Archive pour avril 2005

Samedi 30 avril 2005

BD, humour : Gotlib, le retour

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Petite halte à l’heure du goûter, dans l’Ouest parisien qui, en cette saison, retrouve sa verdure. Deux gros cumulus se disputent au-dessus de la gentilhommière de Gotlib. Sous le halo lumineux, un maître de la bande dessinée, un génie de la dérision. J’ai la chance de pouvoir partager thé et petits gâteaux avec Marcel Gotlieb (dit « Gotlib »).

Il a collaboré à toutes les revues : Vaillant, Record, Pilote, l’Echo des Savanes, Rock and Folk, Fluide Glacial… Ses héros désopilants ont fait rire au moins deux générations de lecteurs : ils s’appellent « Super Dupont », « Gai-Luron », « Hamster Jovial », etc…

Qui n’a pas, dans quelques cartons, ces revues dont les pages avaient pour titre : « Rubriques-à-Brac », « Cinemastock », « Pervers Pépère ».

Il a travaillé avec et pour les plus grands : Jacques Lob, Goscinny, Uderzo, Fred, Gébé, Solé, Alexis, Bretécher, Mandryka.

On dit souvent des petits qu’ils doivent se pousser du col (Napoléon, Sarkozy). Certes, Gotlib ne dédaigne pas la reconnaissance. Patrice Leconte lui a consacré un documentaire : « A nd my name is Marcel Gotlib » (jamais diffusé ! ! !). Lui-même a commis un acte hautement hagiographique : « J’existe, je me suis rencontré » (Flammarion). Mais ce grand prix d’Angoulême a toujours eu le succès modeste.

C’est la raison pour laquelle, un autre « grand ancien », Maxime Le Forestier, vient de lui consacrer une préface pour saluer la réédition, chez Fluide Glacial, de son œuvre. Extrait pour les jeunots qui sont excusés par avance de n’avoir pas connu !

M.E.L.

Ecoute-moi, belle jeunesse, toi qui n’as pas

connu l’ORTF, ni Jean Royer, maire de Tours,

toi pour qui la télé fut toujours en couleur, les

écoles mixtes, et Pompidou un centre culturel…

Il fut un temps où la contraception était

interdite, le divorce un péché, l’avortement

un crime…

Effrayée par mai 68, la France était une

rombière frileuse, coincée du cul et pincée du

langage…

C’est dans cette ambiance de sacristie que trois

artistes, qui s’exprimaient par la bande

dessinée….inventèrent un journal sans pudeur,

sans complexes, et sans interdits.

Ils s’appelaient Bretécher, Mandryka et Gotlib,

L’Écho des Savanes était né.

A l’inverse d’autres journaux qui contestaient

l’ordre établi par des voies politiques,

ces trois-là sont passés par les voies naturelles :

l’humour et le cul. A relire la presse de l’époque,

il faut bien constater qu’ils sont seuls

à n’avoir pas vieilli.

Par la suite, Fluide Glacial prit la place de

L’Écho, mais l’œuvre de Marcel Gotlib avait

trouvé sa dimension véritable…

On ne lisait plus Tintin

de la même manière. Le bougre nous avait dit :

« Allez-y, vous êtes adultes », nous l’avons cru,

c’était marqué sur la couverture.

[…]

Maxime Le Forestier in Rhâââââ, Lovely et Gnagna

L’intégrale. Fluide Glacial.

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Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 29 avril 2005

Littérature jeunesse à Saint-Malo : Une pépinière d’écrivains au Festival Etonnants Voyageurs

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Ce matin, longue conversation avec le philosophe Michel Le Bris. Je vous ai déjà parlé de cet écrivain boulimique et passionnant, auteur d’une somme sur le romantisme (Mazenod), meilleur spécialiste de l’œuvre de RL Stevenson, auteur incollable, dès lors qu’on l’interroge, sur la littérature d’aventure, la vie des boucaniers, des chercheurs d’or dans l’Ouest américain, les guerres de religion dans le Finistère. C’est la Bretagne qui a façonné notre amitié. C’est lui qui, un jour, m’a entraîné dans l’aventure du Festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo, et plus récemment encore à Bamako.

Du 5 au 8 mai, je serai avec lui dans le fief de Surcouf pour la quinzième édition du Festival. Il y aura là-bas Jacques Lacarrière, Ismael Kadaré, Patrick Rambaud, Jacques Lanzmann, et l’Américain Jim Harrison… Inutile de vous dire qu’entre deux cafés littéraires, ces gaillards-là ne laissent aucune chance de survie aux huîtres de Cancale. Et si leur éloquence est généreuse, c’est qu’au Chinon ou au Bourgueil, leur plume s’est abreuvée. Dieu, que le monde est riche d’espérance et foisonnant d’exotisme quand toute cette faune s’égaye dans les petits restaurants, sous les remparts.

J’aime m’y rendre chaque année, partager cet enthousiasme, je m’y sens inspiré, j’y remplis tout un caddy d’idées nouvelles…pour pas cher.

Pour l’heure, il nous faut organiser la remise des prix d’une manifestation qui nous tient à cœur. Un concours d’écriture de nouvelles ouvert à tous les jeunes. Le projet, piloté par Jean-Luc Fromental (écrivain et directeur du Festival Jeunesse), a reçu l’agrément de l’éducation nationale. 3 000 collégiens et lycéens issus de 26 académies ont participé à l’édition 2005. A Saint-Malo, devant une centaine d’écrivains venus du monde entier, nous récompenserons les 5 lauréats nationaux. Leur nouvelle sera publiée dans un recueil tiré à 40 000 exemplaires. Un jury, composé de libraires, d’écrivains, de journalistes et d’éditeurs, a déjà sélectionné le meilleur de cette fournée.

Je suis passionné par ce projet. Je ne dis pas cela parce que nous sommes les sponsors de la manifestation (ce qui justifierait déjà mon propre investissement…). Non, c’est tout simplement parce que je crois sincèrement que le plaisir de lire se perd. Dans les commentaires succédant à ma note du 19 avril 2005, plusieurs d’entre vous insistaient sur le déficit de communication autour des livres. Quand dans les familles, on passe trois heures par jour à regarder la télé, une demi-heure à chatter sur l’ordinateur, il reste peu de temps pour la lecture.

Avec Michel Le Bris et toute sa bande de joyeux écrivains, nous voulons redonner le goût de lire et d’écrire. Qui n’a rêvé un jour d’être édité ? Une première publication dans un recueil diffusé nationalement ne peut que stimuler les vocations et forcer le talent.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 28 avril 2005

Directive européenne OGM : La traçabilité en défaut

Vous ne savez probablement pas quelle est la différence entre le maïs Bt10 et le maïs Bt11. Moi non plus d’ailleurs. Tout ce que je puis vous dire c’est qu’il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, de maïs génétiquement modifié intervenant notamment dans la fabrication de la bière (sous forme de gluten). C’est l’Américain Syngenta qui exporte ces produits. La commercialisation de l’un (le Bt11) était jusqu’ici autorisée en Europe, mais pas le Bt10.

Seulement voilà, impossible techniquement de les différencier. Les tests de « dépistage » du Bt10 ne sont pas encore fiables. Au point que 1 000 tonnes de ce maïs auraient été importées en Europe, sans que nul ne s’en aperçoive. Prise de court, la Commission a intelligemment décidé l’embargo sur les deux espèces, en attendant d’y voir plus clair. Et surtout, en espérant que les Etats-Unis mettent en place une certification « sans Bt10 ».

Cette affaire a été relativement bien relayée dans la presse. Elle est la démonstration que la politique de traçabilité mise en place par la Commission Européenne ne suffit pas.

Je m’intéresse à cette affaire parce qu’en tant que distributeur, nous sommes sans cesse interpellés par des ONG écologistes, la plupart anti-OGM, mais toutes en tout cas unanimes pour revendiquer une information consommateur fiable. Je trouve cette demande légitime. Mais n’étant pas scientifique, et ne disposant pas nous-mêmes d’informations de la part de l’administration ou des industriels, ça devient un vrai casse-tête. On peut retirer du marché un produit signalé comme « susceptible de contenir des OGM ». On ne peut évidemment pas retirer des produits dont on ne sait pas s’ils contiennent des OGM.

Je viens d’en discuter avec des fonctionnaires du ministère de l’agriculture, ainsi qu’avec un conseiller scientifique très actif à Bruxelles. Ensemble, nous avons convenu que cette affaire révélait les limites de la réglementation européenne et remettait en cause le principe d’une segmentation des marchés. Ce dossier du maïs révèle en effet :

1) Manifestement, il y a eu contamination croisée ou mélange des maïs. Ce qui signifie que les exigences européennes de traçabilité n’ont d’efficacité que si les pays exportateurs l’exigent de leurs fabricants. « Elémentaire, mon cher Watson ».

2) La Commission ne dispose manifestement pas des outils de contrôle nécessaires pour faire appliquer la réglementation qu’elle édicte. Pire, des produits sont mis sur le marché alors que le fabricant est incapable lui-même de proposer les tests de repérage. Ce genre d’affaire va forcément se répéter, au gré des mises en marché de milliers d’espèces nouvelles. Ne faut-il pas lier les garanties d’innocuité et les garanties de traçabilité dans le cahier des charges avant toute commercialisation ?

3) La France vient d’inscrire, dans sa Constitution, l’obligation de respecter le principe de précaution. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. Comment les états, s’ils sont un jour accusés par des consommateurs invoquant ce principe, pourront-ils se retourner contre les fabricants ? Et sur quelle base juridique ?

Voilà donc, chers amis, un épi de questions dont je vous prie de croire que les réponses ne sont pas amidonnées.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 27 avril 2005

L’Europe agricole et le libéralisme à l’anglo-saxonne : la leçon d’Auch

Ca se passe à Auch. Un supermarché (Champion ou Carrefour ?) de la ville a organisé la promotion de produits du Périgord. Apparemment, il s’agit de poulets. 150 paysans, regroupés par les FDSEA et CDJA locaux, ont déboulé dans les rayons. Ils ont réclamé l’arrêt de cette opération qui faisait la part trop belle à ces produits « importés » dans le département. Outre le relèvement des prix, les contestataires exigeaient le remplacement par des poulets du Gers ! ! ! Manifestement, pour la FDSEA locale, les frontières de l’Europe commencent à la sortie du département.

Tous les jours, les directeurs de magasin peuvent vous raconter des histoires similaires. L’endive du Nord est interdite de séjour dans les rayons des hypers bretons. L’ail et l’échalote se sont construits, autour de leur label, des zones de chalandise protégées. Impossible de vendre du melon de Cavaillon dès que l’on approche un département charentais. La fraise espagnole est bannie des linéaires périgourdins. L’interdiction vaut pour celles de Plougastel ou du Quercy voisin. Et il faut être installé au Nord de l’Aquitaine, vers Saintes ou Niort, pour oser présenter sur un étal la tomate de Marmande à côté de la nantaise.

Quel paradoxe que ces comportements, quand on sait la contribution de l’agroalimentaire français à notre balance commerciale, et la performance de nombreux groupements de producteurs (porcs, volailles, vin, etc…) sur les marchés étrangers. Quelle fracture culturelle au sein même du monde paysan.

J’écoutais, perplexe, le Président de la République répondre aux jeunes qui le questionnaient sur la Constitution. Avec difficulté, il trouvait les mots pour expliquer que le traité européen constituait un rempart contre l’Europe libérale « à l’anglo-saxonne ». On imagine combien l’argument reste inopportun quand, certains agriculteurs, du Gers ou du Cantal, font déjà de leurs voisins immédiats des concurrents indésirables.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 26 avril 2005

Importations de textile chinois : le casse-tête européen

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Usine de textile dans l’est de la Chine (AP)

J’ai une question « déplacée » : quel est le degré de sincérité de nos dirigeants politiques et industriels dans toute cette agitation autour des importations de textile chinois ? Voici ce qui me préoccupe :

1) La suppression progressive des quotas d’importation est en cours depuis dix ans. La Commission Européenne, avec l’accord des états membres, a prévu de longue date la levée des dernières mesures protectionnistes dont on parle aujourd’hui.

2) Des professionnels s’en sont inquiétés ? Des études d’impact ont été réalisées ? Les administrations n’y ont pas trouvé matière à contentieux.

3) C’est que les puissances occidentales voient dans la Chine un marché très prometteur. Lors de son adhésion à l’OMC en 2001, elles n’ont pas écouté les ONG qui contestaient l’absence de contrepartie en droit social (droits de l’homme, conditions de travail, etc…).

4) Et voilà que trois mois après la levée des derniers quotas, c’est la panique. La France réclame l’installation de clauses de sauvegarde. Patrick Devedjian, Ministre de l’Industrie, reprend à son compte les chiffres de l’Institut Français de la Mode et annonce une perte de 7 000 emplois supplémentaires (par rapport aux 10 000 déjà prévus) pour la fin de l’année 2005.

Comment expliquer cette montée de sang et l’unanimisme des dirigeants français, quelques semaines seulement après la décision d’ouvrir les frontières : faillite des prévisionnistes, naïveté politique, ou bien ? ? ?

a) D’abord, raison garder. L’accroissement des chiffres d’importations sur certaines catégories de produits (pull-overs, lin tissé, tee-shirts, etc…) traduit, en Europe comme aux Etats-Unis, un processus de régularisation des importations. Une bonne part des importations chinoises se planquaient derrière des prête-noms. L’impunité étant garantie, nombre d’importateurs qui se cachaient derrière les dénominations de sociétés implantées dans les pays de l’Est ou au Maghreb régularisent leur situation.

b) La plupart des produits dont on parle dans les médias ne concurrencent pas directement l’industrie française. Depuis longtemps, nos industriels ne produisent plus de tee-shirts, de socquettes, ni même de jeans. Ils les font fabriquer au Maroc, en Turquie, en Roumanie ou à l’Ile Maurice.

c) Il n’en reste pas moins que les distorsions de concurrence entre les producteurs chinois et les producteurs ouest-occidentaux sont insupportables. Les rapports de salaires y sont de 1 à 10. C’est en parfaite connaissance de ces différences de coûts que nos représentants à Bruxelles ont accepté d’ouvrir les marchés.

d) Avons-nous manifesté notre opposition ? Quand et auprès de qui ? Le gouvernement français n’a-t-il pas été l’un des plus fervents partisans de l’accroissement des échanges avec la Chine ? Le Président de la République ne s’y est-il pas particulièrement impliqué, encore récemment dans son dernier voyage ?

La réalité est cynique. Et nos amis industriels du textile ne doivent pas se faire trop d’illusions. Leurs intérêts semblent bel et bien avoir été sacrifiés dans une négociation qui a privilégié l’ouverture du fabuleux marché chinois à nos Airbus, nos TGV, nos centrales nucléaires, notre industrie automobile. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les contorsions verbales des personnalités accompagnant actuellement le Premier Ministre en Chine : tout est fait pour minimiser les récriminations françaises et ne pas braquer nos interlocuteurs asiatiques.

Je prends les paris : passé le référendum (et les élections au MEDEF), nos dirigeants sauront prendre prétexte des positions libérales d’autres états membres pour justifier le minimalisme des mesures de sauvegarde qui seront adoptées. Il n’y aura pas de guerre du textile avec la Chine !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 25 avril 2005

Loi Galland : Nouvelles du front

La semaine dernière, j’ai discuté avec les principaux intervenants dans le dossier de la réforme de la loi Galland. Impression générale : le projet est trop manichéen (il y a les méchants distributeurs et les gentils industriels), il n’introduit pas une vraie concurrence (ce qui rassure le plus grand nombre). Vu sa complexité, il ne faut pas en attendre de baisse substantielle de prix. Et de ce fait, on peut douter de son intérêt politique, y compris pour la majorité actuelle.

Etat des positions :

I – C’est paradoxalement chez les parlementaires que l’on rencontre le plus grand scepticisme. Pour eux, c’est d’abord le calendrier qui pose problème. Patrick Ollier (Président de la Commission Eco de l’AN) et Luc-Marie Chatel (anciennement missionné par Jacob sur le projet) m’ont confirmé le tempo.

Le gouvernement a demandé « l’urgence ». C’est le Sénat qui ouvrira la discussion, la première semaine de juin. Le Président de la Commission Eco du Sénat aura une semaine, dix jours au mieux, pour recueillir les dizaines d’amendements déjà annoncés, puis le texte partira à l’AN. Encore dix jours de débats. Vote définitif (normalement) fin juin et promulgation début juillet. C’est court, très court. Rien que sur ce constat, la plupart de mes interlocuteurs doutent d’un aboutissement (et en tout cas, d’obtenir un texte de qualité).

a) Conséquence d’arbitrage interne aux assemblées, c’est Gérard Cornu, sénateur UMP, Président de la Commission Eco du Sénat, qui va ouvrir le bal des discussions. Même s’il a fait partie de la Commission Ollier-Chatel en 2004, les sénateurs ne sont pas au fait des derniers développements du projet.

b) Le texte en l’état est très compliqué. Difficilement applicable. Beaucoup de chausse-trappes et d’effets pervers autour de la définition des marges arrière et du seuil de revente à perte. Question des sénateurs : jusqu’où peut-on amender un texte déjà mal rédigé ? Certains articles sont à réécrire. D’autres auraient mérité qu’on publie l’avis du Conseil de la Concurrence.

c) Dans la procédure d’urgence, il n’y a pas de navette. Donc, c’est l’AN qui aura le dernier mot. Mais là aussi, comment procéder. Les parlementaires doivent-ils assumer un texte dont l’articulation s’est bien trop éloignée du projet initial élaboré par les professionnels rassemblés à l’automne 2004 autour de Nicolas Sarkozy. Le nouveau patron de l’UMP (il me l’a confirmé) n’a pas l’intention de cautionner une mascarade anti-distributeurs.

II – Du côté des professionnels, c’est un euphémisme de dire qu’il n’y a pas unanimité.

a) Les industriels :

- L’ANIA (agroalimentaire) estime que l’économie globale du projet est positive. Satisfaction très appuyée pour le côté répressif du texte et le renforcement de sanctions pénales. (Sympa pour les clients ! On s’en souviendra !). Mais estime, comme nous, que le mécanisme de répercussion des marges arrière provoquera des effets pervers.

- La FEEF (qui regroupe les PME, fabricants de marques de distributeur) est contre le projet. En fait, cette fédération ne veut pas d’une réforme de la loi Galland. Ses adhérents ont peur que si le prix des grandes marques baisse, les distributeurs achètent moins de MDD.

- La CGPME (petites et moyennes entreprises) ne veut pas qu’on touche à la définition du seuil de revente à perte.

b) Les distributeurs :

- Les indépendants (Intermarché, Leclerc, Système U) veulent qu’on supprime complètement les marges arrière, et trouvent le volet répressif contre-productif.

- La FCD (Auchan, Carrefour, Casino) préfère au texte Jacob, le retour à un « tout sur facture » majoré d’un coefficient multiplicateur. Une sorte de marge minimum. Et partage avec les indépendants l’idée que la réforme doit être progressive mais irréversible.

Tous préfèrent le report du projet, dans les conditions actuelles de sa présentation par un gouvernement pusillanime, plutôt que d’aboutir à une mauvaise loi et de passer tout l’été dans les locaux de la DGCCRF pour que cette dernière, à son tour, publie des textes d’interprétation.

Je ne peux pas, dans cette note, rapporter exactement le propos de chacun. Ce serait piéger mes interlocuteurs et altérer nos relations futures. Je crois pouvoir dire, en toute sincérité, que même dans la majorité actuelle, les députés et les sénateurs doutent surtout du maintien au gouvernement, passé le 29 mai, de l’actuel Premier Ministre. De ce fait, disent-ils, « quel intérêt avons-nous à travailler sur un mauvais texte qui, loin de faire l’unanimité, ne clôturera pas les rivalités industrie-commerce, provoquera l’ire des distributeurs et, s’il n’y a pas de baisse des prix, n’aura aucun effet politique positif.

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 23 avril 2005

Référendum : L’Europe inspire un partisan du « non »

Par deux fois cette semaine, sur le plateau de BFM et dans un restaurant très parisien, j’ai rencontré William Abitbol. Cet ancien député européen, collaborateur et ami de Charles Pasqua, milite pour le « non ». Il a pour lui d’avoir été membre de la convention chargée de préparer la Constitution. Il a de l’humour et même des talents littéraires. Et pour argumenter contre mon appel à voter « oui », il m’oppose avec délectation cette fable de son cru que je n’hésite pas à vous livrer…

M.E.L.

Les animaux et la Constitution

Quinze grands-ducs s’ennuyaient. Sans penser à malice,

Ils en convièrent dix autres à faire une grande Suisse.

Les nouveaux invités ne se le firent pas dire

Et voulurent aussitôt leur morceau de l’Empire.

Las ! De morceau ou d’Empire, il n’y en avait plus guère

Et ce qui prospérait c’était bien la misère

Le labeur désertait les champs comme les villes,

L’argent devenait rare et de plus en plus vil.

L’Empire faisait pitié, devenu famélique

Tandis que s’engraissaient la Chine et l’Amérique

Personne ne comprenait.

Ne s’était-on doté de la même monnaie

L’euro, qui rayonnait du Tage à la Baltique

Répandant ses bienfaits jusqu’à l’Adriatique ?

Et d’avoir sur le Main

Un bel aréopage

Pour veiller sur nos gains

N’était-ce pas plus sage

Que de laisser chacun

Libre de son usage ?

Il y eut conciliabule.

On y vint de partout et même d’Istanbul.

Pour mener le débat, on prit un vieux babouin

Qui depuis vingt cinq ans s’ennuyait dans son coin.

Un Aigle, c’est bien le moins, eut l’idée qui fit mouche

Ce fut un mot magique qui sortit de sa bouche.

« Constitution » dit-il. Aussitôt effacés

Furent tous les soucis jusqu’alors ressassés.

« Constitution, bien sûr, ne l’ai -je toujours dit »

Se rengorgea le Coq. Même le Lion s’y rendit.

On se congratula munis d’un tel viatique,

Où tout était prévu y compris la musique

Chacun rentra chez soi répandre la nouvelle.

Les marquis en tous lieux célébraient la libelle

Dansaient sur les estrades, trônaient dans les gazettes.

On conviât les manants à être de la fête.

« Ma foi dit le Lapin., mais où est ma luzerne ? »

Il vous faut sur ce point éclairer ma lanterne.

« Constitution ? fort bien » avança le Renard,

« Mais qui me fournira les poules et le canard ? »

Là haut on s’esbaudit devant tant d’ignorance.

« Les pauvres, se dit-on, se croient toujours en France.

Nous traitons en ce lieu d’une Constitution

Et non point de leurs maux la moindre solution. »

On fit venir l’Agneau, réputé plus docile

Qui plutôt que loups choisit les imbéciles

Les grenouilles jurèrent ne plus vouloir de grue,

Le corbeau rappela qu’on ne l’y prendrait plus.

La question appartient à celui qui la pose

La réponse, bien souvent, à ceux qui s’y opposent.

Jean de la Fontaine

Pcc William Abitbol

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 22 avril 2005

Journal des 18, 19, 20, 21, 22 avril 2005

1) Politique :

Je cherche un titre de jeu vidéo. Vous savez, ces jeux extrêmement violents, avec des gros « splash » rouges sang quand la balle doum-doum pénètre la chair et broie les os ! Genre maxi-gore, pour rigoler. Tout ça pour illustrer les cruels jeux du cirque auxquels se livrent nos hommes politiques. Lundi, c’est Villepin qui tire au bazooka sur Raffarin : « Le 29 mai, c’est sûr, tu dégages ! ». Il enfonce encore un poignard dans le dos : « C’est Djack qui me l’a dit ». Le délit de lèse-majesté est confirmé à Sarko, en déplacement aux Sables d’Olonne. Avec la moue d’un Juda plein de compassion, il téléphone à Raff : « Tu as vu, Jean-Pierre, le mal qu’ils te font ! ». Le coup de téléphone est public, bien sûr, pour accréditer le rapprochement avec ce Premier Ministre qui a déjà des airs de sacrifié. Et Sarko de flinguer à son tour la « perte de sang froid de Monsieur Galouzeau de Villepin que nous avions déjà connue en 1997 chez l’initiateur de la dissolution ». Mardi, gros plan sur les visages, au petit déjeuner d’une réunion interministérielle. Les croissants restent sur la table. Villepin bredouille et se justifie. Raffarin profite du froid silence qui s’ensuit : « Répète un peu pour voir ». C’est Clint Eastwood et Charles Bronson, avec des airs de Groucho Marx. Ca finit sur RTL par une reprise en main du chef : « C’était un dérapage, j’ai rétabli l’ordre des choses ». Génial ! J’adore les bons scénarios. Dommage que ces grosses productions « hollyséennes » drainent le public hors des petites salles indépendantes où l’on donne cette timide production française : « Rêve d’Europe ».

2) Communication :

Mercredi, dans les kiosques à journaux, deux « Unes » se font face et se narguent : celle du Figaro entièrement consacrée au sacre de Benoît XVI (aucune allusion à une autre actualité) ; et celle de Paris Match : gros plan sur les traits tirés du visage de Caroline, minée par la mort du prince. Deux choix rédactionnels, deux politiques marketing qui disent clairement leur cible. Qu’en pensent les lecteurs ainsi catalogués, catégorisés, étiquetés. Le clientélisme n’est plus l’apanage des politiques. Et de l’économie marchande, les médias ont manifestement retenu toutes les recettes jusqu’à sombrer dans la caricature et le ridicule.

3) Politique :

L’affaire Destrade a trouvé son dénouement : l’ancien député PS des Pyrénées-Atlantiques a été condamné, jeudi, dans une affaire de trafic d’influence. 17 chefs d’entreprise et patrons de la grande distribution ont été aussi condamnés. Le tribunal n’a pas pu établir de lien entre ces versements et le financement occulte d’un parti politique. Ce volet de l’affaire a fait l’objet d’un non-lieu global en août 2004. On retiendra donc que tous ces chefs d’entreprise ont versé cet argent sans autre motif que de faire plaisir à un homme politique. Normal !

4) Société :

Le feuilleton du Lundi de Pentecôte fournit, chaque jour, sa part de gags. Tandis que Matignon confirme sa décision de mettre les Français au travail, la direction de la SNCF décide, ce vendredi, que le Lundi de Pentecôte sera finalement férié. (Tiens, le service public est indépendant ?).

Les cheminots travailleront 1 minute et 43 secondes de plus chaque jour pour compenser. Je ne sais pas quel modèle social la France veut défendre dans le concert européen. Mais pour qui lit la presse étrangère, ce feuilleton rocambolesque achève vraiment de nous discréditer.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 21 avril 2005

Les prix ont baissé en hypermarchés. Merci qui… ?

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L’INSEE confirme : sur 12 mois, les prix dans les hypers ont diminué de 1,1 % (0,7 dans les supermarchés). Et la baisse a continué ces 3 derniers mois.

La publication de cet indice cloue le bec aux adversaires de la réforme de la loi Galland. Que n’avait-on entendu de leur part. Il leur fallait contester à tout prix les effets des accords Sarkozy (17 juin 2004). On a donc lu des milliers d’articles (au point que certains journalistes disent leur fatigue d’aborder le sujet) pour donner la parole aux sceptiques (septembre 2004), pour contester la réalité de la baisse (octobre/novembre 2004), puis relativiser son importance (novembre 2004 à janvier 2005).

Dans le même temps, les conservateurs ont fait le tour des députés pour marteler ce gros mensonge : il n’existe pas d’élasticité prix de la demande sur les produits de grandes marques. La publication de cet indice n’est-elle pas la meilleure explication des gains de parts de marché acquises par les HD, les Leclerc, et autres Système U ? Les magasins de mon groupe ont baissé leur prix de 3,5 % sur 5 000 articles depuis septembre. Ils sont en augmentation de chiffre d’affaires de 4 % (plus 0,4 % d’augmentation de part de marché). Oserais-je dire que si les nouveaux dirigeants de Carrefour peuvent annoncer un frémissement de leurs ventes en ce début d’année, c’est bien parce que cette enseigne a baissé ses prix substantiellement dans nombre de ses magasins.

Reste l’étonnant silence du politique. En d’autres circonstances, tout chef de gouvernement se serait prévalu d’annoncer et de surfer sur ce bon indice de prix. Ecoutez, tendez l’oreille. Percevez-vous le moindre murmure d’approbation ? Que nenni !

C’est que, voyez-vous l’exploitation d’un bon indice risquerait de donner du galon à Nicolas Sarkozy. C’est bien lui, évidemment, qui a osé orchestrer cette baisse dans la grande distribution. Pas question pour le gouvernement de lui faire de la pub.

Et puis, en forçant l’applaudimètre, il faudrait reconnaître tout le mérite de ces distributeurs qu’il est si facile de vilipender devant des parterres d’agriculteurs ou de PME.

Voilà donc un gouvernement pris à son propre piège. Le Premier Ministre se targuait de vouloir « lutter contre la vie chère », mais se trouve incapable de communiquer sur une performance qu’il pourrait s’approprier.

Mais pourquoi se priver d’un petit plaisir. Qu’on me permette ici de me retourner vers notre Ministre du commerce, Christian Jacob pour lui poser cette question un tantinet sarcastique (sur le ton d’une publicité célèbre) : « Les prix ont baissé, merci qui… ? ».

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 20 avril 2005

Commerce équitable : l’autre mondialisation

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Tristan Lecomte, Président d’Alter Eco, organisait, hier, un petit déjeuner de presse. J’aime bien ce jeune chef d’entreprise. Par son dynamisme, il contribue beaucoup à la promotion du commerce équitable en France.

Dans le public, journalistes, étudiants, analystes, distributeurs (Carrefour, Cora), industriels (Pomona, L’Oréal…). Ah, qu’il est loin le temps des militants hurlant leur haine de l’économie marchande. Place à l’ère des managers du développement durable. Ils sortent aujourd’hui de l’Université, d’AGRO ou d’HEC. Ils ont gardé la foi des militants, mais à l’enthousiasme, ils ont rajouté l’efficacité.

Sous le contrôle de l’association Max Havelaar qui décerne son label, une vingtaine de « fournisseurs équitables » approvisionnent aujourd’hui la grande distribution, Leclerc en tête. (Je dis « en tête » sans fanfaronnade, ni publicité mensongère, tout simplement parce que nos adhérents « le valent bien ». Ils ont décidé d’apporter une forte contribution au développement de ce marché et nous nous sommes fixés d’atteindre le leadership dès 2005 !). Pour le moment, ce marché est encore marginal. 0,3 % des ventes des Centres E. Leclerc en 2004. Guère mieux ailleurs. Pas de quoi pavoiser. Le marché français du commerce équitable reste à booster, même si, toutes les études le montrent, les consommateurs sont désormais sensibilisés à cette démarche « citoyenne ».

Les fournisseurs ont pour nom « Alter Eco », « Café le Bonifieur », « Echange Equitable », « Lobodis », « Naturalim », « Ata », « Acdis », etc… Ce sont des entreprises indépendantes, ou des filiales de petits groupes agroalimentaires déjà connus (Café Méo, Malongo, Cantalou) qui organisent la filière ou la valorisent. Elles achètent café, riz, thé, huile, cacao et jus de fruits à des groupements de producteurs ou des petites coopératives qui sont plutôt établis au Sud de nos continents. Depuis l’année dernière, il s’en trouve même qui fournissent des cotonnades (Hydra, et même une filiale de Kindy), de la papeterie et des jouets.

Les petits producteurs organisés reçoivent un sur-prix (30 à 50 % supplémentaires par rapport au cours) en contrepartie d’une garantie de réinvestissement dans l’appareil de transformation, ou d’un apport à l’économie villageoise (réseau de transport, équipements sanitaires ou scolaires, etc…). Ni mécénat, ni sponsoring, ni charité. Ils se sont engagés volontairement dans un processus de développement durable, liant contribution économique et objectif social. Les « gringos » de Jacques Vabre ne viennent pas chercher leur production ! Ce sont eux qui sollicitent la filière du commerce équitable et tentent de venir jusqu’à nous.

En rentrant dans les rayonnages des hypers, le commerce équitable profite de la notoriété et de l’attractivité des enseignes. Il augmente les débouchés potentiels. Et les produits équitables deviennent plus accessibles parce que moins chers. Contrairement à une idée reçue, le prix jusqu’ici élevé du commerce équitable ne provient pas de la rémunération payée aux producteurs. (Le coût de la matière première est inférieure à 10 % de la valeur du produit fini). Ce sont les charges fixes, les coûts logistiques et les marges des intermédiaires qui plombent leurs prix. Par rapport au circuit traditionnel et trop confidentiel des réseaux militants, le référencement en hyper rend ces produits presque aussi compétitifs que les grandes marques. Et ils profitent de la politique promotionnelle, comme la présence en catalogue (15 millions d’exemplaires). Sacrée vitrine !

En 2004, les Centres E. Leclerc ont commercialisé une centaine de produits de commerce équitable pour un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros. En 2005, avec 180 références, ils visent 15 millions d’euros. La plupart des autres distributeurs s’y mettent aussi. Le marché décolle au point d’intéresser les industriels multinationaux eux-mêmes et les enseignes pour en faire des marques de distributeur. Riche débat en perspective…

P.S. : Dans dix jours, c’est le lancement, en France, de la Quinzaine du Commerce Equitable. Ce sera l’occasion de vous présenter quelques acteurs clés de ce marché. J’organiserai un chat sur ce site le 11 mai.

Michel-Edouard Leclerc