Archive pour le 5 mai 2005

Jeudi 5 mai 2005

Economie politique : la pédagogie par les cornes

Jeudi de l’Ascension. L’Esprit Saint monte au ciel, nous laissant pauvres hères, totalement démunis de finesse et d’intelligence. Droit à la paresse… Laissons-nous, sans trop d’esprit critique, guider par la pertinence analytique de ce manifeste anti-bureaucratique. Il a été assurément concocté dans un milieu patronal « droitisant ». Sous différentes versions, il circule actuellement sur la Toile. Celle-ci m’a été envoyée depuis les Côtes d’Armor par un ami éleveur. A l’attention de son député, qui à la buvette de la gare, prépare ses interventions au Parlement, il a adapté ce petit précis d’économie concrète en parlant de ce qu’il connaît : ses vaches. Synthèse :

Socialisme : Vous avez deux vaches. Vos voisins vous aident à vous en occuper et vous partagez le lait.

Communisme : Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous fournit en lait.

Anarchie : Vous avez deux vaches. Vous les laissez se traire en complète autogestion.

Démocratie représentative : Vous avez deux vaches. On procède à un vote pour désigner celui qui décidera à qui appartiendra le surplus de lait.

Capitalisme : Vous avez deux vaches. Vous en vendez une et vous achetez un taureau pour faire des petits.

Capitalisme off-shore : Vous avez deux vaches. Vous en vendez trois à votre société cotée en Bourse en utilisant des lettres de créance ouvertes par votre beau-frère auprès de votre banque. Puis vous faites un « échange de lettres contre participation, assortie d’une offre publique menée par le Crédit Agricole Corse». Cette opération vous permet de récupérer quatre vaches tout en bénéficiant d’un abattement fiscal pour l’entretien de cinq vaches et un droit à produire du lait pour six vaches. La créance (six vaches potentielles moins deux vaches réelles) est transférée par un intermédiaire de Levallois-Perret sur le compte d’une société Iles Saint Martin, détenu clandestinement par un actionnaire bruxellois qui revend à votre société française un à-valoir sur la prime d’abattage (pour huit vaches) dont un fonctionnaire de la commission lui a révélé la future publication.

Capitalisme européen : Vous avez deux vaches. On vous subventionne dès la première année pour acheter une troisième vache.

Compte tenu du niveau de production, on décide de fixer des quotas dès la deuxième année. En fin d’année, vous payez une amende pour surproduction.

Finalement la troisième année, on vous donne une prime pour abattre la troisième vache.

Capitalisme européen – Modèle libéral à l’anglo-saxonne : Vous avez deux vaches. Le fourrage français est trop cher pour les nourrir. Vous tuez l’une des vaches. Vous en faites de la farine animale appelée « complément protéinique » que vous donnez à manger à l’autre. La vache vivante devient folle. L’Europe vous subventionne pour l’abattre. Vous broyez la carcasse que vous donnez à manger à vos moutons. Profitant d’une subvention export, vous autorisez des groupements néo-zélandais à les importer et à les réexpédier pour pas cher sur la France.

Capitalisme européen – Modèle social à la française : Vos vaches ont fait des petits. Le troupeau s’est agrandi. Pour financer la retraite de vos vaches, le gouvernement décide de lever un impôt : la CSSANAB (cotisation sociale de solidarité avec nos amis les bêtes).

Deux ans après, comme le modèle de protection social est très attractif, la France a récupéré une partie du cheptel britannique.

Dès la troisième année, le système devient déficitaire.

Pour financer ce déficit, on lève un nouvel impôt sur la production de lait : le RAB (remboursement de l’ardoise bovine). Les vaches se mettent en grève. Il n’y a plus de lait. A l’appel des syndicats, les français descendent dans la rue : « Du lait, on veut du lait ! ». Le gouvernement s’inquiète. Dans la précipitation, on construit dans le tunnel sous la Manche, un lactoduc pour s’approvisionner auprès des Anglais qui ont entre-temps reconstitué leur cheptel avec l’argent de la protection sociale française.

Mais les Hollandais et les Allemands se plaignent. Les pays européens demandent que la Commission déclare le lait anglais impropre à la consommation. Le Conseil des Ministres Européens publie des règles d’hygiène qui discréditent les éleveurs de la Grande Albion.

On lève alors un nouvel impôt pour l’entretien du lactoduc devenu inutile : le IDLQV (l’Impôt Du Lactoduc Qu’est Vide) …etc.,….etc.

Tout votre jeudi est libre. Vous avez donc tout le temps de continuer l’histoire. Il y a juste un truc que je peux vous dire. On peut changer les auteurs, mais le scénario reste toujours le même.

Michel-Edouard Leclerc