Archive pour le 9 septembre 2005

Vendredi 9 septembre 2005

Fruits et légumes : la querelle des marges

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Dans sa livraison du mois de septembre, Que Choisir publie un article fort intéressant sur le prix des fruits et légumes.

L’UFC va à l’encontre de l’avis exprimé par nombre de producteurs, et de la perception qu’en ont les consommateurs. « Le prix des fruits accuse depuis quelques années une tendance nette à la baisse…. Et si l’on prend du recul, les données de l’INSEE révèlent que depuis 1960, le prix des fruits frais a évolué exactement de la même manière que celui des autres produits alimentaires ». Voilà constat qui vient à point nommé pour faire taire les habituelles polémiques.

Mais l’UFC s’est aussi penchée sur la grande variabilité des prix au cours d’une même saison, et d’un magasin à l’autre. A la recherche d’une explication, la revue finit par reprendre à son compte une analyse de la structure des prix et des marges, telle qu’on l’entend, depuis quinze ans, dans la bouche des producteurs : « On m’achète mon produit 1 € le kilo et je le retrouve sur le marché à 2 €, la distribution se sucre ! ».

Pour étayer l’argument, Que Choisir, prend l’exemple des pêches et des nectarines et publie une structure de prix imputant, à la seule distribution, une marge allant de 37 % à 50 %.

Evidemment, j’ai tout de suite sauté au plafond. J’ai demandé à plusieurs adhérents de me fournir leur compte d’exploitation portant sur des produits identiques. Je vous livre la comparaison.

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C’est sans appel, et contredit l’information de Que Choisir. En réalité, la marge de nos magasins, sur un produit comme la nectarine, s’établit aux alentours de 25 %, soit, selon les exemples, un tiers ou moitié moins que l’indication fournie par l’UFC.

Comment expliquer cet écart ? Tout simplement par une habituelle confusion qui, volontairement (pour les producteurs) ou par ignorance (pour les consommateurs), fait l’impasse sur tous les autres intermédiaires de la filière.

Une fois le produit ramassé et payé au producteur, et avant qu’il n’arrive en magasin, il passe entre les mains de différents opérateurs qui calibrent, agréent, conditionnent, stockent et transportent les fruits. Et bien sûr, ceux-là prennent leur dîme (pas forcément illégitime d’ailleurs, car ces tâches nécessitent investissements et main-d’oeuvre).

Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Parce que ce serait mettre l’accent (et reconnaître) l’inégale performance des coopératives et des groupements de producteurs qui ont, depuis longtemps, complètement intégré tous ces métiers.

Je ne cherche pas à polémiquer ici avec les coopératives, mais puisqu’on entretient la confusion et qu’on désigne du doigt les hypermarchés (dont les nôtres), un démenti s’impose. Et il est nécessaire à la bonne compréhension du processus de formation des prix.

Ainsi, quand, cet été, le Directeur de la Concurrence a souhaité qu’on étudie la mise en place d’un blocage de marge, prévu pour gérer les périodes de crise, les distributeurs ont refusé de participer à une réunion pourtant annoncée par le Ministre. Outre qu’ils considéraient que les pouvoirs publics devaient d’abord assurer complètement la responsabilité d’une pratique prohibée au niveau européen, ils ne comprenaient pas pourquoi on aurait bloqué les marges en magasin sans se préoccuper de celles des intermédiaires qui en auraient été exonérés.

Michel-Edouard Leclerc