
© « Le chat a encore frappé» – Ph. Geluck – Casterman 2005
Yves Bur remet le couvert. Le député UMP du Bas-Rhin tiendra colloque sur « Les méfaits du tabac », ce 2 novembre, à l’Assemblée Nationale (il en est l’un des Vice-Présidents). Il veut obtenir l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics.
Intéressante figure de la vie politique que cet Alsacien, docteur en chirurgie dentaire, qui (tout comme son homologue parisien du PS, Jean-Marie Le Guen) a fait de la politique de santé l’objectif de son combat social.
Dans son fief, il œuvre pour la communauté urbaine de Strasbourg (élu président depuis 2001). A l’AN, il préside le groupe d’étude sur le médicament et les produits de santé. C’est lui qui « rapporte », pour la commission des finances, sur le financement de la sécu ! Et c’est encore lui qui dirigeait les récents débats sur le financement de l’assurance maladie.
Après avoir lu ma note du 8/08, YB m’a adressé un courrier expliquant sa démarche. Les ventes de cigarettes reprennent depuis le mois de mai. « Si ces données confirment l’importance de l’effet prix sur les achats de tabac, elles montrent néanmoins qu’il ne faut pas limiter la lutte contre le tabagisme à une seule politique fiscale… Il me paraît nécessaire de franchir une nouvelle étape…(pour) décourager l’entrée dans le tabagisme, favoriser les politiques de sevrage et lutter contre la présence de la cigarette dans la société ».
Je ne pourrai participer au colloque auquel il m’invite. Mais j’aimerais confirmer ici mon soutien à ce combat. Moins d’ailleurs sous la forme d’une lutte (qui oppose fumeurs et non-fumeurs), mais d’une pédagogie dont je peux témoigner, en tant que chef d’entreprise, qu’elle peut être efficace.
Je rappelais, dans ma note du 8/08, que notre comité d’entreprise ne s’est pas opposé à l’interdiction de fumer dans les locaux du siège des Centres E. Leclerc. Plus généralement, les fumeurs ont toujours respecté, sans rechigner, l’interdiction de fumer dans les magasins, qu’il s’agisse d’épiceries ou d’hypermarchés.
Ce que ne supportent pas les fumeurs, c’est la mise au ban, la lutte ouverte, et tout traitement ostensiblement discriminatoire.

© « Le chat a encore frappé» – Ph. Geluck – Casterman 2005
Evidemment, YB voit large. Pour lui, s’il faut mettre des formes, l’enjeu nécessite de faire feu de tout bois.
1) Diagnostic :
Dans son courrier, YB insiste : entre 1950 et 2000, 60 millions de morts dus aux méfaits du tabac dans le monde. « Une personne meurt du tabac toutes les huit secondes ». En France, c’est 66 000 victimes par an (1 décès sur 9).
Le droit individuel des fumeurs ? YB parle de celui des non-fumeurs ! « L’agence de protection environnementale US a classé le tabagisme passif comme produit cancérigène pour l’homme au même titre que les fibres d’amiante ».
Le Bureau International du Travail (BIT), idem. « Le tabagisme passif expose les salariés non-fumeurs aux mêmes risques cancérigènes que les fumeurs ».
2) Les moyens :
Face à ce qu’il qualifie de fléau, YB rappelle que le dispositif de lutte (loi Evin de 1991, plan cancer de 2003) a porté des fruits (- 1,8 million de fumeurs en France de 1999 à 2004).
Mais comme le souligne aussi Laurent Calixte (Challenges n° 8 du 20/10/05) : « Depuis que le gouvernement s’est engagé à ne plus augmenter le prix du tabac jusqu’en 2008, les ventes repartent à la hausse ». Et attention ! La baisse des ventes « ne signifie pas forcément baisse de la consommation… Les ventes frontalières et de contrebande peuvent relativiser l’efficacité de cette mesure… Le nombre de fumeurs baisse beaucoup moins vite que celui des achats officiels de tabac »…
3) La proposition :
YB va probablement faire grincer quelques dents. En demandant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics, il confine les fumeurs dans leur espace privé, mais il les prive aussi d’espace ! ! !
Par contre, la mesure étant générale, elle prive les propriétaires de bars et de restaurants d’y voir une mesure ségrégationniste (ils ne sont pas seuls visés).
YB ne méconnaît pas le caractère convivial des bars et des restaurants. Mais il ne croit pas à une vraie cohabitation. Ou plutôt, il constate l’impossibilité matérielle de cloisonner réellement les espaces fumeurs et non fumeurs. Et encore plus d’isoler et de protéger les salariés dans les lieux commerciaux.
Il s’appuie enfin sur les exemples étrangers. L’Irlande où, comme écrit Le Parisien (24/10) « pour s’en griller une, il faut sortir dehors », sinon c’est 3 000 euros d’amende, par cigarette, pour le gérant. La Norvège où « la seule chose qu’on fume c’est le saumon » ; la Suède et l’Italie, elles, autorisent le cloisonnement (mais seules 4 % des salles sont équipées).
YB va s’appuyer sur ces expériences pour faire avancer la législation. Reste un problème. Un vrai. Qu’il ne convient pas de traiter par l’hypocrisie. Ce sont les buralistes qui mettent le doigt sur la tartufferie. « Comment voulez-vous qu’un buraliste interdise au client de fumer des cigarettes quand il prend son café au comptoir, alors même qu’il peut lui en vendre » (Le Parisien, 24/10).
Ce buraliste aurait dû dire : « …qu’il peut lui vendre un produit cancérigène fabriqué sous monopole et responsabilité d’Etat ! ! ! ». Ce n’est pas le moindre paradoxe de la politique française de santé.

© « Le chat a encore frappé» – Ph. Geluck – Casterman 2005





