Le 16 avril dernier, je vous avais brossé un portrait de Tarquin, le dessinateur de Lanfeust, cette BD à succès dont la RP génère 27 % des notes de restaurant de Mourad Boudjellal, génial PDG des éditions Soleil. Je ne vous avais jusqu’ici que vaguement parlé de Christophe Pelinq, dit Scotch Arleston, son scénariste et mentor. Un type hors du commun, plutôt costaud physiquement, à la fois grand frère (pour tous les collègues dessinateurs qu’il fédère au sein de l’écurie Soleil), professeur (un charisme renforcé par un débit, une verve, riche de milliers d’histoires et d’anecdotes), et patron de maison d’hôtes, puisqu’il accueille, dans les locaux du journal « Lanfeust » toute la crème de « l’heroic fantasy » française.
Revenons donc à Aix. Quand Tarquin s’abreuve et « mate » les étudiantes à la Brasserie de la Rotonde, Arleston tient son QG 20 rue Fermée. Son bureau d’abord : banal, oui, on peut le dire. Au mur, une carte du monde de Troy qu’il a créée de toutes pièces. Des posters de ses maîtres (Roba, Franquin) ou de ses complices (Yann, Conrad, Mourier). Il a une tendresse pour une affiche de Vallée (1996) qui illustre une scène des « Tontons flingueurs » avec Jean Lefebvre, Bernard Blier, Lino Ventura. Il tient bureau ouvert mais sait s’isoler (les portes sont capitonnées pour que sa secrétaire ne l’entende pas rire tout seul). Un matos et une discothèque très complets pour mettre ses neurones en rythme avec les décibels. Mais s’il s’y enferme « aux heures classiques de bureau », il promène sa silhouette de clergyman (uniforme noir, l’hiver, espadrilles et uniforme noir et blanc, l’été) dans des locaux squattés par les meilleurs laborantins de la BD méditerranéenne. Sont là (ou y passent) Pellet, Tarquin, Simon Van Liemt, Steven Lejeune, Nicolas Kéramidas, Dominique Latil (scénariste), Nolwenn Lebreton (coloriste) et Floch qui a traversé le quartier pour venir faire ses photocopies.
Le monde d’Arleston, c’est 70 albums (une vraie usine, ce mec)…parmi lesquels « Lanfeust de Troy », « Lanfeust des Etoiles » (avec Tarquin), « Trolls de Troy » (avec Mourier), « Les Naufragés d’Ythaq » (avec Floch), « Les Forêts d’Opale » (avec Philippe Pellet), « Les Feux d’Askell » (re Mourier), « Moréa » (avec Labrosse), « Léo Loden » (avec Carrère), etc…
Scotch est un hypocondriaque qui a décoincé sa bulle en devenant « écriture addict ». C’est un bosseur. Il ne croit pas au talent inné, il faut savoir le conquérir, « tout est une question d’envie ». Il se définit de l’engeance des Saint-simoniens (pour ceux qui regardent « La Ferme » ou « Koh-Lanta », ce n’est pas un auteur de BD !). Mais par rapport à l’ancêtre, dispose d’un net réservoir d’humour. Il reçoit les journalistes sur une sorte de divan rouge pour psy. A écouter les multiples histoires dont il nous abreuve, il ne fait aucun doute que ce type-là, s’il réécrivait la Bible, nous resservirait, en prime time, les Turpitudes selon Job, Ma nuit avec Esther, le Retour de Joseph (acte V), etc…
Malgré son look de mercenaire/missionnaire rockstar, il est du genre à vous balancer, dès les cinq premières minutes, qu’il est « anticlérical, archi athée, et mécréant grave ». N’empêche, l’atelier qu’il transforme, l’été, en université pour jeunes créatifs s’appelle « Gottferdom » (« Nom de Dieu ! », en flamand). C’est ça le problème avec les philosophes de son espèce. Ils abattent les idoles, mais ne dédaignent pas construire quelques petites chapelles pour abriter leur propre congrégation…
En attendant l’interview que je publierai dans la deuxième livraison « d’Itinéraires dans la Bande Dessinée » (début 2006, chez Flammarion), goûtez son humour dans la rencontre que propose ce mois-ci l’excellente revue Bodoï. Ca décoiffe !






