Ça chauffe sur le front des prix !
A peine arrivé sur le sol français, on me prête de provocantes intentions. Tout a démarré avec une interview. L’AFP, vendredi dernier, m’a interrogé sur la baisse de la consommation (-0,3% au deuxième trimestre!). J’ai repris mon antienne : « Pourquoi s’étonner de si piètres résultats vu l’absence de bonnes perspectives en matière de pouvoir d’achat. Les Français hésitent entre épargne et consommation, et quand ils consomment, ils ne sacrifient pas les vacances et les loisirs, mais l’alimentaire et le textile. Ou alors ils achètent des produits 1ers prix. » A la question, « qu’allez- vous faire à la rentrée ? », j’ai répondu :« multiplier les offres promotionnelles, en attendant de pouvoir baisser plus substantiellement les prix, le 1er janvier prochain, date d’application de la réforme de la Loi Galland ».
De là à dire que j’allais transgresser la loi en crevant outrageusement le plancher de la revente à perte (SRP), voilà que je n’aurais jamais osé revendiquer. Et bien, malgré mes dénégations, F.Pons ce matin dans Libération (23.08) m’en attribue l’intention.
Et du coup, mes concurrents s’inquiètent et rouspètent…mais …que d’hypocrisie, mes amis !
1) D’abord, calmons le jeu. Il suffit de comparer les prix de notre catalogue de rentrée avec les leurs pour constater que mon enseigne s’est mise au « taquet » le plus bas autorisé sans outrepasser les consignes ministérielles.
2) Ensuite, je n’ai pas l’intention de « porter le chapeau » d’une transgression générale, pratiquée par la plupart des groupes et autorisée par le gouvernement (ma note du 22.07). Tous les distributeurs un peu dynamiques ont (ou vont) petit à petit baisser leur prix dans la limite tolérée (entre -2 et -5 % du SRP).
3) Et puis, puisqu’on me cherche des noises, je cafte… et je renvoie la balle. Certaines enseignes, dont l’image-prix avait récemment régressé, n’ont pas eu les mêmes scrupules que nous. Que dire de ces hypers Carrefour, dans lesquels la Danette (à titre d’exemple) semble être vendue 25% en dessous du seuil de revente à perte (sans vergogne…et sauf erreur).
Mes collaborateurs confirment qu’au total, en ce mois d’août, près de 500 articles dans la grande distribution sont sporadiquement vendus en dessous de 15% du SRP sans que les légalistes (concurrent ou administration) n’y trouvent à redire. Alors les leçons de morale et les récriminations à mon égard, je balaye.
Et sur ma politique générale de prix bas, je persiste et signe donc.
Les consommateurs ne devraient pas trop se plaindre de cette querelle. Reste que pour nous distributeurs, cette période transitoire, ne va pas être facile à gérer : nouveaux calculs de prix, incidence sur les marges, insécurité juridique…. Ah décidément, ça devient sioux de rester épicier.





