
« Lancelot» John Howe
John Howe est une légende. Le dessinateur du « Seigneur des Anneaux » et du « Monde de Narnia » (sortie décembre 2005) était à Paris pour le vernissage d’une très belle exposition que lui consacre la galerie Arludik (jusqu’au 21 août). C’est à cette occasion que Diane et Jean-Jacques Launier, les maîtres des lieux, m’ont invité à le rencontrer. Moment inoubliable. Il est prolixe, John, devant ses dessins qu’il commente avec humilité. Dans la rue aussi, qu’il déambule en évoquant des histoires de Graal et de chevalerie. Et au restau où il montre quelque difficulté à arbitrer entre le contenu de l’assiette et l’envie de nous entraîner dans son monde magique.
Difficile de faire le lien entre une œuvre foisonnante et ce personnage d’apparence aussi délicate. Sans être fragile, on a du mal à l’imaginer sous l’impressionnante armure qu’il revêt, le week-end, pour combattre avec ces lourdes épées médiévales que l’on projette à une main. Une sorte d’Anglo-Saxon gentiment fêlé, sorti tout droit de Monty Python ? Non…mais fana, certainement.

« Elf fantastic» John Howe
C’est à Vancouver (Canada) qu’il est né (49 ans). Sa grand-mère accrochait au mur des représentations du Lac Léman, surplombé par les Alpes. Fascination qui finira par le conduire en Suisse (il y vit) après un passage à l’Ecole des Arts Déco de Strasbourg (il y a noirci le papier de gargouilles, de statuaires et de flèches gothiques. Howe n’arrête pas de dessiner. Mais c’est un rêveur. Précis dans son élocution, son regard témoigne qu’il n’est jamais totalement en phase avec son interlocuteur. Le monde de Tolkien et sa féerie « heroic fantasy »l’habitent complètement.
C’est en 1997 que Peter Jackson le contacte pour devenir le concepteur visuel de la trilogie du « Seigneur des Anneaux ». Avec Alan Lee, autre concepteur designer, John Howe a passé deux ans dans les paysages grandioses de Nouvelle Zélande d’où il a ramené des centaines de croquis. Ils ont servi de base aux travaux de tous les artistes engagés sur ce fabuleux projet.

« Mythago Wood» John Howe
Contrairement à beaucoup d’illustrateurs que l’ardeur au travail conduit à une sorte d’autisme, John adore parler. Il est d’ailleurs ici parce qu’il adhère au projet de nos hôtes. Jean-Jacques et Diane ont la passion du cinéma, de la BD, du jeu vidéo, des mangas et des films d’animation. Ils ont créé la galerie Arludik, un espace entièrement dédié aux artistes de ces univers. On y a rencontré Giger (Alien), Geof Darrow, Olivier Vatine, Otomo, Jean Giraud alias Moebius. Ce dernier a d’ailleurs illustré chaque page du premier roman de Jean-Jacques, « La Mémoire de l’âme ». Et nos deux tourtereaux (ils viennent de se marier) ont organisé récemment, à la Monnaie de Paris, l’exposition Miyazaki-Moebius (110 000 visiteurs !).
Dans cet échange plein de complicité et d’attention, j’ai décidément beaucoup de chance. Diane a collaboré au Journal du Dimanche, à Cosmopolitan ; elle a été rédacteur en chef du magazine Reciproq. Alors, elle joue le rôle du journaliste et pousse à la confidence. Je prends des notes…j’en profite.
C’est comme ça que je découvre l’immense chantier que constitue pour John Howe l’illustration de cette nouvelle trilogie « Narnia ». « Je n’ai jamais eu à dessiner autant de créatures. Je crois que c’est le plus grand nombre de personnages qui aient jamais été réalisés pour un film. Ils sont tellement différents. Dans la trilogie de l’Anneau, il y avait deux espèces, les Orcs et les Goblins. Dans celle de « Narnia », il y a 23 types de personnages.
C’est à cet instant que l’on découvre combien cet homme, mesuré et serein, aime transformer les défis en une sorte d’exploit créatif. Avec lui, l’univers s’élargit. Impressionnant !

De droite à gauche: John Howe, sa femme Fataneh, Jean-Jacques et Diane Launier dans la galerie Arludik





