Archive pour le 1 juillet 2005

Vendredi 1 juillet 2005

Pêle-M.E.L. – Journal du 27 au 30 juin 2005 (fragments)

img_blog_010705_inrockuptib.jpg

1) Politique : Crise de régime : Passionnant dossier consacré à la crise politique par l’hebdo « Les Inrockuptibles » (numéro 499). On rappelle que c’est Jean-Louis Debré qui, le premier, début mai, a parlé de « crise de régime ». Balladur, ce même mois, a acquiescé : « Le moment est venu de modifier nos institutions ». Il y a eu cette phrase de Bayrou : « Comme il n’y a pas d’équilibre des pouvoirs, ce sont les jeux de cour qui prennent le dessus ». A gauche, Montebourg, Emmanuelli ou Strauss-Kahn ont relayé le débat… Alors que la pratique institutionnelle s’apparente à une sorte de monarchie constitutionnelle (le gaullisme, sans la flamme), il n’est pas inintéressant d’observer que le débat est ici relayé et argumenté par un hebdomadaire culturel. Signe qu’avant toute discussion sur la refonte des institutions, c’est le projet de société qu’il faut définir et sur lequel il faut rassembler.

2) Racisme 1: Je ne connaissais que sa voix. Du rythme, une forme de reggae, rien de transcendant. Depuis que j’ai lu les interviews de Capleton, ça m’a coupé le sifflet. Dans ses chansons, il lui est arrivé d’ânonner : « Les sodomites et les PD, je leur tire dessus…Capleton brûle les folles…Ce feu s’applique aussi aux lesbiennes ». Des défenseurs des droits homo (donc des droits de l’Homme aussi !), l’ont sommé de s’excuser. Il a promis, juré. Mais avez-vous lu, comme moi, l’explication de sa rétractation (Libé, 20/06). Navrant ! Il assume, il a bien prononcé ces paroles, « mais je les chante en patois jamaïquain…Je n’ai rien contre les gays…Nous nous adressions aux pédophiles. Les hommes ont droit de vivre leur destinée, mais quand le jugement viendra, il sera impartial ( ! ! !) ». Voilà donc le couperet remis à plus tard. Capleton, avec cette forme d’excuse en bandoulière, va pouvoir se produire dans quelques salles (sauf le Zénith qui a annulé ses concerts). Mais ne croyez pas que l’annulation de la fatwa vaut bénédiction de son auteur. A la question : « Condamnez-vous l’homosexualité », il répond « Ces gens se condamnent eux-mêmes ». Quand on vous dit que la musique adoucit les mœurs !

3) Racisme 2 : Contrairement à beaucoup de penseurs de l’après-68, engagés dans la « déconstruction » des systèmes philosophiques et politiques (sources présumées de tous les totalitarismes), Edgar Morin est un philosophe positiviste. Il continue de faire vivre l’esprit des Lumières. J’aime son travail, une œuvre gigantesque qui donne à réfléchir, mais guide aussi l’action. Un humaniste ! Un homme engagé sur l’Europe, l’impact des technologies sur nos sociétés, sur les rapports Nord-Sud.

Le 2 juin dernier, avec Danielle Sallenave et Sami Naïr, il a co-signé un libre opinion publié dans Le Monde, « Israël – Palestine : le cancer ». Et il a commis une phrase comme celle-ci : « Les juifs, qui furent victimes d’un ordre impitoyable, imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens ». Il y avait, dans ce texte, un appel passionné au réveil de la conscience judaïque. Mais la comparaison n’a pas plu. La Cour d’Appel a condamné notre philosophe pour diffamation raciale.

A deux encablures, un autre tribunal : il jugeait une affaire plaidée par le président de l’Association des commerçants du marché des puces du XVIIIème arrondissement à Paris. Lui, aussi, s’était senti méprisé. Il s’appelle David Chekroun. Un camelot l’a qualifié de « Enculé de ta race ». Eh bien, le tribunal n’y a pas vu motif à diffamation. Le jugement (23 juin) considère ces mots « comme d’autres insultes de la même veine, désormais devenues courantes, sinon communes, telles que « ta race », « fils de ta race » ou « putain de ta race ». Le tribunal poursuit : « L’expression poursuivie ne stigmatise pas l’origine particulière ou identitaire réelle ou supposée de l’autre et le renvoie à la race imaginaire de tous ceux que le locuteur entend, à cet instant, distinguer de lui… ».

Deux jugements. L’un s’appuie sur une interprétation extrémiste de la notion de diffamation, pour aboutir finalement à une sorte de censure politique alors qu’aucun épithète infamant n’a été prononcé. L’autre, malgré l’insulte, retient la banalisation des propos racistes. Décidément, il n’y a pas que les justiciables dans ce pays qui ont perdu leurs repères…

4) Vacances : Elles arrivent. La Bretagne s’apprête à accueillir les touristes. Tout le pays est à l’unisson. Même la presse locale qui consacre des pages entières à la propreté des côtes, aux capacités hôtelières, aux programmations des festivals, et aux prévisions météo ! ! !

Le Télégramme n’est pas en reste. Il a consacré tout un dossier au mal de mer. On y apprend des choses fort intéressantes. Le vieux loup de mer que je suis a pensé aux ignares que vous êtes question « chaloupe et bordée ». Je relaye avec plaisir deux infos proposées par le journal.

a) Parlons sémantique d’abord. Comment rester digne à l’heure de la « gerbe », réclamer le passage, justifier qu’on quitte son poste et qu’on marche sur le sandwich des autres en vue d’empoigner l’inaccessible bastingage. Le Télégramme propose qu’au lieu de dire votre envie de vomir (risque d’effet de contagion), vous eussiez l’élégance de parler de : débagouler, flaquer, aller au renard, lâcher une fusée, faire un Raoul, compter ses chemises, mettre le cœur sur le carreau… Déjà, rien que de rechercher les mots, on gagne les 3 ou 4 secondes fatales.

b) Pour combattre le mal de mer (un conseil qui s’adresse à vous, bloggeurs urbains), il faut lutter contre les 5 F : la fatigue, le froid, la faim (le débat reste ouvert si on la combat à coups de pâté ou de rillettes), la frousse et…la foif ! ! ! Aux dires des « pêchous », le coup de rouge au premier symptôme, ça aide à passer la lame. Attention : les médecins contestent. Mais, ils conviennent que passé « le rendu du quatre heures », ça soulage et ça aide à retrouver sa dignité.

5) Politique : Pour le moment, ils ne nous ont pas encore donné le mal de mer. Ils se tiennent tranquilles. Ils agissent chacun dans leur sphère, sans qu’en apparence, on sente vraiment les tensions dans le couple. Sarko et Villepin, à défaut de faire la paire, tirent chacun leur attelage. L’un de vous m’a fait parvenir cette affiche de « La Grande Vadrouille » remasterisée. Je ne sais pas qui en a les droits d’auteur. Je vous en fais profiter. Comme on ne va pas beaucoup se marrer pendant les deux prochaines années, profitons-en !

img_blog_010705_embrouille.jpg

Michel-Edouard Leclerc