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Vendredi 24 mars 2006

Chikungunya : Commentaires sur un désastre sanitaire, de Corinne Lepage à…Albert Camus

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L’» Aedes albopictus» , également appelé moustique tigre, est le vecteur de transmission de cette maladie.

Des dizaines de morts. Des milliers de malades. Une épidémie qui dure depuis mars 2005. Et malgré la décrue, elle continue de frapper.

Je viens de lire le coup de colère de Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement et présidente de l’association Cap 21, dans un « forum » publié par l’hebdomadaire Marianne en début de ce mois. Elle n’y va pas de main morte. Elle fustige les autorités publiques et appelle les politiques à reconnaître leurs erreurs.

L’attaque me paraît justifiée. Les pouvoirs publics ont réagi très tardivement. Mais à leur décharge, les scientifiques n’ont pas non plus tiré le signal d’alerte. Ils étaient même très partagés sur la question puisqu’au printemps 2005, la plupart continuaient à douter des risques mortels pour l’homme.

Au-delà de cette polémique (Corinne Lepage n’est pas « neutre » sur le plan politique), il n’en reste pas moins cette réalité : l’archipel des Comores ne possède pas de système de veille sanitaire adéquat. Probablement, est-ce vrai de nombreuses autres régions, y compris en Europe. Voilà qui en dit long sur l’insouciance partagée par nombre de nos concitoyens. Corinne Lepage a raison : « le développement de l’épidémie tient à une absence totale d’application du principe de prévention (et non de précaution puisque le risque était avéré) ».

Je sais bien qu’on ne peut pas tout prévoir. On ne peut pas non plus vivre en permanence dans l’obsession d’une catastrophe, d’un tsunami, d’une épidémie, etc. Mais il faut rester lucide, ne pas faire la politique de l’autruche.

Je relisais, la semaine dernière, « La peste » d’Albert Camus. Je ne veux ni jouer les Cassandre, ni rajouter à la psychose. Mais tout homme d’action ayant une quelconque responsabilité publique devrait relire ces quelques lignes.

« Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. (…)

Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ca ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. (…)

Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions.

Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. »

Si tu veux la paix, prépare la guerre, dit l’adage. Si tu veux la santé, anticipe le fléau.

Michel-Edouard Leclerc