Archive pour le 12 mai 2005

Jeudi 12 mai 2005

Loi Galland : Les conditions d’une bonne réforme

Ce matin à Paris, j’ai présenté à la presse économique les principales critiques émises par mon groupe à l’encontre du projet de réforme du Code du Commerce défendu par Christian Jacob. La Commission des Affaires Economiques du Sénat a commencé à instruire ce projet qui sera débattu le 6 juin. J’ai réitéré l’essentiel des arguments que vous avez pu lire en priorité sur ce blog et rappelé les conditions d’une bonne réforme.

a) Le projet Jacob est difficilement praticable, tellement c’est une usine à gaz. Il augmente l’insécurité juridique en renforçant le caractère pénal des sanctions, y compris sur des infractions à caractère purement formel.

b) Il ne crée pas les conditions de retour à la liberté des prix ou à la concurrence, comme partout ailleurs en Europe. La négociation est définitivement encadrée et sa pratique extrêmement limitée.

c) Enfin, il maintient le principe des marges arrière en instaurant une marge minimum garantie à hauteur de 20 % du prix de revente.

Ce qui me fait dire que cette réforme souffre des contradictions d’une politique gouvernementale qui prétend « lutter contre la vie chère », mais « limiter la concurrence par les prix ».

Mais refusant de jouer les intégristes du prix bas et les jusqu’au-boutistes, j’ai proposé cinq pistes pour améliorer le dispositif :

1) Les abus doivent être sanctionnés, mais chaque professionnel doit être suffisamment motivé pour prendre des risques, innover, et animer par des politiques de gammes et de prix différenciées, une consommation aujourd’hui bien morose. Cela passe par la dépénalisation des infractions recensées dans le texte Jacob.

2) Il faut donner aux entreprises une visibilité à long terme, leur permettant d’infléchir durablement leur stratégie commerciale (retour à la concurrence par les prix plutôt que par des bons d’achat, restructuration des gammes, répartition des budgets promotionnels). La culture de négociation doit être recentrée sur le produit et sur son prix. Pour atteindre cet objectif, la réforme doit être progressive, mais irréversible.

3) Le seuil de revente à perte doit être redéfini de manière stricte, le plus clairement possible, sans souci d’interprétation. La solution qui paraît la plus incontestable a été proposée par la Commission Ollier-Chatel. Les fournisseurs doivent inclure dans leurs factures tous les avantages financiers. Le seuil de revente à perte doit pouvoir être défini à partir de ce prix, ristournes, remises et coopération commerciale déduites (triple-net), affecté provisoirement d’un éventuel coefficient multiplicateur.

Pour les Centres E. Leclerc, ce coefficient de marge minimum doit permettre un accompagnement vers le retour à la liberté des prix et empêcher des prix dits de prédation. Il n’a pas vocation à durer.

4) Pour pouvoir compter sur une modification des comportements, cette marge minimum ne devrait pas excéder 10 %. Quels que soient les arbitrages sur ce sujet, c’est la dégressivité, année par année, de ce taux, qui assurera à cette réforme son efficacité.

5) Afin de mettre fin à toutes ces polémiques, les Centres E. Leclerc demandent instamment que soit rendu public l’avis du Conseil de la Concurrence sur le dispositif retenu.

Le gouvernement a tardé à prendre acte de l’existence d’une bulle inflationniste sur les grandes marques. Il a fallu notre intervention et nos campagnes de publicité. Désormais, les consommateurs attendent des baisses substantielles de prix.

Si le gouvernement s’entête à brider l’attractivité des hypermarchés, il va faire fausse route. Ne l’oublions pas, c’est la troisième fois qu’en huit ans, le législateur sera appelé à retravailler sur le Code du Commerce. Toutes ces modifications vont impacter l’ensemble des opérateurs économiques, y compris les sociétés de service et la vente à distance. Alors, essayons de faire du droit une matière durable.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 12 mai 2005

Le bond en avant du commerce équitable

Après de timides tentatives, les produits du commerce équitable s’installent dans les rayons de la plupart des hypermarchés. Thé, café, chocolat, riz, sucre, jus de fruits équitables sont souvent produits en mode bio. Arrivent aussi les produits non-alimentaires (cotonnades). Leur commercialisation fait vivre plusieurs millions de petits producteurs dans cinquante pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Les producteurs reçoivent une rémunération supérieure de 30 à 50% au cours des matières premières. Le profit est reversé aux coopératives qui l’utilisent pour répondre aux besoins fondamentaux de l’économie villageoise (santé, éducation, logements). Les importateurs ont pour nom « Alter Eco », « Ethiquable », « Lobodis », « Méo », « Malongo », etc… Ils vérifient que les produits sont respectueux de la qualité de l’environnement et des normes sociales établies par l’OIT. L’association Max Havelaar décerne son label après avoir contrôlé l’intégrité de l’ensemble de la filière équitable.

Du 30 avril au 15 mai, dans toute la France, se déroulera la Quinzaine du Commerce Equitable. J’y ai engagé mon enseigne. 180 produits référencés, catalogues, promotions… Un engagement que je souhaite durable…
Lire la suite…

Europe, réfendum :
Raisons de dire OUI


1) Je voterai « oui », le 29 mai. Un « oui » sans arrogance, sans mépris pour ceux qui doutent sincèrement, mais un « oui » suffisamment raisonné pour être militant.
 
2) J’ai toujours été contre le principe de ce référendum. Comment ne pas comprendre qu’en exigeant une réponse simple à un problème aussi complexe, les Français refuseraient de se faire piéger par une question aussi manichéenne. Au jeu du « stop ou encore », il est plus tentant d’empocher une mise (que l’on connaît) que de tenter un pari aussi incertain.
 
3) Mais le texte constitutionnel constitue, malgré tout, une avancée. Il conforte l’existence politique de l’Europe (nomination d’un Président et d’un Ministre des affaires étrangères). Il renforce le caractère démocratique des institutions en donnant plus de pouvoir au Parlement pour contrôler la Commission. Il intègre des objectifs sociaux, environnementaux et citoyens.
Pour la première fois dans l’histoire de l’Europe, un acte solidaire est donc commis par 25 pays alliés de cultures différentes. Forcément, c’est un compromis. Chaque peuple y a laissé quelque espérance. Celle des Polonais et des Italiens, par exemple, qui voulaient une référence spécifique aux origines chrétiennes de l’Europe. Les Français ont fait partie de ceux qui s’y sont opposés. Dire « non » aujourd’hui, ce serait donner l’impression de « jouer perso » après avoir exigé de « jouer collectif ».

4) D’un point de vue purement tactique, je ne vois pas ce qu’il y a à gagner à voter « non ». A supposer qu’il y ait électrochoc puis tentative de renégociation, il y a fort à parier que Polonais, Espagnols, Italiens, Portugais, Irlandais et Anglais appuieraient des solutions encore plus libérales. Et quels seraient alors nos arguments : la France est de plus en plus isolée du fait de ses contre-performances économiques (avec 10 % de chômeurs et les déficits publics, elle n’est vraiment plus un modèle sur le plan social). Cette situation ne nous autorise pas à faire le coq !
Dire « oui », même à une Constitution imparfaite, c’est être assuré de rester dans l’histoire, c’est assumer le leadership qu’on attend des pionniers, c’est garantir notre audience et notre part de voix dans le futur concert européen.

Michel-Edouard Leclerc