Serge Lepeltier n’aura pas été ministre pendant très longtemps. Gaulliste discret, cet homme réservé, mais chaleureux, s’en est retourné à Bourges, ville dont il a été réélu maire.
Les cénacles parisiens ne lui manquent pas. Il a toujours milité, mais il n’a rien d’un godillot. S’il a accepté le poste, c’est parce que l’écologie l’intéresse. Sportif, plongeur sous-marin, il a toujours aimé la nature. Son amitié avec Nicolas Hulot n’a fait que renforcer son intérêt pour la question du développement durable.
Loin des ors de la République, l’ancien ministre n’a emporté avec lui aucune animosité : « personne n’est propriétaire de son fauteuil ». L’écologie restera son dada.
Le voici donc plus pédagogue que jamais et infatigable débatteur.
Libé lui a consacré une intéressante interview, lundi 20 juin. Un quotidien, hélas, c’est du « vite consommé ». Il passe à la trappe de l’édition du lendemain. Par chance, je l’avais découpée dans l’avion pour vous soumettre deux de ses idées.
1) La première concerne le Ministère de l’Environnement. Il faut arrêter d’en faire une « vitrine », une « caution » sans moyen d’intervention. Il préconise trois mesures :
a) « Ce ministère doit être placé à un niveau plus élevé dans la hiérarchie gouvernementale, au même niveau que la Défense,… Il faut qu’un rapport de force s’établisse en faveur de l’écologie ».
b) Un objectif budgétaire : la dotation du ministère devrait représenter 1 % du budget de l’Etat au minimum.
c) Adjoindre « l’Energie » à ce ministère. « La question centrale en matière d’écologie, c’est le changement climatique et donc la question énergétique ». C’est le Ministère de l’Industrie qui suit ce secteur. Celui de l’Environnement « n’est pas responsable du développement des énergies renouvelables, des éoliennes, du solaire, c’est absurde ! ».
De prime abord, on a envie de lui donner raison. J’ai quand même un avis nuancé. Plutôt que de renforcer l’audience d’un seul ministère, ne conviendrait-il pas, au contraire, de revoir le cahier des charges de tous les ministères (agriculture, industrie, transports), en y incluant l’impératif écologique…
Voilà déjà de quoi débattre.
2) Mais l’idée qui m’a séduit, c’est celle d’une fiscalité différenciée selon l’intérêt écologique des produits.
Son raisonnement ? « Il faut réconcilier économie et écologie ». Il propose « d’intégrer dans les coûts de production l’empreinte écologique ». J’aurais bien volontiers objecté que les charges sont déjà très lourdes pour les entreprises en concurrence sur les marchés internationaux. Mais il évacue le reproche, en focalisant sa réflexion sur la TVA. L’impôt indirect, en effet, a ce mérite d’être supporté par les productions nationales comme par les produits importés. « On pourrait faire passer la TVA à 33 % pour les produits les plus polluants et à 0 % pour les produits propres, la moyenne restant à 20 % ».
En raisonnant ainsi, Serge Lepeltier propose une mesure euro-compatible (la moyenne des taux reste inchangée). Elle a l’avantage d’introduire une discrimination pénalisant les produits les plus polluants. Elle prolonge la chaîne de responsabilité : après les sanctions pollueurs-payeurs, celles du marché… Qu’en pensez-vous ?





