L’âge constitue le premier facteur de discrimination sur le marché du travail. 63 % des hommes de 55 ans et plus sont au chômage. Pour la catégorie 55-59 ans, les USA en ont 14 % de moins, les Japonais 18 %. La situation est insupportable pour ces seniors (certains l’expriment fortement ici). De surcroît, leur démobilisation constitue une énorme perte de compétences pour notre économie.
Depuis dix ans, la société française tient un discours contradictoire : « Place aux jeunes » ont dit les militants des 35 heures et de la retraite obligatoire à 60 ans. Comme si le travail des uns était prédateur de celui des autres. Comme si le travail n’était pas « une richesse en soi ». Le discours patronal était paradoxalement en phase avec l’idéologie Aubry : « Les seniors coûtent trop cher ». Dans certains secteurs (informatique, technologies, marketing…), c’est dès 50 ans qu’on vous vante les mérites de la pré-retraite ! La division du travail au seul profit de la jeune génération, voilà qui aurait dû faire scandale.
Finalement, plusieurs députés s’en sont émus, à droite comme à gauche.
C’est pour remédier au licenciement des seniors qu’avait été créée la « contribution Delalande ». Elle instaurait une pénalité d’un à six mois de salaire pour l’entreprise qui licencie un salarié de 50 ans et plus. (Avec l’effet pervers qu’on imagine : le surcoût devient évidemment un frein à l’embauche des mêmes seniors !).
Le nouveau projet de CDD senior ne résoudra pas tous les problèmes. Il marque une rupture avec l’idéologie passée. Il constitue un pas intéressant puisqu’il donne un joli coup de canif dans les rigidités françaises. Même symbolique, il ouvre de réelles perspectives d’emplois (probablement plus que le « contrat de mission » proposé par le Medef).
Le CDD senior ? Un CDD (12 mois) renouvelable trois fois ou plus (durée maxi 4 ans), réservé aux plus de 55 ans (deux fois plus long qu’un CDD classique !). Outre l’embauche, le système permettra aussi d’acquérir des points supplémentaires pour accéder à une retraite à taux plein.
Bien sûr, on objectera qu’il ne s’agit que d’un CDD. C’est vrai. Dans l’absolu, c’est même assez choquant. Un CDD, passé 55 ans, ça ressemble à une signalétique d’alerte : « Au-delà de ce contrat, votre ticket n’est plus valable ! ».
Mais il faut voir dans cette mesure « un premier pas ». L’accueil des syndicats présage d’autres évolutions (comme le cumul emploi-retraite, dans une certaine proportion des revenus !).
J’étais (je reste) plus sceptique sur le CNE (Contrat Nouvelle Embauche). Non pas du point de vue des effets sur l’emploi. Mais sur la précarité créée (arbitraire des conditions d’interruption du contrat). Sur le CDD senior, je n’ai pas cette réserve. C’est une avancée sociale. Il faut continuer dans cette voie (sur le fond et sur la méthode). Vu le taux de chômage dans notre pays, je ne comprends pas qu’on puisse encore considérer comme taboue toute évolution du Code du Travail.





