Archive pour novembre 2005

Vendredi 11 novembre 2005

Sida en Chine : Pierre Haski analyse « Le sang du silence » (Grasset)

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C’est un livre-réquisitoire : Pierre Haski (correspondant de Libération à Pékin) y décrit l’exploitation commerciale du sang des pauvres, les effets de l’ignorance et du cynisme administratif, le déni de responsabilité (de la part des scientifiques comme des politiques), le refus d’assistance à des milliers de personnes atteintes du sida. C’est la vision terrifiante d’un monde plongé dans l’obscurantisme le plus total (l’idéologie communiste, son puritanisme, ses pratiques quasi-moyenâgeuses… Alors que la Chine revendique son entrée dans le camp des « Modernes ».)

Mais ce livre est aussi un pavé lancé dans la vitrine du Grand Bazar diplomatique où complaisance et intérêts économiques limitent la pression efficace des ONG et de quelques belles figures de la résistance civile.

Au début des années 1990, la Province du Hénan (90 millions d’habitants) confie à quatre sociétés commerciales un vaste programme de collecte de sang. Entre 1993 et 1996, dit P. Haski, quelques six cents stations médicalisées font des prélèvements à répétition (4 euros pour 400 cm3 de sang). Hygiène rudimentaire, mélange des produits et réinjections aux paysans de résidus du plasma collecté.

Le sida fait son apparition dès 1994. Des médecins s’inquiètent, tirent les sonnettes d’alarme. Les autorités tergiversent. Ignorantes au départ, elles se mettent vite des œillères (pas de sida en Chine. C’est une maladie de la dépravation occidentale !). La pandémie se développe…100 000, 300 000 victimes ? Personne ne sait encore.

P. Haski décrypte le silence des autorités et leurs négligences. Edifiant ! Interpellées par des médecins, les autorités nationales finissent par réclamer l’arrêt des prélèvements… Mais ceux de la Province de Hénan continuent.. !!!

Le reporter de Libé ne se contente pas d’accuser le système chinois. C’est le mérite de ce livre que de prolonger l’investigation jusqu’au comportement des Institutions internationales, et des grandes Puissances.

Alors que celles-ci avaient obtenu des Chinois un début de transparence pour lancer la lutte contre l’épidémie du SRAS, elles furent bien plus complaisantes (en tout cas, moins pressantes) dans cette affaire de sida.

C’est, nous dit P. Haski, parce que cette épidémie restait nationale. « Le SRAS, parti de Chine, avait gagné plusieurs pays étrangers dont le Canada, Singapour, le Vietnam… La tentative de mensonge sur les foyers découverts à Pékin a eu un impact important à l’étranger, et risquait d’entamer la crédibilité du gouvernement chinois, de nuire à sa capacité à attirer les investissements étrangers… Dans le cas du sida dans le Hénan, il n’y a pas d’enjeu international, et encore moins d’enjeu économique s’agissant de certains des paysans les plus pauvres du pays !! (www.arcat-santé.org).

Réquisitoire donc, mais aussi plaidoyer pour l’action.

• Hommage d’abord à ces Chinois qui, pour dénoncer le massacre, ont affronté censure, révocation et régression.

• Reconnaissance du rôle très positif des ONG, comme relais et démultiplicateur de ces forces de résistance.

Alors qu’émerge « un embryon de société civile, non seulement dans l’action contre le sida, mais (aussi) l’environnement, la justice, les expropriations immobilières, le droit des consommateurs … On n’a pas le droit de sacrifier (les victimes) » sous prétexte que le gouvernement adopte désormais une meilleure attitude ailleurs (SRAS).

…J’ai lu ce livre, hier, lors d’un aller et retour au Portugal. J’avais tout entier l’esprit encore envahi par les préoccupations de la semaine dernière (intoxication alimentaire), et alors que j’embarquais avec moi toute une doc sur la grippe aviaire. Certains pourraient dire qu’en me plongeant dans la lecture du livre d’Haski, j’étais franchement maso.

Erreur ! J’ai trouvé ce reportage édifiant, mais terriblement salutaire. Il pose clairement le problème de la sécurité sanitaire en terme politique. Il interpelle la responsabilité morale de chacun, mais montre clairement les limites d’un système qui ne dispose d’aucun contrepouvoir.

Personne ne conteste (enfin presque) l’insuffisance des seules « forces du marché » pour construire une politique de santé. Tout le monde convient de l’importance d’une législation (et de l’Etat) dans ce domaine.

Mais, il ne sert à rien de se référer à des valeurs ou à des lois si les institutions ne veulent pas ou sont incapables de les appliquer. Dans cet exemple, le devoir d’ingérence (ONG ou institutions internationales) devient capital tant pour sauver les vies chinoises (sida) que les nôtres (SRAS).

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 10 novembre 2005

Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

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Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.

Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.

Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.

Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.

1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :

a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).

La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .

b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.

2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).

L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.

Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.

3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.

Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.

4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).

Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.

Lancement prévu : février 2006.

5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).

Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».

Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).

Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.

Le dossier vient de progresser sérieusement.

Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 9 novembre 2005

Intoxication e. coli (suite)

Sur le front de l’épidémie, c’est plutôt l’accalmie. Je crois savoir que l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) publiera, ce soir, sur son site un recensement des malades dans les départements concernés. Selon nos infos, deux ou trois personnes nécessitent des soins intensifs. L’état du petit garçon très atteint ne semble pas s’améliorer.

Nos collaborateurs affinent maintenant leur dispositif pour finir de contacter les derniers clients qui ne se sont pas manifestés, malgré nos appels.

De leur côté, les banques continuent leur travail. Certaines (Crédit Agricole, BNP, La Poste, Société Générale) ont pratiquement clos leur dossier. Plus longs sont les délais de contact pour accéder aux clients ayant payé par chèque. Ca suit son cours.

A l’interne, à tous les échelons du groupe, les collaborateurs évaluent toutes les conséquences de cette crise. Il y a une foultitude d’aspects : traitement des dossiers des malades, des clients, relations avec les administrations pendant les enquêtes, appréciation de tous les aspects juridiques, etc… J’ai évidemment été très pris, ces derniers jours, par la mise en place de tous ces chantiers. Je reste particulièrement mobilisé pour « accompagner » le travail des équipes.

Je ne pourrai reprendre nos échanges quotidiens sur ce blog qu’à partir de demain. Il s’est passé beaucoup d’évènements dans notre société depuis quelques jours. Ils nous concernent aussi, entrepreneurs, salariés, consommateurs…

A demain donc.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 7 novembre 2005

Intoxication e. coli : L’épidémie ne progresse plus, mais les risques demeurent

Réunion de notre cellule de crise ce matin. Beaucoup de rapports, remontée des informations du terrain, opinion des experts, analyses…

1) Etat des lieux

a) Les patients :

Toujours, officiellement, 26 cas recensés. Un cas supplémentaire était signalé vendredi, mais apparemment pas en liaison avec cette épidémie. Un malade particulier justifie toute mon angoisse et l’impossibilité de baisser les bras : celui d’un petit enfant, toujours hospitalisé, dont l’état serait critique.

b) L’enquête :

Elle se poursuit tous azimuts.

- Chez le fournisseur :

La DSV du Maine-et-Loire poursuit ses investigations. Nous ne connaissons pas encore ses premières conclusions (normal !).

Plus personne ne semble contester que la contamination ait eu lieu le 22 août, lors de l’élaboration du lot de steaks hachés n° 234 (en fait, les n° 231 et 234 forment un même et seul lot. C’est une insuffisance d’encrage qui a fait confondre les chiffres 1 et 4). Olivier Kriegk, directeur scientifique du groupe industriel TERRENA, la coopérative propriétaire de l’usine SOVIBA, confirme : « Cette contamination accidentelle est ponctuelle et liée à l’utilisation d’un ou de quelques muscles souillés par des germes intestinaux au moment de l’éviscération de la carcasse ». Accident, erreur de contact, introduction du germe par une personne, mauvais process et manipulation ? Ces points ne sont pas encore établis.

Sur les trois lots retirés par précaution, celui qui porte le n° 206 est désormais mis hors de cause. Le client qui avait consommé un produit de ce lot avait aussi mangé un steak du lot 231-234. Finalement, c’est donc dans ce dernier lot que se sont logés les produits contaminés.

D’ailleurs, toutes les analyses à date confirment que les quantités mises sur le marché avant et après le lot 231-234 sont sains.

Les steaks hachés étant élaborés à partir des quartiers avant, la DSV cherche à contrôler aussi les utilisations du reste de la bête éventuellement contaminé.

- Dans les magasins :

La Direction des Fraudes, la gendarmerie, les Services Vétérinaires poursuivent leurs contrôles (constat du retrait effectif des produits, respect de la chaîne du froid, etc…). Bien trop tôt pour avoir des conclusions et des cetitudes. Mais, pour l’heure, je n’ai pas connaissance que des anomalies (en liaison avec l’épidémie) aient été constatées. Je touche du bois.

- Pouvoirs publics :

Les Parquets de Marmande et d’Angers (ville près de laquelle est implantée l’usine Soviba) ont ouvert une « enquête préliminaire ». Au vu du résultat, ils décideront ou non d’ouvrir une information judiciaire (engagement d’une procédure pénale).

2) Suivi du plan d’action

a) Les malades :

L’administration nous confirme qu’il ne serait pas judicieux que nos directeurs de magasin cherchent eux-mêmes à contacter leurs clients malades. Comme je l’ai déjà dit, cela engendre une part de frustration, mais cela me semble plus sain (même si ça a un côté inhumain) du point de vue de la déontologie (pas de risque de pression des partenaires économiques !).

En même temps, il nous faut éviter de nous disperser en ayant à répondre à une surenchère de demandes fantaisistes. Dans ce type de crise, on trouve toujours des gens pour qui tout est prétexte à réclamation ou à chantage…alors qu’il n’y a pas de lien avec l’épidémie (déjà vu ce week-end ! ! !).

Un bureau de traitement des demandes a été installé aujourd’hui à Toulouse. Il s’agit d’une cellule d’accueil vers laquelle les magasins guident les familles concernées et qui le souhaitent. Des experts sont chargés notamment de trouver des solutions rapides pour les clients dont l’hospitalisation a entraîné des frais immédiats. Quelques dossiers ont déjà été traités aujourd’hui. Ces solutions ne préjugent ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.

b) Les clients :

Selon les estimations de nos équipes du Sud-Ouest, presque tous les clients ont désormais été repérés. 98 % ont été informés. Restent trois difficultés :

- Une minorité d’entre eux n’étaient toujours pas rentrés dimanche soir. Message téléphonique et lettre recommandée leur ont été envoyés. Nous estimons qu’il est néanmoins nécessaire de les avoir « de vive voix » pour être assurés de la bonne réception du message d’alerte.

- Quelques difficultés encore pour les clients dont le contact est dépendant du passage obligé par les banques (paiements CB ou chèques). Une perturbation technique ce week-end pour pouvoir exploiter des fichiers. Certaines banques locales ont aussi préféré réaliser elles-mêmes les appels (le Crédit Agricole des Landes s’est particulièrement mobilisé).

- Un autre point aussi : la difficulté d’apprécier l’effectivité des destructions annoncées par les consommateurs eux-mêmes. Les ont-ils vraiment jetés ? Ont-ils tout jeté ?

Compte tenu de ces deux facteurs d’incertitude, nous décidons :

1) Le maintien, pendant plusieurs semaines, de tous les systèmes informatifs en magasins.

2) La publication, par période, d’encarts publicitaires dans la presse (répartis entre Sud-Ouest et la Dépêche du Midi). Publication réitérée autant que de besoin…

c) Communication :

Je persiste à ne pas déroger à la règle qui veut qu’au niveau national ou dans les magasins, on s’en tienne à une politique d’information des consommateurs et de rappel des produits.

Pour moi, il n’est pas l’heure de faire l’exégèse de cette crise.

Des voix amicales et des salariés trouvent que je devrais répondre à certaines attaques outrancières. Je ne crois pas que ce soit le moment. Ne nous laissons pas perturber. Ce type de crise voit toujours surgir sa cohorte de procureurs et d’exaltés. Ces méchantes langues seront encore plus virulentes si nous ne consacrons pas notre énergie aux seules fins de circonscrire l’épidémie.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 4 novembre 2005

Intoxication e. coli : informer, prévenir, rechercher les produits

Nombreuses réunions et coups de téléphone pour encourager, dans les magasins du Sud-Ouest, les équipes chargées de contacter tous les acheteurs de steaks dont les lots ont fait l’objet d’un rappel. On arrive à l’objectif. Probablement d’ici lundi ou mardi (encore des personnes en vacances ou absentes…). A Mont-de-Marsan, par exemple, il ne reste plus que 15 clients à contacter.

Les scientifiques ont revu à la hausse la durée d’incubation de la maladie (plutôt 12 à 15 jours qu’une semaine). C’est ce qui explique l’augmentation du nombre de malades malgré les retraits et les rappels effectués. Et puis, ne l’oublions pas, il s’agit de produits surgelés. Tant que des consommateurs en garderont des stocks, de nouvelles gastrites peuvent apparaître.

J’ai donc donné toute consigne pour que, dans le groupe, on se focalise sur l’information de tous les consommateurs et de ne communiquer qu’à des fins de prévention et de rappel des produits.

Les médias voudraient que nous parlions de notre organisation, nos systèmes de traçabilité, notre manière de gérer la crise. Ce n’est pas le moment.

Bien sûr, parallèlement à ces opérations, mes collaborateurs travaillent sur les suites à donner à cette épidémie : relation avec les familles des malades, établissement et engagement des responsabilités, suivi de l’épidémie avec les administrations concernées et des enquêtes menées chez l’industriel SOVIBA sur les lieux de la contamination (localisation du contact avec le germe, analyse des causes, actions correctrices…).

Je ferai un rapport d’étape lundi prochain.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 2 novembre 2005

Steak haché : Réponse à différents commentaires

J’ai choisi la transparence. Dans les médias, vis-à-vis des administrations, à l’interne…et sur ce blog. Je remercie ceux qui ont exprimé leurs encouragements. Je réponds aux critiques exprimées dans les commentaires, sachant qu’à cette heure, je n’ai pas beaucoup de temps pour étayer les arguments. Ne m’en veuillez pas.

Ma priorité, c’est de garder toute mon énergie pour mobiliser nos équipes et qu’au plus vite, tous les produits potentiellement contaminés soient retirés du marché.

Mais je ne peux, sans réagir, laisser dire n’importe quoi. Je ne suis pas simplement un patron au charbon, j’ai aussi la charge de défendre l’éthique et les pratiques de milliers de salariés. Il est aujourd’hui établi qu’aucun d’entre eux n’a commis de faute et que notre enseigne n’est pas à l’origine de cette contamination.

Ce n’est pas faire injure aux malades ni à leur famille que de défendre le personnel des centres E. Leclerc. 750 salariés s’échinent depuis 3 jours (dont 2 jours théoriquement fériés !) à organiser une opération de rappel sans précédent (par son ampleur et sa rapidité). Je leur dois de repousser quelques allégations des plus grossières. Et par l’occasion, j’apporte quelques précisions.

Sur la contamination et son origine

1) Y-a-t-il eu problème sur la chaîne du froid ?

Non, je ne comprends pas que sur ce blog, on s’obstine à focaliser sur cet aspect des choses. A aucun moment, l’administration enquêtrice n’a trouvé à redire sur notre organisation.

D’ailleurs, les chiffres cités dans les commentaires sont fantaisistes. Rapporté à la fréquence des contrôles, la grande distribution, sans être vertueuse, arrive à des performances bien supérieures à nos voisins européens, notamment de l’Europe du Sud. (J’y reviendrai).

Quant à essayer de nous convaincre qu’avant l’avènement de l’hypermarché, la chaîne du froid était mieux garantie et les contrôles mieux assurés sur les marchés publics et dans le commerce traditionnel…faudrait pas nous prendre pour des billes.

2) Y-a-t-il eu problème sur la qualité intrinsèque de la viande ?

Non, pas de viande importée, pas de viande avariée (comme il a été préalablement dit sur TF1), mais une viande française, issue d’élevages français dont les obligations de traçabilité nous permettent d’en connaître race, origine et nom de l’exploitant. Le steak haché est issu d’avants de bovins abattus, découpés et transformés dans les usines de SOVIBA. Donc pas d’approvisionnement de négoce. La qualité intrinsèque du produit n’a jamais été remise en cause.

3) Y-a-t-il eu absence de contrôle de qualité ?

Chez le fabricant, l’enquête est en cours. Je dispose d’une fiche de contrôle qui n’indiquait aucun problème. Les produits ont été livrés alors que les tests sur les lots s’étaient avérés favorables. Je rappelle que la législation n’impose pas de tels tests (détection des germes E.Coli). C’est nous qui les avons imposés au fournisseur. Pour autant qu’il n’y ait pas eu de falsification à l’usine, le fournisseur lui-même était fondé à livrer au vu des tests.

4) La société SOVIBA est-elle une filiale du groupe E. Leclerc ?

Quelle idée ! La société SOVIBA est le troisième fournisseur français de produits carnés. C’est elle-même une société coopérative, fournisseur notoire de beaucoup d’enseignes de distribution et de restauration. Notre groupe a conclu avec ce fournisseur un accord d’approvisionnement pour nourrir une partie de la gamme « Marque Repère » en steaks hachés. D’autres fournisseurs s’y emploient, et sans problème particulier : Charal, Kermené (société qui, elle, est une filiale de notre groupement d’achat).

Sur la communication

1) A propos du fournisseur

J’ai choisi, comme me le demandent d’ailleurs certains auteurs de commentaires, de ne pas polémiquer publiquement avec le fournisseur. J’ai cité SOVIBA pour informer les consommateurs, mais aussi nos salariés, sur l’origine de la contamination. Je me suis permis de le faire parce que le DG a confirmé, dimanche, à notre cellule de crise qu’à l’analyse, un échantillon témoin s’était révélé infecté. Et je n’ai communiqué qu’après en avoir informé les administrations.

Qu’on ne vienne pas me dire que je me suis « abrité » en invoquant la responsabilité du fournisseur. Si ce dernier l’avait fait de lui-même, je n’aurais pas eu à le citer…

Pour l’heure, j’ai fait suspendre les achats à cette société. J’ai conscience que l’emploi des salariés peut être sérieusement impacté. Mais comprenez qu’il nous faut savoir s’il y a eu faute ou erreur (et action correctrice) avant toute reprise. C’est un minimum.

2) Pourquoi ne pas avoir parlé des autres enseignes ?

Tout simplement parce qu’elles n’ont pas rencontré ce problème d’intoxication. Qu’il soit clair que leurs services de qualité ont procédé à des vérifications. Si je ne les ai pas citées, c’est pour qu’il n’y ait pas confusion et extension d’une psychose injustifiée à l’ensemble de la filière carnée ou au secteur des steaks hachés. Je peux vous dire qu’ils m’en bénissent (j’ai reçu les coups de téléphone amicaux de Michel Pattou, PDG d’Intermarché et de Serge Papin de Système U qui a offert de prêter les services de son organisation si nécessaire).

Sur la relation clients et l’appel à rapporter les produits

1) Les clients possesseurs de carte de fidélité ont-ils été privilégiés ?

Quel esprit tordu faut-il avoir pour aborder le problème sous cet angle !

Selon les magasins concernés, 85 à 90 % des clients ont une carte de fidélité. En souscrivant, ce sont les clients qui nous ont communiqué leurs coordonnées (ils veulent pouvoir profiter de divers avantages promotionnels et d’une relation de proximité avec leur magasin). C’est donc une chance que de pouvoir les contacter dans l’urgence.

2) Les clients sans carte de fidélité

Pour eux, nous avons demandé aux banques l’autorisation d’intervenir auprès de leurs clients, ou qu’elles le fassent elles-mêmes. Tout cela effectué dans le respect du droit des personnes.

Vous pensez bien que, dans ce contexte, pas un seul consommateur ne nous en a fait le procès.

3) Respect des obligations légales ?

Les contrats carte de fidélité ont, bien sûr, fait l’objet de toute vérification légale. Idem quant aux relations avec les banques (accord du GIE CB, destruction a posteriori des fichiers, procédure d’urgence, etc…). Vraiment, il ne faut pas être dans le feu de l’action pour prioriser la question du droit par rapport à celle de l’urgence sanitaire ! ! !

4) Contenu du message consommateur

Nos collaborateurs posent deux types de questions :

1) Existence de syndrome…avec le renvoi éventuel vers le médecin généraliste ou l’hôpital.

2) Possession ou non des stocks de lots incriminés et appel à les rapporter.

5) Les produits retournés sont-ils remboursés ?

Bien sûr, c’est la moindre des choses.

La relation avec les malades

L’état des malades (et le désarroi des parents) est une préoccupation permanente. Nous nous tenons informés via des directeurs d’hôpitaux et le personnel des administrations (santé, DASS). Mais nous n’avons pas de contact direct avec les familles des malades. Même si c’est frustrant sur le plan émotionnel, c’est finalement déontologiquement plus sain. Les malades ont des droits à faire valoir. Il serait catastrophique qu’on puisse interpréter une demande de contact comme une pression déplacée… Pas facile donc.

Je continuerai de répondre, prochainement, aux autres commentaires, notamment sur l’opposition théorique prix bas/qualité et j’argumenterai contre cette idée insensée selon laquelle la modernisation de la distribution a contribué à accroître les risques sanitaires.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 1 novembre 2005

Steaks hachés, point sur les opérations de retrait

Une journée sans nouveaux malades. Répits ou replis ? Trop tôt pour le dire…

Je souhaite sincèrement un prompt rétablissement aux enfants alités.

750 personnes de mon groupe sont mobilisées pour téléphoner à chaque acheteur de steak haché. Elles n’arrêteront que lorsqu’il n’y en aura plus dans les foyers.

Un point rapide avec mes collaborateurs de la cellule de crise.

1/ Estimation du taux d’information des consommateurs : 99%

2/ Estimation repérage des clients concernés : 95% (via les cartes de fidélité et renseignements auprès des banques.)

3/ En 48 heures, 2500 consommateurs ont contacté notre centre d’appel national. Et sur le terrain les magasins ont parlé avec 13000 acheteurs.

Si l’on tient compte du retrait des produits en magasins, des stocks déjà consommés sans problème, et ceux qui ont été rapportés, il reste encore un tiers des boites à récupérer.

4/ Au rythme actuel nous prévoyons le retrait total d’ici la fin de la semaine (retour des vacances scolaires), ou début de semaine prochaine.

5/ Une alerte européenne a été lancée. Je ne connais pas les quantités exportées par le fournisseur SOVIBA. Mais dans notre réseau c’est marginal.

24 boites en Espagne et 576 au Portugal. Depuis hier, nous avons effectué les mêmes opérations de retrait et rappel. Il n’y a pas eu de cas d’infection déclaré.

Michel-Edouard Leclerc