Archive pour le 5 avril 2005

Mardi 5 avril 2005

Europe, référendum : raisons de dire OUI

Je voterai « oui », le 29 mai. Un « oui » sans arrogance, sans mépris pour ceux qui doutent sincèrement, mais un « oui » suffisamment raisonné pour être militant.

J’ai toujours été contre le principe de ce référendum. Comment ne pas comprendre qu’en exigeant une réponse simple à une question aussi complexe, les Français refuseraient de se faire piéger par une interrogation aussi manichéenne. Au jeu du « stop ou encore », il est plus tentant d’empocher une mise (que l’on connaît) que de tenter un pari aussi incertain.

Le Général de Gaulle a trébuché de la sorte. Comme hier avec la réforme du Sénat, les enjeux institutionnels paraissent décalés par rapport aux frustrations de la vie quotidienne. On dit aux Français qu’un vote sanction serait hors sujet, mais n’est-ce pas une manière pour nos concitoyens de rappeler aux dirigeants qu’ils ne sont pas leurs sujets.

1) Sur le fond, l’avis des Français sur la Constitution européenne est mitigé. Dans mon groupe, comme dans mon entourage immédiat, les débats sont animés et les jeux ne sont pas faits. Peu nombreux sont les lecteurs de ce texte confus, mêlant principes et règlement intérieur. On trouvera donc dans le camp du « non » les nostalgiques d’une souveraineté révolue, les opposants au tandem Raffarin-Chirac, les adversaires d’une Europe trop fédérale. Ceux-là se sont déjà exprimés lors de la querelle de Maastricht. On connaît leurs arguments. Leur vote sera négatif.

Mais il y a aussi des passionnés d’Europe qui expriment leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une fuite en avant : un élargissement trop rapide de l’U.E., sans noyau dur garant des valeurs et d’un projet collectif enthousiasmant. Ils n’ont pas tort. Il faut les écouter. Car quoi qu’en disent les militants du « oui », il y a dans cette Constitution une forme d’engagement sur l’avenir qui tient de la foi. Si on rappelait leurs promesses aux partisans du « oui » à Maastricht, ils seraient nombreux à se planquer sous la table.

Cette inquiétude justifie-t-elle le « non » ? Non ! Voter « non » n’aurait d’intérêt (thèse Fabius-Mélanchon) que s’il existait une possibilité de renégociation. Mais avec qui, dans quelles conditions et pour quels avantages ? Sincèrement, je ne vois pas comment on pourrait obtenir mieux.

2) Ce texte constitutionnel constitue, malgré tout, une avancée. Il renforce le caractère démocratique des institutions en donnant plus de pouvoir au Parlement pour contrôler la Commission. Il introduit une ambition.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Europe, un acte solidaire est donc commis par 25 pays alliés de cultures différentes. Forcément, c’est un compromis. Chaque peuple y a laissé quelque espérance. Celle des Polonais et des Italiens, par exemple, qui voulaient une référence spécifique aux origines chrétiennes de l’Europe. Les Français ont fait partie de ceux qui s’y sont opposés. C’est l’un des leurs (VGE) qui a tenu la plume. Dire « non » aujourd’hui, ce serait donner l’impression de « jouer perso » après avoir exigé de « jouer collectif ».

3) D’un point de vue purement tactique, je ne vois pas ce qu’il y a à gagner. A supposer qu’il y ait électrochoc puis tentative de renégociation, il y a fort à parier que Polonais, Espagnols, Italiens, Portugais, Irlandais et Anglais appuieraient des solutions encore plus libérales. Est-ce ce que veulent les partisans du « non » ? Et quels seraient alors nos arguments : la France est de plus en plus isolée du fait de ses contre-performances économiques (avec 10 % de chômeurs et les déficits publics, elle n’est vraiment plus un modèle sur le plan social). Cette situation ne nous autorise pas à faire le coq !

Sur les questions européennes, je n’ai évidemment aucune autre légitimité que celle d’un témoignage : toutes les avancées en droit de la consommation, comme en droit de la concurrence, nous les devons à Bruxelles. C’est déjà une raison de dire « oui ». Et s’il s’agit de participer à de futures négociations, je sais, par expérience, que celui qui déroge au contrat perd forcément la meilleure place.

Dire « oui », même à une Constitution imparfaite, c’est être assuré de rester dans l’histoire, c’est assumer le leadership qu’on attend des pionniers, c’est garantir notre audience et notre part de voix dans le futur concert européen.

Michel-Edouard Leclerc