Archive pour le 9 juin 2005

Jeudi 9 juin 2005

Réforme de la Loi Galland : Le cas du petit commerce

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En France, c’est une habitude. Pour se protéger des effets de la concurrence, « les gros » se planquent toujours derrière « les petits ». Pour défendre le monopole de la pharmacie (sur les cotons-tiges et les crèmes de beauté !), ce ne sont pas les labos qui ont plaidé, ni même les officines du XVIème. C’est la pharmacienne (de zone rurale !) qu’on a envoyée au JT de Jean-Pierre Pernaud pour verser une larme et illustrer la faiblesse des marges. Idem pour les pétroliers qui se sont honteusement servis des petits pompistes pour convaincre les élus des effets dévastateurs de la baisse des prix, ou les petits libraires, figures emblématiques du combat contre la méchante Fnac.

C’est le même scénario que nous jouent les grands magasins et les succursalistes (Monoprix, Casino, etc…) pour qu’on ne touche pas à la loi Galland. Après son voyage en Hollande, organisé par les RP de Casino, Christian Jacob, notre récent « ancien Ministre du Commerce », me parlait ainsi : « A Provins (il en est le maire, apprécié d’ailleurs !), j’ai un Leclerc et un Intermarché. Si je les laisse trop baisser les prix, ça va encore creuser l’écart avec le petit commerce du centre ville. Ils vont crever ».

L’argumentaire est habile. Il mélange réalisme sociologique et affectif. Mais il occulte le fait que la marge d’un commerçant (pompiste, libraire, etc…) dépend non seulement de ses prix de vente, mais aussi de ses conditions d’achat. Si les petits commerçants « ne peuvent pas suivre », c’est bien à cause de la discrimination dont ils sont victimes à l’achat. Obliger tous les hypers de France à garder leurs marges arrière, voilà un prix bien élevé qu’on fait supporter à tous les Français. L’argument ne tient plus quand, à moindres frais, il suffirait de s’en prendre aux prix de gros et à la relation de dépendance dans laquelle le grand commerce tient ses revendeurs.

Le mensuel « Linéaires », dans son édition de juin (numéro 204), livre une intéressante interview de Serge Méresse, avocat de plusieurs commerçants franchisés. Il rappelle, à juste titre, que le débat sur la loi Galland s’est focalisé sur la relation industrie-commerce, « sans se préoccuper des relations centrale/franchisé…Ceux-ci ne peuvent pas baisser leur prix au client final parce que les prix d’achat sont trop élevés et parce que la part de coopération commerciale leur revenant ne leur est pas reversée ».

Voilà qui devrait dédouaner un gouvernement dont le Premier Ministre vient de réaffirmer qu’il veut faire baisser les prix. Le petit commerce, ce sont des hommes et des familles qui méritent qu’on s’occupe de leurs problèmes. Mais ce sont essentiellement des marchands de fruits et légumes, des charcutiers-traiteurs, des bouchers… qui ne sont pas directement concernés par la vente des produits de grandes marques. Les autres (petits magasins et supérettes représentant moins de 5 % de part de marché) s’approvisionnent auprès de grossistes (Ripotot, Aldis, Disval, Cercle Vert) ou de franchiseurs (Casino, Promodès, etc…) qui ont les mêmes conditions d’achat que les hypers. Il dépend de Casino ou de Carrefour-Promodès que les petits magasins à leur enseigne (8 à Huit, Shopi, etc…) vendent moins cher… et arrêtent ainsi de polluer un débat qui prive tous les Français de la baisse des prix. Ce qu’Intermarché ou Système U arrivent à faire dans leurs petites surfaces est évidemment à leur portée.

Le législateur ne peut se laisser abuser à ce point. Ce n’est pas dans la mission de la loi que de permettre à ces succursalistes de s’engraisser sur le dos des Français ou de leurs franchisés.

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Luky Luke in « La belle province»  Achdée, Gerra & Morris (Lucky Comics Ed.)

Michel-Edouard Leclerc