Mon métier, le monde qui nous entoure… Tous les jours, je prends quelques notes. Pour moi, pour nourrir mes réflexions, mes discussions avec les collaborateurs, et mes interventions dans la vie associative…
1) Otages : Liesse, concert de joie et conférence de presse : à la Une des magazines, le beau regard de Florence Aubenas. Inconnue du public avant la prise d’otages, elle en devient l’icône. Qui ne s’est pas senti concerné, touché, ému. « Notre société, qu’on stigmatise pour son égoïsme…est capable d’élans de compassion et d’identification au malheur des autres. L’individualisation des mœurs rend possible cette identification. C’est la face positive de l’individualisme… ». G. Lipovetsky, sociologue (Elle, 20/06).
Assurément, notre peuple a du ressort et entretient une forme d’espérance. Les Français sont désenchantés à l’égard de la politique. Mais pour peu qu’une cause passionnante ou un projet collectif leur soit proposé (qui permettrait d’exprimer leur solidarité et leur sensibilité), ils savent se manifester et réagir.
2) Bretagne : Réunion de travail dans les Côtes d’Armor. Premier bassin de production porcine en France. Nous y avons implanté quatre unités de production agroalimentaires. En roulant de Rennes vers Collinée, je découvre, sous le soleil (mais oui !) des routes bien entretenues, des villages attrayants, des jardins ou des maisons où il fait bon vivre. Il y a vingt ans, quand le département s’appelait « Côtes du Nord », une forme de précarité agricole et salariale constituait le ferment d’une gauche régionaliste et révolutionnaire. Les élus d’aujourd’hui (PC ou PS façon Fabius) sont leurs héritiers. Ils ont appelé à voter « non » au référendum. De tous les départements bretons, seul, celui-ci a levé l’étendard de la contestation. Pourtant, dans les villages que je traverse (Saint-Onen-la-Chapelle (35), Vildé-Guingalan , Saint-Jacut-du-Mené, Collinée (22) et Saint-Léry (56)), le taux de chômage est tombé en dessous de 8 %. Et, tous les professionnels de la région (agroalimentaire !) savent ce qu’ils auraient à perdre d’une remise en cause de la PAC. Comment expliquer ?
3) Libéralisme : A quelques kilomètres de là, le convoi de Sarkozy s’arrête à Vitré. Bain de foule et discussions avec les salariés de la SVA (abattoir travaillant avec Intermarché). Ca fuse dans tous les sens. On parle délocalisations, écarts de salaires, modèle social : « Je suis pour le libre échange et la concurrence, mais une concurrence loyale : j’ouvre, tu ouvres. Tu fermes, je ferme… ». Même les plus acerbes à l’égard du maire de Neuilly en convenaient : Sarko à l’OMC ou à la Commission Européenne, ça déménagerait !
4) Jean-Marc Ayrault : L’activisme des chefs de l’UMP ne l’impressionne pas. Mais le député PS de Loire-Atlantique devrait faire attention dans son langage à ne pas désespérer Landerneau. Pour lui, la politique de Chirac « relève plus du calcul d’épicier que d’une vision de chef d’état ». Attends un peu, mon bonhomme, qu’on débatte devant témoins et tu verras ce que vaut le regard de « l’épicier » sur l’organisation de l’état…
5) Délocalisations : La campagne référendaire a été propice aux surenchères démagogiques. Jamais, on n’avait autant parlé de risques de délocalisations. Avec comme boucs émissaires, les pays de l’Est, principalement. Or, l’INSEE vient de publier les chiffres des transferts d’investissements et d’emplois. Sur 13 500 postes délocalisés chaque année, de 1995 à 2004, ce sont l’Espagne (16 %), l’Italie (15 %) et l’Allemagne (14 %) qui ont capté les emplois partis de France. Ce sont nos vieux voisins, nos partenaires fondateurs, et non pas nos amis polonais… C’eût été une bonne idée de publier ces statistiques pendant le débat.
6) Italie, justement : J’étais dans les Abruzzes, la semaine dernière, pour inaugurer trois magasins. Dans la Botte, nous sommes alliés avec la coopérative Conad, numéro deux en Italie. Leurs magasins prennent l’enseigne E. Leclerc en devenant hypers… Superbe décor que ces montagnes avec vue directe sur la mer. Villages accrochés en haut des pics, vallée instable du fait de l’activité tellurique, vieilles églises et forteresses, vestiges de la route des croisades… Je discute avec mon hôte, le responsable de la coopérative. Nous parlons des rigidités françaises, mais aussi de l’individualisme de nos concitoyens. Quoi, un Italien qui me dit ça ! A un moment, sa voiture franchit la ligne jaune (qui est blanche, là-bas). Je lui fais la leçon. Il s’amuse : « Une ligne blanche, ici, c’est franchissement interdit. Mais deux lignes parallèles, alors ça, oui, ça veut dire que c’est vraiment interdit ! ». Comment voulez-vous lutter à armes inégales !





