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Mercredi 15 juin 2005

Le « contrat nouvelle embauche »

Parmi les mesures phares du plan de lutte contre le chômage, c’est le « contrat nouvelle embauche » (CNE) qui fait débat.

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Beaucoup d’imprécisions encore : il s’agirait d’un CDI avec période d’essai de deux ans. Intérêt pour l’employeur : la procédure simplifiée de licenciement. Intérêt supposé pour le salarié : un complément d’allocation chômage, un accompagnement personnalisé ( ?), des « moyens nouveaux » ( ?) de reclassement et durée du préavis en fonction de l’ancienneté.

Le projet n’étant pas finalisé, prudence dans l’analyse. Mais sur le principe, je suis perplexe :

1) Deux ans, c’est long, trop long pour une période d’essai. Qui ose prétendre qu’il faut deux ans pour jauger la compétence d’un salarié, surtout dans l’univers d’une TPE. Six mois, un an, oui, mais deux ans, on se moque ! Si c’est la vraie motivation du CNE, alors disons-le tout net, il installe la précarité au cœur du CDI. Il a l’apparence du CDI, mais sera perçu comme un CDD. Et un CDD sans prime de précarité, ni prime de licenciement, donc moins bien que les contrats actuels.

2) Le CNE est destiné uniquement aux entreprises de moins de 10 salariés (TPE). On nous dit au gouvernement qu’il s’agit, avant tout, de répondre aux besoins des artisans ou des PME (plombiers, maçons, peintres, entretien de matériels…) dont les marchés sont aléatoires. Ils hésitent à embaucher alors qu’ils ont une visibilité réduite pour leur carnet de commandes et craignent de ne pouvoir licencier une fois les chantiers aboutis.

D’accord. Le problème est réel. Mais pourquoi n’avoir pas retenu le projet similaire de la Commission Virville (le contrat de mission) ! Certes, il était destiné aux cadres, mais le principe était généralisable.

Et puis, personne n’est dupe. Puisque cette initiative a valeur de test, pourquoi avoir maquillé le projet en le qualifiant d’embauche à l’essai ?

Dans les TPE, comme les PME, la qualité du travail et le taux d’absentéisme dépendent du degré de confiance instauré dans la relation employeur/salarié. Entre la précarité (le CDD) et le licenciement impossible (le CDI actuel), il faut trouver une forme de contrat unique (éviter les discriminations statutaires) avec plus de souplesse pour l’employeur. Mais aussi de la transparence, de la perspective (priorité à la réembauche, allocations dégressives) pour les salariés. On restera toujours dans « l’entre-deux » tant qu’on ne se sera pas attaqué aux rigidités du Code du Travail. On ne pourra s’y atteler qu’en évitant tout prétexte à suspicion et en offrant des garanties réciproques.

Michel-Edouard Leclerc