
A Sarajevo (2001) – Photo Jean Bibard
Jaques Lacarrière, érudit, poète, essayiste, et marcheur infatigable…a quitté les chemins de traverse. Ce grand traducteur d’Hérodote, amoureux du théâtre grec (Sophocle) côtoyait, dans ses rêves, tous les héros de la mythologie antique.
Mais cet humaniste aimait partager l’émotion de ses plus belles découvertes, ses rencontres fortuites, tout autant que l’amour du grec et la fascination qu’il avait pour « les pionniers du christianisme primitif ». De lui, j’avais particulièrement aimé « Les Hommes ivres de Dieu » (1961), un essai sur ces ermites qui, dans les premiers siècles, questionnaient la Vie depuis les déserts de pierres d’Egypte. (Il réitéra avec « Les Gnostiques » en 1973).
Si je veux lui offrir un hommage, aujourd’hui, c’est pour lui rendre la paternité de toutes ces notes et observations que je consigne sagement, tous les jours, dans des carnets ou sur ce blog… Et ce, depuis 1976, date à laquelle j’ai découvert « L’Eté grec » (Plon). Sur les traces de Nicolas Bouvier (autre pèlerin de son espèce) et avant de découvrir Chatwin, Naipaul, et tant d’autres écrivains-voyageurs, il sut initier quelques lecteurs de ma génération au bonheur d’une écriture ouverte sur le monde et curieuse des hommes de toute espèce.
Je n’ai fait sa connaissance que bien plus tard, en rejoignant l’équipe des « Etonnants voyageurs », établie chaque année sous les remparts de Saint-Malo. Discret, toujours pédagogue et surtout passionné, il savait « donner » à ses interlocuteurs. Inutile aussi de vous dire qu’il savait être digne des héritiers d’Epicure, dès qu’à table ou à la dégustation, il fallait faire honneur !
Les héros ont toujours leur talon d’Achille. Jacques Lacarrière est mort des suites d’une opération pourtant bénigne au genou et qui s’est envenimée. Il paraît qu’il a laissé un testament à son éditeur. Il y aurait consigné son souhait de voir ses cendres éparpillées au-dessus de la Grèce. N’y voyez aucune coquetterie d’écrivain. L’auteur de « Chemin faisant ou la mémoire des routes » (1974) continue, pour nous, son travail de balisage et nous invite à mettre ses pas dans les siens.
Avec joie…malgré la peine !

Avec notre ami Michel Lebris, au festival Etonnants Voyageurs (2001)





