Le contre-sommet d’Edimbourg n’a pas fait recette. A part la manifestation (qui a tout de même mobilisé 200 000 personnes), le forum altermondialiste est peu fréquenté. Et les intervenants sont bien incapables de produire la moindre plate-forme alternative, sauf (ce qui est déjà un bon point) à organiser la pression médiatique sur les chefs d’état réunis pour le G-8.
L’aide aux pays pauvres suscite un formidable élan de solidarité. Mais la limite du mouvement est tout autant culturelle qu’institutionnelle.
- Culturelle :
Les ONG, depuis 10 ans, ont fustigé les états, et surtout les organisations internationales. La donne a changé. Plus personne ne conteste que la mobilisation d’une aide massive passe par l’engagement des états les plus riches et de leurs dirigeants. Hors ce schéma, les interventions, même les plus généreuses, n’auront jamais l’impact suffisant.
- Technique :
Aucun mécanisme de répartition ne s’avère aujourd’hui complètement performant.
L’intérêt des concerts de Geldoff, comme l’intervention de multiples personnalités (Mandela, Tony Blair, Bill Gates ou même Claudia Schiffer), c’est de rallier un maximum de citoyens au soutien de la Cause. Mais on n’échappera pas à ce travail ardu et ingrat : redéfinir une organisation responsable et efficace pour contrôler l’utilisation de l’aide publique.
1) La cause :
Les nations favorisées ne peuvent plus rester aveugles. Dans la seule Afrique, 310 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1 dollar par jour). Le continent noir concentre sur son sol toutes les plaies du monde (misère matérielle, déficit éducatif et sanitaire, désertification, endettement, épidémies, dépendance, etc…). L’espérance de vie recule (46 ans !) avec l’accroissement de la mortalité infantile et le sida… Certaines régions d’Amérique Latine ou d’Asie suivent la même pente.
Au rythme actuel d’appauvrissement, les analystes considèrent qu’il faudra attendre le milieu du siècle prochain pour réduire des deux tiers la mortalité des enfants et éradiquer, pour moitié, la pauvreté. Insoutenable !
L’aide extérieure est indispensable. Le continent possède des ressources considérables. Mais la corruption et le détournement des richesses, avec la complicité des élites, voire des nations occidentales, ont gâché les chances de l’Afrique, et probablement aussi les effets d’une partie de l’aide publique déjà accordée.
2) L’aide :
Il y a quinze jours, les 8 nations les plus riches ont annoncé l’annulation de 40 milliards de dollars de dettes concernant 18 des pays les plus pauvres. C’est un premier pas appréciable. Mais dans les comptes de l’ONU, ce sont 53 états africains qui ne bouclent pas leur budget. Et vu l’accroissement des besoins (éducation, santé, infrastructures), les effets de ce ballon d’oxygène seront vite épuisés. Aux Nations Unies, Jeffrey Sachs, coordinateur d’un groupe de réflexion sur le chiffrage des aides, suggère qu’on se fixe un objectif sur 2015. D’après les économistes qui l’entourent, on pourrait diviser par deux le niveau de pauvreté en doublant les contributions actuelles.
Effet de manche ou conviction sincère, Tony Blair propose un plan Marshall de 25 à 50 millions de dollars (sur 3 à 5 ans) pour le continent noir.
Sous la pression des médias et de l’opinion, les chefs d’état semblent aujourd’hui vouloir rivaliser de bonnes intentions. C’est déjà une chose positive.
3) Problématique de la répartition :
Les difficultés sont de trois ordres. Il ne faut pas les minimiser. Si les deux premières dépendent de choix politiques, la troisième est un vrai casse-tête.
a) L’engagement des états :
Dans les sondages, l’opinion publique est toujours généreuse. Devant la feuille d’impôts, elle l’est moins. C’est toute la difficulté des chefs d’état qui, dans un contexte budgétaire difficile, doivent mobiliser des ressources. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon sont à peu près « carrés ». Ils se sont engagés sur un calendrier. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis (qui consacrent moins de 0,16 % de son PIB à l’aide au développement). Ce n’est qu’en partie vrai pour le Japon et la Russie.
b) Les financements :
Plusieurs solutions ont été proposées. Aucune n’a fait l’unanimité : taxe Tobin sur les flux financiers, taxe sur le kérosène et plus généralement le transport aérien, projet anglais de « retour à meilleure fortune » (on financerait des projets rentables qui permettraient d’amortir la dette ? ? ?).
c) Les organismes répartiteurs :
C’est, à mon avis, le problème majeur.
Rien ne garantit qu’après un nouvel élan de générosité, les aides ne finissent dans les sables du désert. Il ne s’agit pas d’évoquer ce problème comme une sorte de caution pour justifier l’inaction. Mais ne l’oublions pas. L’aide au développement est aujourd’hui de 70 milliards de dollars annuels. Jamais elle n’a été aussi élevée. Si elle n’est pas efficace, c’est qu’elle est mal distribuée.
Abdoulaye Wade, Président sénégalais et coordinateur de la dette pour l’Union africaine, s’exprime ce matin dans Libé (04/07). Il propose la création d’une commission mixte : membres du G-8, plus chefs d’état des pays bénéficiaires. Il en appelle à l’esprit de co-responsabilité, et propose la co-gestion des projets par les administrations des 53 états concernés.
Je ne doute pas qu’il trouve là une manière de surmonter l’incapacité des états africains à travailler de manière coordonnée : « L’institution que nous avons mise en place s’avère inopérante. C’est le triste constat ».
Mais pourquoi devrait-on faire confiance à des élites qui, depuis 30 ans, ont fermé les yeux sur la corruption.
A quoi cela servira-t-il de multiplier les sommes versées si les populations africaines restent spoliées du fait de la surenchère confiscatoire que se livrent bourgeoisie nationale et entreprises internationales.
On a posé sur ce blog la question du contrôle et du rythme d’utilisation des fonds pour la reconstruction en Asie (après le tsunami). Les sommes nécessaires et les enjeux pour l’avenir des populations africaines méritent qu’on focalise notre attention sur l’organisation des aides tout autant que sur leur financement.
Saurons-nous ici formuler quelques propositions !