Archive pour le 5 juillet 2005

Mardi 5 juillet 2005

Pouvoir d’achat en quasi-stagnation en 2005 (Prévisions BIPE)

Il y a deux ans, j’avais lancé une polémique qui avait fait quelque bruit dans le Landerneau politique. Les consommateurs s’irritaient de l’inflation des prix et de l’impact négatif sur le pouvoir d’achat. Le gouvernement faisait la politique de l’autruche et se réfugiait derrière les statistiques de l’INSEE. Ce qui m’avait amené à contester la pertinence des indicateurs officiels. Plutôt fiables quand il s’agissait de suivre l’évolution du revenu disponible des ménages, ils sous-estimaient le poids des charges contraintes (les dépenses auxquelles on ne peut échapper) dont l’évolution grevait le pouvoir d’achat effectif des Français.

1) J’avais demandé à mon groupe de financer une recherche : analyse critique des indices retenus pour la comptabilité nationale, et confection d’un nouvel indicateur, plus réaliste, en phase avec le comportement des consommateurs. Le BIPE (Bureau d’Etudes dont la crédibilité n’est contestée par personne) a procédé au calcul du pouvoir d’achat effectif des consommateurs français. Comme l’INSEE, il a comptabilisé les différentes composantes du revenu disponible (revenus d’activités et du patrimoine, transferts sociaux moins impôts). Mais il en a soustrait les charges incompressibles : remboursement de crédits habitat et conso, loyers et charges liées au logement, assurances obligatoires et transports collectifs. Une fois ces dépenses défalquées (39 % du revenu), on en déduit le pouvoir d’achat effectif (le pouvoir de dépenser) de chaque Français.

C’est au vu de ces calculs que nous avions pu affirmer que le pouvoir d’achat avait baissé en 2003 (moins 1,2 % au lieu de plus 0,4 % INSEE) et faiblement augmenté en 2004 (0,3 % au lieu de 1,4 % INSEE).

2) Je vous livre en avant-première les estimations BIPE/E. LECLERC pour 2005.

a) Le pouvoir d’achat effectif des consommateurs sera en quasi-stagnation cette année (0,1 %). Certes, le revenu brut disponible va augmenter de 3 % (notamment grâce au poste « prestations sociales » (4,4 %), et de l’augmentation du SMIG). Mais ces gains vont être presque intégralement « mangés » par l’augmentation des loyers (5,3 %), des charges liées au logement (4,7 %) et des assurances (6,6 %).

b) Cette évolution globale masque une forte baisse du pouvoir d’achat des agriculteurs (-0,4 %), des artisans et commerçants (-0,9 %) et des cadres supérieurs et professions libérales (-0,6 %). 2005 sera une année noire pour les classes moyennes.

c) Par tranche d’âge, ce sont les Français de 45/54 ans qui seront les plus touchés (-0,3 %) par le ralentissement conjoncturel.

d) Enfin, ce sont les couples sans enfant (-0,5 %) et les personnes actives vivant seules (-0,7 %) qui « rameront » le plus.

3) La qualité de ces chiffres n’est pas contestable. En réplique à nos campagnes de communication, l’INSEE communique désormais sur un autre indicateur, l’indice du niveau de vie par unité de consommation. Celui-ci tient compte de la démographie de chaque foyer. Mais si l’on met en perspective les trois indicateurs dont nous venons de parler :

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On peut retenir ces deux constats :

a) En ne prenant pas en compte les effets des charges contraintes, les indicateurs officiels optimisent énormément la situation des Français. (Question subsidiaire : jusqu’où aveugleront-ils le discours politique ?).

b) Vu notre indice BIPE/E. LECLERC, les professionnels du marché de la consommation ont du souci à se faire et les ministres des finances vont pouvoir réviser, encore une fois, leurs prévisions de croissance.

Michel-Edouard Leclerc