Archive pour le 15 septembre 2005

Jeudi 15 septembre 2005

Gag ou manip : pour qui « roule » Challenges ?

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La presse internationale vient de publier les excellents résultats des Centres E. Leclerc sur le marché français. Avec un accroissement de 0,4 pts de part de marché, et le meilleur taux de fidélité de toute la distribution, l’enseigne (17 %) creuse l’écart avec Carrefour (13,5 %) et les autres hypers. Mon ego n’aurait pas été égratigné si j’avais pu lire, dans la presse hebdo, quelques citations élogieuses du genre : « en hausse », « patron plus », etc…

Eh bien, mes adhérents et moi-même sommes longtemps restés interloqués à la lecture d’une note publiée sur le site internet de l’hebdomadaire Challenges : « La grogne monte chez Leclerc ». Un gag ? Une manip ? Une erreur d’enseigne ? Lisez plutôt le boulet :

On y apprend l’existence de « tensions à l’intérieur » des Centres E. Leclerc. « La fronde aurait atteint pas loin d’un tiers du parc des hypers en France. Ces adhérents n’apprécient pas que la valorisation de leurs magasins puisse perdre de 20 à 30 % depuis un an ». Tout ça écrit sans nuance et sans qu’aucun rédacteur n’ait pris la peine de s’interroger sur la crédibilité ou l’outrance des chiffres cités.

Croyez-moi, ça sent le coup fourré.

L’un de mes collaborateurs a téléphoné au journal. On lui a péniblement expliqué qu’une note d’agence boursière était à l’origine de l’info (mais pas question de la communiquer). Pour l’analyste signataire, les patrons de magasin « estiment qu’ils ne se sentent pas obligés de baisser leurs prix, comme le veut Michel-Edouard Leclerc ». Mon collaborateur a évidemment expliqué que l’information était d’autant plus incongrue que la politique commerciale du groupe était élaborée par les adhérents eux-mêmes et que ceux-ci venaient d’adopter (à l’unanimité) le plan d’action commerciale pour 2006. Ce que, chichement, d’ailleurs, relate l’hebdo : « Dans l’entourage de Leclerc, on explique que ce n’est pas au moment de négociations commerciales que l’unité des adhérents va se démentir ».

Le démenti n’a servi à rien. Ce matin, Challenges s’entête. Il a repris l’info dans sa version papier. Et voilà, c’est parti…sur BFM, etc… Du délire !

Fallait-il que Challenges soit sur une mauvaise pente pour reprendre, à son compte, une information aussi décalée.

La baisse de la valeur des magasins ? Oserais-je méchamment rappeler qu’il y a encore quelques semaines, Challenges se faisait une fierté de citer un max de nos adhérents dans la liste des Français dont le patrimoine s’est valorisé en 2004. (Et comme ça, pschitt…ils auraient perdu 30 % ?)

J’ai fait mon enquête. La note boursière existe bien. Elle est rédigée par un analyste de Fideuram Wargny. Cette banque est récidiviste. En juin dernier, elle soutenait déjà les initiatives de Carrefour qu’elle valorisait par rapport à Leclerc.

La rédaction de Challenges (qui, la semaine dernière, saluait la performance de Carrefour sans parler de la nôtre) aurait pu s’interroger sur cette concomitance.

Et puis, depuis quand les analystes du CAC 40, en général focalisés sur les chiffres et les ratios, dissertent-ils sur la psychologie des indépendants. Et ils sont vraiment forts ces types-là pour pouvoir apprécier, par avance, des résultats financiers alors qu’aucun chiffre n’est encore publié. (Les prévisionnels s’annoncent excellents).

D’accord, l’information économique n’est pas facile à vendre. Mais le groupe de Claude Perdriel nous a toujours habitués à plus de précautions et d’élégance. A vouloir être trop racoleur, Challenges est en train de perdre son crédit. Est-ce que la rumeur d’OPA sur Danone était du même acabit ?

Ce matin, la rédaction me propose de répondre « à quelques questions sur la manière dont on dirige un groupe d’indépendants ».

Excusez-moi, Claude, Vincent, Christine et les autres, mais vous en faites vraiment un peu trop. C’est lourd !

Michel-Edouard Leclerc