Archive pour mai 2005

Mardi 31 mai 2005

Loi Galland : Nouvel état des positions

Pendant que la République panse ses plaies et se cherche de nouveaux hérauts, la nécessité de réformer le Code du Commerce demeure. Le dossier est toujours pendant au Sénat. Quels que soient les aléas de la vie politique, tous les professionnels continuent d’y réfléchir, ne serait-ce que pour pouvoir élaborer les scénarios de leur politique tarifaire 2005/2006.

1) Christian Jacob : Théoriquement, jeudi 2 juin, je débats avec lui. Cette rencontre improbable a été astucieusement organisée par le directeur de la rédaction de LSA, Henri Loizeau. Je ne sais si le ministre maintiendra sa participation, remaniement oblige. Mais ça promet d’être assez tonique. Dans ses dernières positions, il adoptait un ton vraiment débonnaire : une combinaison de remarques sarcastiques et un flegme permettant d’anticiper tous les aléas. S’il est une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est la langue de bois. Devant le parterre des représentants du commerce associé (mon blog du 19 mai), il a rappelé que tout ministre qu’il était, il n’avait pas oublié cette bonne période où syndicaliste du CDJA, « il déménageait les magasins de Mel à coups de fourche ». On est évidemment très loin dans tout cela des préoccupations du secteur : pouvoir d’achat, panne de la conso, repositionnement des marques. Ce n’est apparemment pas son problème.

Avec l’entêtement qu’on lui connaît, il ne semble pas se préparer à une quelconque négociation (ouverture !). Tout son discours tient dans ce précepte : « les prix bas tuent l’emploi ». En oubliant que l’inverse est encore plus vrai : les prix trop élevés des marques nationales favorisent l’achat de produits importés. Au rendez-vous de la macroéconomie (consommation en panne, commerce extérieur déficitaire), ses propos clientélistes finiront par coûter très cher. Cette politique-là qui oppose consumérisme et défense des corporations, achève de planter le pays !

2) J’ai finalement rencontré le sénateur Cornu, jeudi dernier. Au vu de la technicité du dossier, il a compris qu’il fallait recevoir les « opérationnels » et pas simplement les « institutionnels » des fédérations. Décision intelligente. On me l’avait décrit comme un personnage peu enclin à se mobiliser sur ce dossier. Et surtout pas capable de remettre en cause les inepties du projet de loi. Erreur. L’homme est simple, quelque peu effacé, traduction d’une réelle humilité. Mais il écoute, il est très facile de discuter avec lui. J’ai trouvé son approche plutôt pragmatique (il rappelle qu’il fut opticien et qu’il connaît la fonction commerciale). Après quelques auditions (en rentrant dans la salle de commission, je croisais Arnaud Mulliez…), il s’est rallié à cette idée : « Ce n’est pas au législateur de fixer les prix, ni de s’immiscer dans la négociation ». Du coup, je le sens capable de quelques évolutions positives. Il n’en aura pas beaucoup le temps, ni les coudées franches. En revanche, il n’envisage pas de remettre en cause toute la batterie de sanctions pénales prévues dans le projet de loi : « Je peux faire avancer les choses, mais je n’ai pas tout à assumer ».

3) Thierry Breton, lui, semble vouloir aller plus loin. Je l’ai rencontré vendredi, avec son directeur de cabinet, Gilles Grapinet, et sa conseillère, Marion Zalay. Premier contact très positif. Jusqu’ici, il n’est pas intervenu sur cette partie du projet de loi « entreprises ». « A ma nomination, les partages de compétences étaient déjà faits : j’ai hérité du volet financier, fiscal (transmission et création d’entreprises), et Christian Jacob de la partie concurrence ». Néanmoins, il sent bien que la reprise de la consommation nécessite que l’on revisite le projet dans un sens plus mobilisateur (pour les entreprises) et profitable au gouvernement (à quoi bon tout ça s’il n’y a pas quelques baisses de prix à engranger). Ses services ont d’ailleurs mis au point un « panier type » pour mieux suivre l’évolution des dépenses en hyper.

Jamais, dans la discussion, il ne s’est laissé aller à une quelconque critique à l’égard de C. Jacob, de Raffarin ou de Chirac. Pas intéressé pour un sou par la critique politique du projet. On le sent, lui aussi, très pragmatique : pas d’encadrement administratif de la négo, normalisation du droit français par rapport au droit européen, pas de diatribe anti-distribution, recherche d’un consensus sur les conditions d’une réforme progressive. « L’idéal serait de faire émerger une plate-forme commune industrie-commerce pour lever toute suspicion sur une méthode qui ne profiterait qu’à une des parties ».

4) Justement, on s’y emploie. C’était déjà une suggestion de Patrick Ollier et de Luc Chatel à l’AN. Puisque Christian Jacob revendique le soutien des fédérations (dont la moitié n’est pas directement concernée par le sujet ! ! !), il faut que les grands opérationnels parlent ensemble. C’est déjà ce qu’avait tenté de faire Claude Guéant, le directeur de cabinet de Sarkozy quand il était à Bercy.

Donc, depuis deux semaines, au siège de la FCD et à l’Ilec, des groupes de travail ont rassemblé les dirigeants de Procter, Coca, Nestlé, Danone, etc…, d’un côté, et Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U, etc…, de l’autre. Avec pour objectif une proposition concrète concernant deux volets majeurs de la réforme. L’un, substituant aux sanctions pénales un dispositif de répression plus conforme aux enjeux (sanctions civiles ou administratives ?) ; l’autre, qui devrait permettre de fixer, d’un commun accord, la définition du prix d’achat net, à partir duquel on appliquerait, sur deux, trois ou quatre ans, un coefficient dégressif de marge pour tendre vers un régime normalisé.

A suivre, pour de nouvelles aventures…

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 30 mai 2005

Référendum : La France s’est tirée une balle dans le pied !

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Déjà lors du référendum de Maastricht, le génial Pétillon ironisait…

1) Notre pays vient de donner aux européens une bien curieuse image de lui-même. Vue des capitales européennes, la position française n’a jamais été aussi peu compréhensible. Nous avions voulu ce Traité. Nous le rejetons au motif qu’il est trop libéral. Mais nous voici revenus aux traités précédents, ceux justement que nous estimions être insuffisants.

Le 16 juin prochain, en Conseil des Ministres, nos partenaires auront certainement pour Jacques Chirac beaucoup de compassion. Mais n’en doutons pas, la voix de la France est marginalisée pour longtemps.

2) La responsabilité de cet échec incombe incontestablement au Président de la République. C’était une erreur d’organiser ce référendum dans une France déchirée, mal dans sa peau, cherchant fenêtre pour crier sa rancœur et ses désillusions. De toute façon, Jacques Chirac n’était pas le meilleur chef d’orchestre. Depuis le début de son mandat, il a usurpé l’aura de sa fonction pour revêtir les habits du chef de la majorité. Il ne pouvait de ce fait emporter l’adhésion du camp adverse, et encore moins celle de l’ensemble des Français.

3) La responsabilité de l’échec doit être partagée par la génération des quinquas, héritière des fondateurs, mais incapable de valoriser l’œuvre commune. Incroyable ! Comme le rappelle Françoise Fressoz dans Les Echos (27/05/05), il a fallu recourir aux arguments d’un Raymond Barre, 81 ans, d’une Simone Veil, 77 ans, d’un Jacques Delors, 79 ans, et d’un Giscard du même millésime, pour défendre les acquis de l’Europe. Ou encore, solliciter la pugnacité d’un Badinter ! La génération au pouvoir s’est tellement servie de l’Europe comme bouc émissaire de tous nos problèmes nationaux qu’elle s’est trouvée discréditée par avance dans son appel à approuver les traités dont elle n’a jamais fait la pédagogie et dont elle n’a jamais vanté les mérites.

4) Les Français, désabusés par les discours de leurs dirigeants, repliés sur la gestion de leurs problèmes quotidiens, adressent aujourd’hui un message extrêmement négatif. Selon IPSOS, la critique de la Constitution n’intervient qu’en troisième position sur l’échelle du mécontentement. Le « non » s’explique d’abord par le rejet d’une politique économique et de ses conséquences sociales.

5) C’est ainsi que notre peuple manque un rendez-vous primordial avec l’histoire de l’Europe. Peut-être ce vote sanction était-il nécessaire et salutaire, si l’on considère l’accroissement des tensions dans l’hexagone et un risque réel d’explosion violente des mécontentements. Mais le calendrier électoral, sauf dissolution de l’AN décidée par le Chef de l’Etat, n’obligera pas les partisans du « non » à assumer leurs responsabilités et à concrétiser leurs promesses. C’est toute la difficulté que devra affronter le nouveau gouvernement pris en sandwich entre des aspirations populaires démagogiquement attisées et des moyens d’intervention désormais limités.

6) Hier soir, sur tous les plateaux de télévision, les partisans du « non » ont adressé un message aux autres peuples d’Europe : « le non français n’est pas un non à l’Europe, mais à un traité d’inspiration trop libérale ». Je ne suis pas sûr que le panel des leaders du « non », dans sa diversité la plus extrême, rassure nos partenaires. Curieux attelage pour le moins exotique, que ces défenseurs d’un modèle alternatif européen sur lequel on voudrait faire plancher les autres peuples. L’Europe de l’Est, celle de Solidarność, celle qui a subi le modèle communiste, tombe des nues devant tant d’élucubrations. L’Europe du Sud ne voit pas sans déplaisir s’effriter le tout puissant tandem franco-allemand. Et l’Angleterre de Tony Blair, comme sa petite rivale l’Irlande, récupère un leadership idéologique (le modèle à l’anglo-saxonne), utilisé comme « repoussoir » dans la campagne française.

Oui, la France s’est tirée une balle dans le pied. Elle apparaît comme une nation frileuse, rouillée, tombée du podium. Les chimères d’une Europe de « gauche autrement » ont des airs d’opéra triste et pompeux. Qui donc, en dehors de l’hexagone, veut de ce pseudo-modèle social qui affiche le plus fort taux de chômage et les plus importants déficits de l’Union. Qui donc nous tend la main, de Berlin ou même d’Amsterdam où l’on s’apprête à voter non, mais pour des motifs opposés. Qui… des noms… personne…

7) L’avenir, maintenant… Ce serait bien méprisant que de tourner le dos à l’évènement et de ne pas en tirer les leçons. Défricher les nouveaux espaces, cela a toujours été l’affaire des pionniers. Mais ça ne dispense ni de pédagogie, ni de rechercher l’adhésion. Vu le fossé dans lequel nous sommes tombés, il y a du boulot !

Les hommes d’action, comme les navigateurs, doivent savoir tenir la route au gré des aléas météo. Le projet européen reste l’enjeu majeur de ce début de siècle. Il ne sert à rien de se regarder le nombril, ni de s’auto-flageller. Comme le dit Claude Imbert, dans son éditorial du Point (26/05/05), « l’histoire n’est pas finie. » Il est déjà venu le temps de se retrousser les manches et de reconstruire l’édifice lézardé.

Michel-Edouard Leclerc

Dimanche 29 mai 2005

Jacques Glénat, éditeur

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Jacques Glénat

Petit déj, mardi dernier, dans les locaux d’Arte à Issy-les-Moulineaux. Jacques Glénat, des éditions éponymes, et Jérôme Clément, de la chaîne TV franco-allemande, lancent la deuxième édition du Concours Européen de la Bande Dessinée. L’année dernière, 600 projets venus de 21 pays d’Europe avaient été recueillis. J’étais du jury, aux côtés de la volubile Florence Cestac, du romantique Bernard Hilaire, de l’élégant Giardino, d’Ana Miralles l’espiègle, sous les regards très pro de François Boucq et de Didier Convard. Deux Polonais avaient crevé les bulles : Gawronkiewicz et Janusz. Avec un premier album « Essence », une extravagante enquête d’Otto et Watson.

Tout frais descendu du TGV (il habite Grenoble et maintient le principal de ses activités en province), JG a lancé l’édition 2005. Celui qui fut le premier à introduire le manga en France, croit, dur comme fer, à la créativité européenne et à la relève générationnelle au Sud et à l’Est de l’UE.

Il faut dire que le président de Glénat vit sur un petit nuage. Sa maison d’édition se porte comme un charme. Des grandes collections : Vécu, Graphica, Caractère ! Des succès remarquables, avec des séries phares : Titeuf, Les 7 vies de l’épervier, la Balade au bout du monde, Sambre, Peter Pan, Joe Bar Team, le Décalogue, le Troisième Testament, etc… Comme le temps passe vite. A 17 ans, il créait son fanzine (journal BD) et les Cahiers de la Bande Dessinée. A 22 ans, il investit ses premiers sous (20 000 francs) pour créer sa propre maison d’édition. Le groupe, aujourd’hui, pèse 25 % du marché de la BD. Avec 900 auteurs dans son catalogue et dix millions d’albums vendus en 2004, il est devenu le premier éditeur indépendant de bandes dessinées en France et se spécialise aussi autour du thème de l’alpinisme, de la nature, et des cultures régionales (5 maisons d’édition, 10 titres de presse, 1 chaîne télé « TV8 Mont-Blanc », des librairies en France, Suisse et Belgique, etc…).

Ne croyez surtout pas que Jacques Glénat ne soit l’homme que d’une seule passion. Son flegme apparent cache la patience du montagnard, amoureux des grands espaces, et l’organisation méticuleuse de ceux qui pratiquent couramment la plongée sous-marine.

Pas plus que Claude de Saint-Vincent (Dargaud) ou Louis Delas (Casterman), Jacques Glénat n’a cherché à singer les codes « total décontractés » de ses auteurs. Il est chef d’entreprise, prend des risques et ne cède ni à l’obligation des apparences, ni à celle de la séduction. Un certain détachement ne l’empêche pas de cultiver l’amitié sincère, la fidélité, le bon goût et l’innovation. Peut-être sait-il plus que tout autre qu’il faut savoir domestiquer ses passions quand elles sont les enjeux de la vie professionnelle.

Pour l’heure, c’est un Jacques Glénat enthousiaste qui lance encore, ce week-end, la Fête de la Bande Dessinée. C’est lui qui en a pris l’initiative, qui a boosté le monde de l’édition pour que « cette fête devienne une fête populaire à l’instar de la fête de la musique… ». Animations, rencontres à travers toute la France, et autour du Train de la BD qui circulera dans l’hexagone, du 28 mai au 4 juin, en passant par Lille, Dijon, Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Tours, Nantes, etc…

Rendez-vous avec Jacques, le 4 juin, en gare Montparnasse. Un village sera entièrement créé et peuplé d’auteurs : une parade des héros de la BD défilera dans la gare. Venez avec vos pseudo ou avec vos vraies tronches. Apéro assuré !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 27 mai 2005

Respect des clauses sociales : Comment s’organiser ?

Relisant les commentaires déposés le 18/05 par Bruno, Erosoft et Marie, ainsi que les courriers reçus sur ce sujet, je mesure le scepticisme suscité quant à la crédibilité des chartes sociales. Il n’est évidemment pas question que je cautionne une quelconque vision idyllique des choses. Rien ne remplacera les clauses sociales engageant les Etats et les Administrations. Rien ne saurait se substituer à l’application rigoureuse de législations nationales revues à la hausse. Je suis sur ce point en complet accord avec les altermondialistes pour dire que c’est dans le cadre de l’OMC, des institutions financières internationales et de la Banque Mondiale qu’on devrait s’employer à les négocier.

Mais puisqu’on interpelle aussi les entreprises, et qu’on nous attribue un rôle effectif, c’est dans ce cadre qu’il nous faut agir. Voici donc comment nous nous organisons.

L’ensemble des actions de nos acheteurs en matière de développement durable est coordonné par une équipe d’adhérents et de cadres directement rattachés au comité stratégique de l’enseigne (dont j’assure la présidence). Charles Ly Wa Hoï, ancien responsable des contrôles de qualité du groupe, a la responsabilité opérationnelle de toutes ces interventions. Son bureau est à vingt mètres du mien. Il sait que le travail de ses équipes nourrit « les promesses de l’enseigne ».

Deux sociétés du groupe, Siplec (pour le non-alimentaire) et Scamark (principalement pour l’alimentaire), sont chargées de tout ce qui concerne la conception, la fabrication, le conditionnement et l’importation de nos produits à l’étranger. Dans chaque société (fonctionnement coopératif), des binômes, adhérent (propriétaire de magasin) et cadre, sont responsables des gammes et des collections, des contrats avec les fournisseurs. Chacun est engagé dans une démarche prix, qualité, et éthique. Cette dernière fonction n’est pas conçue comme un supplément d’âme, mais comme un élément du cahier des charges.

Pour atteindre ces objectifs, ils vont sur place, envoient dans les usines des cadres de nos bureaux asiatiques (Hong-Kong, Shanghai, Chennai/Madras), et surtout font appel à des cabinets d’audit extérieurs (type Veritas, SGS) pour éplucher, dans les usines, les documents témoins du respect des chartes signées au préalable par les fournisseurs.

Les audits sont enclenchés dès qu’il y a confirmation de l’intérêt à nouer une relation commerciale. Les acheteurs informent le responsable qualité (par exemple de Siplec) de la localisation et la dénomination du fournisseur, des audits antérieurs, y compris réalisés par nos concurrents (banque de données de la FCD), ainsi que de tous les éléments pouvant être obtenus auprès des ambassades, des consulats, des analystes locaux. Un cahier des charges est alors établi permettant de missionner l’auditeur, et d’en informer le fournisseur (qui doit l’accepter).

La société d’audit se rend sur les lieux, établit son rapport après avoir questionné le personnel, investigué les lieux et accédé aux documents comptables et sociaux de l’entreprise. Une fois ces documents épluchés, une première analyse peut conduire à évincer le fournisseur. Dans la plupart des cas, la politique suivie consiste à exiger des actions correctives. Le fournisseur s’engage et des fiches de progression sont établies par les auditeurs dans un délai qui, en général, n’excède pas six mois. C’est dans ce délai que l’on peut juger de la sincérité des intentions du fournisseur. En l’absence d’actions correctives, le fournisseur n’est pas sélectionné.

Pour que vous ayez une idée concrète des critères de sélection, je vous propose de découvrir ci-dessous une fiche de synthèse concernant l’audit d’un fournisseur chinois de batteries (électriques). Derrière une fiche de synthèse comme celle-là (j’espère que vous arriverez à la lire), il y a un rapport de 30 ou 40 pages qui détaille l’ensemble des observations. En général, il y a peu à redire concernant le travail des enfants, le travail forcé ou, ce que nous appelons en Occident, les pratiques esclavagistes. En revanche, beaucoup à faire en matière de salaires, d’horaires, d’hygiène et de sécurité.

D’ici, une dizaine de jours, j’organiserai à Paris la première réunion « bilan » de l’année avec nos acheteurs et les auditeurs, pour dresser un état exhaustif des contrôles effectués. Je n’hésiterai pas à vous en communiquer les principales remarques. A bientôt donc.

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Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 26 mai 2005

Restauration : Luxe, prix et volupté (La preuve par Senderens)

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Alain Senderens

A chaque fois que l’on parle d’évolution des modes de consommation, on se réfère au secteur du voyage, de l’automobile, ou des hypermarchés. Moi-même, dans mes différents argumentaires sur la nécessité de revoir à la baisse le prix des grandes marques, je n’hésite pas à me référer à la dynamique créée par le low cost aérien, les soldes dans le textile, les prix cassés sur les écrans plats, les bons d’achat dans les hypers, les packs (payant/gratuit) dans la téléphonie mobile, etc…

En lisant, hier, l’interview d’Alain Senderens dans Libé (mercredi 25/05), j’ai été séduit par l’élargissement de l’argumentaire proposé par ce pionnier de la nouvelle cuisine. Alain Senderens va renoncer à trois étoiles et quitter le guide Michelin. Apparemment, rien à voir avec un mouvement d’humeur, ni une quelconque préoccupation financière. A 65 ans, et après 28 ans de carrière, de l’Archestrate à Lucas-Carton, il remet en cause le lien entre le Beau et le Cher. Comme Joël Robuchon qui avait demandé que son Atelier quitte le classement Michelin, Senderens veut faire de la bonne cuisine, mais sans les codes du luxe : l’argenterie, la pléiade de serveurs, et la mise en scène désuète et coûteuse des palaces. « Les jeunes ne vont pas dans des endroits où l’addition peut monter à 400 euros. On n’a plus envie d’avoir une demi-douzaine de serveurs qui s’empressent autour d’une tablée pour servir un plat ».

Bon, c’est évident. Même à 100 euros, ce ne sont pas les chômeurs qui défileront sous le dais du pape Senderens. Il ne va pas transformer Fauchon en HD. A l’image de ces nouveaux viticulteurs qui font des miracles (abordables) dans des terroirs que l’on croyait sans talent, des créateurs de bijoux ou de vêtements qui veulent mettre un peu de style dans toutes les bourses, ou de ce mouvement de designers qui veulent mettre partout du Beau dans l’Utile, Senderens conteste les codes établis, remet en cause leur pertinence et leur efficacité, capte les nouvelles attentes et veut coller au marché, quitte à repositionner « sa marque ». « Nous avons été prisonniers de notre ego, qui nous a conduits à surinvestir dans le luxe, au prix, aujourd’hui, d’une crise profonde…Impossible dans un trois-étoiles de cuisiner une sardine ou un maquereau ». C’est l’inverse qu’il veut faire : « Si vous préparez des produits moins nobles, vous êtes conduit à redoubler de créativité pour les remettre en valeur…Faire une cuisine dans un beau décor…mais à des prix raisonnables ».

Je n’ai été que deux fois dans ma vie chez Lucas-Carton (ce qui est déjà un privilège). J’adore la bonne bouffe, découvrir de nouveaux plats, quel que soit le type de restaurant. J’aime ces « chefs » qui savent se donner des défis. « Il va falloir nous surpasser pour faire une cuisine de marché ». On oublie qu’il s’agit là aussi d’entreprises et de risques. Ici aussi, il faut s’adapter. Voilà encore un exemple, peut-être même un modèle, pour nous stimuler.

Nul doute qu’il faudra aller voir ça de près et humer les casseroles, place de la Madeleine. « J’ai envie de m’amuser », dit-il à Vincent Noce de Libé. Super ! Nous aussi.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 25 mai 2005

Google Print : Bibliothèque universelle ou asservissement du savoir ?

Dépassé, le projet fabuleux et quelque peu mégalomane de François Mitterrand !. Au classement du Grand Livre des Records, la dimension de notre Bibliothèque Nationale n’a plus rien de pharaonique, si ce n’est probablement celle de ses coûts d’entretien. L’initiative récente de Google risque même de reléguer Alexandre le Conquérant au rang d’un génial mécène égaré dans son siècle… Car ce dont il s’agit aujourd’hui n’est rien moins que la constitution d’une bibliothèque universelle, une tour de Babel des savoirs, des langues et des littératures.

Passionnant en lui-même, le projet Google de numérisation de milliers de livres est tout à fait emblématique des problèmes (éco, culturels, politiques) suscités par la nouvelle économie internet.

J’ai, depuis trois mois, épluché tous les articles qui décrivent ce projet. Et ce week-end, je me suis replongé dans une lecture étonnante, riche de toutes les utopies, mais parsemée de trompe-l’œil et de chausse-trappes.

Rappel : Il y a dans le monde, actuellement, des milliers de projets de numérisation (archives de musées, d’entreprises, fonds de bibliothèques, mémoires de recherches, doc administratifs, etc…). Dans le domaine culturel, deux propositions ont fait l’objet d’un débat public. La première émane de « Amazon.com ». En octobre 2003, le libraire en ligne a lancé le programme « Search inside the book ». Près de 200 éditeurs sollicités, l’ambition de rendre consultables jusqu’à 120 000 livres !

Et puis, il y a eu « Google Print ». La firme de Mountain View (Californie) a confirmé l’accord de 5 des plus grandes bibliothèques anglo-saxonnes de lui confier la numérisation de leur fond (Harvard, Stanford, bibliothèque du Michigan, New-York Public Library, Oxford). Avec un objectif encore plus incroyable : 15 millions d’ouvrages scannés, 4,5 milliards de pages, le tout disponible dans 6 ans ! ! !

Ces projets ont suscité aux USA un immense enthousiasme et, finalement, assez peu de critiques. Parmi celles-ci, listons les principales parce qu’on n’a pas fini d’en parler :

1) Problèmes techniques : manipulation des ouvrages lors des opérations de scanning.

2) Problèmes liés au financement par la publicité.

3) Problèmes des droits d’auteur et du copyright (idem que pour la musique en ligne…).

En Europe, le débat s’est focalisé autour de la réaction de Jean-Noël Jeanneney, Président de la BN. Aux propositions de Google, il a opposé des arguments supplémentaires qui dépassent largement les aspects techniques du dossier.

4) Problème de la destination des données. Pour JNJ, « accumuler, ce n’est pas organiser ». Il faut (et qui doit ?) s’occuper de la codification, des répertoires, des indexations. C’est un travail que le bibliothécaire ne peut abandonner à l’intégrateur. Même dans ce cas, il faut déterminer des standard communs à toutes les bibliothèques. Sinon, on fait un Quid ou on prend le risque de disperser les données dans les millions de pages de Google.

5) Problème de l’hégémonie de Google : Est-il raisonnable qu’à terme, l’accès aux données soit subordonné aux préoccupations financières d’une seule société privée.

6) Problème de l’hégémonie linguistique : Puisqu’il s’agit d’une multinationale, quelle place va-t-on garantir aux productions de langue française, aux autres langues que l’anglais, dans les répertoires, les classements, et la promotion.

7) L’avenir des bibliothèques : Peut-on lancer un programme de numérisation et en confier l’exploitation à une entreprise dont l’objet n’est pas lié à l’avenir physique du livre. S’agit-il, dès lors, de mettre un contenu à disposition des internautes, au détriment des bibliothèques ou, au contraire, de faire venir les lecteurs dans les bibliothèques ?

8) La question déontologique : à supposer qu’on résolve toutes les questions précédentes, jusqu’où peut-on disséquer un livre, le présenter en « page d’informations », sans respecter l’ouvrage dans sa cohérence et menacer ainsi son intégrité. « Un livre de littérature n’est pas qu’un ensemble de pages écrites ».

Sur la base de ces questions, 19 bibliothèques européennes (Allemagne, Finlande, Grèce, Espagne, Belgique et toutes celles qui sont implantées dans l’ancien bloc de l’Est) ont signé leur adhésion à un contre-projet européen. Pour le moment, au stade de l’idée, avec demande de financement auprès de l’UE…

Oui, cette affaire est passionnante parce qu’elle remet en cause l’inertie de notre secteur culturel public (l’offre de Google a réveillé nos gestionnaires publics). Elle oblige les acteurs culturels à « penser la démarche technologique » non pas simplement comme média, comme support, mais comme façonneur de contenu (30 ans après Marshall Mac Luhan, c’est pas trop tôt).

Le chantier est immense. Une chose est certaine : en focalisant le débat sur les techniques de numérisation, on se trompe. D’abord parce qu’on peut résoudre la moitié de ces problèmes en élaborant des cahiers des charges adaptés. Mais surtout, cet aspect de la question restera mineur si l’on ne traite pas de l’essentiel : l’exploitation des contenus et les critères de sélection par les moteurs de recherche.

Google n’a jamais fait mystère de ses objectifs : accroître la masse de données accessibles pour multiplier les occasions de ramasser de la publicité (je ne polémique pas, je ne fais que citer le leitmotiv d’Adam Smith, le responsable du projet). Du quantitatif donc.

Ce que réclame Jean-Noël Jeanneney, c’est du qualitatif. Nous retrouvons ici la problématique sur laquelle nous avons échangé, celle des critères de référencement et de classement des moteurs de recherche (blog du 4 mai). A suivre, donc…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 24 mai 2005

Journal du 19 au 24 mai 2005

1) Lundi de Pentecôte : Le feuilleton continue, tout aussi dérisoire. Le groupe Total a appliqué la loi, les syndicats se sont crispés : grève de 5 jours. Raffarin a cru devoir s’en mêler, ce jeudi (les raffineries sont bloquées, menace de pénurie à quelques jours du référendum ! ! !). Il stigmatise l’absence de dialogue social (laissant entendre qu’avec de si gros profits, Total a les moyens de payer). Résultat : la direction se sent lâchée, elle cède. Les salariés seront indemnisés et bénéficieront d’un jour de RTT supplémentaire. Après ce qui s’est passé à la SNCF, c’est encore un camouflet pour le Premier Ministre qui, décidément, dans cette affaire, a perdu tout le crédit qui lui restait.

2) Défense du livre : Le Syndicat National de l’Edition s’irrite : le journal Le Monde a lancé, ce week-end, une opération commerciale en vendant, pas cher, des livres d’art en kiosque. Voilà, dit le SNE, qui va « altérer l’image du livre, détourner les lecteurs des librairies, et fragiliser leur réseau ». Il est vrai qu’avec un essai sur Matisse à 4,45 €, Le Monde tape fort. Pourtant, on devrait se réjouir. Les ventes de livres ont chuté de 2 % depuis le début de l’année. Idem pour la fréquentation des librairies. Une jolie promo, ça n’a jamais tué le marché !

3) Europe/Référendum : Ce week-end, les partisans du « non » se sont exprimés partout, dans les journaux et les meetings. J’ai pris le temps de peser chaque argument. On ne peut qu’être confondu devant certaines affirmations. Fabius, bien sûr, pour moi, a perdu sa superbe. (Au moment du passage à l’euro, il voulait être premier sur la photo chez Carrefour ou Leclerc, pour dire son soutien à Maastricht !). Que penser aussi du vice-président d’Attac France (François Dufour) : « Cette constitution nous passe les menottes et éteint la démocratie. Au lieu de cela, l’Europe devrait…lier la libre circulation…au respect des critères sociaux… C’est ainsi que l’on a tiré l’Espagne et le Portugal vers le haut… ». Et bien alors ! Pourquoi voter « non » à des textes qui instaurent ces critères. Ce qui a été valable pour l’Espagne et le Portugal ne le serait plus pour la Pologne ou la Roumanie ?

4) Europe/Référendum : Je vous invite à lire, dans l’hebdo Marianne (21/05), les 5 pages « événement » intitulées : « La position de Marianne, c’est oui ou c’est non ? ». 5 pages pour ne pas prendre position. Le oui ? « Un oui réservé ou contraint, minimaliste et réaliste, était possible…Le oui emphatique et illusionniste des Jack Lang et autre Cohn-Bendit, totalement fallacieux, a largement contribué à paralyser le débat…Il nous est impossible de recommander un vote oui ».

Suit une série d’arguments contre le oui, parmi lesquels celui-ci : « Comme dans la constitution soviétique (sic), le régime économique capitaliste libéral est institutionnalisé, ce qui déroge au principe de libre choix des électeurs… ».

Il reste alors à Marianne à prendre position pour le non : « Le non est effectivement censeur. C’est sa « positivité » qui pose problème…Nous ne saurions nous prononcer ni en faveur d’un non hors sujet, ni en faveur d’un « non de mouvement » à la dynamique tout à fait aléatoire ». Quel jargon ! Que de contorsions pour ne pas prendre position.

Personnellement, j’ai toujours respecté les choix partisans et passionnés. Mais tout ça sent le clientélisme. De la part d’une rédaction qui ne cesse de donner des leçons à toute la classe politique et aux décideurs économiques, on pouvait attendre mieux que cette danse du ventre impudique.

5) Europe/Référendum : Mon ami Michel Le Bris, écrivain et directeur du Festival Etonnants Voyageurs, n’a pas d’état d’âme pour dire oui (Ouest France 20/05). S’il mesure son enthousiasme, cet ancien co-fondateur de « La cause du peuple », rappelle, en contrepoint à l’édito de Marianne, que « l’expérience de l’Europe « de l’Est » est pour nous capitale,…elle vient de s’arracher à la barbarie communiste et ne comprend pas qu’en France, on dise « espoir » ce qui fut son cauchemar à elle ».

Contre une gauche du non jamais sortie de sa culture anti-capitaliste, il rappelle qu’il n’y a pas d’autre modèle d’organisation que le libéralisme ou l’économie sociale de marché (la concurrence plus la régulation par le pouvoir politique), ce qu’amorce la Constitution. « En votant « oui » le 29 mai, je vote aussi pour l’espoir d’une gauche encore possible. Contre les chimères meurtrières ».

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 23 mai 2005

Essoufflement du hard-discount : Contre-attaque des hypers ?

L’hebdo LSA (numéro du 12/05) a commenté, sous la plume de Jérôme Parigi, l’évolution récente des parts de marché des HD. Selon TNS-SECODIP, « leur croissance s’émousse, le panier moyen est en baisse, la fidélité recule… ». Lidl, seule enseigne à couvrir l’ensemble du territoire français, aurait même stagné en 2004.

Explication : avec la prolifération des ouvertures, et la couverture de l’ensemble des zones urbaines, les enseignes de HD sont devenues concurrentes entre elles. Et les hypers contre-attaquent avec l’extension des gammes premiers prix. La part de marché du HD continue à croître, mais la progression est plus faible. Et Jérôme Parigi de conclure : « les maxi-discounters vont avoir à balayer devant leur porte, s’ils veulent conserver l’avantage dans les années à venir. »

1) J’approuve le diagnostic, s’agissant de l’offre et de la politique de prix du HD. Le HD a conquis, dans tous les sondages d’opinion, une image prix exceptionnelle. Le HD a bénéficié, contrairement à l’hyper, d’une lecture directe et simple de sa politique commerciale : HD = premiers prix = moins cher.

Pourtant, tous nos relevés confirment que les gammes premiers prix de plusieurs enseignes d’hypers sont devenues encore moins chères. Eco+, par exemple chez E. Leclerc, creuse un écart de 5 à 15%, quelquefois plus, à cahier des charges qualité identique.

En développant des gammes nouvelles (fruits et légumes, non-alimentaire, et grandes marques qui ne seront pas moins chères qu’en hyper), le HD va prendre le risque de se couper de l’image unique « premier prix », et peut-être même a-t-il commencé à « s’embourgeoiser ».

De fait, comme pour confirmer l’analyse de LSA, depuis deux ans, à surface constante, le HD ne progresse plus.

2) Mais s’agissant de son avenir, le HD dispose de deux autres atouts.

Le HD a complètement renouvelé l’offre de proximité, celle des anciens Codec, Félix Potin et autres petits Casino, autrefois trop chers. Les nouvelles enseignes Lidl, Aldi, ED l’Epicier, Leader Price ont modernisé le concept, joué à fond sur la rapidité du temps consacré aux courses. Et sur la propreté, ce qui n’était pas la caractéristique des magasins de quartier. Sur ces critères, le HD ne montre pas de signes de faiblesse.

La croissance du HD s’explique aussi largement par l’accroissement considérable des surfaces de vente. Cette formule a profité du fait qu’elle n’est pas soumise aux mêmes contraintes d’urbanisme commercial que les supermarchés.

Par rapport à 2003, les HD ont ouvert 156 800 m² de surfaces de vente supplémentaires. C’est un tiers de plus que l’ensemble des hypermarchés. Pour le seul deuxième semestre 2004, les HD ont ouvert 126 000 m², soit la moitié, à eux seuls, des surfaces créées par l’ensemble des enseignes GMS. Les surfaces engrangées assureront à ce concept, quel que soit son positionnement commercial, une évolution positive de part de marché.

Contrairement donc au diagnostic de LSA, je ne crois pas à l’essoufflement rapide du HD. Les hypers ont encore du souci à se faire. Et ce n’est pas Christian Jacob, en maintenant les marges arrière à 20%, qui mettra un terme à cette performance. A défaut d’obtenir le droit de baisser librement leurs prix (on verra bien fin juin), les Centres E. Leclerc n’auront d’autre choix que de rajouter leur nouvelle enseigne HD à la croissance de ce secteur. A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 21 mai 2005

Etonnants Voyageurs : Retour à Saint-Malo 2005

Ils étaient plus de 200, les écrivains voyageurs accourus des quatre coins de la terre. Ils voulaient marcher sur les plages, à marée basse, jusqu’au tombeau de Chateaubriand. Ils rêvaient de respirer les fumets de notre culture (toutes les effluves, culinaires aussi…). Ils furent happés par une foule enthousiaste et bon enfant.

Philippe Matsas est photographe indépendant. Il a travaillé pour « Elle » et pour l’agence « Opale » qui s’est spécialisée dans les portraits d’écrivains. J’ai aimé son press-book : portraits, regards, solitudes et joie de vivre… Il a profité de ce déplacement à Saint-Malo pour parcourir les stands.

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Michel Le Bris inaugure

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Paul Auster, Françoise Nissen (Actes Sud), Mel

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Richard Bohringer mène la danse

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Laurent Gaudé

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Luis Sepulveda

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Paul Auster, ému, reçoit des mains d’une lectrice passionnée un livre de contes (épuisé) qui l’a tant marqué dans sa formation d’écrivain…

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Jean-François Deniau

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Jacques Lanzmann

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Karla Kuban

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Sepulveda et le photographe Mordzinsky

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Jeunes Lauréats du Concours de Nouvelles

Pour les internautes que cela intéresse, j’aurai plaisir à leur faire parvenir gracieusement le livre que nous avons édité à l’occasion du Concours de Nouvelles (50 contributions de «graines d’écrivain»).

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 20 mai 2005

Cinéma français : L’exception culturelle au service des monopoles ?

Festival de Cannes ! Chaque année me vaut son lot d’invitations : cocktails, projections, rencontres et petits fours. Je n’y suis allé qu’une fois. Le piège : pour tout un monde qui gravite dans cet univers fascinant du cinéma, un « épicier en gros » reste d’abord un annonceur, le parrain potentiel d’une émission TV, le sponsor d’un éventuel festival, un diffuseur sur le marché de la vidéo et des CD… Moi, ce que j’aime, c’est me blottir discrètement dans le velours des salles, m’imprégner des drames sur l’écran. Et après les projections, observer la comédie des héros, capter les rires, les excès, les humeurs, et applaudir, comme un gosse, aux mises en scène délirantes (bravo Star Wars !).

Tant pis. Encore une fois, il me faudra me contenter de feuilleter les magazines.

Mais hier, j’étais comme en coulisse. Deux des adhérents de notre enseigne veulent construire des petits complexes de cinéma sur leur parking. (Demande de leur municipalité pour doper l’attractivité d’une banlieue devenue désert culturel depuis que toutes les aides vont à l’animation des centres-villes). Cette idée ne fait pas que des « joyeux ». Les trois quarts des salles appartiennent à des réseaux constitués qui défendent leur bifteck comme savent le faire…les marchands. Ce sont eux qui ont exigé du législateur qu’on soumette désormais la création de salles à des critères délivrés par des Commissions d’Urbanisme. Parmi ceux-ci, l’engagement d’une programmation qui favorise les films français ! Pas de problème, évidemment, pour tenir cet engagement, mais l’occasion, pour mes adhérents à Cannes, de découvrir aussi les intérêts cachés derrière ce noble concept « d’exception culturelle » à la française. (Je vous raconterai la suite de leurs aventures, ça m’a l’air assez picaresque…).

Dans tout ceci, la question-clé reste : qu’est-ce qu’un film français ? On se rappelle les désagréments de « Un long dimanche de fiançailles » privé du système d’aide national au cinéma. Les principaux producteurs et diffuseurs hexagonaux avaient, par leur action juridique, contesté au film de Jean-Pierre Jeunet le droit d’être éligible pour obtenir un soutien financier de l’Etat (subvention, avance sur recettes, obligation de diffusion par les chaînes de télévision, apport des Sofica, crédit d’impôt, etc…). Pour Pathé, UGC et MK2, l’œuvre était américaine, bien que produite par une filiale française de l’Américain Warner.

Les plaignants n’avaient pas prévu l’effet boomerang : le gouvernement n’a pu qu’être convaincu de la nécessité d’une réforme. Du coup, UGC et Pathé montent sur leurs grands chevaux et Marin Karmitz, « l’indépendant », donne de la voix pour exiger le statu quo.

Sur le fond, leurs arguments ne manquent pas de pertinence. « Je préfère que la France participe à la création d’un « Airbus du cinéma » en ayant une action volontariste au niveau européen plutôt que de se vendre à Boeing ». En finançant des œuvres à caractère français, mais produites à l’étranger, « le risque est de permettre aux Américains de détruire de l’intérieur un système qu’ils ne cessent de combattre de l’extérieur ». (Guy Verrecchia, Président d’UGC – Le Figaro du 26/04/05). Sur cet objectif, on ne peut que suivre.

Mais la plaidoirie cache une bonne dose d’hypocrisie :

1) Les fonds de soutien sont accessibles selon deux critères. La nationalité du producteur et celle de l’exploitant et du distributeur. A ce titre, « Un long dimanche de fiançailles » dont personne ne conteste qu’il est emblématique de la « culture française », n’a pas été éligible : le producteur est extra-européen. Mais le film d’Oliver Stone, « Alexandre », dont on ne voit pas en quoi il fait référence à nos « valeurs » artistiques, a été soutenu financièrement parce que co-produit et diffusé par Pathé ! ! ! Les critères culturels ont vraiment bon dos dans cette affaire !

2) Question suivante : qu’est-ce qui a empêché le film de Jean-Pierre Jeunet d’obtenir une aide au titre du deuxième critère : la nationalité des exploitants et des diffuseurs. Eh bien, tout simplement, parce que les exploitants font la loi. Pathé, Gaumont, UGC ou MK2 gèrent tranquillement le monopole de leur sélection. L’un d’eux promotionnait « Alexandre ». Pas Jeunet… donc voilà.

Décidément, ici comme ailleurs, on retrouve les mêmes débats sous-jacents, les mêmes querelles, les mêmes défenses d’intérêts…fût-ce sous le noble habillage de la défense de la culture. Tiens, c’est promis, juré, l’année prochaine, j’irai à Cannes parler de concurrence, de liberté d’accès aux salles de cinéma et de la défense des films français.

Michel-Edouard Leclerc