Je lisais hier la retranscription d’une interview sur Radio Classique (25/05/05) de Laurent Wauquiez, député UMP de Haute-Loire. Invité à commenter l’initiative de mon groupe pour s’attaquer à la prolifération des sacs plastiques distribués dans les magasins par millions. Il déclare « c’est une des solutions envisageables…mais…Leclerc prend les consommateurs pour des crétins…ils ont supprimé les sacs de sortie de caisses, qui était un service gratuit rendu aux consommateurs…On (leur) demande d’acheter des sacs…qu’ils ne peuvent plus utiliser comme sacs poubelles. »
Je me suis demandé ce qui nous valait ce vilain prurit d’acné de la part d’un député qui déclarait par ailleurs qu’il « fallait réduire l’utilisation de sacs, qu’il faut faire de la pédagogie à l’école, pour avoir une meilleure utilisation des sacs plastiques, etc… ». Renseignements pris, ce député soutient une dizaine d’industriels de sa région, qui ont mis au point un sac théoriquement biodégradable, le NEOSAC. Laurent Wauquiez et un autre député UMP, Yves Jégo, ont déposé une proposition de loi visant à interdire la distribution de sacs non biodégradables, d’ici 2010, dans toute la distribution.
Je ne leur reprocherai certainement pas de défendre leurs industries locales. Au contraire, bravo. Mais je trouve stupide la polémique entretenue par LW à notre égard. C’est sur le fond que je ne suis pas d’accord avec la solution qu’ils proposent.
1) Laurent Wauquiez prétend que c’est pour des raisons économiques que je m’oppose à sa solution. Voilà encore ce vieux réflexe qui attribue à l’épicier un cerveau limité au logiciel d’un tiroir-caisse ! Qu’importe ! Puisqu’il parle d’argent, qu’il me permette cette leçon : les sacs, contrairement à ce qu’il croit, n’ont jamais été gratuits. Le coût de ces dix-sept milliards de sacs plastiques distribués en France est évidemment intégré dans la marge du distributeur. Qu’est-ce qu’il croit Monsieur le député !!! Et c’est tout sauf un système équitable puisque le consommateur qui a fait l’effort de venir avec son propre cabas, paye finalement pour ceux qui allègrement s’empiffrent de sacs et gaspillent.
2) Revenons sur sa proposition. Est-elle vraiment écologique. Nos techniciens contestent la biodégradabilité des sacs proposés. Le NEOSAC est constitué majoritairement de polyéthylène (plastique). Ce matériau est inerte. C’est ce qui fait dire au CNIID, une association écologiste spécialisée dans les déchets, que ces sacs ne sont pas biodégradables, mais biofragmentables. « Ce sont les additifs ajoutés à la matière qui conduisent à une fragmentation du sac sous forme de paillettes…La pollution visuelle disparaît, mais les déchets de polyéthylène…restent disséminés dans la nature ». Si tel est le cas, alors l’expérience ne mérite pas d’être tentée.
3) Indépendamment de ces aspects techniques, les sacs biodégradables seraient-ils la bonne alternative aux sacs réutilisables. (J’ai le même débat avec Ségolène Royal qui soutient ardemment un projet concurrent en Poitou-Charentes – Cf. Décryptage 10/03/05). Mon opinion, sans être définitive, est négative.
a) Les Centres E. Leclerc plaident pour une réduction drastique du nombre de sacs mis sur le marché (réduction à la source). Ils proposent aux consommateurs des sacs plus solides, plus grands et durables, échangeables à vie, mais consignés de manière à ce qu’ils les ramènent en magasin, et que nous puissions ainsi les recycler.
b) Le choix de la biodégradabilité laisse tout entier le problème de la prolifération et de la surconsommation des sacs. Et même, si par délitement, ces sacs vieillissent plus vite dans la nature (1 à 10 ans, plutôt qu’un siècle !), il n’y a pas de suppression réelle de la pollution visuelle et chimique.
Ce débat, nous l’avons fréquemment « en interne ». 95% de nos adhérents n’ont pas eu de problème pour arrêter la distribution de tous ces petits sacs bretelles, en sortie de caisses. Mais quelques-uns, en milieu urbain principalement, font état de la résistance d’une frange marginale de la clientèle, peu motivée, ou n’ayant pas la possibilité de venir faire leurs courses avec des sacs déjà accumulés à la maison. Pour résoudre ces problèmes pratiques (on ne fait quand même pas ce métier pour perdre des clients !!!), j’étais assez séduit par une offre complémentaire de sacs biodégradables. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence : tous les sondages montrent qu’une telle initiative relancerait la surconsommation de sacs.
Je fais pression sur mes adhérents pour que nous persistions courageusement dans nos choix initiaux. Nous sommes en train de faire école dans la distribution, et auprès d’élus régionaux. Deux associations de consommateurs ont clairement pris position. France Nature Environnement et la Confédération de la Consommation, du Logement et du Cadre de vie (CLCV) soutiennent l’option des sacs réutilisables, « lesquels permettent de limiter la consommation des ressources et de réduire la production de déchets dont la gestion coûte de plus en plus cher ».





