Archive pour mars 2006

Vendredi 31 mars 2006

Labels équitables : rien n’est parfait…et c’est normal !

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Après les chaleurs sèches du Tamil Nadu, c’est à Koshi (Kerala), dans l’ancien comptoir portugais de Cochin, que nous retrouvons Tristan Leconte, le dynamique fondateur d’Alter Eco.

Sur les bords de l’estuaire, verre à la main, il est prolifique, insatiable pour commenter les vertus du fair trade (commerce équitable). Il y consacre toute son énergie. Les dirigeants d’une coopérative voisine en restent pantois. Ils ne comprennent manifestement pas tous les savants raisonnements que TL exprime dans un anglais très business et saccadé, mais ils savent leurs intérêts bien représentés par cet ambassadeur boulimique et sympathique de la cause des petits producteurs.

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En France, les débats sur le commerce équitable passionnent partisans ou détracteurs du projet français de normalisation. On y fustige assez facilement les grandes entreprises qui veulent développer leurs propres marques équitables (industriels ou GMS). On disserte sur ce qui pourrait vraiment être autorisé à porter le label. On en dénonce les dérives : « Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on en oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé » ; « Malongo fait aussi du non équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing » ; « La GMS vend de l’équitable, mais ses propres pratiques commerciales ne le sont pas », etc. Sous-jacente à ces propos, on sent poindre une certaine méfiance pour l’extension du label Max Havelaar à des filières qui ne seraient pas reconnues comme des « pure players ».

Idéologie contre principe d’efficacité ? Même si elles sont parfois byzantines, ces querelles ont quelques raisons d’être. Le marché se développe et attire des opportunistes. Mais pour Tristan Leconte, ces débats traduisent aussi la nostalgie de quelques idéologues, qui ont tendance à idéaliser le concept, au risque d’oublier les aspirations concrètes des producteurs du Sud. Eux ont besoin que les marchés se développent !

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Justement, aujourd’hui, TL est très en colère. Il fait très chaud, 36 ou 37 ° avec un fort taux d’humidité, et ça n’apaisera certainement pas son courroux. L’émission TV « Capital » diffusera, ce dimanche, un reportage sur le commerce équitable. TL s’est plié aux exigences de l’équipe de Guy Lagache. Il a ouvert ses comptes et celui des producteurs brésiliens vers qui il a guidé l’équipe de Capital. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’un journaliste, lors d’une halte chez la grand-mère d’un des coopérateurs, a repéré (et filmé) une piscine (un bassin de béton !). Ah, ah ! N’est-ce pas la preuve que le sur-prix payé par les consommateurs en achetant un label Max Havelaar…ne finance pas forcément des infrastructures sociales ou éducatives…

Ecoeurement de TL : 54 heures de film pour arriver à une mise en scène qui va installer tant de scepticisme ! « C’est dégueulasse pour ces producteurs. Comme si on devait remettre en cause chaque système au moindre grain de sable… ».

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Il fulmine et tente, par téléphone, d’enrayer cette dérive médiatique, décidément un peu systématique chez Capital.

TL veut en profiter pour convaincre mes collaborateurs et les journalistes qui m’accompagnent de l’intérêt d’une démarche progressive, forcément chaotique et difficile.

La démonstration, c’est à deux heures de Cochin (embouteillages compris) qu’il veut la faire. Quittant les villes, pénétrant un somptueux paysage de rizières et de forêt tropicale (arbres à caoutchouc), il nous transporte à Nadukkara. Une coopérative, N. Agro Processing Company, tente de regrouper les fermiers de 21 « panchayats » pour y produire des mangues, des bananes et surtout des ananas qu’elle vend frais ou transformés en concentré de jus.

Ici, et contrairement à de nombreuses coopératives labellisées Max Havelaar, ce ne sont manifestement pas les producteurs qui ont choisi, eux-mêmes, leur destin. C’est grâce à l’alliance de l’état du Kerala (premier gouvernement communiste de la planète à avoir été démocratiquement élu !!!), de la municipalité de Muvattupazha et d’experts de la Commission Européenne…que le projet a vu le jour.

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Ces fermiers sont très pauvres, cultivent 0,7 acre en moyenne, vivent chichement. Quelques cultures complémentaires (gousses de vanille, noix de coco), des vaches, des poulets…

Alter Eco est leur premier client « fair trade ». D’Alter Eco, ils perçoivent 54 % de revenus en plus. Soit pour la coopérative, une somme supplémentaire de 9 000 euros en 2005.

Si l’on était tatillon, les critères drastiques qui prévalent à l’obtention du fabuleux label « Max Havelaar » ne devraient pas s’appliquer encore à ce projet.

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- La coop ne commercialise que 12 % de sa production en « équitable ». Pour vivre, elle conditionne des jus de fruits de marque pour le marché indien.

- Dans l’usine (immense et qui tourne à moins de 20 % de ses capacités), les audits font apparaître bien des manquements au cahier des charges (sécurité, sanitaires, information des salariés). A Tirupur, je disais que partout étaient affichées les chartes éthiques des grandes marques. Ici, pas une pub pour le commerce équitable ! Pour le coup, on peut s’interroger sur la sincérité et le degré de l’engagement…

- Surtout, on voit bien que le projet est piloté essentiellement par un directeur technique, avec l’appui de quelques experts fournis par l’état. C’est d’ailleurs l’état qui nomme le président de la coopérative, le premier des producteurs n’étant que vice-président. Théoriquement, ce sont les producteurs qui devraient diriger cette entité. Interpellés par TL, aucun d’entre eux n’est capable de citer le chiffre d’affaires 2005, ni d’aligner le moindre chiffre sur les réinvestissements sociaux.

Oui, tout cela fait un peu « bricolo ». Mais peut-on imaginer autre scénario quand on sait le niveau de pauvreté, d’illettrisme, et d’isolement des habitants de ces zones rurales.

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Tristan Leconte n’en démord pas (et il est diablement convaincant). Le commerce équitable, ce n’est pas un intégrisme dont les règles auraient été fixées par des Occidentaux. C’est une démarche progressive qui nécessite de notre part compréhension, patience et entraide.

Le message est d’ailleurs clairement passé. Le directeur désigne un bâtiment en construction. C’est le futur centre de formation pour les agriculteurs. Il est situé de l’autre côté de la route, hors les murs de la coopérative… Une initiative très concrète, mais aussi toute symbolique puisqu’elle se veut ouverte à tous, et pas simplement aux adhérents de la coop.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 30 mars 2006

Chartes éthiques et audits sociaux : intérêt d’une démarche progressive

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Pour lever tout scepticisme, il faut multiplier les vérifications dans les usines.

Hier, nous étions encore dans la région de Tirupur. 7 000 manufactures, sur les 10 000 implantées dans l’état du Tamil Nadu, en ont fait la capitale du textile indien. Mon groupe travaille avec une trentaine de fournisseurs (chemises, jeans, maille et tissage). Des produits dont le prix va de 3 à 30 euros, qu’il est impossible aujourd’hui de fabriquer en France, ni même en Europe, dans des quantités importantes. Un cabinet d’audit, SGS (42 000 salariés dans le monde), assure, pour notre compte, des audits qualité et sociaux.

1) Il revient aux ONG d’avoir lancé l’initiative

Nike, l’un des premiers, avait fait les frais d’une campagne sévère de boycott. Le cinéaste, Michael Moore (déjà lui !), avait révélé les conditions de travail des enfants employés à la fabrication des produits de la marque. La FIFA aussi, pour la fabrication de ballons de foot.

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2) Depuis, certaines grandes multinationales de la chaussure ou du textile ont réglé une partie du problème en souscrivant des partenariats exclusifs avec des fournisseurs sous leur contrôle direct. Les autres, revendeurs, importateurs, distributeurs ou franchiseurs ont élaboré des chartes éthiques pour s’assurer de la « pipeline integrity » de leur approvisionnement. Ils ont sélectionné (plus ou moins) drastiquement des auditeurs (ITS, SGS, VERITAS…). En Europe, IKEA, MIGROS ont été des pionniers. En France, Carrefour et nous avons pris l’initiative et largement abondé le référentiel commun des fournisseurs constitué à la FCD.

3) Il y a de moins en moins d’obstacle à la mise en place de ce contrôle

Les coûts sont maîtrisables par les acheteurs (1 500 à 2 000 $ un premier audit de process). Les exportateurs ont compris que cet exercice incontournable et la conformité aux normes sociales internationales constituaient une condition sine qua non à la pénétration des marchés occidentaux.

Mais l’intérêt de ces audits résulte moins de leur nombre que du suivi accordé aux mesures correctrices.

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Mercredi, nous visitons une manufacture du groupe CLIFTON (600 employés, travail de la maille, fabrication pour Jennyfer Secret, Ethel Austin, Marks & Spencer, Littlewoods, Disney’s Lizzie McGuire…). Une usine déjà certifiée ISO 9001, Oko-Tex, SA 800, etc. Nos auditeurs lui avaient décerné beaucoup de points positifs, mais suggéraient fortement des corrections : filtration de l’eau du réfectoire, arrêt de certaines discriminations salariales, marginales mais inadmissibles, détention des fiches d’état civil des employés (ce qui permet de connaître leur âge), diminution des heures supplémentaires, etc.

a) C’est le travail des enfants qui intéressait le plus nos accompagnateurs. De l’avis de SGS, « les grandes firmes sont à peu près nickel ». Visite donc dans les ateliers. Tiens, justement, dès la première chaîne, une toute jeune salariée attire l’attention. Moi, je ne lui aurais pas donné 15-16 ans. Le chef d’atelier réagit : « 19 ans ». Scepticisme général. On va chercher la photocopie de la CNI. Rien à redire…légalement. Pas facile de trancher. Elles ont toutes l’air si jeune !

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b) Les conditions sanitaires resteraient une préoccupation majeure. SGS avait critiqué l’exiguïté du réfectoire. Et aussi la qualité de l’eau dans les dortoirs. Nous voulons vérifier… Le réfectoire a été finalement reconstruit. Le dortoir est propre et bien rangé (pas étonnant, nous étions annoncés !). Mais il est aussi équipé d’un « filtre à osmose » dernier cri. Ca, c’est une bonne réaction. Vu d’Occident, on oublie trop souvent que, rentrés chez eux, les salariés ne bénéficient pas toujours de l’eau courante ou de l’électricité.

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4) Tout ceci a des limites, c’est indéniable

De l’avis des patrons locaux eux-mêmes, les salariés qui ne travaillent pas dans des usines exportatrices n’ont pas les mêmes avantages. Pas de pression des ONG, ni des acheteurs internationaux !

Il y a aussi des risques de corruption. Payé 300 $ par mois, un auditeur indien reste « achetable ».

Et puis, il ne faut pas se laisser leurrer par les trompe-l’œil. Exemple : ces chartes éthiques, très ostentatoirement apposées sur les murs, dans les ateliers d’Eastman Exports (2 200 employés). Une usine très moderne à 90 km de Tirupur ! Ces affiches disent les recommandations et les certifications de qualité exigées par Nike, Tommy Hilfiger, H&M, GAP, Caterpillar, Metro, etc. Elles sont évidemment là pour rassurer les visiteurs plus que pour servir de guide aux salariés dans leur travail. Il suffit d’être observateur pour en tirer cette conclusion : elles sont écrites en anglais, langue que ne lisent pas les salariés, et non en tamoul comme les inscriptions sur les issues de secours ou les notices d’utilisation des extincteurs !!!

Malgré ces doutes et critiques, je considère néanmoins que les efforts sont réels. Depuis dix ans, mes collaborateurs ont visité des centaines d’usines dans le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est. Les rappels d’audit illustrent les mérites de cette méthode progressive et contestent l’intérêt du boycott. Moi-même, j’en ai visitées pas mal, et peux attester du progrès accompli. Il faut maintenir cette pression.

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Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 29 mars 2006

La scolarisation plutôt que le travail des enfants : les convictions d’une grande dame indienne

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Tirupur, état du Tamil Nadu. Je suis parti depuis deux jours en Inde du Sud. Pas facile de répondre à vos commentaires, ni de réagir aux soubresauts de la vie politique française. Avec la distance, je mesure l’importance des évènements, mais ils ne me parviennent, ici, qu’à travers la loupe déformante de BBC News et de CNN (pas de TV5, ni même de médias francophones dans cette région, malgré l’intérêt du boom économique).

Ici, la France ne pèse pas vraiment 1,7 % des investissements. La visite de G. Bush a éclipsé, dans les médias économiques, le passage de J. Chirac. Dans les salles de classe, il y a, comme en France, des cartes de la planète. L’Inde y est représentée au centre, très imposante, avec, à sa droite, la Chine, les dragons asiatiques jusqu’au Japon. A gauche, après l’obsédant Moyen-Orient, la France apparaît comme l’Alaska de nos propres cartes, une terre anonyme qui fuirait le monde vers des confins incertains.

Comme me le répétait encore récemment Monsieur Dominique Girard, ambassadeur de France à Delhi, tout est « à faire (économie, culture) si l’on veut jouer ici ne serait-ce qu’un second rôle ».

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J’y suis venu pour m’enquérir de l’avancement de projets sociaux dont nous sommes partenaires :

- La côte Est du Tamil Nadu a été salement ravagée par le tsunami. Avec « La Voix De l’Enfant » et des ONG locales, notre enseigne a co-financé des programmes de reconstruction (Cf. mes notes des 28/06 et 18/11/05).

- Dans la vaste région de Tirupur, nous sommes engagés dans un partenariat éducatif : équipement d’écoles publiques, construction d’un complexe scolaire (du cours préparatoire à la terminale).

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Hier donc, les habitants de Karur (14 000 habitants) nous ont offert une superbe fête : fleurs, discours, prêtre, plantation d’arbres, danses… Les quelques collaborateurs, journalistes et cadres d’ONG qui étaient présents, n’en revenaient pas. Mais paraît-il, c’est incontournable. C’est une tradition d’accueil. Et c’est aussi, comme le dit Madame Damodaram, « une manière de faire comprendre que toutes ces réalisations ne tombent pas du ciel ».

Andal Damodaran est une petite femme, mais c’est une grande dame. Elle a la cinquantaine naissante, elle est élégante dans son sari, le regard est franc, le sourire est assez rare, mais complice. Elle fait partie de ces Indiennes passionnées, souvent de haute caste, qui s’engagent dans l’humanitaire. Elle préside l’ICCW, l’ONG qui pilote, ici, notre projet.

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L’ICCW (Indian Council for Child Welfare) se préoccupe des problèmes de nutrition et de l’exploitation des enfants. L’association gère des centres d’appel, des résidences pour enfants abandonnés, des centres pédagogiques et sanitaires dans toute l’Inde. Sa présidente considère que la scolarisation des enfants est une priorité nationale.

Les écoles ne manquent pas. Le Tamil Nadu (62 millions d’habitants) en compte 32 000 et 6 000 collèges. Mais 90 % du budget de l’Etat sert à la construction et à l’acquisition des bâtiments, ainsi qu’au salaire des professeurs. Les équipements, eux, laissent à désirer. Souvent, il n’y a pas de tables pour écrire, pas de cahiers, encore moins d’ordinateurs (pourtant nous ne sommes ici qu’à 400 km de Bangalore, la Silicon Valley indienne !). Quelquefois, pas de sanitaires : les jeunes filles fuient, vers l’âge de 12 ans, cette précarité (les parents, en tout cas, s’en servent de prétexte pour extraire leurs enfants).

Pertes en ligne :

Si 96 % des enfants du TN sont scolarisés dès le cours préparatoire, leur nombre décroît avec la classe d’âge supérieur. En première, il n’en reste que 30 %. Démotivés (70 élèves par classe !), sans possibilité de soutien scolaire à la maison (les parents sont souvent illettrés), les élèves quittent l’école vers 12-13 ans. La plupart du temps, pour travailler chez des artisans, à la ferme, dans des petits restaurants ou dans des familles plus riches, comme domestiques.

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Les castes, une barrière ?

Pas en tant que telle, répond A. Damodaran. Les écoles publiques sont gratuites, dans la langue des états, accessibles à tous. Illustration : l’Inde a même élu un intouchable à sa tête ! C’est plutôt le niveau de revenus qui est discriminant (notamment pour les castes inférieures), car la scolarisation longue des enfants est un manque à gagner.

C’est l’argument principal des parents. Ils considèrent que l’enseignement est trop académique, pas adapté au marché de l’emploi. L’enseignement, au collège, est pour certains « un luxe » quand il faudrait, dès 14 ans, accéder à une formation utile, professionnelle…

L’action de CASI :

Pour contrer ces comportements, une dizaine d’industriels ont créé le « Corporate Alliance for Social Initiatives ». Certains sont mus par des pensées religieuses. D’autres, moins philanthropiques, considèrent qu’il est bon, pour la productivité de leur entreprise, de pouvoir accéder à une future main-d’œuvre plus qualifiée. Plusieurs sont nos fournisseurs. Nous avons accepté leur demande de partenariat à condition qu’ils se soumettent au contrôle de l’ONG.

Le programme d’action :

Outre, l’école de Karur (qui comprendra un CP, un collège, un centre de formation aux métiers du textile), l’investissement porte sur cinq autres établissements. Des écoles publiques, en zone rurale et à Tirupur (5 000 élèves au total). Il s’agit de créer de nouvelles salles de classe, de les équiper, de payer d’autres professeurs, de construire des réfectoires, des infirmeries, etc. (Quelquefois, les problèmes sont dramatiquement « terre à terre ». Dans une école de 300 élèves, les enfants ne disposant d’aucun sanitaire, doivent traverser une route dangereuse et rejoindre un champ peuplé de serpents !).

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A la fin de la (très longue) cérémonie d’inauguration, Madame Damodaran m’a pris le bras. S’exprimant dans un anglais qui abuse des « dentales », elle a insisté : « c’est bien de faire des audits sociaux dans les entreprises, ça ne peut qu’améliorer le sort des employés. Mais si l’on n’éduque pas leurs enfants, on restera longtemps dans le sous-développement ».

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 27 mars 2006

La fusion Suez-GDF et la hausse des tarifs : A qui profite le monopole ?

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Plateforme gazière off-shore © afg

L’affaire du CPE est une aubaine pour Gaz de France. C’est presque en catimini que T. Breton s’apprête à autoriser la scandaleuse augmentation du prix du gaz, sans que celle-ci n’ait réellement fait l’objet d’un débat contradictoire, sans qu’aucun argument pertinent n’ait été formulé pour en justifier l’ampleur.

La hausse va venir ponctionner le pouvoir d’achat de nombreux Français. Elle intervient dans un climat de consommation morose. (On imagine que le gaz ne fait pas partie du panier de produits dont Bercy s’obstine à limiter l’évolution de l’indice !!!).

Que Choisir et quelques députés s’en sont émus. Il faut dire qu’avec une hausse annoncée de 16 % (un test, un ballon d’essai pour mieux donner l’impression qu’on va arbitrer ?), les usagers pouvaient s’offusquer. Mais même en fragmentant et en différant des hausses de 5 à 8 %, T. Breton me donne l’impression de cautionner une belle arnaque.

1) La hausse se justifie-t-elle ?

GDF s’abrite derrière le renchérissement de ses approvisionnements et du lien contractuel entre prix du gaz et prix du pétrole. La Commission chargée de « revisiter » le mécanisme de répercussion automatique des prix a proposé un compromis assez fumeux. Mais GDF qui a déjà augmenté ses tarifs de 10 % l’année dernière, a réalisé un bénéfice « historique » de 1,7 milliard en 2005 ! Où se situe l’urgence ?

2) Qui va profiter de la hausse ?

Vous me direz : « c’est l’Etat » (donc les finances publiques) qui profitera de cette manne supplémentaire…et non les fonds de pension qui opèrent, en prédateurs, dans les coursives du CAC 40. L’Etat possède 70 % de GDF.

Sauf que…la fusion GDF-Suez va ramener la part de l’Etat aux alentours de 35 %. En permettant l’augmentation des recettes de GDF, l’Etat valorise, certes, sa part de fonds de commerce, mais il dote aussi la mariée d’un pactole prélevé dans la poche des Français. Je trouve l’opération extrêmement choquante !

3) A quoi servent les monopoles ?

Les Français n’ont pas la possibilité (comme sur le marché pétrolier) de faire jouer la concurrence. GDF (et l’Etat actionnaire) profite donc aujourd’hui de ce monopole. Mais si, demain, la rente profite à des actionnaires privés, qu’est-ce qui justifie encore ces pratiques et ce mode de détermination des prix ? Les consommateurs n’y ont rien à gagner.

Dans un billet courageux et fort bien torché. (Le Nouvel Economiste, 23/03/06), Henri de Bodinat décrit cette augmentation comme « un transfert massif de valeur, contraire à l’intérêt général de milliers d’entreprises et de millions de particuliers »…vers un monopole, « qu’au nom du patriotisme économique », on va élargir à des actionnaires privés majoritaires.

Posée en ces termes, (et non plus en des termes purement idéologiques comme on le fait au PC), la question de la privatisation « rampante » de GDF est une question qui doit intéresser tous les usagers !

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 24 mars 2006

Chikungunya : Commentaires sur un désastre sanitaire, de Corinne Lepage à…Albert Camus

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L’» Aedes albopictus» , également appelé moustique tigre, est le vecteur de transmission de cette maladie.

Des dizaines de morts. Des milliers de malades. Une épidémie qui dure depuis mars 2005. Et malgré la décrue, elle continue de frapper.

Je viens de lire le coup de colère de Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement et présidente de l’association Cap 21, dans un « forum » publié par l’hebdomadaire Marianne en début de ce mois. Elle n’y va pas de main morte. Elle fustige les autorités publiques et appelle les politiques à reconnaître leurs erreurs.

L’attaque me paraît justifiée. Les pouvoirs publics ont réagi très tardivement. Mais à leur décharge, les scientifiques n’ont pas non plus tiré le signal d’alerte. Ils étaient même très partagés sur la question puisqu’au printemps 2005, la plupart continuaient à douter des risques mortels pour l’homme.

Au-delà de cette polémique (Corinne Lepage n’est pas « neutre » sur le plan politique), il n’en reste pas moins cette réalité : l’archipel des Comores ne possède pas de système de veille sanitaire adéquat. Probablement, est-ce vrai de nombreuses autres régions, y compris en Europe. Voilà qui en dit long sur l’insouciance partagée par nombre de nos concitoyens. Corinne Lepage a raison : « le développement de l’épidémie tient à une absence totale d’application du principe de prévention (et non de précaution puisque le risque était avéré) ».

Je sais bien qu’on ne peut pas tout prévoir. On ne peut pas non plus vivre en permanence dans l’obsession d’une catastrophe, d’un tsunami, d’une épidémie, etc. Mais il faut rester lucide, ne pas faire la politique de l’autruche.

Je relisais, la semaine dernière, « La peste » d’Albert Camus. Je ne veux ni jouer les Cassandre, ni rajouter à la psychose. Mais tout homme d’action ayant une quelconque responsabilité publique devrait relire ces quelques lignes.

« Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. (…)

Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ca ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. (…)

Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions.

Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. »

Si tu veux la paix, prépare la guerre, dit l’adage. Si tu veux la santé, anticipe le fléau.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 21 mars 2006

CPE : Sortir du blocage, vite !

Vue de l’étranger, l’agitation française ne fait même plus sourire. Quelles que soient les appréciations de nos partenaires chefs d’entreprise ou de nos interlocuteurs politiques, l’affaire du CPE révèle une France si caricaturale que même les journalistes de la perfide Albion n’ont jamais osé en brosser le trait. Rendons-nous compte : il y a seulement quelques mois, nous donnions des leçons aux autres Européens pour dénoncer l’absence de projet social…et revendiquer le nôtre : le modèle social français !!! Quelle prétention !

Le courage est une vertu. On veut bien en créditer Villepin. Mais combien de capitaines courageux ont, par orgueil ou par aveuglement, précipité leur vaisseau sur des récifs. Il a voulu passer en force, sans même pouvoir compter sur des alliés. Voilà qu’il donne un os à la gauche, toutes composantes réunies. S’il retire son projet, il fait perdre son camp. Et probablement aussi toute capacité de réforme du droit social d’ici 2008. S’il s’arc-boute, encore conviendrait-il qu’on puisse sereinement amender le projet, qu’on reste sur le terrain de l’emploi et qu’on évite la surenchère politique.

Ca n’en prend pas le chemin. Forts des points déjà marqués dans l’opinion, les syndicats pourraient tout à fait accepter d’amender le CPE. Mais l’occasion est trop bonne pour prendre la revanche du CNE, remotiver les troupes, et recruter chez les jeunes ! Ils réclament, comme les étudiants, le préalable du retrait du CPE. Mais à supposer qu’ils l’obtiennent, en quoi la donne sociale aura-t-elle concrètement avancé !

Il n’y a pas de proposition alternative. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans les incontournables interviews des leaders syndicaux, politiques ou étudiants ! C’est vite fait. Que du bâclé !

La CGT parle vaseusement d’une « pré-scolarité financée par l’Etat pour les jeunes chômeurs sans qualification ». La CFDT plaide pour un « revenu d’autonomie ». Quant au PS, il n’a toujours pas tiré un trait sur la méthode Aubry. Voilà généreusement qu’il prône « une rémunération minimale garantie » pour nos jeunes, dans le cadre d’un processus d’insertion des plus flous !

Tout dans le traitement social ! Rien, malgré les contributions de DSK ou de Rocard, pour améliorer la fluidité du marché du travail ou revaloriser la politique contractuelle. Ah ! Ils peuvent tous se revendiquer du modèle danois ou de l’expérience de Tony Blair ! C’est bien pour l’image. Mais dès qu’il faut redevenir concret…coucou, les vieux démons !

Le comble, c’est l’attitude des présidents d’université.

Pétochards, incapables de faire respecter le droit dans leur propre université, voilà qu’ils s’avisent de donner des leçons !

Le CNE, comme le CPE, avait pour vocation d’œuvrer pour les jeunes non qualifiés, dont 40 % sont au chômage. Que viennent, ici, revendiquer les diplômés (Sciences Po en grève, quel luxe !) et les universitaires qui n’ont, par ailleurs, jamais manifesté la moindre solidarité à l’égard des filières d’apprentissage.

Et puis, surtout, comme le dit F.X. Pietri dans son éditorial de La Tribune, c’est quand même un comble de voir tout le haut de gamme de l’Education Nationale se joindre au mouvement de contestation, eux qui « avec l’éducation nationale tout entière, ont une large part de responsabilité dans le malaise (actuel). C’est d’abord parce que l’école, qu’elle soit primaire, secondaire ou supérieure, ne prépare pas les jeunes à leur entrée dans la vie active qu’ils butent à sa porte ».

Il serait temps qu’on arrête cette partie de poker menteur.

S’il s’agit de lutter contre le chômage, il faut savoir affronter les problèmes de manière pragmatique et sans tabou.

1) Le gouvernement ne peut pas dire être prêt au dialogue et, en même temps, se retrancher derrière la prétendue impossibilité « de remettre en cause un texte qui a été voté démocratiquement et souverainement par l’Assemblée Nationale ».

2) Le patronat doit parler franc : j’écoutais, samedi matin, sur RTL, Denis Gautier-Sauvagnac, Président de l’UIMM (MEDEF), interrogé par Jean-Michel Aphatie. Il disait en substance : « Il n’y a pas de précarité nouvelle, on ne pourra licencier à la tête du client, le droit du travail s’applique ». Mais quand le journaliste demande pourquoi alors on n’inscrit pas dans le contrat cette forme d’obligation qu’impose le droit général, DGS s’exclame : « Ah, non, ça enlèverait tout l’intérêt du CPE ! ».

J’ai beau être chef d’entreprise, militer pour la simplicité et la fluidité du droit du travail, cette réponse me choque. Elle jette le doute sur les intentions.

3) Le CPE peut être amendé. Comme l’ont dit plusieurs députés, rien n’empêche d’améliorer le dispositif. Même Monsieur Balladur propose qu’on précise les conditions de licenciement.

4) Il faut arrêter de faire du CPE un remède miracle. Il est probablement utile dans les PME ou pour faciliter l’embauche des jeunes les moins qualifiés. Mais un groupe comme le mien ne créera pas plus d’emplois avec le CPE. Denis Olivennes, PDG de la Fnac, qui répondait comme moi aux journalistes dans les stands du salon du livre, pense exactement la même chose.

Et puis le CPE ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est par pure gloriole que Villepin en a fait une mesure emblématique de la lutte contre le chômage. Foutaise. On ne fera pas, même avec le CPE, l’économie d’un traitement de choc : baisse des charges, diminution du train de vie de l’Etat et du ponctionnement de la sphère privée vers la fonction publique, remise en cause du système éducatif, etc. Et ce serait sacrément irresponsable, de la part de l’opposition, que de sacrifier l’avenir de nos jeunes à ce rapport de forces qui ne produira rien de concret. (François Hollande est-il crédible quand il demande de différer l’application du CPE à 2007 ? Alors qu’on sera en pleine période électorale ?).

Les jeunes n’ont rien à gagner au pourrissement de la situation.

Sauf à rêver (ou à rechercher) un avancement du calendrier électoral, il est urgent de sortir des tranchées dans lesquelles chacun s’est enterré.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 17 mars 2006

Pandémie, canicule : La grande distribution incontournable ? Plus que vous ne l’imaginiez !

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© Adieu, un film d’Arnaud des Pallières

L’un de mes adhérents de la région parisienne a glissé sur mon bureau, une lettre à entête d’un « service interministériel de défense et de protection civile ». Elle est signée du directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise.

J’ai d’abord cru à un gag. Imaginez votre réaction en tombant sur le paragraphe suivant : « Dans le cadre de la rédaction du Plan de Gestion des Décès Massifs, mes services recensent des entrepôts susceptibles d’accueillir des corps avant mise en bière. C’est pourquoi je vous remercie de bien vouloir m’indiquer la surface de votre entrepôt de froid positif qu’il vous serait possible de réserver à cet effet, ainsi que la température utilisée dans celui-ci. »

Nous voilà transportés dans l’univers de Blade Runner, ou mieux encore des « Immortels » d’Enki Bilal. Frisson garanti.

Je me concentre un peu, relis la lettre. Elle est bien adressée au directeur de l’un de nos 16 entrepôts régionaux.

Quoi, que lis-je, m’interpellais-je ? Nous aurait-on menti en haut lieu. La pandémie (grippe aviaire) serait-elle à nos portes, fatale, telle la Grande Faucheuse en massiv-attack?

Point du tout. L’investigation à laquelle se livre ce service interministériel répond à une tout autre préoccupation :

« Suite à la canicule de l’été 2003, un groupe de travail a été mis en place afin d’étudier l’organisation des pouvoirs publics face aux situations de décès massifs.

Un rapport édité en mars 2004, fait apparaître des solutions susceptibles d’optimiser la procédure de gestion des décès massifs. » …etc.

Oui, vous avez bien lu. Officiellement, la grande distribution serait donc, le cas échéant, requise pour stocker les dépouilles de tous les aïeuls, morts d’un mauvais coup de chaleur…abandonnés par une progéniture égoïstement installée dans le confort des CPE et du téléchargement gratuit…

Auchan, Carrefour et les autres Monop pourraient se féliciter de la reconnaissance tardive, discrète, mais ainsi officialisée de leur indispensable intermédiation. Certains de mes collaborateurs, qui ont lu Reiser et goûté aux facéties de Vuillemin (auteurs insolents d’Albin Michel), voient dans cette demande administrative l’opportunité de proposer une nouvelle diversification commerciale pour l’enseigne : plutôt que de stocker des macchabées (j’ai déjà un oncle qui officie dans les pompes funèbres, tout en parasitant l’enseigne), pourquoi ne pas transformer nos entrepôts frigorifiques en nurseries estivales du troisième âge. Surtout, que la bière, elle, est stockée tout contre… Bof !

Plus sérieusement ! Cette missive nous transporte crûment dans une réalité dramatique que les deux dernières générations de Français n’ont pas eu à connaître, et dans une hypothèse que le risque de pandémie nous oblige malheureusement à anticiper.

Mais s’il s’agit vraiment ??? d’anticiper la canicule, ne serait-il pas plus utile de faire le recensement des bâtiments qui, abritant des personnes âgées, ne sont pas dotés d’un système d’air conditionné. Et, incidemment, de prévoir qu’on leur porte, cet été, une petite bière…bien fraîche. Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 16 mars 2006

Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

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Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.

Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.

Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.

1) Les éléments de surcoût

a) Les investissements

Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.

Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.

Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.

b) Surcoûts liés à l’exploitation

Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :

- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.

- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).

- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).

c) Le coût des services supplémentaires

Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.

- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…

- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,

- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, …etc.

Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.

d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.

Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.

2) Le positionnement prix et les écarts

a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.

b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.

Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :

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Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

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c) Les prix boutiques

Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).

Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

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J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.

Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 14 mars 2006

CPE : Et l’emploi dans tout ça ?

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Hypocrisie, erreur tactique, instrumentalisation et manipulation : l’affaire du CPE tourne à la farce politique. Comment ne pas renvoyer dos à dos syndicats et politiques dans cette affaire, dont on ne voit pas comment elle pourrait favoriser dans notre pays le retour aux valeurs d’effort, de travail. Et réconcilier la jeunesse et l’entreprise.

1) Beaucoup de professionnels en conviennent. La bonne solution eût été d’unifier les contrats de travail : supprimer les CDD, généraliser le CDI, quitte à rallonger la durée de la période d’essai, mettre plus de souplesse dans les conditions de résiliation du contrat, et introduire une échelle de progressivité dans les contreparties financières en cas de licenciement.

2) Les syndicats n’ont jamais voulu de cette réforme. « On ne touche pas au droit du travail ». Malgré la centaine d’études dénonçant les rigidités du marché du travail, les mêmes syndicats n’ont que rarement fait des propositions alternatives.

3) D. de Villepin a voulu contourner la difficulté. On ne peut décemment lui reprocher la tentative. C’était même courageux. Il a donc conçu le CNE. Le packaging était présentable et socialement acceptable. Les éventuels utilisateurs (artisans et très petites entreprises) n’ont rien de repoussoirs. Et qui peut nier l’ampleur du chômage qui touche les jeunes sans qualification et les travailleurs manuels.

Le risque était d’ailleurs marginal. Croyez-vous vraiment que nos intellectuels, nos cadres, nos familles bourgeoises allaient se mobiliser contre le CNE alors que leurs enfants n’étaient pas particulièrement visés par cette réforme ?

4) Conforté par cette sorte de résignation populaire, Villepin a cru qu’il pouvait généraliser le processus en instaurant le CPE. Erreur.

..Parce que, dans ce cas, on changeait de clientèle. Tous les jeunes se sont sentis concernés. Du « sans qualification » au « diplômé d’IUT ». Du « banlieusard » qui se sent déjà méprisé, au « jeune bobo » à qui l’on a fait découvrir la notion de précarité.

De plus, la com de Matignon a créé le flou. Au lieu de mettre en avant des critères d’innovation, d’adaptation au marché et de garantir nos jeunes contre les abus d’une pratique trop paternaliste, les promoteurs du projet n’ont eu d’autre argument que d’opposer…la précarité du CPE à celle du chômage !!! « C’est ça ou rien », le CPE ou le chômage. Quel mauvais discours, effets pervers assurés. Même les titulaires actuels d’un CDI se sont sentis menacés, considérant qu’il y avait risque de substitution.

5) Mais pour qui veut s’attaquer vraiment au chômage des jeunes, rien n’était encore, ces deux dernières semaines, vraiment irréparable.

Là encore, tous les juristes confirment. Il y a, dans la jurisprudence française et dans les principes généraux du droit du travail (OIT), l’arsenal des textes qui permettaient de pallier aux critiques du CPE. Le ramener dans le giron d’un vrai CDI ; créer l’obligation de motiver le licenciement, s’appuyer sur les notions d’abus de droit pour réprimer toute tentative de discrimination ou de rupture illégale de contrat, mieux indemniser, etc…

6) Trop tard.

A la tête des jeunes, pourtant jusqu’ici relativement peu mobilisés, les avant-gardes patentées de la contestation ont pris les rênes des AG et rêvent d’en découdre.

Aubaine pour les syndicats. Hier, incapables de mobiliser massivement contre le CNE, ils se raccrochent au mouvement étudiant et réclament désormais la suppression du CPE.

Aubaine aussi pour le PS. Pour ne pas laisser à Fabius le gauchissement du discours, Ségolène fait surenchère d’opportunisme : la Présidente de la région Poitou-Charentes annonce, en toute illégalité, qu’elle n’accordera pas d’aide aux entreprises utilisant CPE ou CNE. François Hollande approuve, passant outre au vote parlementaire !!!

En face, pour avoir trop joué perso, Villepin n’arrive pas à rassembler la droite. Les ministres Borloo, Breton et Sarkozy ne veulent pas jouer les seconds couteaux.

Mais pire encore, pour avoir rameuter un MEDEF qui n’était pourtant pas demandeur, voilà le CPE affublé des seuls intérêts patronaux. Qui, dans le peuple, en voudrait encore ?

Finis donc, n’en déplaise à Villepin, les débats techniques et les raccommodages. La faute tactique est impardonnable. A l’UMP, on prie pour que le Constitutionnel casse le dispositif et offre ainsi au gouvernement une obligation de retrait qui priverait les syndicats du rapport de force.

Quel gâchis. Comment voulez-vous après ça qu’on revienne sur l’ouvrage. Qui osera, d’ici 2007 (les présidentielles), s’attaquer, d’une manière ou d’une autre, aux rigidités du marché du travail.

Piètre consolation, il restera le marché de l’intérim qui n’a curieusement jamais mobilisé la gauche contre lui, malgré ses CDD, malgré ses aléas…

Chômez, jeunesse, chômez en paix, nos futurs candidats pensent bien à vous et vous donnent rendez-vous…en 2008 ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 10 mars 2006

BD : Angoulême, un festival dans la tourmente après le licenciement de son DG

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Jean-Marc Thévenet, directeur licencié, Benoît Mouchard, directeur artistique et Georges Wolinski, Président du Festival d’Angoulême 2005

Rififi sur les bords de la Charente. Jean-Marc Thévenet, le DG, mis à pied début mars, s’est vu confirmer son licenciement mardi dernier.

Exit donc, JMT, à qui le FIBD doit (personne ne le conteste) sept belles années de stabilité, de succès et de rayonnement.

1) On lui reproche la signature d’un contrat avec le Festival d’Art Contemporain du Havre dont il deviendrait aussi DG…

Je ne veux pas intervenir sur le fond de ce dossier. De toute façon, JMT a joué trop perso. Même s’il minimise ses autres prestations, il s’est mis à dos l’équipe du FIBD. Sa propre équipe, celle qu’il avait lui-même embauchée !!! La rupture avec l’association fondatrice semble irréversible.

JMT a fait appel à Maître Pelletier (ancien ministre) qui conteste la décision… Les tribunaux trancheront.

2) Mon groupe a toujours su rester à sa place. Même si je suis membre du bureau, je me suis toujours refusé à m’immiscer dans la vie de l’association qui anime le FIBD. Pas davantage, je n’ai influé sur les choix artistiques. Tout au plus, un léger lobbying pour qu’on valorise mieux les scénaristes. Et en accord avec les autres partenaires (Caisse d’Epargne, ville d’Angoulême…), le parrainage d’un prix ou d’une exposition exclusive.

De cette manière, nous confirmons la qualité du travail effectué par l’association de bénévoles et de passionnés, hier présidée par Yves Poinot, aujourd’hui par Dominique Bréchoteau, tous deux fondateurs de la manifestation. Leur engagement personnel mérite reconnaissance et soutien. Ils ont toute mon amitié.

3) Après 15 ans de partenariat et des millions d’euros investis, c’est l’avenir du festival qui m’importe, ainsi qu’aux adhérents E. Leclerc qui relayent, sur leur site, cette manifestation consacrée à la promotion du 9ème Art.

Or, ce qui vient de se passer à Angoulême illustre le décalage entre les ambitions présentes du festival et les moyens de gestion dont il est doté.

L’affaire reprochée à JMT ne se serait jamais passée de la sorte dans une association bien organisée (contrat préalable, délégation de pouvoir, limite de mandat, validation des décisions).

4) Plutôt que de polémiquer sur le passé ou le présent, il faut savoir tourner une page et travailler sur une forme d’organisation plus professionnelle et plus responsable, sans que ne soient altérés l’esprit du festival, son originalité, sa convivialité.

J’ai écrit à D. Bréchoteau pour qu’une telle réflexion soit menée. Le maire d’Angoulême, Ph. Mottet, lui a aussi écrit dans ce sens. Je retiens de sa proposition deux objectifs partagés :

- « Une modification des statuts prenant en compte la représentation de tous les partenaires, ceux qui sont aujourd’hui au bureau, mais aussi l’Etat, la région et les éditeurs ». (Je confirme d’ailleurs le souhait de ces derniers d’y participer).

- « La création d’un Conseil de gestion…assistant le bureau dans ses choix ».

Il va falloir assurer l’intérim. La prochaine manifestation aura lieu en janvier 2007. Pas facile, tant le moral de l’équipe a pris un coup. Il faut surtout assurer la pérennité du FIBD. Avec mon groupe, je répondrai présent à toute sollicitation. Mais la réorganisation des processus de décision est un préalable, pour nous, pour tous les partenaires et pour la crédibilité de l’équipe qui va reprendre en main cette manifestation nécessaire à la promotion de la bande dessinée.

Michel-Edouard Leclerc