Environs de Brantôme… L’anticyclone reste stationnaire, la chaleur est supportable, la lumière est belle sur la Dordogne. Les neurones ne sont pas trop sollicités. L’actualité vient de temps en temps réveiller la torpeur estivale. Par opportunité, par rapprochement, par ricochet…
Ainsi, ces vieux séchoirs à tabac dont l’architecture locale est friande. Il n’est pas une vieille ferme, une belle masure de calcaire blond, qui ne possède un auvent où l’on faisait, depuis le XVième siècle, sécher les feuilles chichement comptées (une à une) et contrôlées par une administration très tatillonne. Le Bergeracois a depuis une dizaine d’années subit la baisse des ventes de cigarettes. Et, ça s’accélère. Fin mai, les ventes nationales 2005 étaient en régression de 32% par rapport à mai 2002.
Dans les cafés de la région, les débats sur la politique anti-tabac ont une résonance toute particulière. On passe très vite sur l’aspect sanitaire du problème. On focalise sur les aspects financiers et l’emploi, quitte à s’abriter derrière la sacro-sainte défense des libertés individuelles.
C’est Yves Bur, député UMP alsacien, qui a allumé le pétard. Toute la presse, ici, en parle. Il a confirmé vouloir déposer un projet de loi visant « à interdire le tabagisme dans les lieux publics confinés ». C’est-à-dire, café-bars, restaurants, dancing…
C’est le même député qui a pourfendu les distributeurs de confiseries et de sodas dans les écoles. Avec succès !
Les opposants ont beau jeu de dénoncer l’hypocrisie de l’Etat. J’entends le bistrotier asséner derrière moi, en martelant le zinc du comptoir avec fureur « le gouvernement (sic) a le monopole du tabac. S’il veut l’interdire, qu’il l’assume. Et qu’il vienne le dire aux producteurs de la région. En plus, il prélève quatre euros sur chaque paquet. Quel double langage. »
Voilà qui est vrai ! Il faudra bien un jour, mettre les pieds dans le plat. Et pourquoi pas à l’occasion du débat parlementaire annoncé par Yves Bur. Je me sens prêt à m’engager pour cette cause là.
J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec le Professeur Pujol, Président de la Ligue Contre le Cancer dont mon groupe est partenaire. Les méfaits du tabac sont catastrophiques. Pour ceux qui fument. Pour ceux qui respirent malgré eux la fumée des autres. Le « tabagisme passif environnemental » (puisque ainsi on le nomme) suscite bronchite, asthme, otite et sinusite chez les enfants. Il aggrave les insuffisances respiratoires, les risques de maladies coronariennes, sans parler des effets cancérigènes… chez l’adulte.
Faut-il lancer la chasse aux fumeurs ! Comme dans certains établissements américains ou canadiens ? Non, pas, la pédagogie fait son œuvre, comme le prouve les chiffres cités plus haut. Et la conviction est meilleure conseillère que la prohibition.
Mais en écoutant les arguments des uns et des autres, il faut se rendre à cette évidence. Fumer est un droit, ne pas fumer aussi !
Dans la plupart des bistrots (comme celui où je suis actuellement), il est illusoire de prétendre séparer fumeurs et non-fumeurs. C’est de la mauvaise foi ! L’espace est trop ténu. On y respire un même air.
D’ailleurs, le problème se pose dans les immeubles d’habitation, les hôtels ou les bureaux.
Au siège de mon groupe, nous avions eu ce problème. Des espaces non-fumeurs ?
Avec la climatisation et les systèmes de ventilation, l’air circule, et la nicotine avec (il suffit de regarder l’état des filtres !). C’est pourquoi, j’avais décidé : tous nos locaux sont non-fumeurs. Le Comité d’entreprise n’y a rien trouvé à redire, pas plus que les fumeurs pourtant contraints à s’exiler dehors.
Tout ceci pour dire qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des décisions tranchées.
Je soutiens la proposition d’Yves Bur. Sans polémique, sans diabolisation ! Invitons les fumeurs à ne pas partager leurs effluves, et protégeons la volonté des non-fumeurs d’en être dispensés.
Et pour l’économie locale, préférons la culture de la fraise et des truffes. On y excelle ici dans le Bergeracois. Et je suis sûr, c’est plus rentable à long terme.





