
J’affirme que oui, parole de professionnel tout autant que d’amateur.
N’y voyez aucune flagornerie de ma part. Je suis évidemment très fier que mon enseigne soit à l’origine du phénomène (c’est dès 1973 que des adhérents E. Leclerc ont créé les premières foires aux vins, en Bretagne d’abord, puis en Pays de Loire). Et l’expérience acquise a placé les centres E. Leclerc en tête du marché. (Numéro 1 de la vente des vins en France, avec 17,6 % de part de marché, l’enseigne a vendu plus de 223 millions de bouteilles en 2004, et les foires aux vins représentent jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires correspondant).
Les foires aux vins constituent l’une des initiatives les plus sérieuses et les plus attractives de la grande distribution, ces dernières années.
Acheter en GD ?
Il y a encore des irréductibles. Des viticulteurs qui préfèrent, par choix commercial, travailler en exclusivité avec des cavistes. Ou encore, qui restent réticents et un peu effrayés par l’idée de rentrer sur le « mass market ».
Mais pour le consommateur, comme d’ailleurs pour les œnologues, il n’y a plus de tabou. Les deux tiers des ventes de vins en France se font désormais en grande distribution. Et les foires aux vins en constituent une très belle vitrine.
Chaque enseigne s’est attachée le conseil d’œnologues professionnels (des sommeliers de grands restaurants apportent souvent leur expertise). Chacune d’elles dispose d’un bataillon de cavistes, tous plus passionnés les uns que les autres. Les sélections passent de nombreuses barrières de dégustations et de tests. Les publicités sont souvent riches d’informations et les catalogues (que nous envie le reste de la distribution européenne) sont méticuleusement construits.
Dans quelle enseigne ?
Il y a des bonnes bouteilles un peu partout (et là, je vous épate, parce que vous vous attendiez à ce que je pousse le bouchon…vers Leclerc, pas vrai ?). Je partage l’avis de Jacques Dupont, spécialiste au journal Le Point. Il est l’un des plus fins connaisseurs des foires aux vins. Son étude comparée des catalogues est une précieuse référence (cette année, il est publié dans le numéro du 8/09). Son diagnostic est tranché : « Toutes les enseignes sont désormais au niveau ». Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faille acheter à l’aveugle. D’abord parce qu’il y a des différences de prix. Ensuite, parce que chacune a ses points forts et ses points faibles.
Vin de garde ou vin de plaisir ?
Spéculer sur le vin n’est pas mon truc. D’ailleurs, les trois quarts des gens qui m’en parlent prennent toujours des airs savants (limite « discours des médecins chez Molière »), mais peinent à justifier concrètement leurs achats à partir du seul critère financier. Pour moi, ce marché du « placement » est dépendant de trop de facteurs exogènes pour qu’on y incite ceux d’entre vous qui ne disposent pas du budget de Crésus.
A l’occasion, si l’aventure vous tente, achetez un maximum de vins en primeurs et tentez de les revendre 5 ou 6 ans plus tard (en espérant que l’évolution des devises ne casse pas le marché). Concentrez-vous sur les valeurs sûres (les grands crus). N’oubliez pas que certaines techniques de vinification (effet supposé de la « parkerisation » du goût !) limitent les capacités de garde. Et de toute façon, il faut de super bonnes caves (température et hygrométrie) pour préserver la qualité du vin (ce qui est rarement le cas dans nos habitations usuelles). Evitez aussi (pour la garde, mais pas pour la consommation immédiate) certains millésimes (1997, 1999 et 2002) dont nos œnologues confirment l’évolution rapide.
Personnellement, je trouve que l’intérêt des foires aux vins, c’est l’achat plaisir, la découverte et l’accès à des variétés nouvelles (cépages, appellations). Il y a plein de belles choses en Côtes du Rhône, en Languedoc-Roussillon, en vins de Loire… On en reparlera, ici, en détail.
A quel prix ?
Cette année, l’offre est vraiment plus raisonnable. D’abord, les grands crus bordelais ont tiré les leçons de leurs « errements » passés. (Je ne dis pas « erreurs » car le marché export leur était profitable). Ils avaient perdu des fidèles, ils veulent les retrouver avec des 2003 franchement plus sages.
La plupart des enseignes ont, de leur côté, réagi à la baisse des ventes, l’année dernière, (- 1,5 %), sauf dans notre enseigne et chez Système U dont la croissance reste forte. Elles proposent toutes, cette année, des prix attractifs. Par exemple, Auchan, avec des vins entre 5 et 10 €. Dans les centres E. Leclerc, 60 % des vins proposés ont des prix inférieurs à 8 €, et 80 % sont vendus à moins de 15 €.
En revanche, je crie casse-cou pour mes collègues qui vendent des vins à 1,80 € (Intermarché). Pourquoi pas, dans l’absolu, s’il s’agit de faire profiter les clients d’une jolie promotion. Mais dans le contexte très qualitatif des foires aux vins, ça sonne un peu « hard » !
Quand acheter ?
Vous avez pu le constater, les foires aux vins démarrent de plus en plus tôt : du week-end dernier (Carrefour, Nicolas, Monoprix, et les sites internet « chateauonline.fr », « wineandco.fr ») jusqu’à fin septembre, voire début octobre. Pour moi, c’est du délire. Et un formidable gâchis ! C’est le fruit d’une surenchère qui illustre la peur des enseignes de se laisser griller par une offre concurrente.
Ca n’a plus de sens. Les consommateurs sont à peine rentrés de vacances (de plus en plus onéreuses). Ils viennent de reconstituer les stocks alimentaires, textiles et rentrée des classes. Vu la contrainte financière, comment voulez-vous que les clients puissent vraiment se faire plaisir. Les centres E. Leclerc ont choisi de démarrer les opérations à partir du 28 septembre. Nos adhérents achètent beaucoup de vins en primeurs. La plupart des productions bordelaises ne peuvent être mises sur le marché avant cette date. Et jusqu’à preuve du contraire, démarrer plus tard que les autres n’a pas nuit à notre performance. Keep cool !
Le mieux est donc de se munir des différents catalogues en circulation, de comparer, de prendre le temps de peaufiner la sélection. Seule exigence : ne pas se focaliser sur des vins trop rares, forcément en quantité limitée, et vite épuisés. Pour ceux-là, évidemment, il faut se précipiter dès les premiers jours.
Catalogue national et compléments régionaux
Les offres nationales sur lesquelles communiquent les enseignes sont forcément plus restreintes (elles doivent être disponibles partout) que les gammes proposées dans chaque magasin. Il ne faut donc pas se fier au nombre de références. Les sites internet proposent, en apparence, l’offre la plus complète, ainsi que Carrefour et Auchan. Les indépendants (Intermarché, mais surtout Leclerc et Système U) concentrent leur publicité nationale sur un nombre plus réduit de bouteilles, mais font vraiment la différence sur le plan local.
Beaucoup de nos adhérents ont fait de leur cave une véritable « maîtresse » qu’ils choient et bichonnent avec passion. Ils sont implantés dans des terroirs dont ils veulent être les ambassadeurs. Ils ont noué des relations très fortes avec des viticulteurs dont ils sont devenus de véritables partenaires (ils sont souvent clients l’un de l’autre). Privilégiés, ils ont accès à de très beaux flacons, introuvables la plupart du temps en grande distribution. Enfin, beaucoup de nos adhérents consacrent des budgets très importants en achats primeurs. Suivant les années, cela leur permet d’offrir des grands crus à des prix imbattables (la foire aux vins du centre E. Leclerc de Quimper est devenue « un must » !).
Voilà pourquoi la fête promet d’être belle !





