La grippe aviaire menace. Difficile de faire la part entre la surmédiatisation et les risques réels. Scientifiques, médecins, écologistes et politiques échangent, depuis trois semaines, leurs diagnostics prévisionnels sur les risques de diffusion de la maladie en Europe et sur la transmission aux hommes.
Etat des lieux
En Asie, 150 millions de volailles ont été détruites (Vietnam, Malaisie, Cambodge, Thaïlande, Chine, Corée du Sud et Laos). En Russie, la contamination a atteint la Sibérie (6 provinces à l’ouest de l’Oural). Elle poursuit sa progression au Kazakhstan.
A Bruxelles, on ne veut pas céder aux pressions alarmistes !
Seuls, en Europe, les Pays-Bas ont décidé le confinement de l’ensemble des élevages (ils ont payé « pour voir » il y a 3 ans). L’Espagne avance l’argument que c’est déjà le cas pour les siens (peu d’élevages en plein air ?).
En France, les autorités multiplient les initiatives. Le Ministère de l’Agriculture a adressé, le 22 août, à l’ensemble de la profession avicole un courrier lui rappelant ses obligations réglementaires en termes de surveillance et de conduite d’élevages (limitation de l’accès à des personnes étrangères à l’exploitation et d’échanges de matériels). Elles ont mis en place un système d’alerte. Mais elles n’envisagent pas une mesure d’enfermement des volailles.
Risques actuels pour les consommateurs ?
J’ai réuni les vétérinaires et les cadres chargés du contrôle de qualité dans notre enseigne.
Le virus se transmet par contact aérien (sécrétions respiratoires et déjections d’animaux infectés vivants ou morts). Mais il peut aussi se propager de façon indirecte par contact avec des surfaces ou matières contaminées (nourriture, eau, matériels, mains ou vêtements souillés). En aucun cas par ingestion. La consommation des volailles achetées dans les magasins n’est donc pas un facteur de contamination.
Les importations ?
Malgré cette certitude, j’ai lancé un audit approfondi de la provenance des marchandises commercialisées dans nos magasins. Il n’est évidemment vendu aucun poulet vivant. Les volailles fraîches sont d’origine française. Ce sont dans les préparations culinaires (conserves, plats cuisinés et poulets surgelés) qu’on peut trouver des produits importés, « origine Brésil » notamment. De toute façon, aucun de nos fournisseurs ne peut légalement acheter des poulets provenant des zones interdites. La douane et la DGCCRF sont sur les charbons ardents.
Evolution en cas d’extension de l’épizootie
L’épidémie peut-elle vraiment se propager en Europe ou en France ? Les administrations nous disent que le risque est faible. L’AFSSA indique que les cartes de migrations aviaires ne laissent pas présager de flux en provenance de Russie. Les zones actuellement concernées par la grippe aviaire en Sibérie occidentale hébergeraient des oiseaux qui vont essentiellement passer l’hiver au Proche et au Moyen-Orient.
Mais d’autres écologistes font état de migrations par le Nord de l’Europe… Et là, « on se rassure » : l’épidémie touchera d’abord la Pologne, l’Allemagne et les Pays-Bas, avant que les oiseaux migrateurs n’atteignent la France. Et on fait valoir que, dans ce cas, on dispose d’un délai jusque vers octobre-novembre…
Quel sera alors l’impact sur l’approvisionnement ? Eh bien, les services vétérinaires procéderont, comme pour la vache folle, à l’isolement et, éventuellement, à l’abattage des élevages. L’administration en informera les distributeurs qui changeront évidemment de fournisseurs.
Beaucoup de bruit pour rien ? Il faut l’espérer, mais le mieux, c’est de se préparer. De toute façon, c’est un bon test de mobilisation. (Est-ce que vous savez que dans certaines écoles américaines, on vaccine déjà préventivement les élèves ?).
Impact pour les éleveurs ?
S’il y a épidémie, c’est pour les éleveurs, aujourd’hui, que je suis le plus inquiet. Comme le rappelle Jean-Michel Bader (Le Figaro du 23/08) « Les éleveurs français n’ont absolument pas été préparés logistiquement, psychologiquement et financièrement à cette solution (le confinement) ». La preuve ? Il suffit d’écouter les principaux acteurs de la filière se disputer sur l’ampleur du chantier. Pour le Syndicat National des Labels Agricoles, seuls 9 % des volailles sont élevées en plein air. « Faux » dit l’AFSSA, le chiffre est plus proche de… 50% ( !!!). Cette approximation est d’autant plus confondante qu’elle ne porte pas sur les 6 millions de poulets hollandais, mais sur … 790 millions de volatiles français.





