chercher à rabioter en heures sup. Pourtant, l’affaire fait un tollé. Pepone fait alliance avec Don Camillo, la CFDT et la CGT rejoignent une partie du clergé pour organiser le blocus des contrevenants. Oui, mes amis, le XXIème siècle sera religieux ! ! ! 2) Communication : Philippe Gavy, dans le Nouvel Observateur, nous livre une intéressante réflexion sur la fin des grands créateurs en publicité. Pour preuve, il cite les détournements d’images (La Cène, Mai 68) et lâche sans rire : « Hier, la publicité créait, aujourd’hui, elle usurpe, comme la marchandise ». Philippe Gavy rejoint l’opinion du peintre Gérard Fromanger qui inaugurait, ce week-end, une exposition consacrée à ses peintures : « Leclerc n’aurait pas dû détourner l» esprit de 68 ». Pourtant, derrière lui, sont accrochées des toiles de son cru représentant des publicités commerciales lacérées, des promos détournées. Y aurait-il deux morales selon que l’on soit artiste ou marchand ? Les clichés ont décidément la vie dure. 3) Social : Cette salariée devant un magasin en grève : « J’ai certes choisi de travailler à mi-temps. Je gagne 615 euros par mois. Mais comment vivre avec ! ». Abus de temps partiel, problème du temps travaillé non choisi…, le problème est réel. Mais cette plainte (légitime) illustre encore une fois l’inconséquence de nos élites. Depuis dix ans, on a prôné le partage et la réduction du temps de travail. Les 35 heures ont joué contre les hausses de salaires. Alors que le pouvoir d’achat baisse, salariés et entreprises sont pris en tenailles. 4) Attentats mafieux à Nîmes et à Béziers : Samedi matin, des actes de vandalisme ont été commis dans plusieurs supermarchés du Languedoc-Roussillon : dégâts matériels, caddies brûlés, mais aussi menaces envers des vigiles proférées par des hommes en armes et cagoulés. Les dégâts ont été revendiqués par un mystérieux comité régional d’action viticole (CRAV), non sans avoir lancé quelques menaces d’intimidation supplémentaires : « Premier avertissement : attention, boum ». Entreprises visées, des centres E. Leclerc, mais aussi Carrefour et Leader Price. J’ai passé la journée au téléphone. Nulle part, il n’a été exprimé une revendication concrète à notre égard, aucune demande spécifique, individuelle ou collective. Pas de contentieux avec l’interprofession. Au contraire, beaucoup d’actions promotionnelles en cours. Tout ça est louche. Ca sent la manip. Les RG et les pouvoirs publics disent ne pas connaître… On attendra, en vain, de la part des syndicats viticoles une condamnation de ces actes. Inutile non plus d’espérer un petit mot de réconfort de notre ministre du commerce, plus prompt à décrier la grande distribution qu’à dénoncer les casseurs. 5) Campagne pour le référendum : le « non » protestataire progresse. La popularité du Premier Ministre décroît. C’est le moment qu’il choisit pour s’affirmer chef de campagne. Personne ne conteste son volontarisme et son courage. Mais ses conseillers en communication n» auraient-ils pas tout faux. 6) Référendum, suite : Dimanche, sur le kiosque à journaux, une affichette signée d’anciens résistants appelle à se rebeller contre « la dictature des technocrates européens au service de l’ordre capitaliste ». Les FTP (combien en reste-il ?), au coude à coude avec Villiers : les guignols de l’info s’invitent dans la campagne référendaire…
Vendredi 25 mars 2005
Pouvoir d’achat : La querelle des chiffres
Les indicateurs de pouvoir d’achat (1990-2004)
![]()
![]() |
![]()
C’était dans « Libération » du 11 mars 2005. Yvon Jacob, du comité exécutif du MEDEF, répondait aux questions de Grégoire Biseau : « Si on en croit l’INSEE, il n’y a pas eu de recul du pouvoir d’achat. Il n’y a aucun doute sur le fait qu’il a continué à progresser… Il n’a pas baissé. ». On peut comprendre la prudence du MEDEF face à la déferlante des revendications concernant les augmentations de salaires. Pour autant, peut-on nier les évidences.
L’année dernière, j’avais lancé une polémique en contestant l’interprétation des chiffres de l’INSEE. J’avais essayé de trouver l’explication de l’écart entre les indices officiels (à la hausse) et les hausses ressenties par les consommateurs. Avec l’aide du BIPE, bureau d’études de grande renommée, nous avions démontré que l’indicateur de l’INSEE ne prenait pas suffisamment en compte la situation réelle des ménages. Une famille détermine son pouvoir d’achat réel en commençant par mettre de côté l’argent nécessaire au paiement des dépenses incompressibles (impôts, loyer, transport, assurances, remboursement d’emprunts). En tenant compte de l’évolution de ces postes, le BIPE confirmait la baisse du pouvoir d’achat effectif des consommateurs français en 2003 et 2004.
Il semble que la leçon d’objectivité n’ait pas été retenue. L’INSEE a certes revu ses propres estimations à la baisse et réactualisé son indicateur du niveau de vie. Mais le MEDEF, lui, continue de nier l’impact de la stagnation ou de la baisse du pouvoir d’achat depuis la fin 2002. Personne n’a intérêt à souffler sur les braises. Beaucoup de PME ou d’entreprises exportatrices ne sont pas à même de supporter des augmentations importantes de salaires. Et puis, il y a les entreprises qui ont embauché dans le cadre des 35 heures. Comment leur reprocher aujourd’hui d’avoir choisi l’emploi plutôt que les augmentations de salaires ? Pas de réponse simplificatrice.
Notre combat prend ici tout son sens. La baisse des prix des grandes marques n’est pas susceptible d’affecter l’emploi en France. Les marges existent dans la grande industrie comme dans la distribution. En baissant de 5 % les 10 000 articles les plus consommés (50 % du panier moyen), on peut redonner du pouvoir d’achat et booster la consommation. Même si ça ne se substitue pas à une augmentation de revenus, qui peut encore être contre la baisse du prix de l’Ariel, du Coca Cola ou des lames Gillette ?
![]() |
Contre l’obésité, l’étiquette minceur |
![]()
Obésité ? 3 millions d’enfants européens sont concernés. Le fléau guette près de 14 millions d’autres enfants atteints de surpoids. Inutile de faire la fine bouche : les crèmes glacées, les sauces au ketchup, les pop corn ont scellé le sort de nos chères têtes blondes. Le modèle américain de la « mal bouffe », l’épouvantail Mac Do ? Peut-être, mais pas seulement. N’en déplaise à notre José Bové national, nos propres confiseurs, nos esthètes de la graisse d’oie et du cassoulet ont aussi leur part de responsabilité. Tous coupables, tous, producteurs d’outre-monde, multinationales de la barre chocolatée ou cuisiniers savants de nos Périgord, vous vous retranchez derrière les vertus du goût, vous prônez le régime basses calories, vous parlez de cuisine allégée, mais, tous, vous omettez de signaler les excès de sel ou les trop-pleins de sucre. Alors, à quoi bon virer la graisse si c’est pour nous pénétrer de glucose. A quoi bon plaider pour la chasse aux pneus si les étiquettes mentent par omission ou entretiennent la confusion.
Au niveau européen, il a été créé une commission : l’IOTF (International Obesity Task Force). On dirait un nom issu des « think tanks » conservateurs qui entourent George Bush. Son Président, Markos Kyprianou, se veut alarmiste. On attendait donc des directives contraignantes. Non, il préconise « l’auto-régulation » : « Je suis sûr que les industriels trouveront les solutions qui ne rendront pas nécessaire une nouvelle législation ». Pourquoi pas ! Les gouvernements, dont celui de la France, ne cessent de vitupérer contre l’immixtion des « technocrates » dans la législation sur les produits alimentaires. On peut aussi y voir une part de naïveté. Il suffit d’écouter les professionnels. Pour la Fédération du Commerce et de la Distribution, « ce n’est pas aux magasins de dire aux clients quoi manger ». Quant à Franck Riboud (Danone), il rappelle à qui veut l’entendre que « deux heures de sport supplémentaires à l’école offriraient la meilleure thérapie » (ce qui n’est pas totalement faux !).
Mais si personne ne se mobilise, pourquoi crier à l’urgence ! Mon groupe, encore une fois, fait œuvre de pionnier et lance une nouvelle campagne. Destinataires ?
Les consommateurs. Il faut changer les comportements. Trop de foyers négligent l’hygiène alimentaire. Avez-vous lu cette enquête sur les habitudes culinaires des étudiants de la région PACA : 40 % des jeunes se contentent de boire un soda sucré le matin au petit-déjeuner et ne s’offrent, pour dîner, qu’une conserve négligemment cuisinée. Graisses et sucre… toujours. Mais pour changer les habitudes, il importe que le consommateur soit bien informé. De ce point de vue, la responsabilité des industriels (et des distributeurs quand il s’agit de marques génériques) est lourde. La multiplication des allégations nutritionnelles entraîne une confusion des repères. Par exemple, certains emballages de céréales destinées aux enfants revendiquent leur apport en vitamines et en énergie. Mais le packaging dissimule la forte concentration en …sucre et graisses, toujours.
Leclerc, chevalier blanc ? Pas du tout. L’exigence vaut pour nous aussi. En plus des informations légales indispensables, il nous faut revoir toute l’information sur les produits alimentaires à notre marque (Marque Repère). Les étiquettes mentionneront donc : la composition nutritionnelle par portion individuelle, la mesure des nutriments dits « du groupe 2 » (taux de sodium, de fibres, acides gras saturés), des idées d’association de produits pour un repas ou une journée équilibrée, et l’indication de l’équivalence nutritionnelle du produit, par comparaison avec des aliments de base (par exemple : un verre de lait). Gros travail en perspective.
A peine sortie dans les hebdomadaires, notre nouvelle campagne me vaut quelques demandes nerveuses d’explications. Je m’y attendais. Il y a deux ans, nous avions lancé une campagne de ce type pour demander l’harmonisation des étiquetages sur les crèmes solaires. Les industriels avaient quelque peu rouspété, mais les efforts ont été remarquables. Faisons le pari qu’après cette nouvelle mobilisation, de réels progrès soient enregistrés.
Vendredi 25 mars 2005
Eric Stalner (et Richard Bohringer en guest star)
Stalner est un pseudo. Il faudrait même dire un pseudo collectif. Car ils sont deux dessinateurs, deux frères unis dans un curieux attelage. Jean-Marc et Eric sont passionnés d’histoire. Une histoire qui serait intemporelle, peuplée de légendes et d’univers parallèles. Mais aussi d’obsessions familiales : leur grand-mère ne prétendait-elle pas qu’à tous deux, ils étaient la réincarnation de ses propres frères morts sur les champs de bataille de la première guerre ! Ils ont commencé leur carrière de dessinateur en échouant, chacun leur tour, au concours d’entrée de l’école des Beaux-Arts de Paris. Echec largement surmonté par 18 ans de collaboration prestigieuse : ‘Les Poux’ (Glénat), et les grandes sagas : ‘Fabien M.’, ‘Malheig’ (Dargaud), puis ‘Le Fer et le Feu’ (collection Caractère, Glénat). Depuis 1998, Eric dessine en solo. Un type hyper talentueux, probablement l’un des personnages les plus attachants de la bande dessinée. Sympathique, chaleureux, cultivé, voilà un auteur qui est bien dans sa peau. Aucun complexe, aucun faux-semblant dans cette revendication de bien-être provincial. Il habite près de Cahors, cultive l’amitié et les relations familiales. Parmi tous les auteurs que j’ai eu le bonheur de rencontrer, il est un de ceux (très rares) qui sait exprimer son admiration et son respect pour ses pairs. Tout est sincère dans les propos passionnés et empreints de dévotion qu’il nous tenait la semaine dernière en parlant du dessin de Bilal ou de la technique de Giraud-Moebius. Oui, il y a quelques jours, Eric est monté à Paris pour participer au Salon du livre, à la porte de Versailles. S’il cultive volontiers un look casanier, il ne rechigne pas, contrairement à d’autres dessinateurs, à pratiquer l’exercice de la dédicace. C’est même un moment privilégié, il soigne ses croquis (pas plus de quatre dessins par heure) pour la grande joie de ses fans. Avec Chantal-Marie Wahl, ma collaboratrice et complice dans cette action de promotion pour le 9ème Art, il a trouvé le temps de nourrir un entretien passionnant dont vous aurez un jour la primeur. Mais alors qu’avec pudeur, il nous parle de ses allures de pasteur protestant, de ses pérégrinations antérieures vers le bouddhisme, un Richard Bohringer tout feu, tout flamme, passe devant nous, dans ce grand salon de l’hôtel Lutétia. Je connais un peu Richard pour avoir passé quelques heures avec lui dans les rues de Montauban. Il y préparait un concert dans le cadre du festival « Alors Chante ». J’ai retrouvé la gouaille de l’acteur, mais aussi sa générosité et sa sensibilité d’écrivain écorché, lors d’une récente émission de télévision. C’est donc en connivence et le regard plein de malice, qu’inspiré, il interpelle notre petit groupe. En quelques minutes, c’est une tornade, un vent de folie, sur fond de dénonciation des grands de ce monde, insensibles à la détresse des populations les plus pauvres d’Afrique. Il éructe contre une société qui ne se mobilise qu’au coup de sifflet des médias. Il justifie le silence sur le nombre de victimes en mimant, dégoûté, les frasques sexuelles d’une jet set partousant avec les jeunes prostituées de Phuket : balayée par le tsunami vengeur… Il est arrivé, Richard, dans une large expiration, et il est reparti, laissant derrière lui des effluves aux senteurs de révolte et d’injustice. Difficile et laborieuse replongée en apnée pour retrouver, quelques minutes après, l’univers calme et serein de Stalner. Plus tard, dans un jardin public, Eric se prêtera au jeu des photos. Lui qui adore les femmes, et particulièrement les femmes enceintes, est aux anges. A cette heure de la journée, elles bourgeonnent et s’épanouissent sur les bancs, au soleil. Image de la création, de la prolificité et de la générosité. Elle lui sied bien. A 46 ans, il a déjà produit plus de quarante albums. Après ‘Blues 46′ (Dargaud), en collaboration avec le scénariste Laurent Moenard, il s’apprête à publier ‘Ange Marie’ dans la sublime collection Air Libre (Dupuis) avec le scénariste Aude Ettori (qu’il n’a pourtant jamais rencontrée). Décidément, il ne faut pas se fier au look de cet homme tranquille. S’il partage les mêmes indignations que notre ami Richard, c’est dans son oeuvre et dans les combats de ses héros qu’il faut les rechercher. Telle est sa différence.
Jeudi 24 mars 2005
Le marché des services : L’intérêt des consommateurs
Illustrations de mon propos d’hier : a) Une contribution du Monde (24/03) : Philippe Ricard a consulté les procès-verbaux de la Commission. Lors des discussions en 2004, pas trace de polémiques. Tout au plus, certains intervenants ont défendu le statut spécifique « des jeux de hasard » et des services financiers. Soit, Michel Barnier n’a pas fait son boulot, et alors « il est franchement mal » ! Soit, la polémique n’avait pas lieu d’être et l’agitation d’aujourd’hui est de pure opportunité tactique. b) L’intervention de Jean-Claude Juncker, Président de l’U.E. Pas question, dit-il, de revenir sur l’ouverture du grand marché aux prestations de services. Pas de remise en cause de la clause du « pays d’origine ». Le texte ne sera pas retiré mais amendé. (France où est ta victoire !). Dans ce jeu politicien, on a oublié l’essentiel. L’enjeu de ce texte est fondamental pour les Européens. Il vise rien moins qu’à organiser juridiquement le développement des activités de services dont l’expansion est aujourd’hui freinée par de multiples carcans réglementaires nationaux. Dérive ultra libérale de l’Europe ? Que nenni. Ce projet s’inscrit dans le processus commencé en 1957 pour supprimer les frontières et faciliter les échanges entre les états membres. Grâce à l’Europe, nous vendons la moitié de notre production aux pays voisins. Et pendant 30 ans, jusqu’à la fin des années 90, nous en avons largement profité. Problème : nous avons fait un carton dans la vente des biens industriels et agricoles. Mais ces produits ne représentent que 27 % de notre PNB. Toute notre valeur ajoutée repose aujourd’hui sur le dynamisme du secteur des services (73 % du PNB). Le mouvement est irréversible et gagne toutes les économies occidentales. Cependant, là où les entreprises américaines peuvent amortir leurs investissements sur un marché libre de 200 millions d’habitants, là où une jeune entreprise indienne d’informatique peut compter sur un marché futur de 1,2 milliard d’habitants, les échanges de services en Europe ne représentent que 20 % du commerce intracommunautaire. Les obstacles ? Les barrières nationales. Elles sont légion. Certaines corporations se sont organisées autour de mécanismes d’agrément, de cooptation, gérés par des ordres ou des interprofessions (avocats, architectes, notaires). Elles se sont appuyées sur des réglementations qui ont mis en place des critères de sélection (médecins, enseignants), des monopoles (pharmaciens, vétérinaires), ou toutes sortes de droits spécifiques (agences de recrutement, de sécurité, d’intérim, agences de voyages, etc…). Si l’on veut que l’Europe profite aux Européens, dans leur vie quotidienne notamment, il faut faire sauter ces protectionnismes. Pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix. (Nous y reviendrons mardi). Mais comme pour les échanges de produits manufacturés, ça passe par le respect du droit du pays d’origine. C’est parce que l’Europe a négocié avec les Polonais ou les Italiens, l’ouverture de leurs marchés que les distributeurs français peuvent y vendre les produits agroalimentaires de l’hexagone. Essayez de faire de même en Suisse ! L’abolition des frontières, ça fonctionne comme une autoroute sans péage. Si l’on reste passif, ce sont les produits et les entreprises des pays voisins qui accourent. Si l» on est conquérant, c’est nous qui nous y engouffrons. 1) Les entreprises ! La France est numéro deux dans l’exportation mondiale de services. Elles ont tout à y gagner. On peut comprendre que certaines professions n’ayant pas anticipé cette ouverture, freinent des quatre fers. Donnons-leur un coup de main. Mais ne soyons pas « maso » au point d’entraver ce processus. 2) L’intérêt des consommateurs français ! Il est évident. La concurrence sur le prix des services est encore balbutiante dans notre pays. La baisse des tarifs ne peut que développer le marché. A suivre…
Mercredi 23 mars 2005
Le marché des services : Faiblesses françaises
« Battling Jacques » a fait le « V » de la victoire. « Bad B » (sobriquet attribué à l’ancien commissaire au marché intérieur, Fritz Bolkestein – Pays-Bas) ira se rhabiller. A Bruxelles, notre Président a obtenu, hier, une révision de cette directive accusée de favoriser le dumping social en Europe. A l’UMP, on glousse : malgré une image très floue sur son engagement européen, le président a cloué le bec aux Mélanchon, Emmanuelli, Villiers, Dupont-Aignan, et autres saboteurs de son référendum. Sauf que… Le débat de fond sur le contenu de la directive mérite évidemment qu’on y revienne. Mais comment expliquer le tardif réveil français dans ce débat ? 1) La directive a été adoptée en janvier 2004, à l’unanimité des membres de la Commission dont faisaient partie les commissaires français, Pascal Lamy et Michel Barnier. Pas un souffle de contestation. 2) Par la suite, le projet a été soumis à l’étude des institutions nationales. A la DGCCRF il est vrai, certains articles ont été l’objet de critiques très vives. J’en sais quelque chose puisque les Centres E. Leclerc comptaient s’appuyer sur certaines dispositions pour acquérir une plus grande liberté en matière de publicité et de promotions. 3) Même dans ce contexte, et alors que dans chacun des pays membres, des syndicats ou des associations professionnelles avaient émis des réticences, le processus de décision prévoyait de toute façon que le texte puisse être amendé par les parlementaires européens et ratifié, plus tard, dans une forme définitive, par le Conseil des Ministres. Il n’y avait donc pas de quoi paniquer : rien à reprocher en particulier à Monsieur Barroso qui était parfaitement dans son rôle. Tout le monde peut donc convenir que l’agitation de ces dernières semaines tient essentiellement à des préoccupations de politique intérieure française. A force d’avoir rasé les murs quand il s’agissait de défendre l’idée européenne et de s’être servis des commissaires européens comme boucs émissaires à moult reprises (problèmes de la chasse, de la pêche, de l’environnement…), nos leaders politiques ont fini par sécréter un véritable euro-scepticisme dont la société française, déjà repliée sur elle-même, n’avait pas besoin. Deux paradoxes dans cette affaire. 1) Ce sont les partis de droite au pouvoir en Europe qui ont imposé une vision minimaliste de l’harmonisation des législations sociales. Voilà qui explique la coloration politique de cette directive, tout autant que le manque de visibilité sur ces thèmes dans le projet de Constitution. En remportant sa victoire à Bruxelles, Jacques Chirac a finalement conforté le parti socialiste français et la gauche européenne dont le projet voit sa consécration inscrite dans le plan de travail de la Commission. Curieuse victoire donc ! 2) Six autres chefs d’état ont soutenu l’appel français. Nous aurions donc des alliés ? Certes, mais leur soutien (ils ne s’en cachent pas) est d’abord motivé par l’urgence : il s’agit d’éviter qu’à partir d’un vote négatif, la France n’enclenche un processus de renégociation de la Constitution si difficilement acquise. Considération tactique donc. A quel coût ce ralliement ? Une perte de rang. Hier, fondatrice et leader, la France perd son statut dans cette gesticulation. Et quelle image pitoyable. Quand d’autres pays mobilisent leurs institutions et leurs lobby-men en phase d’élaboration des projets, nous dévoilons notre amateurisme. De ce constat-là, nous aurions pu nous passer. A suivre…
Mardi 22 mars 2005
Les marges arrière sont de retour
Coucou, les revoilà. Depuis trois ans, tous les ministres en charge de l’économie avaient fini par dénoncer les « dérives des marges arrière » : « racket du distributeur » disait le Ministre Dutreil ou le Député Charié ; « blanchiment d’argent » osait Christian Jacob, actuel Ministre du commerce. On pouvait donc imaginer que le projet de réforme de la loi Galland (pudiquement rebaptisé « réforme du code du commerce ») allait faire la peau de ces marges arrière. Comment ? En suivant les recommandations d’une commission, installée par Christian Jacob lui-même et pilotée par deux députés UMP, Luc-Marie Chatel et Patrick Ollier. Que disent-ils ? Eh bien qu’il faudrait progressivement réintégrer ces marges dans les prix. Sans bousculer les papies du commerce (électorat oblige), sans prendre le risque de mettre le feu aux campagnes (la FNSEA veille), mais en permettant à Jean-Pierre Raffarin de tirer les bénéfices politiques de quelques baisses de prix (mais pas trop). Eh bien, c’est raté ! Non seulement, le projet que le gouvernement vient de soumettre à l’avis du Conseil d’Etat oblige les distributeurs à les maintenir à hauteur de 20 %, mais de la manière dont est rédigé le texte, tout est fait pour que le système s’emballe à nouveau et que les marges arrière prolifèrent. J’explique : à l’heure actuelle, un commerçant a deux types de recettes qui constituent sa marge. D’abord, il prend un bénéfice sur les produits qu’il vend (différence entre le prix de vente et le prix d’achat, toutes ristournes déduites). Il touche aussi des budgets payés par les fournisseurs pour des têtes de gondole, une publicité sur les catalogues, etc… Cette partie-là ne rentre pas dans la composition du prix. C’est ce qu’on appelle la marge arrière. Pour sa réforme, Christian Jacob a imaginé le système suivant : ne seront répercutables aux consommateurs que les budgets supérieurs à 20 % de la valeur du produit. Un distributeur a 25 % de marge arrière ! Il pourra baisser ses prix de 5 %. Il en a 19,5 % ! Il se les garde. Dès lors, on voit tout de suite l’effet pervers du dispositif. Pour vendre moins cher, un commerçant devra d’abord augmenter sa marge arrière, puis faire basculer dans son prix de vente la partie supérieure à 20 %. (Plus il aura de marge arrière, plus il pourra baisser ses prix). Le contraire donc du but recherché. Il y a quelques jours, François Baroin, député de l’Aube avec qui j’inaugurais un centre E. Leclerc, m’interrogeait sur le silence des autres distributeurs. Comment se fait-il qu’aucun distributeur n’ait réagi à ce projet gouvernemental à part Serge Papin (Système U) et moi-même ? Eh bien, nous en avons parlé entre nous. La réponse ? Nous n’arrivons toujours pas à imaginer que dans les Cabinets ministériels et jusque dans l’entourage du Premier Ministre, des techniciens aient pu pondre un texte aussi bizarre. Décidément, le débat au Parlement promet quelques belles surprises !
Lundi 21 mars 2005
Participation et intéressement
Participation et intéressement sont de retour. Jean-Pierre Raffarin et Thierry Breton veulent les relancer. L’idée circulait depuis deux ou trois mois dans les antichambres de Matignon. Les chefs d’entreprise étaient testés pour connaître leur réaction. Mais au lieu d’en faire le dispositif clé d’une politique de partage des profits, voilà qu’elle sert d’ersatz à la négociation salariale. Les syndicats ne s’y sont pas trompés et restent sur leur faim. L’intéressement à la française ne fait pas recette auprès des militants. Et pourtant, dans le débat sur le partage des profits, ces régimes de rémunération ont leur intérêt. A condition, bien sûr, de ne pas présenter ces dispositifs comme un substitut à une politique normale de valorisation des salaires. Cela fait plus de 50 ans qu’à l’initiative de « gaullistes de gauche » (Capitan, Vallon), une Ordonnance permet aux salariés de toucher une prime d’intéressement. Le dispositif est facultatif, il nécessite un accord collectif préalable, mais il a le mérite d’être facilement applicable. Il laisse le choix aux salariés d’en percevoir directement le montant (il est alors imposé) ou d’être placé sur un plan d’épargne d’entreprise… Quant à la participation, cela fait 40 ans qu’elle est obligatoire dans les entreprises de moins de 50 salariés. Je peux témoigner de l’intérêt des salariés pour ces systèmes de redistribution. Les 500 centres E. Leclerc ont distribué en moyenne 24,8 % de leur bénéfice avant impôt sur les exercices 2003/2004. Quand je dis «en moyenne», cela veut dire que quelques magasins en versent moins (mais pas moins de 20 %), compte tenu de leur ouverture récente, ou d’acquisitions ou de rachats onéreux. D’autres vont jusqu’à 27 ou 28 % de leur bénéfice, ce qui correspond parfois à l’équivalent de 2 ou 3 mois de salaire supplémentaire (certains magasins versent jusqu’à l’équivalent de 18 mois de salaire ! ! !). Pour partager, il faut bien sûr qu’il y ait des bénéfices à distribuer. La signature d’un accord collectif ne garantit pas toujours qu’il puisse y avoir versement. La participation est donc à manier avec précaution. En général, le système marche bien dans les entreprises qui, déjà, ont une politique de rémunération honorable. Il faut mettre aussi en oeuvre beaucoup de pédagogie. Les résultats d’aujourd’hui ne sont pas forcément reproductibles. Ces primes ont évidemment un caractère aléatoire. Elles ne sont que complémentaires au revenu principal. Néanmoins, elles constituent un formidable facteur de motivation, notamment pour des cadres, des agents de maîtrise, des chefs de rayon impliqués dans un processus de vente. Participation et intéressement obligent les entreprises à pratiquer la transparence. Ils rendent l’annonce de super profits conjoncturels moins frustrante. Dans la querelle sur le partage des super bénéfices, c’est au moins l’une des manières d’associer le personnel de l’entreprise. La relance de la participation et de l’intéressement, c’est donc une bonne idée. C’est une idée encore sous-développée : seulement 50 % des salariés bénéficiaient, en 2003, d’une prime de ce type. Tous les salariés devraient y avoir droit.
Samedi 19 mars 2005
Philippe Berthet
Qui ne connaît pas les « Pin-Up » de Berthet (Editeur Dargaud) ! Depuis 1974, Philippe Berthet dessine cette série culte en hommage à Milton Caniff. Avec Yann, l’un des scénaristes les plus turbulents et aussi les plus créatifs du moment, il recrée cet univers US des années 40 et 50 et multiplie références et clins d’oeil aux films, romans noirs et réclames publicitaires de cette période. Il avoue une passion jubilatoire pour dessiner ces énormes voitures superbement carrossées… comme le sont ces femmes, provocantes, coquines et parfois torrides dans les publicités pour sucreries, ou collées aux moteurs chromés des semi-remorques qui traversent, solitaires, la grande plaine américaine. Philippe Berthet dessine d’un trait réaliste, clair, dans le plus pur style de l’école belge. S’il peaufine méticuleusement le contour d’un sourire, le galbe d’une jambe, la courbe d’une hanche, il est toujours élégant, jusque dans la finition d’un porte-jarretelles ou d’une mèche de cheveux. Une question l’obsède : quelle était donc l’égérie des pilotes américains d’Enola Bay, cet avion qui largua la bombe nucléaire sur Hiroshima. Ils avaient dessiné sur la carlingue cette femme fantasme devenue l’emblème de toute une génération de Yankees. Aussi n’est-ce pas le moindre des paradoxes que de le retrouver chez lui, dans son atelier. Car ici, dans ce quartier du Forest au sud de Bruxelles, la vie de la famille Berthet est plutôt popote et casanière. Dans une maison bourgeoise restaurée (ancienne devanture de magasin), les Berthet ont aménagé un habitat chaleureux, d’inspiration méditerranéenne. On traverse la salle à manger pour arriver sur un patio (mélange de rouge et de rose) où se prélassent deux gros chats, et l’on débouche sur un atelier. Ici, rien n’évoque les obsessions féminines de notre auteur, si ce n’est, dans une vitrine, les figurines de ses propres créations. Les Berthet passent la plupart de leur temps et même de leur passe-temps dans cette grande pièce. Philippe travaille en vis-à-vis de son épouse, Dominique David, elle-même auteur de Lipstick, et coloriste de son mari. Ils vivent là, huit heures par jour, sans pratiquement se parler, l’une sur son ordinateur, lui sur ses planches. Et dans un coin, un vieux bureau d’écolier. Leur fille, 10 ans, y fait ses devoirs, mais aussi des découpages, des dessins. Eh bien oui, c’est dans ce lieu sans poster provocant, sans passion révélée, et dans la vie d’un couple d’auteurs en parfaite harmonie…que s’élaborent, que se conçoivent les superbes créatures qui font baver tant d’hommes. Amicalement, Philippe vous adresse avec ce dessin en forme de clin d’oeil, le portrait de Poison Ivy. Il aime faire partager ses obsessions. P.S. : Du même auteur : Raid rouge (Dupuis), Sur la route de Selma (Collection Aire Libre), Yoni (Collection Empreinte – Dupuis).







