Archive pour avril 2005

Mardi 19 avril 2005

France Loisirs avale les librairies Privat : Reparlons de la loi Lang

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Emotion dans le petit monde de l’édition. France Loisirs (202 points de vente) vient de racheter le réseau de l’enseigne Privat (32 librairies générales dont 26 en France). Après le rachat du « Grand Livre du Mois » et au lendemain du lancement de « Audible.fr » (« premier site internet de téléchargement de contenu culturel »), cette opération du groupe Bertelsmann permet à Marc-Olivier Sommer (PDG France) d’ambitionner le leadership du secteur d’ici 2010 (devant la Fnac et Leclerc).

L’affaire est abondamment commentée dans les gazettes économiques. Mais paradoxalement, pas un commentaire, pas l’ombre d’une référence à ce qui pourrait être interprété comme un effet pervers de cette bonne vieille loi Lang.

La loi Lang (1981), du nom de l’ancien Ministre de la culture, a instauré en France un prix unique du livre. Depuis 20 ans, les livres sont vendus partout au même prix, dans les hypers, les librairies ou sur le net : un rabais de 5 % maximum est autorisé. Ce sont les éditeurs qui fixent les prix de vente public.

C’est pour contrer la Fnac et les hypers que les syndicats des libraires avaient proposé cette mesure. François Mitterrand l’avait inscrite dans les 110 propositions qui constituaient son programme présidentiel. Les Centres E. Leclerc ont longtemps ferraillé contre cette loi censée protéger les libraires indépendants : petits libraires de quartier, librairies spécialisées, etc…

Il faut dire que la question méritait d’être posée. Trop souvent, les hypermarchés se contentaient de « massacrer » le prix des dictionnaires, des livres pratiques ou de quelques best-sellers, sans s’engager sur la détention d’une offre de fond suffisamment diversifiée. De ce fait, ils concurrençaient les libraires, pouvaient casser le marché, sans fournir une offre de remplacement qui soit de qualité. Mais là où nous préconisions l’intervention des éditeurs pour qu’ils différencient leurs conditions de vente au profit des seuls bons professionnels, le législateur a préféré empêcher tout rabais et interdire la concurrence par les prix. Vraie préoccupation, mauvaise réponse !

Il arriva ce qui devait arriver : fortes d’une marge quasi garantie de 30 % à 38 %, les grandes surfaces (GMS et GSS) ont développé leur chiffre d’affaires au détriment du réseau des libraires.

Les professionnels de l’édition n’ont jamais voulu faire un bilan objectif. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. La librairie traditionnelle ne représente plus que 19 % du marché, contre 41 % aux GSS et hypers, et 21 % aux clubs du livre et à la VPC. Seuls les libraires en réseau ou les librairies des grandes villes ont pu résister.

Cette évolution était prévisible. On nous a fait taire. Nous avons perdu nos procès. On nous a fait remonter les prix. Histoire ancienne donc ! Mais il est un fait que nous avions aussi dénoncé : il n’était pas logique d’autoriser, seuls, les clubs du livre à discounter. Il leur suffisait de re-maquetter les livres six mois après leur parution et d’en discounter le prix.

Vue sous cet angle, l’opération France Loisirs consacre, certes, la réussite d’une entreprise remarquablement gérée. Mais elle illustre surtout un des effets pervers de la loi Lang : Privat fut pendant longtemps l’un des plus beaux fleurons du secteur de l’édition dans le sud de la France. Le rachat, aujourd’hui, de cette prestigieuse maison par un club de livres dont le catalogue n’atteint pas 10 % de l’offre d’une librairie d’aéroport, devrait faire réfléchir tous ceux qui, ici comme ailleurs, n’arrêtent pas de réclamer ce type de mesures protectionnistes.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 18 avril 2005

Journal des 15, 16 et 17 avril 2005

1) Agriculteurs en colère : Ce vendredi 15/04, 50 militants du MODEF (mouvement paysan proche du PC) ont déboulé au siège de Carrefour à Paris. L’objet de leur courroux ? Les marges arrière ! « Il est anormal que la nouvelle loi Jacob autorise toujours les marges arrière », martèle Xavier Compain, dirigeant du syndicat. Plutôt curieux comme réaction ! Car si telle est sa motivation, pourquoi s’en prendre à un distributeur ? La logique n’eût-elle pas voulue qu’il s’adresse à son ancien camarade de la FNSEA, Christian Jacob, devenu ministre et géniteur de la réforme contestée ? A moins bien sûr que tout cela ne se fasse en connivence !

2) Europe : Hubert Nyssen, romancier et fondateur de la maison d’édition Actes Sud, a confié, samedi, son journal de bord hebdomadaire aux lecteurs de Libé. Ce grand monsieur de l’édition française fustige avec talent le principe du référendum (« Une invitation faite aux humeurs, aux règlements de comptes, aux désaveux, aux rancunes, aux frustrations »). Je retiens cet argument : « Si en 1981, on avait soumis la question de l’abolition de la peine de mort au référendum, le « non » l’eût emporté et la France eût traîné longtemps encore ce boulet honteux dont Robert Badinter l’a délivrée par son plaidoyer devant le Parlement ». Quand un sujet est trop passionnel, ce n’est pas mépriser le peuple que de le solliciter via ses représentants et dans des enceintes qui siéent mieux à des débats complexes.

3) Référendum, toujours : Les Centres E. Leclerc ont accepté de diffuser 750 000 exemplaires d’un numéro spécial du journal « l’Hémicycle » reprenant tous les termes du projet constitutionnel. Ce n’est pas la première fois que nous participons à des opérations pédagogiques. Pour le passage à l’euro, nous avions beaucoup investi en mettant notamment en circulation, plusieurs mois avant la date fatidique, deux millions de fac-similés euros. Cette fois-ci, c’est le SIG, le Service d’Information du Gouvernement, qui nous a sollicités. Même si le document reste peu lisible, je me félicite que Matignon soit passé au-dessus de nos querelles sur la loi Galland. Nous avons un réseau, une notoriété, une popularité, l’enjeu mérite qu’on collabore… Mais pour autant, était-ce bien nécessaire (et si peu reconnaissant) de faire croire que notre implication n’avait d’autre motivation que d’empêcher Casino (co-diffuseur) d’en revendiquer l’exclusivité. J’aurais pensé mieux des services du gouvernement ! ! !

4) Culture : L’installation de la fondation François Pinault à Boulogne paraît compromise. Le financier aurait bouclé ce week-end l’acquisition du Palais Grassi à Venise. Il ne fait plus mystère de vouloir y exposer une partie au moins de ses collections.

On pensera ce que l’on veut du bonhomme. Je le connais peu, malgré ses origines bretonnes. Mais tous les spécialistes en conviennent : il a constitué une collection inestimable d’art contemporain. Une des plus importantes dans le monde. Il « ne demandait pas le tapis rouge ». Il a dépensé 20 millions d’euros en études et honoraires pour un projet de 150 millions. Cinq ans après la signature d’une première convention avec la ville de Boulogne, les imbroglios administratifs, politiques et fonciers semblent avoir eu raison de sa patience. C’est probablement Venise, puis Berlin qui abriteront ses collections. Encore une leçon à méditer : quand la France se recroqueville et s’enlise dans ses querelles de clocher, l’Europe offre de nouveaux territoires à qui veut avancer !

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 16 avril 2005

Didier Tarquin

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La région d’Aix-en-Provence est une véritable pépinière d’artistes qui se consacrent à la BD ou au dessin animé. Ils sont plus d’une trentaine à travailler pour plusieurs maisons d’édition. Et c’est au cœur de la ville universitaire que le scénariste Scotch Arleston et l’éditeur Mourad Boudjellal ont posé les bureaux de Lanfeust. Cette revue fait évidemment la promotion des produits-maison (Mourad est le fondateur de la société d’édition « Soleil »). Elle fonctionne aussi comme un vivier de jeunes talents qu’elle abrite dans ses locaux, en résidence occasionnelle.

Pourtant, c’est à La Rotonde, brasserie branchée de cette capitale régionale que Didier Tarquin a « élu atelier ». Malin, un tantinet voyeur, il s’y est fait réservé le meilleur emplacement : vue sur l’une des plus belles places de la ville, animée par le passage nonchalant des badauds sous les platanes. Vue sur l’intérieur : plus chaude encore, quand sur le velours rouge des canapés, s’exposent les jambes des jeunes étudiantes que la ville abrite par milliers (50 000 nous dit-il avec gourmandise !).

Tarquin, c’est pour beaucoup de lecteurs, le démiurge d’un monde appelé « Troy ». Le succès d’édition est colossal (5 millions d’albums vendus). De quoi assurer au dessinateur et à son scénariste favori (Scotch Arleston) de confortables revenus. Autant dire qu’outre l’amitié, la nécessité les a en quelque sorte « paxés ». Leur « fabrique » ne chôme pas. Si l’on trouve peu de produits déclinés (statuette, gadget, projet de film), les albums se succèdent jusqu’à paraître deux fois par an, donnant consistance et densité à des personnages rabelaisiens : Cixi, séductrice et chipie en diable (ici croquée pour vous par son créateur) ; C’ian, discrète amoureuse ; Hebus, un troll domestiqué et rigolard ; et Nicolède, magicien et sage parmi les sages.

Didier Tarquin est un modeste. Il n’hésite pas à dire que son dessin est imparfait, ce qui n’est pas totalement faux, mais il l’assume. Notre auteur répugne à embellir : si une case est un peu faible, on passe. Ce qui compte, c’est la lecture du mouvement. Didier dessine à l’instinct, sans trop de pré-cadrage.

Il est vrai qu’il dispose d’un sacré moteur : les scénarios de Scotch Arleston racontent des histoires qui n’ont certes pas la densité des tragédies de Sophocle ou de Shakespeare, mais tout cela est bien ficelé et sert de prétexte à de multiples scènes savoureuses. L’occasion de déniaiser Lanfeust, le héros-malgré-lui, en but (on le plaindrait !) à la passion que lui portent des femmes guerrières, résolues mais coquines, avec des fesses appétissantes, des tenues chipées dans la garde-robe des costumiers de Mad Max. Et surtout des jambes délibérément longues, interminables (celles de Braise, la rousse incendiaire, ou de Bridjeth, la contorsionniste), comme celles que découvrent les minijupes de La Rotonde.

Il a un formidable appétit d’images, notre Tarquin. Savez-vous qu’il visionne jusqu’à deux films par jour (tous les genres). Spielberg est son maître qui rend, dit-il, accessible le mythe. Il faut l’entendre raconter le scénario d’ET et décrire cet épisode : les gosses vont dans la maison du jardin chercher râteaux, parapluies et casseroles pour créer une station d’émission capable de communiquer avec le vaisseau des extraterrestres : « Ce bric-à-brac à la Géo Trouve Tout, c’est cent fois plus crédible qu’un montage sophistiqué bâti par des ingénieurs de la NASA ». Oui, Didier est un grand gosse, il s’abreuve d’émotions, se repaît de couleurs, s’imprègne du tempo de la pellicule cinématographique avant de se lancer sur le papier. Et de s’y consumer. Pas étonnant, dès lors, qu’il manifeste ce manque d’assurance, caractéristique des auteurs prolifiques qui ne prennent pas le temps de se raconter tant ils sont rivés à leur table à dessin. Le monde de Tarquin n’en est qu’à son Bing Bang. Tant mieux pour les éditions Soleil car l’imaginaire de notre espiègle n’est pas prêt de se tarir.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 15 avril 2005

Chirac, la Constitution Européenne, le référendum…et le peuple

Hier soir, comme beaucoup de Français sans doute, j’étais devant mon poste de TV. Tout de suite, un certain malaise. L’émission était manifestement mal préparée. Dès le départ, on sentait que le courant ne passerait pas entre le Président et les jeunes qui ont été sélectionnés. Mis à part Fogiel, les médiateurs n’ont pas apporté de valeur ajoutée. Jusqu’à notre PPDA national qui, à la limite du bâillement, n’eut pratiquement pas à intervenir. Pour qui s’intéresse à l’avenir de l’Europe, cette émission fut vraiment frustrante.

En vrac, quelques réflexions rapidement jetées sur le papier :

1) Une jeune femme interpelle Chirac sur le risque d’une dérive plébiscitaire : risque d’un vote sanction et rejet de la politique gouvernementale ! Elle ose (bravo) rappeler, avec l’efficacité de toute sa candeur, la responsabilité du Président dans l’échec éventuel de cette consultation.

Car le référendum, c’est son choix. Raison de politique intérieure ? Sincère volonté d’associer le peuple à l’histoire de l’Europe ? Qu’importe la motivation, c’est lui qui a voulu cette initiative écartée par les Italiens et les Allemands.

Et c’est encore lui qui a choisi ce type d’émission TV : seul, face aux jeunes, face au peuple, en évitant un débat avec des journalistes, des experts ou des opposants. Hier soir, le Président s’est enfermé dans son propre piège. Pouvait-il vraiment être lui-même convaincu de la pertinence de la voie référendaire quand il incitait les jeunes (et à travers eux les Français) à lire les 850 pages du traité afin d’entraîner leur adhésion. Ca ne faisait pas sérieux. Et le maintien de cette position devant un parterre qui avouait sa totale ignorance des choses institutionnelles…avait quelque chose de pathétique.

2) La pièce était d’autant plus dramatique que, manifestement, le Président n’avait pas suffisamment préparé son intervention. A l’aise, mais redondant quand il insistait sur quelques généralités du type « l’union fait la force », son propos était complètement en décalage avec les questions concrètes des jeunes. Mis à part le sujet sur l’agriculture où il a répondu avec précision, conviction et expertise, il n’a pas su répondre de manière suffisamment tangible sur le plan juridique comme sur le plan économique.

3) Quel est le message que, finalement, l’on retient ? Une espèce de leitmotiv : « Je ne vous comprends pas », « Vous ne comprenez pas !». Quel aveu, quel dommage ! Assurément, il avait raison de répondre à certaines questions : « Ca ne concerne pas la Constitution, ce n’est pas le sujet ». Oui, mais voilà, en l’état de l’information des Français, et vu les arguments développés par les partisans du « non », ces questions-là se sont installées dans le débat. Elles nourrissent l’angoisse de nombreux Français. Avant de dégager en touche ou d’exprimer son irritation, l’héritier du gaullisme aurait dû dire : « Je vous comprends. J’assume une partie des non-réponses dans le cadre de la politique intérieure. Nous vivons une période difficile de notre histoire économique. J’en suis conscient, je fais pression sur le gouvernement…etc… Et nous allons utiliser les avancées de la Constitution pour enrichir le projet européen, comme je l’ai fait avec un certain succès pour les agriculteurs ou la directive B… ». A défaut de convaincre ses opposants, il aurait rassemblé les Français qui l’aiment au combat, quand il est punchy et conquérant. Hier, il était sur la défensive.

4) Mais comment faire aimer l’Europe après l’avoir tant décriée ? Le Président s’est pris là encore dans le piège que se sont fabriqués la plupart des hommes politiques français. Si nos concitoyens sont aussi ignares sur nos institutions comme sur l’histoire de l’Europe, et s’ils tiennent l’U.E. responsable de leurs malheurs, c’est bien parce que tous les gouvernements successifs n’ont eu d’autre antienne que de fustiger les « technocrates de la Commission » : lois sur la pêche, la chasse, délocalisations, bas salaires… La faute à Bruxelles ! A force d’avoir cumulé les images négatives d’une Europe-contrainte, il est pratiquement impossible, le temps d’une campagne référendaire, et encore plus, d’une émission télévisée, de remonter la pente.

5) Alors, il reste au Président cet exercice franchement démagogique : il fustige l’Europe libérale, à l’anglo-saxonne, pourtant à l’origine des records d’exportations et de l’accroissement du niveau de vie des Français. Il revêt finalement un habit de gauche en invoquant un projet humaniste et la défense d’un modèle social dont il refuse de dire qu’il n’est plus exemplaire.

Hier soir, le camp du « non » devait se frotter les mains. Dommage que la télévision ne nous ait pas retransmis le happening du Zénith qui rassemblait Marie-George Buffet, José Bové et Olivier Besancenot. On y parlait coupure d’EDF chez Bolkestein, on invitait les postiers à faire de même, on rappelait aux paysans que dans l’histoire, c’est la France qui donnait le signal des jacqueries. Cinq petites minutes de ces élucubrations au JT, ça aurait permis, juste après la prestation manquée du Président, de remettre le curseur à sa place. Dommage !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 14 avril 2005

Importations et délocalisations : Le Sénat cible la distribution

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Quand j’ai reçu la convocation, j’ai franchement hésité. Le sénateur Jean Arthuis (UMP) était-il en train d’organiser un « remake » des auditions parlementaires qui, dans les années 93-94, avaient lancé le mouvement anti-grande distribution. Des commissions présidées par lui-même, mais aussi par Franck Borotra ou Georges Chavanes, avaient désigné « la politique des prix bas » comme fauteur des délocalisations industrielles.

Armé d’une batterie d’arguments et de statistiques, j’ai finalement décidé de me prêter à l’exercice (les absents ont toujours tort). Et ce mardi, je me suis retrouvé face à une trentaine de sénateurs dans la salle bien tristounette de la Commission des finances. Accueil chaleureux, même si Jean Arthuis prend volontairement quelques distances en ouvrant la séance un peu solennellement (il est vrai, nous nous connaissons depuis 15 ans !). Et d’emblée (j’aurais gagné mon pari !), on me ressort le même menu : « une forte pression sur les prix et une relative indifférence des consommateurs quant à l’origine géographique des produits… conduisent à une hyper concurrence entre distributeurs et…contraignent les producteurs à délocaliser ». « Les consommateurs ne font plus le lien entre leurs achats et leur emploi ! ».

Passons sur le fait qu’aujourd’hui justement les prix des produits français sont plus élevés qu’ailleurs et que, même fabriqués à l’étranger, ils sont vendus trop chers (loi Galland) ! ! !

Alors pour la centième fois, j’explique, et je prends le cas du textile français.

1) C’est le secteur le plus touché. Les délocalisations ont commencé bien avant le développement des hypers qui n’ont pesé sur les achats textiles qu’au début des années 90. Les industriels du Choletais, d’Ile-de-France, du Lyonnais ont investi au Maghreb, puis à l’Ile Maurice, dès 1975, pour réduire leurs coûts. Pour résister aux importations ? Même pas, ils étaient protégés par des quotas. Non, il s’agissait d’accroître les marges.

2) Ces industriels ont-ils agi par la suite pour éviter la pression des centrales d’achats ? Non, la preuve : ils n’ont jamais voulu livrer leurs marques aux hypers. Jamais. Malgré des procès célèbres qui ont amené Leclerc ou Carrefour à les attaquer pour « refus de vente » (ex. : actions contre Absorba ou Petit Bateau). Ce sont les secteurs du luxe et du prêt-à-porter qui ont délocalisé en premier (Rodier, Hechter, Saint-Laurent).

Anecdote : J’avais, dans les années 80, placardé, en 4 x 3 sur les murs de France, une affiche avec comme seule image un cintre et ce texte : « Daniel Hechter ne vend pas à Leclerc parce que Leclerc n’est pas assez cher ! ». Il avait répliqué dans la presse en dessinant une boîte de petits pois à sa marque : « Voici ce que Daniel Hechter serait devenu s’il avait vendu à Leclerc ».

3) Pas possible donc d’accuser les méchants distributeurs. Les sénateurs restent sans voix. Il est vrai qu’aujourd’hui, 80 % du textile vendu dans les hypers, par la VPC (La Redoute, 3 Suisses) ou chez les spécialistes (Gap, Etam, H & M), sont des vêtements importés. Mais observez bien les rayonnages et les vitrines. Pratiquement aucune marque industrielle. Les distributeurs ont été obligés de créer leurs marques propres. Ils se sont adaptés à une donne qu’on leur a imposée.

4) C’est à cette conclusion que je veux amener les sénateurs. Une conclusion paradoxale. Si les marques textiles avaient livré la grande distribution, le mouvement de délocalisation eût pu être freiné. Pas stoppé (les écarts de coûts sont trop grands avec l’Asie). Mais plus étalé.

En pratiquant de plus faibles marges que le réseau traditionnel, les GMS et les GSS n’auraient pas répercuté aussi vite les augmentations de coûts de production. Ils auraient fait « tampon ».

Les industriels ont préféré, de 1960 aux années 90, réserver leurs marques aux commerçants spécialisés qui vendaient cher. Ceux-ci ont disparu et, avec eux, l’emploi industriel ! ! ! CQFD.

J’ai quitté les sénateurs en rappelant que, dans trois semaines, ils auraient à débattre de la réforme de la loi Galland qui produit les mêmes effets (marques trop chères, report des achats sur le hard-discount, importateur). L’histoire décidément repasse les plats… Retiendront-ils la leçon ?

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 13 avril 2005

Loi Galland – Réforme impraticable : copie à revoir

C’est ce matin que le Conseil des Ministres débattra du projet de loi portant réforme de la loi Galland, cette loi qui empêche les distributeurs les plus dynamiques de vendre moins cher.

Le gouvernement n’a pas retenu l’essentiel du dispositif préconisé par la Commission présidée par le député Chatel. Le texte qu’on nous propose est confus. Les marges arrière tant décriées y sont maintenues à un niveau très élevé (20 %). Le calcul du prix de vente devient un casse-tête et une source d’erreurs. L’insécurité juridique pour les distributeurs devient maximale tant les sanctions sont renforcées. Dans ces conditions, on ne voit pas ce qui inciterait les distributeurs à baisser les prix. Rapide survol des éléments-clés du nouveau dispositif :

1) Conditions générales de vente et tarifs des fournisseurs (CGV) : Jusqu’ici, on nageait en pleine ambiguïté : l’administration a soutenu pendant longtemps que les CGV étaient négociables, mais ne s’est pas opposée, dans les faits, aux prétentions des industriels qui refusaient qu’on y touche. Le nouveau projet prévoit qu’elles pourront être différenciées, mais en respectant un formalisme qui exclut une véritable négociation.

a) L’écart doit être justifié par une contrepartie réelle et proportionnée. Cette condition n’est pas claire. Je le dis pour les néophytes, c’est un jargon « en trompe-l’œil ». On ne dit pas « proportionné par rapport à quoi ». Seule, l’administration en a la clé d’interprétation. Et puis, quelle est la contrepartie d’une baisse de prix ? Si le yaourt Danone est moins cher, en cours d’année, que celui de Nestlé, ce dernier va devoir ajuster ses tarifs. Faudra-t-il « inventer » une contrepartie (prestation de services ?) alors qu’il s’agit simplement d’un alignement sur un concurrent.

b) Le projet prévoit aussi une autre possibilité de différenciation par catégorie d’acheteurs. Un hard-discount pourra-t-il acheter moins cher qu’un hyper ou réciproquement ? Sur quels critères ? Et pourquoi pas justement une différenciation entre deux enseignes d’hyper… Pas très cohérent tout cela, d’autant que la jurisprudence du Conseil de la Concurrence s’oppose justement à la discrimination entre réseaux.

2) Le prix de revente : Le projet maintient l’interdiction de revente à perte. Ok. La coopération commerciale (les fameuses marges arrière) pourra être en partie remise dans les prix. Mais avec une formule très difficile à appliquer : pourra être répercutée aux consommateurs la coopération commerciale supérieure à 20 %, et dans la limite de 50 % de la valeur du produit. Vous imaginez le travail des chefs de rayon !

Par définition, la coopération commerciale n’est pas affectée à un produit (elle rémunère par exemple la détention de toute une gamme). Comment va-t-on répartir ce budget sur 20 ou 30 références ? Est-ce le fournisseur qui donnera la clé ? Qu’est-ce qui empêchera un distributeur de mettre un seul article en prix d’appel ? A quoi rime alors le maintien d’un seuil de marge arrière à 20 % ? Et comment fait-on avec la TVA (la coopération commerciale est taxée à 19,6 % alors que la majorité des produits alimentaires sont soumis à un taux de TVA de 5,5 %). Changera-t-elle selon que la coopération commerciale sera déduite ou non d’un produit ? ? ?

J’avais décrit sur mon site (page d’accueil du 10 mars), les effets pervers d’un tel système. Laissez-moi vous dire que dans ce genre d’exercice, ce ne sont plus des commerciaux qu’il nous faut recruter, mais des juristes à la pelle. Prévenez les parents qui croient encore que l’avenir de leur progéniture passe par les grandes écoles de commerce !

3) Les sanctions : Comme je le décrivais dans le blog du 6/04/05, le régime des sanctions est revu à la hausse et reste principalement du domaine pénal. Vu le nombre d’opérations à traiter par magasin ou par entrepôt, et le risque juridique encouru, les distributeurs sont fondés à diminuer la part des grandes marques vendues en hypermarché. Si ce texte est voté en l’état, il n’y aura plus de raison de freiner le développement de nos marques propres ou de notre réseau de hard-discount.

4) La commission d’évaluation des pratiques commerciales : Jusqu’ici, cette commission a plutôt servi de lieu de discussion : on y interprète les pratiques pour évaluer leur pertinence juridique. C’est dire où on en est ! Dans son nouveau statut, il n’y aura plus de magistrat. Le secret des affaires ne sera plus garanti. Aux côtés de personnalités qualifiées vont venir se joindre des représentants désignés par l’administration (Economie, Consommation, Emploi, Agriculture, Commerce et Artisanat). Autant dire que cette commission devient un outil d’instruction à la disposition de l’administration.

…Voilà l’essentiel du nouveau projet. Il est évident aujourd’hui qu’il y a unanimité des professionnels pour sortir de ce guêpier. Les distributeurs sont les plus pénalisés. Et comme il s’agit d’une refonte du Code du commerce, ce sont tous les commerçants (petits ou grands, spécialistes, franchisés et succursalistes) qui en feront les frais. Pas seulement la grande distribution. Le projet ne facilitera pas non plus la vie des industriels.

Une chose est certaine. En l’état, ce dispositif est trop complexe pour pouvoir être applicable. Il faudra tout le savoir-faire de la Commission des Affaires Economiques de l’Assemblée pour démêler cet écheveau. Plutôt que d’amender ce qui est mal emmanché, il faudra que le Parlement revienne aux préconisations de la Commission Chatel et du rapport Canivet. Si l’on veut changer les méthodes de négociation dans la distribution et surtout si l’on veut infléchir durablement les stratégies d’entreprise, il faut que cette réforme aille progressivement, mais de manière irréversible vers la liberté des prix. En 3 ou 4 ans, il faut arriver à supprimer les marges arrière. Dès 2005, il faut les reporter sur la facture du fournisseur. Et sur la base d’un prix de facture net de toute remise, appliquer un coefficient dégressif (20 % en 2005, 15 % en 2006, 10 % en 2007, etc…). C’est ce que préconisent les députés Chatel et Ollier. Nous soutenons cette position. A défaut, je ne vois pas comment on obtiendra les 5 % de baisse théoriquement envisagés par le Premier Ministre ! Mais le veut-il vraiment ? Le projet présenté par Monsieur Jacob n’en montre pas la détermination.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 12 avril 2005

Parapharmacie : Le monopole contre les prix bas

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Deux faits marquants viennent de relancer la bataille pour la vente libre de la parapharmacie.

1) Le mois dernier, le groupe Juva Santé a été condamné par la Cour d’appel de Paris. Il avait commercialisé en grandes surfaces des produits nettoyants pour lentilles. Argument des plaignants (laboratoires concurrents référencés en pharmacie) : il s’agit de « médicament ». Seuls, les pharmaciens peuvent les vendre.

Pour n’importe quel consommateur, la décision du tribunal est incompréhensible. D’abord, parce que dans les faits, ce produit est d’un usage banal et courant. Ensuite, il est déjà commercialisé par les opticiens (qui ne sauraient tout de même pas se targuer d’avoir fait les mêmes études que les pharmaciens !). Enfin, parce qu’on ne voit pas quelles compétences particulières sont nécessaires pour vendre un tel produit.

La France est pratiquement le seul pays en Europe où les produits de parapharmacie font encore l’objet d’un monopole. Depuis longtemps, en Espagne, dans les supermarchés ou les grands magasins (Corto Inglese), comme en Angleterre (Boots), les médicaments de confort sont commercialisés en vente libre. Ailleurs, ils sont vendus sous la responsabilité d’un pharmacien, mais sans que ne soit revendiqué l’exclusivisme officinal.

Pourquoi cette position dogmatique des pharmaciens hexagonaux ? Tout simplement pour une question d’argent. La parapharmacie constitue une part très importante du chiffre d’affaires d’une officine (entre 40 et 60 %). C’est un secteur à forte marge. Et celle-ci est d’autant plus conséquente que, retranchés derrière les privilèges du monopole, ces produits ne sont soumis à aucune concurrence.

Contestant ce système, les Centres E. Leclerc ont, depuis moult années, lancé des actions juridiques tant à l’encontre des laboratoires que des syndicats de pharmaciens. Le Conseil de la Concurrence a fini par statuer : les laboratoires et les grandes marques de produits cosmétiques, de puériculture et d’hygiène corporelle ont été obligés de livrer les parapharmacies E. Leclerc. Les autres grandes surfaces se sont engouffrées dans la brèche. Et même les jeunes pharmaciens aujourd’hui créent, dans l’ombre de leurs propres officines, des espaces parapharmacie dont certains pratiquent le discount.

Restait le problème des produits à la frontière du médicament. Les pouvoirs publics ont toujours refusé de trancher. Pris en sandwich entre clientélisme et consumérisme, les ministres de la santé successifs ont laissé les protagonistes s’étriper devant les tribunaux. Cela donne une série de décisions contradictoires qui ont transformé par moment les prétoires en véritables champs de bataille. Ainsi, dans certains départements, les Carrefour, Auchan ou Leclerc ont été autorisés à vendre de la vitamine C ou des tests de grossesse tandis que, dans le département voisin, ces mêmes enseignes ou leurs concurrents en sont privés.

2) Le Conseil National de la Consommation (qui regroupe la plupart des organisations de consommateurs) s’est intéressé finalement au dossier. Il a rendu un avis très intéressant, proposant que soient mis hors monopole du pharmacien et vendus dans tous les réseaux de distribution, des produits comme l’alcool à 70°, les pansements, les compléments alimentaires, les produits d’entretien de lentilles de contact ou de lunettes, les tests de grossesse… et même les produits anti-poux. L’argument du CNC est imparable : il considère que la sécurité de ces produits relève de la responsabilité des fabricants et « n’est pas affectée par le mode de distribution ». D’ailleurs, même en officine, ils sont pratiquement en libre-service devant le comptoir du pharmacien !

Certains syndicats de pharmaciens ont déjà réagi à la publication du rapport du CNC. Attention, disent-ils, ces produits restent des médicaments, il faut du conseil, ils exigent des précautions d’emploi, etc, etc…

L’argument pourrait encore convaincre si ce n’est que dans les parapharmacies de notre groupement, ce sont déjà des pharmaciens qui en garantissent la vente. Où donc alors est le problème ? Est-ce que ces produits vendus 20 à 25 % moins chers perdraient automatiquement leur efficacité sanitaire ? Ce n’est pas sérieux !

La balle est dans le camp des pouvoirs publics. A votre avis ! Vont-ils se précipiter dans la brèche et s’appuyer sur le rapport du CNC ?

Moi, je prends le pari que l’affaire va encore durer des années. Probablement est-ce aussi le calcul du laboratoire Juva Santé qui vient de saisir la Commission Européenne comme l’ont fait les Centres E. Leclerc précédemment… Ainsi va le rythme de la réforme dans notre pays !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 11 avril 2005

Journal des 8 et 9 avril 2005

1)Le Pape et la laïque :

Vendredi, dans la presse et sur les ondes, des grincheux, jusque dans le PS, s’offusquent de voir le drapeau français en berne : « L’Etat n’a pas à rendre hommage au Pape ». Réponse obligée dans les ministères : « Il s’agit de saluer le chef d’état du Vatican » (vachement courageuse, la prise de position !). Mais pourquoi cet air pincé ? Qui donc a fait la fine bouche quand le Pape plaidait la cause des otages français au Liban ou en Irak. La république ne saurait-elle saluer le tombeur du communisme, ne serait-ce que pour la Pologne qu’elle accueille dans l’Europe ? L’Egypte et Cuba décrètent trois jours de deuil national, Clinton et Bush se déplacent, et avec eux les représentants de toutes les grandes nations. Même la Chine autorise, pour une fois, les chrétiens à se rassembler… C’est fou ce qu’en France, on aime jouer petits bras ! Au fait, est-ce que vous vous souvenez de la messe de funérailles de François Mitterrand : avez-vous imaginé, un seul instant, qu’un évêque eût pu refuser de saluer la mémoire et l’âme d’un républicain laïque qui, pourtant, en 1981, mit le feu aux écoles catholiques. Echange de bons procédés !

2)Gratuit ou payant :

Ce vendredi, Libé fait le point sur l’info en ligne, et confirme nos analyses (blog du 31/03/05). Aux USA comme en France, quelques journaux continuent à pratiquer la gratuité (« libé.fr » et « lefigaro.fr »), mais le modèle dominant installe la mixité : produits d’appel gratuits (infos du jour, service à la carte) et fond de rayon payant (archives, recherches documentaires). Même sur « lemonde.fr », « on ne trouve plus en accès gratuit qu’une sélection restreinte d’articles du journal papier ». Après que leur rédaction (service culturel) ait longtemps milité pour la gratuité sur internet (musique, films)… « plus question d’offrir sur le net ce que l’on fait payer chez les marchands de journaux » (Jean Hornain, Le Parisien). « Si on brade le numérique, on brade le papier » (Le Monde). L’avenir du net est bien dans l’abonnement payant.

3)Musique en ligne :

Jean-Louis Murat, lui, ne parle pas la langue de bois pour justifier la tarification de la musique. Aux artistes qui ont signé l’appel du Nouvel Obs opposé à la chasse aux pirates, il lance : « Inconsciemment, ils se disent : ma musique est tellement nulle qu’elle devrait être gratuite ». Evidemment, ça fait un peu raccourci, mais ça a le mérite d’être clair.

4)Europe, référendum :

Ce samedi, dans un Leclerc de la banlieue où je fais mes courses, je suis interpellé par des clients : Comment faut-il voter au référendum ? Arrive le patron du magasin, plusieurs numéros de l’Huma sous le bras : Moi, dit-il, j’étais comme tout le monde, hésitant, plutôt pour un non de rebuffade. Jean Amadou, mon chansonnier de voisin, m’a dit que les encarts pédagogiques de l’Huma étaient très bien faits. Je m’y suis collé. En effet, il suffit d’en lire les arguments pour le non pour être tout de suite convaincu qu’il faut surtout voter oui !

5)Pratiques discriminatoires :

Samedi toujours, dans la presse de province, une brève : un journaliste a été écroué pour agressions sexuelles sur des mineurs. Il a été pris en flagrant délit dans une piscine à Paris. Il eût été un homme politique ou même peut-être un simple péquin, on aurait tout de suite su son nom. (A 41 ans, il n’est tout de même pas protégé par l’anonymat réservé aux mineurs). Mais il est journaliste. La corporation protège les siens !

6)Economie-emploi :

Jean-Pierre Raffarin prévoit une moindre croissance.

Il annonce que la baisse de l’impôt sur le revenu se fera en 2006, et que les prévisions d’un chômage en dessous de la barre des 10 % vont être quelque peu décalées. Qu’est-ce qui est décalé dans cette affaire ? La baisse du chômage ou ceux qui la promettent contre toute vraisemblance !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 8 avril 2005

Sécurité et liberté : jusqu’où…la transmission des données ?

Emoi au pays de Jean-Jacques Rousseau et de Voltaire ! Depuis le mois dernier, tous les chefs d’entreprises suisses avec lesquels je discute (nous avons un bureau à Zurich chargé de comparer les prix des grandes marques en Europe), ne parlent que de cela. Le gouvernement fédéral a cédé aux exigences des autorités douanières américaines. Le numéro de carte de crédit des voyageurs suisses leur sera systématiquement transmis à première demande. La mesure perturbe évidemment tous ces esprits habitués au confort feutré du secret bancaire. Elle jette le trouble dans les associations préoccupées de la défense des droits des citoyens.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’administration US multiplie les mesures sécuritaires (rétablissement des visas, prélèvement d’empreinte des deux index, et depuis septembre, photo de l’iris oculaire au moyen d’un nouvel appareillage électronique). Voilà déjà de quoi stresser nos amis de la Confédération. Les demandes d’informations sur les voyageurs ont aussi été revues à la hausse. La plupart restent usuelles (nom, adresse, numéro de téléphone, date du voyage). D’autres sont légitimes du point de vue de la sécurité (siège occupé dans l’avion). D’autres encore sont plus contestables (communication de l’adresse électronique et surtout du numéro de la carte de crédit).

Initialement, les USA exigeaient d’avoir un accès direct et automatique au fichier clients des compagnies aériennes. Comme leurs homologues européens, les transporteurs suisses ont eu le bon goût de refuser, mais ont accepté le principe de transmission de ces données dès la demande des services américains.

Tout le monde peut comprendre que la lutte antiterroriste exige que soient revus à la hausse les dispositifs de sécurité. Mais jusqu’où faut-il mettre en carte nos concitoyens ? Sans être obsédé par l’idée de manipulation, jusqu’où peut-on faire confiance aux institutions qui revendiquent cette immixtion constante dans la vie privée. On connaît la faculté qu’ont les pirates de l’informatique de pénétrer toutes sortes de banques de données parmi les plus protégées. Qu’est-ce qui nous garantit que l’on ne passera pas de la caution terroriste à la gestion d’une opposition politique par une administration d’Etat ou peut-être même par des groupes d’individus mal intentionnés. Les droits les plus élémentaires ne sont-ils pas encore bafoués dans nos démocraties (écoutes téléphoniques, détentions arbitraires, etc…) ? Bref, qui va garantir « la bonne fin de ces contrôles » ?

La question des procédures mérite d’être d’autant posée que les autorités américaines, depuis quelques semaines, viennent à considérer désormais comme suspect tout paiement en liquide d’un billet de transport. (Peut-on être un « délinquant » par avance ?)

P.S. : Signalons cette contribution intéressante au débat sur le référendum constitutionnel : si le gouvernement suisse, qui ne fait pas partie de l’U.E., a pu limiter les dégâts et obtenir des concessions, c’est parce que la Commission Européenne s’est opposée aux prélèvements automatiques d’informations, et qu’ainsi nos voisins transalpins ont pu bénéficier de cette négociation. Comme quoi la Commission fait aussi du bon boulot !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 7 avril 2005

Le blog, le site, vous et moi (suite)

Et de 4 ! 4 mois que ce site a été ouvert. Environ 3 000 visiteurs par jour désormais, et près de 200 inscrits sur ce blog.

J’avais promis de tenir compte de vos remarques (ma note du 8/03/05). Je ne suis pas un pro de la technique, comme vous le savez, mais j’ai la chance d’être bien entouré. Des petites mains (et des gros cerveaux) ont travaillé derrière mon ordinateur, et ça permet quelques changements sympas.

1) Le blog : Il fallait le rendre plus accessible :

- Mes notes : Désormais, on y accède directement. Dans la page d’accueil, le titre de la note journalière est apparent, il suffit de cliquer sur le cartouche du blog.

Les notes précédentes se déroulent en remontant la chronologie. Nous avons maintenu, à droite, un calendrier qui permet de naviguer rétrospectivement.

On peut surtout accéder à ces notes par un classement thématique (catégories et sous-catégories). Celles-ci n’ont rien de définitif. Si vous avez d’autres centres d’intérêt, discutons-en.

Vos commentaires et contributions : Vos commentaires seront accessibles en cliquant en dessous de chaque fin de note. Les gestionnaires du site ont simplifié la procédure d’envoi de vos contributions. Attention (Re Tylor Durden, Re Edwards –6/04/05), l’intégration est en cours. Il reste à faire janvier et février. On n’efface rien, tout le monde retrouvera sa place d’ici quelques jours. Et aussi (Re Guy –6/04/05-) je confirme que les réponses seront jumelées à vos commentaires.

Deux innovations :

- A gauche de chaque note, un affichage des derniers commentaires par contributeur (leur pseudo ou leur nom).

- La possibilité pour les contributeurs de pré-visualiser leurs commentaires avant envoi (Désolé David, vous vouliez un correcteur automatique de fautes d’orthographe, mais je n’ai pas encore trouvé ça en rayon !).

Certains d’entre vous ( Re Augustin) souhaitaient que les contributeurs puissent retrouver facilement leurs commentaires antérieurs sans avoir à éplucher le calendrier. C’est en cours, il y aura bientôt un petit moteur de recherche pour faire ce travail. Patience !

Enfin, les administrateurs du site me signalent que vous avez désormais la possibilité de le syndiquer. Comme on dit dans le commerce, n’hésitez pas à en faire profiter vos amis, en laissant, sur leur site, la petite clé qui leur permettra de venir nous rejoindre pour refaire le monde.

Avec ces modifications techniques, nous nous sommes rapprochés du fonctionnement d’autres blogs, plus standards. Nous avons adopté la formule « movable type » de la société « Six Appart » que dirige le pétillant Loïc Lemeur. Dans ses propositions, j’ai surtout retenu ce qui facilitait l’accès au blog et le confort de lecture, mais je garde le principe du blog intégré à un site. Loïc trouve que c’est trop institutionnel (notamment pour de jeunes internautes accroc de la toile). Ok, mais ça dépend des objectifs qu’on se donne.

2) Le site :

Comme je le disais dans ma note du 8/03/05, je me dois d’être à l’écoute des étudiants, des autres entrepreneurs ou des personnes tout simplement intéressées par les problèmes de l’économie dans leur rapport à la vie sociale. C’est vis-à-vis d’elles, principalement, que je me sens une responsabilité, vu le poids économique de nos entreprises. Le contenu du site permet de donner de la cohérence à nos réflexions.

Et puis, mon ambition est de faire partager à d’autres personnes (professionnels ou privés) l’audience de ce site. Qu’il s’agisse du débat d’idées, d’exprimer des passions ou de promouvoir des initiatives (économiques, sociales, artistiques…), ce site peut modestement jouer un rôle de « passeur ».

Ainsi, hier, nous avons reformaté le contenu éditorial qui concerne la BD : rubrique « coup de cœur », actualité choisie, verbatims d’auteurs, contacts auteurs-éditeurs, etc…

Dans les mois qui viennent, je profiterai de l’actualité pour enrichir les pages concernant le développement durable, la nutrition, l’accès à la culture. J’essaierai aussi de mieux faire découvrir mon métier de distributeur.

Michel-Edouard Leclerc