
© Patrick-David Alves
Même si, comme beaucoup de Français, je reste sceptique sur l’avenir de l’actuelle aérotaxe (sur les billets d’avion) votée par nos parlementaires, je ne comprends pas les sarcasmes dont fait l’objet l’initiative présidentielle.
Certes, il y a beaucoup à dire (et à critiquer) sur la méthode de prélèvement. Mais l’essai ne demande qu’à être transformé et il a le mérite de renforcer la position française dans son appel international à doter la recherche médicale d’une assise financière durable.
1) Les critiques des socioprofessionnels :
Dans la forme, les professionnels de l’aviation sont tout à fait en droit de s’indigner. Avec 7,5 milliards de dollars de pertes cumulées, les transporteurs aériens n’avaient pas besoin d’une taxe supplémentaire. Et sur le principe, il n’y avait aucune raison de les viser particulièrement, pas plus d’ailleurs qu’aucune autre catégorie socioprofessionnelle.
Mais je ne crois pas trop aux chiffres avancés par leur syndicat pour justifier de la crise annoncée (Lionel Guérin, de la Fédération nationale de l’aviation marchande, a parlé d’une perte potentielle d’un million de clients, entraînant la suppression de 3 à 4 000 emplois ! ! !).
La clientèle des compagnies low cost n’est probablement pas insensible à un léger renchérissement des tarifs (1 € supplémentaire pour un vol dans l’espace aérien, et 4 € pour un vol international)…mais tout de même, ça reste supportable. Quant aux voyages en classe affaires ou en première classe (10 € dans l’espace aérien et 40 € en dehors), ce n’est certes pas négligeable, mais tout le monde sait bien que les trois quarts de ces vols sont de nature professionnelle et financés par les entreprises. Ne soyons donc pas hypocrites !
J’admets que la question pourra se poser si le système ne fait pas tâche d’huile. Mais le Parlement a prévu d’en rediscuter les modalités (si c’est le cas) dans les deux ou trois ans qui viennent.
2) La discussion sur les moyens :
Plus fondamentale est la critique sur le statut même de cette taxe. Nous savons tous que trop de taxes tuent le « crédit » de la taxe. A refaire le coup de la vignette-auto, et alors qu’on parle encore d’imposer d’autres taxes parafiscales (spécifiques aux banlieues, à Emmaüs, à l’écologie…), on finit par brouiller les pistes et à susciter des interrogations sur les bonnes fins de tous ces prélèvements. Et l’humanitaire devient un coût comme un autre, laissant sur le tarmac toute expression volontaire de solidarité nationale.
D’ailleurs, s’il y avait une taxe à prélever sur l’aérien, ne faudrait-il pas, plutôt, le faire au titre de la préservation de l’environnement et du financement des énergies alternatives ! ! !
Oui, l’idéal eût été d’intervenir via le budget et de laisser à la parafiscalité son rôle spécifique. Mais tout le monde sait aussi ce qu’il en est des capacités budgétaires allemandes et françaises, en ces temps de vaches maigres…
3) La justification du projet :
Pour autant, on ne peut décemment accepter la critique selon laquelle l’initiative est inutile parce qu’inadéquate aux besoins.
Gilles Sengès, dans son éditorial (Les Echos, 23/11/05), fait la fine bouche en évoquant les 200 millions d’euros qui seront récoltés au titre de l’aérotaxe, « au lieu des 10 milliards initialement promis ». Mais l’argument n’a de sens que si nous restons isolés. Et personne ne prétend qu’il faille laisser les choses en l’état…
Les besoins ont été chiffrés par les participants du Sommet du Millénaire à New York. Tous (en l’occurrence les 78 membres de l’ONU signataires de la déclaration commune) estimaient que « de réels progrès étaient possibles avec de très faibles efforts pourvu qu’ils soient coordonnés et bénéficient d’un financement automatique » (JP Landau, Président du Groupe de travail sur les nouvelles contributions financières internationales).
Impossible de lutter durablement contre le SRAS, la grippe aviaire, le paludisme ou encore plus le sida, sans outil collectif, sans politique commune, et surtout…sans des moyens financiers stables, indépendants des bonnes volontés contributives dans les instances internationales.
En fait, deux facteurs conditionnent la réussite du projet :
1) La généralisation de cette contribution payée par tous les membres de l’ONU. Comme la France, ils ont signé, ils ont promis, la balle est dans leur camp. Angleterre, Chili…ils sont une dizaine à avoir annoncé la préparation de telles mesures.
Les Etats-Unis sont contre. C’est sûr, voilà une sérieuse complication. Ils n’ont pas non plus signé le protocole de Kyoto ! Faut-il abandonner aussi ce projet ? Ou au contraire persévérer. Si c’était facile, il n’y aurait pas de mérite. Il n’y aurait d’ailleurs pas de problème…
L’initiative chiraquienne permet à la France de parler plus haut, plus fort. Il est évident que si on baisse les bras dès le départ, le projet est mort-né !
2) L’argent ne suffit pas. Il faut encore déterminer le mode opératoire qui le rendra utile, bien dépensé et contrôlé ! Tout cela reste à définir. Mais personne ne peut plus contester la capacité française d’être aujourd’hui plus exigeante.
Oui, décidément, après avoir passé au tamis de l’analyse critique les différents arguments, je considère que la France n’a pas eu tort d’être pionnière dans cette affaire. Et si, incontestablement, il nous faudra par la suite revoir les modalités de la taxe, au moins n’aura-t-on pas l’excuse pitoyable de n’avoir rien fait (de n’avoir rien voulu faire !).





