« Tu quoque, mi fili ! » De son panthéon post-mortem, le Grand Charles n’arrête pas de tonner. Quand ils ne sont pas décédés, les barons historiques du gaullisme se retranchent derrière le mutisme des vieux retraités. Soixante-huitarde, la « jeune garde » cède aux impératifs d’une gestion à court terme, faute d’avoir su élaborer une politique sociale nécessaire au ciment national. On bouche les trous !
La participation ?
C’était l’une des plus intelligentes conquêtes sociales de l’après-68. Elle visait la création d’une communauté d’intérêts « capital-travail ». Ses concepteurs, Capitant, Wallon, rêvaient d’un « pancapitalisme ». Douce utopie, mais bonne initiative. En associant les salariés au résultat de l’entreprise, la participation créait une condition supplémentaire de motivation au travail. Placée dans les quasi fonds propres de la firme, elle en consolidait l’assise financière. Un régime fiscal favorable garantissait et protégeait l’intérêt partagé par les deux parties (salariés et entreprise).
Mais voilà que suite aux décisions du gouvernement précédent, une circulaire d’application va, ce mois-ci, permettre le déblocage exceptionnel des sommes attribuées en 2005 au titre de la participation.
On comprend bien la manœuvre. A défaut d’avoir obtenu une augmentation de revenus, les salariés sont « invités » à puiser dans leur propre réserve, leur épargne. Le tour de passe aura l’apparence d’une augmentation de pouvoir d’achat immédiate. Il permettra de mettre un peu de beurre dans les épinards. N’empêche, c’est un sacré coup de canif dans le dispositif qui prétendait inciter à l’épargne salariale… Sans compter qu’il vient, en plus, perturber le bilan de l’entreprise qui avait « jouer le jeu » de la participation.
L’intéressement ?
Presque toute la presse a titré : « Les entreprises mises à contribution ». Dans le cadre du redressement du gouffre de la sécu, le gouvernement prévoit (entre autres mesures) « l’instauration d’une cotisation patronale maladie de 7,5 % sur les sommes versées aux salariés au titre de l’intéressement » !
Tout est dans le choix des mots : « cotisation patronale » avez-vous dit ? Ouf, je croyais qu’on allait taxer les assurés, je respire… Mais qui donc est à ce point naïf pour gober une chose pareille !
1) En même temps qu’il a prévu le déblocage de la participation, le gouvernement avait prévu que « les entreprises pourront attribuer à leurs salariés une prime exceptionnelle d’intéressement avant le 31/12/05 ». (Jusqu’à 15 % de plus qu’en 2004 !). Et celles qui n’avaient pas d’accord d’intéressement étaient incitées à en négocier (pour offrir 200 euros à leurs salariés à ce titre !).
On peut discuter du dispositif, de la faiblesse des montants…mais avec le versement de ce bonus financier, on restait bien dans la philosophie gaulliste.
2) Et puis, pschitt ! Avant même la réalisation du projet, on annonce la sur-taxation des sommes versées au titre de l’intéressement. Mais c’est débile ! Vous me direz que ce sont les entreprises qui paieront. Oui, bien sûr, mais avec quel argent ? …Justement, celui qui aurait pu nourrir les primes d’intéressement !
Tout cela est digne de Gribouille. Le Grand Charles a raison de s’esbaudir. On nage dans les petites manœuvres comptables.
Du coup, vous comprenez le peu de crédit accordé à nos dirigeants quand ils prétendent développer des fonds de pension en France. Ils ne sont déjà pas capables de tenir la ligne sur la participation et l’intéressement, alors…« l’actionnariat populaire, outil et fer de lance du patriotisme salarial français »…on n’est pas prêt d’en voir le jour !





