A.S. : Quel week-end ! Sur fond d’interviews et de polémiques sur le prix des carburants. Et puis, l’ordi en panne. J’ai dû tout dicter. D’ici demain, j’aurai mis en ligne les réponses à presque tous les commentaires. A certains, qui demandent des développements, je préfère répondre par une note dédiée (sur mon rôle dans un groupe d’indépendants (re à Pierre et à 2lb2), sur les biocarburants…). A l’avenir, il ne faut pas que je me laisse trop déborder. Il faut juste que je trouve le bon tempo. Désolé, donc, encore une fois, pour ces retards (je vous rappelle que pour vous y retrouver, vous pouvez taper votre pseudo sur le moteur « recherche »).

Raffinerie de Feyzin, le long de l’autoroute A7
Revenons sur la question du pétrole et du prix des carburants.
Les discussions qui ont précédé la table ronde de vendredi, autour de Thierry Breton, avaient quelque chose de surréaliste.
Au départ, TB voulait créer un contre-feu à l’effet produit par la publication des super profits réalisés par les majors (100 milliards ! ! !) dont près de 10 milliards chez Total ! Ravage assuré dans les cerveaux des Français durement touchés au portefeuille (Cf. mon blog du 5/09). TB, enfourchant un registre plus sarkozien, a cru pouvoir « jouer de la carotte et du bâton ».
Première réunion préparatoire, vendredi 9 septembre. Il menace les pétroliers de taxer leurs bénéfices. Mais les conseillers insistent auprès des GMS : « C’est aussi votre intérêt de communiquer sur des baisses. C’est la seule manière de redorer « votre » image dans l’opinion ! ». Tu parles ! Vu les écarts de prix avec les majors, les GMS n’avaient aucun intérêt à se retrouver sur la même photo…sauf pour servir l’image d’un ministre qui se serait attribué le rôle d’arbitre.
Mes collaborateurs, comme leurs collègues, se sont donc rendus à une deuxième réunion (mardi 14/09) en traînant lourdement les pieds. Ils ont dû expliquer aux conseillers du Ministre et à la DGCCRF (ce qui est un comble, vu les contrôles actuels) que les marges étaient plates (nos prix sont au seuil de revente à perte ! ! !). Des centres E. Leclerc comme ceux de Clermont-Ferrand finissent par être, toute l’année, à prix coûtant. D’ailleurs, du fait de la concurrence entre GMS, les prix de vente HT, dans nos zones de chalandise, sont les plus bas d’Europe.
Nouvelle convocation, le jeudi 15/09, à la queue leu leu, comme à confesse. Un Directeur de Cabinet propose d’étaler les hausses. Réponse : vu la rotation des stocks (2 à 3 fois par jour dans un grand hyper, 48 heures dans un super !), c’est déjà ce qui se pratique (il est arrivé, qu’en une semaine, les prix aient augmenté de 8 cents, alors forcément, on lisse…). Leclerc, le champion des prix, ne peut-il faire un effort supplémentaire ? Re-réponse : mais on serait à vente à perte ! ! ! Et vous venez de durcir les sanctions ! ! ! Re-re-réponse : le gouvernement sera tolérant (sic !)…
Rien n’y fit. Le Ministre voulait se sortir d’un piège où l’avait porté une communication un peu trop velléitaire. Il lui fallait trouver une sortie, une « initiative », et les conseillers s’évertuaient à convaincre nos collaborateurs qu’il ne fallait pas « laisser à Total le bénéfice d’une baisse éventuelle ». Comme si ça pouvait nous gêner. Comme si le repositionnement d’un des acteurs les plus chers pouvait nous porter préjudice.
TB s’est rendu compte que même s’il était populaire, un discours anti-pétroliers trouvait très vite ses limites. Personne ne serait dupe, surtout pas les journalistes. Les taxes atteignent 60 % environ du prix des carburants. Tout le monde sait bien que la balle est dans le camp de l’Etat. Le discours public ne manque pas d’air quand il se contente de dire : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ! ».
Voilà pourquoi la table ronde n’a rien apporté au débat. Certes, TB a pu nourrir sa conférence de presse des promesses du groupe Total. Constatant que le deal entre ce groupe et le gouvernement avait été noué préalablement, les autres majors sont sortis furieux. D’autant que les GMS, qui avaient flairé le piège, n’étaient pas du rendez-vous.
J’insiste : je ne conteste pas au Ministre des Finances le droit (et le devoir) de réunir tous les pétroliers pour les mobiliser, quitte à faire pression. Mais de deux choses l’une. Ou les profits pétroliers sont dus à des dysfonctionnements, et alors il faut lancer les autorités de la concurrence sur le chantier. Ou les pétroliers ne sont pas coupables d’exactions, et alors il ne faut pas faire semblant d’attendre d’eux qu’ils remettent au pot, surtout que depuis la privatisation du groupe Total, l’Etat ne dispose d’aucun pouvoir sur le secteur (voilà qui jette un trouble sur l’idéologie du tout privatif défendu par les ultra-libéraux !).
Pour moi, toute cette histoire a permis d’occulter le débat sur la fiscalité pétrolière (curieusement, l’opposition se tait). Il ne s’agit évidemment pas de réclamer une baisse des impôts (ce serait démagogique), mais de fixer un plafond. Si le prix du baril repart à la hausse, je suis certain que l’opinion ne se satisfera pas de ces quelques promesses. L’impact sera tellement fort sur le revenu des ménages modestes et moyens, et plus généralement sur la consommation, qu’il faudra bien accepter de revoir la question.





