Archive pour le 13 juillet 2005

Mercredi 13 juillet 2005

Prix, concurrence : Ententes autorisées, ententes interdites

A.S. : Ce grand week-end, j’irai raser les cailloux au large de l’île de Sein. Je n’emporte pas mon ordinateur. Je répondrai aux commentaires à partir de mardi prochain, 19 juillet.

C’est aujourd’hui que se réunit la Commission paritaire (Sénat et Assemblée Nationale) pour peaufiner le projet de réforme du Code du Commerce (loi Galland). Pour patienter, je feuilletais, hier soir, le rapport annuel du Conseil de la Concurrence. Tous les secteurs économiques sont passés au crible : transports urbains, BTP, fournitures aux collectivités, produits d’entretien, etc…

On a tellement l’habitude d’entendre pis que pendre des pratiques de la grande distribution dont la diabolisation devient un sport national qu’on est surpris de découvrir toute une faune de délinquants économiques : la Fédération de la Boulangerie de la Marne qui a organisé une hausse collective du prix de la baguette juste avant le passage à l’euro ; la société Lactalis (Roquefort Société) qui a cherché à pousser son concurrent (Papillon) hors des hypermarchés ; France Télécom et ses tarifs préférentiels ou discriminatoires, etc… Au total, le Conseil a épinglé 91 firmes en 2004. Principalement pour entente !

Une fois cette lecture édifiante achevée, je me suis senti oppressé par cette question éminemment métaphysique : pourquoi poursuit-on toutes ces entreprises en invoquant la nécessité de faire respecter les règles de concurrence, alors qu’à l’Assemblée Nationale, le gouvernement défend un projet de loi pour en limiter l’exercice. Pourquoi entretient-on des bataillons de milliers de fonctionnaires pour enquêter et établir l’existence d’ententes sur les prix alors que les députés s’obstinent à empêcher la concurrence sur le prix des grandes marques multinationales ?

Je repose ma question différemment : quelle différence y-a-t-il entre une entente de commerçants qui veulent protéger leur marge en appliquant un même prix… et une loi qui produit les mêmes effets : prix minimum identique et marge garantie.

On pourrait comprendre que l’Etat intervienne, par dérogation aux règles de concurrence, pour protéger une catégorie sociale menacée (petits agriculteurs, commerçants, etc…). Mais quand le dispositif protectionniste est étendu à tous les biens de grande consommation et que, par choix politique, on cherche à limiter les baisses de prix, pourquoi s’en prendre à ceux qui les organisent de leur côté ? Où est la logique ? Cherchez l’erreur !

Michel-Edouard Leclerc