Archive pour juillet 2005

Mercredi 13 juillet 2005

Prix, concurrence : Ententes autorisées, ententes interdites

A.S. : Ce grand week-end, j’irai raser les cailloux au large de l’île de Sein. Je n’emporte pas mon ordinateur. Je répondrai aux commentaires à partir de mardi prochain, 19 juillet.

C’est aujourd’hui que se réunit la Commission paritaire (Sénat et Assemblée Nationale) pour peaufiner le projet de réforme du Code du Commerce (loi Galland). Pour patienter, je feuilletais, hier soir, le rapport annuel du Conseil de la Concurrence. Tous les secteurs économiques sont passés au crible : transports urbains, BTP, fournitures aux collectivités, produits d’entretien, etc…

On a tellement l’habitude d’entendre pis que pendre des pratiques de la grande distribution dont la diabolisation devient un sport national qu’on est surpris de découvrir toute une faune de délinquants économiques : la Fédération de la Boulangerie de la Marne qui a organisé une hausse collective du prix de la baguette juste avant le passage à l’euro ; la société Lactalis (Roquefort Société) qui a cherché à pousser son concurrent (Papillon) hors des hypermarchés ; France Télécom et ses tarifs préférentiels ou discriminatoires, etc… Au total, le Conseil a épinglé 91 firmes en 2004. Principalement pour entente !

Une fois cette lecture édifiante achevée, je me suis senti oppressé par cette question éminemment métaphysique : pourquoi poursuit-on toutes ces entreprises en invoquant la nécessité de faire respecter les règles de concurrence, alors qu’à l’Assemblée Nationale, le gouvernement défend un projet de loi pour en limiter l’exercice. Pourquoi entretient-on des bataillons de milliers de fonctionnaires pour enquêter et établir l’existence d’ententes sur les prix alors que les députés s’obstinent à empêcher la concurrence sur le prix des grandes marques multinationales ?

Je repose ma question différemment : quelle différence y-a-t-il entre une entente de commerçants qui veulent protéger leur marge en appliquant un même prix… et une loi qui produit les mêmes effets : prix minimum identique et marge garantie.

On pourrait comprendre que l’Etat intervienne, par dérogation aux règles de concurrence, pour protéger une catégorie sociale menacée (petits agriculteurs, commerçants, etc…). Mais quand le dispositif protectionniste est étendu à tous les biens de grande consommation et que, par choix politique, on cherche à limiter les baisses de prix, pourquoi s’en prendre à ceux qui les organisent de leur côté ? Où est la logique ? Cherchez l’erreur !

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 12 juillet 2005

Produits solaires : L’Afssaps fustige les étiquetages. Enfin !

Oui, je sais ! Vous allez me rappeler que je suis breton et que, sur la question des crèmes solaires, je n’ai aucune légitimité pour prendre la parole. Eh bien, justement, vous vous trompez.

D’abord, faudrait pas exagérer ! Il fait parfois beau dans mon Finistère. Simplement, comme il y a alternance démocratique entre soleil et nuages, on a un peu trop tendance à vouloir prolonger l’exposition au soleil, histoire de profiter de « l’entracte ». D’où, sur nos plages, ces corps délicatement rosés, genre « peau anglaise » avant la mue, qui font le profit de nos pharmacies désormais implantées à l’entrée des campings.

Cela fait trois ans qu’à coups de placards publicitaires dans les magazines, et sur des affiches en zones urbaines, nous fustigeons la complexité des étiquetages sur les boîtes de produits solaires. D’une marque à l’autre, c’est la surenchère d’indices. Mais à y regarder de près, on ne parle jamais de la même chose.

En 2003, mon groupe a réclamé aux fournisseurs qu’ils précisent, sur les boîtages, le périmètre d’efficacité des indices de protection. L’opération les avait choqués. Mais, très vite, le dialogue s’est établi et l’insistance avec laquelle les organisations de consommateurs se sont mêlées au débat, a produit quelques effets positifs… Jusque dans certaines pharmacies où les officinaux refusent de commercialiser des produits dont les indices sont jugés trop faibles pour être efficaces.

Pour crédibiliser cette démarche et montrer aux fournisseurs qu’il ne s’agissait pas de se faire une publicité sur leur dos, nous leur avons offert de les associer à une campagne de communication contre l’exposition prolongée des enfants au soleil. Et nous avons proposé à un fabricant de marque (Garnier Ambre Solaire) de s’engager à nos côtés pour sensibiliser les familles, clientes de nos magasins.

Et comme nous sommes têtus, nous avons remis ça, cet été, en parrainant la campagne de prévention du mélanome de l’Institut National du Cancer : le mélanome est un cancer de la peau qui se développe à partir d’un naevus (grain de beauté). C’est la plus grave des tumeurs cutanées. Elle peut entraîner une dissémination métastatique rapidement mortelle. L’absence de traitement curatif des formes avancées de mélanome rend indispensable le développement de mesures préventives parmi lesquelles la limitation de l’exposition au soleil.

Alors que ces sujets font débat depuis une bonne dizaine d’années, j’étais jusqu’ici étonné par la formidable inertie des autorités sanitaires dans notre pays.

Les instituts de recherche contre le cancer n’arrêtent pas de tirer les sonnettes d’alarme. L’UFC-Que Choisir en a fait un de ses chevaux de bataille. Individuellement, les grandes sociétés de cosmétiques ont pris des initiatives. (Il est incontestable que la qualité des filtres et des produits s’est améliorée). Mais avec un réel problème de lisibilité pour les consommateurs.

Voici enfin que l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) vient de publier une série de recommandations destinées aux fabricants. Rien d’obligatoire encore, mais un souci de toilettage, de clarification et de précision.

- Plutôt que de cautionner une échelle d’indices (de 0 à 60 pour certaines marques), l’Afssaps souhaite qu’on s’en tienne à 4 catégories d’indices : protection faible, moyenne, haute protection et très haute protection.

- Les fabricants devront intégrer dans leurs produits une double protection : contre les UVB (responsables des deux tiers des cancers cutanés) et des UVA (responsables des deux tiers du vieillissement de la peau). Actuellement, la plupart des crèmes ne tiennent compte que des UVB.

Les hypermarchés commercialisent plus de 50 % des crèmes dermo-cosmétiques. Techniquement, nous n’avons aucune compétence pour apprécier ou critiquer les choix scientifiques des laboratoires industriels. Mais si, dans l’alimentaire, nous disposons d’un abondant référentiel de textes normatifs permettant d’apprécier la composition des produits, tel n’est pas le cas dans le secteur des cosmétiques. C’est pourtant une nécessité.

Je ne sais pas si les recommandations de l’Afssaps sont les plus judicieuses, mais son initiative est bienvenue. Les distributeurs, quels qu’ils soient, devraient pouvoir répondre aux inquiétudes de leurs clients en se référant à une grille incontestable et harmonisée pour pouvoir référencer les produits en connaissance de cause.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 11 juillet 2005

Loi Galland : Dernières chicanes avant le vote

A l’Assemblée, Renaud Dutreil a été punchy. Il faut le reconnaître, il s’est bien battu. Les députés ont été plus réformateurs que les sénateurs, en donnant aux distributeurs la possibilité de répercuter plus de marges arrière dans les prix. Ils ont même accepté que les conditions tarifaires des fournisseurs puissent être différenciées (négociées). Sur le terrain, les commerciaux se grattent la tempe pour comprendre comment tout cela va fonctionner. Le dispositif serait applicable au premier janvier 2006 (qu’est-ce qui se passe entre-temps ?). Un nouveau rendez-vous serait prévu fin 2007 pour programmer la disparition progressive de ce qui resterait de marges arrière.

L’édifice est donc lézardé. Les anathèmes anti-distribution continuent d’animer les débats. Matignon a toujours du mal à arbitrer entre la gestion clientéliste et l’impulsion consumériste. Mais à l’AN, on a fait un pas vers le retour à une forme de rationalité.

C’est pour beaucoup l’œuvre du député Luc-Marie Chatel. Cet ancien cadre de L’Oréal a le mérite, lui, de connaître ce dont il parle. Il a trouvé l’appui de Patrick Ollier, Président de la Commission des Affaires Economiques, et d’un groupe de réformateurs de l’UMP. Vu la culture anti-libérale de leurs collègues, ces quelques avancées législatives leur semblent autant de conquêtes révolutionnaires !

Pourtant, il y a du pain sur la planche. Le gouvernement a conservé tout le fatras disciplinaire et les sanctions pénales prévues dans le projet initial de Christian Jacob. Les députés ont juste admis qu’il n’était pas judicieux d’ouvrir un casier judiciaire à chaque fois qu’un chef de rayon, ou un directeur de magasin, se trompe sur les prix. (On ne pouvait quand même pas faire moins !). Ils ont aussi diminué d’office et réglementé les délais de paiement pour tous les produits de grande consommation. Je ne suis pas sûr que cette mesure rendra plus sexy l’achat des grandes marques françaises (la mesure n’est pas opposable aux produits importés). Il sera d’ailleurs intéressant d’observer si cette disposition sera applicable aux collectivités locales (écoles, hôpitaux, armée…) dont on sait qu’ils sont les plus mauvais payeurs de France.

A force de se focaliser sur les seules pratiques des hypermarchés, on finit par oublier que les textes qui sont actuellement en discussion visent à réformer le Code du Commerce en général. Les nouvelles dispositions seront applicables sur tous les types de marché et à toutes les formes de commerce, y compris aux relations que les administrations entretiennent avec le secteur privé. Je ne suis pas sûr que tous les députés l’aient bien compris. Notamment ceux qui souhaitent réglementer, voire interdire, la « pratique des enchères inversées » sur internet. Ca fantasme dur dans les rangs de l’AN. On a pour cible le modèle de quelques centrales d’achat, à la recherche des prix les plus bas sur les marchés internationaux. Mais nos députés oublient qu’il ne s’agit rien d’autre que d’un système d’appels d’offres électronique. Les premiers utilisateurs sont les services d’approvisionnement et d’achat des administrations. Ce sera intéressant d’entendre leur réaction…

De tout ceci, nous reparlerons prochainement. C’est mercredi que se réunira la Commission mixte paritaire (Sénat et AN). D’ici là, chacun va de son petit lobbying. Quel que soit le résultat des courses, il y a fort à parier, de toute façon, que nous serons quelques-uns à devoir répondre, cet été, aux convocations de la DGCCRF pour décider comment tout cela devra être mis en musique. L’année dernière, Monsieur Cerutti, qui en est le directeur, avait passé une partie de ses vacances à côtoyer agriculteurs, distributeurs et industriels dans les réunions organisées par Nicolas Sarkozy. J’espère qu’il a profité de la canicule du mois de juin pour faire trempette dans des eaux accueillantes, car, ce mois d’août risque, pour lui et ses équipes, d’être assez pollué. Je lui souhaite bon courage.

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 9 juillet 2005

Georges Wolinski : « Je ne suis pas un auteur de BD ! »

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Depuis une quinzaine d’années, nous nous croisons : dans des halls d’hôtels, lors des festivals, ou sur un plateau de TV. Ensemble, nous avons commis quelques frasques publicitaires. Je crois que nous nous aimons bien.

La semaine dernière, j’étais chez lui. Nous avons parlé près de deux heures : debriefing rapide sur le festival d’Angoulême dont il a assuré la présidence pendant un an, digression sur la création BD récente (il adore le dessin rapide de Sfar et plus généralement la bande de l’Association).

Dans son vieil appartement (quartier Saint-Germain bien sûr, c’est un homme de lettres), il n’arrête pas de se lever et de commenter les dessins accrochés aux murs. Ils sont tous là, ses amis : Cabu, Fred, Cavanna, Willem. Et avec leur histoire, c’est plus de 45 ans de publications qui défilent : Hara-kiri (où il est entré en 1960), L’enragé (qu’il a fondé), Charlie Hebdo, l’Huma, Libé, Le Nouvel Obs, l’Echo des Savanes, etc…

Georges a publié plus de soixante-dix ouvrages, et ses dessins se comptent par milliers. Beaucoup d’illustrations aussi (pour les éditions Jean-Jacques Pauvert, Losfeld, etc…). « Mais je ne suis pas un auteur de BD, je suis un dessinateur humoristique et politique. »

La BD, pourtant, il connaît. De 1970 à 1981, alors qu’il était rédacteur en chef de Charlie Mensuel, il n’eut d’autre obsession que de faire redécouvrir les auteurs américains (le fabuleux Krazy Kat) et la BD de création (Crepax, Muñoz, Sampayo, Jacovitti, etc…). Il a lui-même scénarisé le « Paulette » de Georges Pichard (et c’était pas triste !). Mais franchement, passer un an ou deux sur la même histoire, c’est pas son truc.

Ne croyez surtout pas qu’il fasse la fine bouche. Ni qu’il soit gagné par quelque amertume après les premières ventes un peu décevantes de sa dernière BD (Une vie compliquée –Albin-Michel). Forcément, il est un peu déçu. Mais s’il baigne dans la culture du neuvième art, il rattache son travail à l’héritage d’un Daumier, de Dubout, au compagnonnage d’un Cabu, de Reiser ou de Pétillon.

Il aime dessiner vite (son graphisme est finalement très exigeant) et réagir à l’actualité politique en se laissant guider par les contraintes d’un quotidien, d’un hebdo. « Je travaille seul, mais j’aime l’équipe rédactionnelle. Cavanna lançait l’idée, j’aimais suivre. Si je n’avais pas la contrainte de publier, je ne dessinerais pas autant. Je suis un peu paresseux ».

Quand je l’ai rencontré pour la première fois, il était à Charlie Hebdo. Je venais de signer la première convention avec le Festival d’Angoulême. A la première remise des prix, ses copains m’avaient sifflé. Gonflés, les gars ! J’apportais 3 millions de francs pour sauver le plus important festival français dont le présumé bailleur (le maire socialiste) était parti avec la caisse. Pour Choron, j’étais « le grand capital ». Wolinski lui a gentiment tapoté sur l’épaule, sans élever la voix, pour lui rappeler l’état des comptes.

Une dizaine d’années plus tard, c’est Jacques Séguéla qui nous a réunis pour une campagne de communication sur la publicité comparative. Madame Neiertz, alors Ministre de la Consommation, n’en avait pas compris le danger. Wolinski l’a mise en scène, en comparant le prix du pain, des bijoux et des carburants. Tout le monde pensait que ça allait être la guerre entre grandes surfaces. En fait, la pub comparative les valorisait (et nous en premier). Les petits dessins de Georges ont agi comme des coups de poing. Pugilat chez Dechavanne : à Séguéla qui expliquait le pourquoi de notre interpellation, la Ministre eut cette réplique hilarante : « Vous auriez pu m’avoir pour moins que cela ».

S’il a le trait caustique, Georges est toujours attentif à son interlocuteur. C’est un homme cultivé, bien qu’il se définisse comme autodidacte. C’est un pur produit des rives de la Méditerranée, véritable recueil d’anecdotes, de personnages et de caractères.

Son engagement est plus viscéral qu’intellectuel. Sa bouche prend la forme d’un rictus quand on évoque l’impact des religions sur la vie sociale. S’il a des origines juives, il martèle qu’il est français et qu’il aime notre constitution laïque. Anticlérical ? Assurément, mais toujours avec une bonne dose d’humour (une statue de nonne a trouvé place dans son salon !).

La politique ? De gauche évidemment, mais version soft. Les grands crachats révolutionnaires ne l’impressionnent pas. Il a l’humilité de replacer sa collaboration à l’Humanité dans son contexte historique et matériel (la finance, les copains… et on ne voulait pas vraiment voir). Il dézingue avec enthousiasme la classe politique, mais il a ses coquetteries : un dîner avec les Chirac à l’Ile Maurice , un Chirac qui lui a remis lui-même une jolie médaille.

Mais son sujet de prédilection, ce sont les femmes. Sa mère…, une première épouse dont l’évocation continue de lui nouer la gorge. Sa femme, Maryse, soyeuse et douce, qu’il encense. « J’ai dessiné un de ses livres, mais elle ne tient pas trop à cette collaboration professionnelle, elle ne veut pas qu’on dise qu’elle écrit des romans d’humour ». Il y a sa fille aussi, pétillante autant que people, dont il a souvent croqué les humeurs. Et toutes ces femmes enfin qui sont les vraies héroïnes de ses dessins. Elles ont le beau rôle, elles ridiculisent leurs hommes, et lui, il s’éclate. Il a des yeux qui deviennent des clignotants quand d’un trait il dessine le sexe d’une femme, ou au contraire, le dissimule d’un « petit tablier de poils ». Il devient même coquin et gourmand, en ouvrant un carnet de croquis : « des Russes toutes mignonnes, avec une peau homogène et des corps superbes… ». Question de sexe ou tout simplement de tendresse, Georges est, au moins sur le papier, une sacrée référence. Mais ne vous y trompez pas, Mesdames ! La statue lascive d’une femme Bouddha, posée au milieu du salon sur une table basse, lui sert manifestement…de repose-pieds ! A bon entendeur !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 8 juillet 2005

Londres : Le podium, la guerre, la démocratie

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Hier matin, très tôt, j’avais posté sur le blog une note sur la victoire de Londres (organisation des jeux olympiques). Après, il y a eu cette boucherie. Les barbares ont frappé.

J’ai tout effacé. J’ai écrit des phrases au couteau, pleines de colère et de haine… Et puis, j’ai vu, comme vous, les visages des Londoniens. La douleur… Toute expression guerrière finalement contenue… Dignité !

Sur la bande FM, un commentateur francophone décryptait le message des Londoniens aux terroristes : « On ne se laissera pas déstabiliser. Notre population est très critique sur l’engagement en Irak. Mais nous ferons bloc pour défendre notre liberté ».

Reprenant mes notes d’hier, je relis cette intervention de Tony Blair, répétée avec plusieurs variantes, avant qu’il ne s’envole de Singapour pour rejoindre le G-8 en Ecosse. Il justifiait ainsi le choix du CIO.

« Londres est une ville multiraciale, des races qui se côtoient et vivent ensemble. Londres est une ville multireligieuse…Chacun peut vivre sa religion dans la tolérance et la liberté d’expression. Londres est une ville cosmopolite, ouverte aux jeunes, aux étudiants et aux professionnels du monde entier. Londres est une vieille ville qui ne craint pas la modernité ».

En haut du podium pour les jeux olympiques, ces propos revêtaient un sens tout particulier. Ils expliquaient l’écart d’image entre Londres et Paris, ou plutôt entre l’Angleterre et la France (car les équipes parisiennes de Bertrand Delanoë défendaient finalement assez bien cet idéal, ce qu’on ne saurait dire du pays tout entier).

Mais après les attentats, ces phrases prennent toute leur force politique. C’est à cette vision de la démocratie que s’en prennent les fascistes. Nous devons faire cause commune.

Exprimer notre émotion est une nécessité qu’il nous faut partager. Tous nos amis anglais me le disent. Ils en ont besoin. Mais plus encore, c’est ce fonds commun de valeurs qu’il nous appartient de développer, y compris en tenant compte de la diversité de nos opinions (l’Irak, l’Europe).

Tragique, l’histoire donne l’opportunité à nos peuples de re-formaliser ensemble, et sur des objectifs clairs, les textes fondamentaux (constitution) qui pourraient être à la fois nos objectifs et le drapeau à défendre.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 6 juillet 2005

Pétrole à 60 dollars : Faut-il baisser les taxes sur les carburants ?

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La première vague de vacanciers est partie sans trop sourciller. Ça râlait un peu dans les stations-service, mais fissa, nach la côte, la société des loisirs et des 35 heures a boosté les Français hors les villes. Pas question de réduire le budget auto, encore moins le budget vacances.

Pourtant la note est salée : 1,16 € le SP 95 ; le gasoil est à 1,04 €. C’est 10 % plus cher qu’en 2004, pour le premier et 22% pour le second. On n’atteint pas encore le niveau record de 2000 et 2001, mais on n’est pas bien loin.

Problème : 50 % des ménages gagnent moins de 22 560 € par an. Le carburant brûle 6% de leurs revenus. Compte tenu de la stagnation prévisible du pouvoir d’achat (ma note du 5/07), faut-il alléger les taxes sur les carburants (77 % du prix)…pour que les Français puissent acheter autre chose ?

Non, répond Thierry Breton. Il n’est pas question de rétablir une TIPP flottante, comme le demandaient plusieurs députés l’année dernière : « Le lissage des prix obtenu par la variation de la fiscalité est peu perceptible par les consommateurs ». J.F. Copé surenchérit : « La TIPP flottante est trop chère pour une efficacité trop faible ».

Je partage l’avis des organisations écologistes et de quelques analystes (Goldman Sachs). Le pétrole va continuer d’augmenter. Il n’a pas encore atteint son niveau record de 94 $ le baril (deuxième crise pétrolière). Mais on y va. La priorité, c’est d’économiser l’énergie, pas de pousser à la conso.

1. La hausse du prix du pétrole me semble durable. Elle est structurelle. La demande de produits pétroliers s’accroît, l’offre n’est plus adéquate. Je tire ces informations de mes propres services. La société coopérative (SIPLEC) qui approvisionne les centres E. Leclerc et Système U est désormais le deuxième opérateur français sur les carburants. Nos cadres ont déjà vécu trois crises pétrolières. Ils ne croient pas aux prévisions de Morgan Stanley pour qui il va y avoir un ralentissement de la croissance mondiale et qui pronostique un prochain effondrement des prix.

La demande ne cesse de croître. La Chine, l’Inde et les « dragons asiatiques » développent progressivement leurs parcs automobiles et leurs réseaux de transports (la demande chinoise, 8% de la consommation mondiale de pétrole, s’accroîtrait de 9 à 12 % par an). La demande américaine elle-même reste très soutenue, malgré la hausse des cours.

Du côté de l’offre, les capacités de production tournent déjà au maximum. Certes, la production russe a pâti des défaillances de Youcos. Les dix membres de l’OPEP (hors Irak) produisent à plein régime. Seule, l’Arabie Saoudite peut encore donner un coup de fluide. Mais la consommation quotidienne mondiale est de 86,4 millions de barils quand l’offre ne dépasse plus 83,8 millions de barils/jour. Si l’hiver est dur, les prix s’envoleront encore.

2. L’impact négatif sur le pouvoir d’achat et les risques d’inflation (répercussions sur les transports et les matières plastiques) sont évidents.

Pour le moment, ce sont surtout les professionnels qui sont touchés. Le fret et le transport aérien ? Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France, rappelait que le surcoût de la facture carburant 2005/2004 représentait une augmentation de 33 % (en valeur, l’équivalent de toute une année de profits de la compagnie).

Idem pour la plasturgie dont les coûts de matières premières (impactés par la hausse du dollar) représentent une augmentation de 7 à 10 %.

Les ménages ? C’est surtout au début de l’hiver qu’ils feront leurs comptes. C’est le poste « fuel domestique » qui fera grise mine. En une année, les prix de vente moyens nationaux ont augmenté de 38,11 %.

3. Il aura fallu les deux précédentes crises pétrolières pour que les Français (industriels et ménages) découvrent les vertus des énergies alternatives et des économies de consommation. Le danger serait de relâcher cet effort.

Il y a fort à parier que, dans les prochaines semaines, plusieurs parlementaires déposeront des amendements pour plaider la baisse de la fiscalité. Les centres E. Leclerc qui ont, depuis vingt ans, œuvré pour la baisse du prix des carburants, ne céderont pas à cette revendication facile, mais irresponsable. Ils plaideront pour des mesures sectorielles (agriculture, pêche, taxis, etc…), ainsi que pour des mesures de soutien aux ménages les plus pauvres.

Non, il ne faut pas se bercer d’illusions. L’Américain Goldman Sachs table sur un baril à 105 $. La bonne réponse à l’augmentation des prix, c’est d’affecter la fiscalité au développement des énergies nouvelles.

Nul doute que sur ce sujet, on débattra durement cet automne.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 5 juillet 2005

Pouvoir d’achat en quasi-stagnation en 2005 (Prévisions BIPE)

Il y a deux ans, j’avais lancé une polémique qui avait fait quelque bruit dans le Landerneau politique. Les consommateurs s’irritaient de l’inflation des prix et de l’impact négatif sur le pouvoir d’achat. Le gouvernement faisait la politique de l’autruche et se réfugiait derrière les statistiques de l’INSEE. Ce qui m’avait amené à contester la pertinence des indicateurs officiels. Plutôt fiables quand il s’agissait de suivre l’évolution du revenu disponible des ménages, ils sous-estimaient le poids des charges contraintes (les dépenses auxquelles on ne peut échapper) dont l’évolution grevait le pouvoir d’achat effectif des Français.

1) J’avais demandé à mon groupe de financer une recherche : analyse critique des indices retenus pour la comptabilité nationale, et confection d’un nouvel indicateur, plus réaliste, en phase avec le comportement des consommateurs. Le BIPE (Bureau d’Etudes dont la crédibilité n’est contestée par personne) a procédé au calcul du pouvoir d’achat effectif des consommateurs français. Comme l’INSEE, il a comptabilisé les différentes composantes du revenu disponible (revenus d’activités et du patrimoine, transferts sociaux moins impôts). Mais il en a soustrait les charges incompressibles : remboursement de crédits habitat et conso, loyers et charges liées au logement, assurances obligatoires et transports collectifs. Une fois ces dépenses défalquées (39 % du revenu), on en déduit le pouvoir d’achat effectif (le pouvoir de dépenser) de chaque Français.

C’est au vu de ces calculs que nous avions pu affirmer que le pouvoir d’achat avait baissé en 2003 (moins 1,2 % au lieu de plus 0,4 % INSEE) et faiblement augmenté en 2004 (0,3 % au lieu de 1,4 % INSEE).

2) Je vous livre en avant-première les estimations BIPE/E. LECLERC pour 2005.

a) Le pouvoir d’achat effectif des consommateurs sera en quasi-stagnation cette année (0,1 %). Certes, le revenu brut disponible va augmenter de 3 % (notamment grâce au poste « prestations sociales » (4,4 %), et de l’augmentation du SMIG). Mais ces gains vont être presque intégralement « mangés » par l’augmentation des loyers (5,3 %), des charges liées au logement (4,7 %) et des assurances (6,6 %).

b) Cette évolution globale masque une forte baisse du pouvoir d’achat des agriculteurs (-0,4 %), des artisans et commerçants (-0,9 %) et des cadres supérieurs et professions libérales (-0,6 %). 2005 sera une année noire pour les classes moyennes.

c) Par tranche d’âge, ce sont les Français de 45/54 ans qui seront les plus touchés (-0,3 %) par le ralentissement conjoncturel.

d) Enfin, ce sont les couples sans enfant (-0,5 %) et les personnes actives vivant seules (-0,7 %) qui « rameront » le plus.

3) La qualité de ces chiffres n’est pas contestable. En réplique à nos campagnes de communication, l’INSEE communique désormais sur un autre indicateur, l’indice du niveau de vie par unité de consommation. Celui-ci tient compte de la démographie de chaque foyer. Mais si l’on met en perspective les trois indicateurs dont nous venons de parler :

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On peut retenir ces deux constats :

a) En ne prenant pas en compte les effets des charges contraintes, les indicateurs officiels optimisent énormément la situation des Français. (Question subsidiaire : jusqu’où aveugleront-ils le discours politique ?).

b) Vu notre indice BIPE/E. LECLERC, les professionnels du marché de la consommation ont du souci à se faire et les ministres des finances vont pouvoir réviser, encore une fois, leurs prévisions de croissance.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 4 juillet 2005

Pauvreté : Bob Geldoff, le G-8 et la perspective d’un plan Marshall…

Le contre-sommet d’Edimbourg n’a pas fait recette. A part la manifestation (qui a tout de même mobilisé 200 000 personnes), le forum altermondialiste est peu fréquenté. Et les intervenants sont bien incapables de produire la moindre plate-forme alternative, sauf (ce qui est déjà un bon point) à organiser la pression médiatique sur les chefs d’état réunis pour le G-8.

L’aide aux pays pauvres suscite un formidable élan de solidarité. Mais la limite du mouvement est tout autant culturelle qu’institutionnelle.

- Culturelle :

Les ONG, depuis 10 ans, ont fustigé les états, et surtout les organisations internationales. La donne a changé. Plus personne ne conteste que la mobilisation d’une aide massive passe par l’engagement des états les plus riches et de leurs dirigeants. Hors ce schéma, les interventions, même les plus généreuses, n’auront jamais l’impact suffisant.

- Technique :

Aucun mécanisme de répartition ne s’avère aujourd’hui complètement performant.

L’intérêt des concerts de Geldoff, comme l’intervention de multiples personnalités (Mandela, Tony Blair, Bill Gates ou même Claudia Schiffer), c’est de rallier un maximum de citoyens au soutien de la Cause. Mais on n’échappera pas à ce travail ardu et ingrat : redéfinir une organisation responsable et efficace pour contrôler l’utilisation de l’aide publique.

1) La cause :

Les nations favorisées ne peuvent plus rester aveugles. Dans la seule Afrique, 310 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1 dollar par jour). Le continent noir concentre sur son sol toutes les plaies du monde (misère matérielle, déficit éducatif et sanitaire, désertification, endettement, épidémies, dépendance, etc…). L’espérance de vie recule (46 ans !) avec l’accroissement de la mortalité infantile et le sida… Certaines régions d’Amérique Latine ou d’Asie suivent la même pente.

Au rythme actuel d’appauvrissement, les analystes considèrent qu’il faudra attendre le milieu du siècle prochain pour réduire des deux tiers la mortalité des enfants et éradiquer, pour moitié, la pauvreté. Insoutenable !

L’aide extérieure est indispensable. Le continent possède des ressources considérables. Mais la corruption et le détournement des richesses, avec la complicité des élites, voire des nations occidentales, ont gâché les chances de l’Afrique, et probablement aussi les effets d’une partie de l’aide publique déjà accordée.

2) L’aide :

Il y a quinze jours, les 8 nations les plus riches ont annoncé l’annulation de 40 milliards de dollars de dettes concernant 18 des pays les plus pauvres. C’est un premier pas appréciable. Mais dans les comptes de l’ONU, ce sont 53 états africains qui ne bouclent pas leur budget. Et vu l’accroissement des besoins (éducation, santé, infrastructures), les effets de ce ballon d’oxygène seront vite épuisés. Aux Nations Unies, Jeffrey Sachs, coordinateur d’un groupe de réflexion sur le chiffrage des aides, suggère qu’on se fixe un objectif sur 2015. D’après les économistes qui l’entourent, on pourrait diviser par deux le niveau de pauvreté en doublant les contributions actuelles.

Effet de manche ou conviction sincère, Tony Blair propose un plan Marshall de 25 à 50 millions de dollars (sur 3 à 5 ans) pour le continent noir.

Sous la pression des médias et de l’opinion, les chefs d’état semblent aujourd’hui vouloir rivaliser de bonnes intentions. C’est déjà une chose positive.

3) Problématique de la répartition :

Les difficultés sont de trois ordres. Il ne faut pas les minimiser. Si les deux premières dépendent de choix politiques, la troisième est un vrai casse-tête.

a) L’engagement des états :

Dans les sondages, l’opinion publique est toujours généreuse. Devant la feuille d’impôts, elle l’est moins. C’est toute la difficulté des chefs d’état qui, dans un contexte budgétaire difficile, doivent mobiliser des ressources. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon sont à peu près « carrés ». Ils se sont engagés sur un calendrier. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis (qui consacrent moins de 0,16 % de son PIB à l’aide au développement). Ce n’est qu’en partie vrai pour le Japon et la Russie.

b) Les financements :

Plusieurs solutions ont été proposées. Aucune n’a fait l’unanimité : taxe Tobin sur les flux financiers, taxe sur le kérosène et plus généralement le transport aérien, projet anglais de « retour à meilleure fortune » (on financerait des projets rentables qui permettraient d’amortir la dette ? ? ?).

c) Les organismes répartiteurs :

C’est, à mon avis, le problème majeur.

Rien ne garantit qu’après un nouvel élan de générosité, les aides ne finissent dans les sables du désert. Il ne s’agit pas d’évoquer ce problème comme une sorte de caution pour justifier l’inaction. Mais ne l’oublions pas. L’aide au développement est aujourd’hui de 70 milliards de dollars annuels. Jamais elle n’a été aussi élevée. Si elle n’est pas efficace, c’est qu’elle est mal distribuée.

Abdoulaye Wade, Président sénégalais et coordinateur de la dette pour l’Union africaine, s’exprime ce matin dans Libé (04/07). Il propose la création d’une commission mixte : membres du G-8, plus chefs d’état des pays bénéficiaires. Il en appelle à l’esprit de co-responsabilité, et propose la co-gestion des projets par les administrations des 53 états concernés.

Je ne doute pas qu’il trouve là une manière de surmonter l’incapacité des états africains à travailler de manière coordonnée : « L’institution que nous avons mise en place s’avère inopérante. C’est le triste constat ».

Mais pourquoi devrait-on faire confiance à des élites qui, depuis 30 ans, ont fermé les yeux sur la corruption.

A quoi cela servira-t-il de multiplier les sommes versées si les populations africaines restent spoliées du fait de la surenchère confiscatoire que se livrent bourgeoisie nationale et entreprises internationales.

On a posé sur ce blog la question du contrôle et du rythme d’utilisation des fonds pour la reconstruction en Asie (après le tsunami). Les sommes nécessaires et les enjeux pour l’avenir des populations africaines méritent qu’on focalise notre attention sur l’organisation des aides tout autant que sur leur financement.

Saurons-nous ici formuler quelques propositions !

Michel-Edouard Leclerc

Samedi 2 juillet 2005

John Howe, dessinateur culte du « Seigneur des Anneaux »

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« Lancelot»  John Howe

John Howe est une légende. Le dessinateur du « Seigneur des Anneaux » et du « Monde de Narnia » (sortie décembre 2005) était à Paris pour le vernissage d’une très belle exposition que lui consacre la galerie Arludik (jusqu’au 21 août). C’est à cette occasion que Diane et Jean-Jacques Launier, les maîtres des lieux, m’ont invité à le rencontrer. Moment inoubliable. Il est prolixe, John, devant ses dessins qu’il commente avec humilité. Dans la rue aussi, qu’il déambule en évoquant des histoires de Graal et de chevalerie. Et au restau où il montre quelque difficulté à arbitrer entre le contenu de l’assiette et l’envie de nous entraîner dans son monde magique.

Difficile de faire le lien entre une œuvre foisonnante et ce personnage d’apparence aussi délicate. Sans être fragile, on a du mal à l’imaginer sous l’impressionnante armure qu’il revêt, le week-end, pour combattre avec ces lourdes épées médiévales que l’on projette à une main. Une sorte d’Anglo-Saxon gentiment fêlé, sorti tout droit de Monty Python ? Non…mais fana, certainement.

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« Elf fantastic»  John Howe

C’est à Vancouver (Canada) qu’il est né (49 ans). Sa grand-mère accrochait au mur des représentations du Lac Léman, surplombé par les Alpes. Fascination qui finira par le conduire en Suisse (il y vit) après un passage à l’Ecole des Arts Déco de Strasbourg (il y a noirci le papier de gargouilles, de statuaires et de flèches gothiques. Howe n’arrête pas de dessiner. Mais c’est un rêveur. Précis dans son élocution, son regard témoigne qu’il n’est jamais totalement en phase avec son interlocuteur. Le monde de Tolkien et sa féerie « heroic fantasy »l’habitent complètement.

C’est en 1997 que Peter Jackson le contacte pour devenir le concepteur visuel de la trilogie du « Seigneur des Anneaux ». Avec Alan Lee, autre concepteur designer, John Howe a passé deux ans dans les paysages grandioses de Nouvelle Zélande d’où il a ramené des centaines de croquis. Ils ont servi de base aux travaux de tous les artistes engagés sur ce fabuleux projet.

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« Mythago Wood»  John Howe

Contrairement à beaucoup d’illustrateurs que l’ardeur au travail conduit à une sorte d’autisme, John adore parler. Il est d’ailleurs ici parce qu’il adhère au projet de nos hôtes. Jean-Jacques et Diane ont la passion du cinéma, de la BD, du jeu vidéo, des mangas et des films d’animation. Ils ont créé la galerie Arludik, un espace entièrement dédié aux artistes de ces univers. On y a rencontré Giger (Alien), Geof Darrow, Olivier Vatine, Otomo, Jean Giraud alias Moebius. Ce dernier a d’ailleurs illustré chaque page du premier roman de Jean-Jacques, « La Mémoire de l’âme ». Et nos deux tourtereaux (ils viennent de se marier) ont organisé récemment, à la Monnaie de Paris, l’exposition Miyazaki-Moebius (110 000 visiteurs !).

Dans cet échange plein de complicité et d’attention, j’ai décidément beaucoup de chance. Diane a collaboré au Journal du Dimanche, à Cosmopolitan ; elle a été rédacteur en chef du magazine Reciproq. Alors, elle joue le rôle du journaliste et pousse à la confidence. Je prends des notes…j’en profite.

C’est comme ça que je découvre l’immense chantier que constitue pour John Howe l’illustration de cette nouvelle trilogie « Narnia ». « Je n’ai jamais eu à dessiner autant de créatures. Je crois que c’est le plus grand nombre de personnages qui aient jamais été réalisés pour un film. Ils sont tellement différents. Dans la trilogie de l’Anneau, il y avait deux espèces, les Orcs et les Goblins. Dans celle de « Narnia », il y a 23 types de personnages.

C’est à cet instant que l’on découvre combien cet homme, mesuré et serein, aime transformer les défis en une sorte d’exploit créatif. Avec lui, l’univers s’élargit. Impressionnant !

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De droite à gauche: John Howe, sa femme Fataneh, Jean-Jacques et Diane Launier dans la galerie Arludik

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 1 juillet 2005

Pêle-M.E.L. – Journal du 27 au 30 juin 2005 (fragments)

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1) Politique : Crise de régime : Passionnant dossier consacré à la crise politique par l’hebdo « Les Inrockuptibles » (numéro 499). On rappelle que c’est Jean-Louis Debré qui, le premier, début mai, a parlé de « crise de régime ». Balladur, ce même mois, a acquiescé : « Le moment est venu de modifier nos institutions ». Il y a eu cette phrase de Bayrou : « Comme il n’y a pas d’équilibre des pouvoirs, ce sont les jeux de cour qui prennent le dessus ». A gauche, Montebourg, Emmanuelli ou Strauss-Kahn ont relayé le débat… Alors que la pratique institutionnelle s’apparente à une sorte de monarchie constitutionnelle (le gaullisme, sans la flamme), il n’est pas inintéressant d’observer que le débat est ici relayé et argumenté par un hebdomadaire culturel. Signe qu’avant toute discussion sur la refonte des institutions, c’est le projet de société qu’il faut définir et sur lequel il faut rassembler.

2) Racisme 1: Je ne connaissais que sa voix. Du rythme, une forme de reggae, rien de transcendant. Depuis que j’ai lu les interviews de Capleton, ça m’a coupé le sifflet. Dans ses chansons, il lui est arrivé d’ânonner : « Les sodomites et les PD, je leur tire dessus…Capleton brûle les folles…Ce feu s’applique aussi aux lesbiennes ». Des défenseurs des droits homo (donc des droits de l’Homme aussi !), l’ont sommé de s’excuser. Il a promis, juré. Mais avez-vous lu, comme moi, l’explication de sa rétractation (Libé, 20/06). Navrant ! Il assume, il a bien prononcé ces paroles, « mais je les chante en patois jamaïquain…Je n’ai rien contre les gays…Nous nous adressions aux pédophiles. Les hommes ont droit de vivre leur destinée, mais quand le jugement viendra, il sera impartial ( ! ! !) ». Voilà donc le couperet remis à plus tard. Capleton, avec cette forme d’excuse en bandoulière, va pouvoir se produire dans quelques salles (sauf le Zénith qui a annulé ses concerts). Mais ne croyez pas que l’annulation de la fatwa vaut bénédiction de son auteur. A la question : « Condamnez-vous l’homosexualité », il répond « Ces gens se condamnent eux-mêmes ». Quand on vous dit que la musique adoucit les mœurs !

3) Racisme 2 : Contrairement à beaucoup de penseurs de l’après-68, engagés dans la « déconstruction » des systèmes philosophiques et politiques (sources présumées de tous les totalitarismes), Edgar Morin est un philosophe positiviste. Il continue de faire vivre l’esprit des Lumières. J’aime son travail, une œuvre gigantesque qui donne à réfléchir, mais guide aussi l’action. Un humaniste ! Un homme engagé sur l’Europe, l’impact des technologies sur nos sociétés, sur les rapports Nord-Sud.

Le 2 juin dernier, avec Danielle Sallenave et Sami Naïr, il a co-signé un libre opinion publié dans Le Monde, « Israël – Palestine : le cancer ». Et il a commis une phrase comme celle-ci : « Les juifs, qui furent victimes d’un ordre impitoyable, imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens ». Il y avait, dans ce texte, un appel passionné au réveil de la conscience judaïque. Mais la comparaison n’a pas plu. La Cour d’Appel a condamné notre philosophe pour diffamation raciale.

A deux encablures, un autre tribunal : il jugeait une affaire plaidée par le président de l’Association des commerçants du marché des puces du XVIIIème arrondissement à Paris. Lui, aussi, s’était senti méprisé. Il s’appelle David Chekroun. Un camelot l’a qualifié de « Enculé de ta race ». Eh bien, le tribunal n’y a pas vu motif à diffamation. Le jugement (23 juin) considère ces mots « comme d’autres insultes de la même veine, désormais devenues courantes, sinon communes, telles que « ta race », « fils de ta race » ou « putain de ta race ». Le tribunal poursuit : « L’expression poursuivie ne stigmatise pas l’origine particulière ou identitaire réelle ou supposée de l’autre et le renvoie à la race imaginaire de tous ceux que le locuteur entend, à cet instant, distinguer de lui… ».

Deux jugements. L’un s’appuie sur une interprétation extrémiste de la notion de diffamation, pour aboutir finalement à une sorte de censure politique alors qu’aucun épithète infamant n’a été prononcé. L’autre, malgré l’insulte, retient la banalisation des propos racistes. Décidément, il n’y a pas que les justiciables dans ce pays qui ont perdu leurs repères…

4) Vacances : Elles arrivent. La Bretagne s’apprête à accueillir les touristes. Tout le pays est à l’unisson. Même la presse locale qui consacre des pages entières à la propreté des côtes, aux capacités hôtelières, aux programmations des festivals, et aux prévisions météo ! ! !

Le Télégramme n’est pas en reste. Il a consacré tout un dossier au mal de mer. On y apprend des choses fort intéressantes. Le vieux loup de mer que je suis a pensé aux ignares que vous êtes question « chaloupe et bordée ». Je relaye avec plaisir deux infos proposées par le journal.

a) Parlons sémantique d’abord. Comment rester digne à l’heure de la « gerbe », réclamer le passage, justifier qu’on quitte son poste et qu’on marche sur le sandwich des autres en vue d’empoigner l’inaccessible bastingage. Le Télégramme propose qu’au lieu de dire votre envie de vomir (risque d’effet de contagion), vous eussiez l’élégance de parler de : débagouler, flaquer, aller au renard, lâcher une fusée, faire un Raoul, compter ses chemises, mettre le cœur sur le carreau… Déjà, rien que de rechercher les mots, on gagne les 3 ou 4 secondes fatales.

b) Pour combattre le mal de mer (un conseil qui s’adresse à vous, bloggeurs urbains), il faut lutter contre les 5 F : la fatigue, le froid, la faim (le débat reste ouvert si on la combat à coups de pâté ou de rillettes), la frousse et…la foif ! ! ! Aux dires des « pêchous », le coup de rouge au premier symptôme, ça aide à passer la lame. Attention : les médecins contestent. Mais, ils conviennent que passé « le rendu du quatre heures », ça soulage et ça aide à retrouver sa dignité.

5) Politique : Pour le moment, ils ne nous ont pas encore donné le mal de mer. Ils se tiennent tranquilles. Ils agissent chacun dans leur sphère, sans qu’en apparence, on sente vraiment les tensions dans le couple. Sarko et Villepin, à défaut de faire la paire, tirent chacun leur attelage. L’un de vous m’a fait parvenir cette affiche de « La Grande Vadrouille » remasterisée. Je ne sais pas qui en a les droits d’auteur. Je vous en fais profiter. Comme on ne va pas beaucoup se marrer pendant les deux prochaines années, profitons-en !

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Michel-Edouard Leclerc