Archive pour le 10 avril 2006

Lundi 10 avril 2006

CPE : Qui osera se dire vainqueur…après une telle pagaille !

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Photo pleine d’humour et de sens… Azurs point net

Ouf ! L’affaire du CPE est finalement « pliée » et c’est un soulagement. Quelle énergie perdue. Quel lamentable gâchis.

Le pays s’est marginalisé ; jamais il n’est apparu aussi scotché dans son conservatisme, sa frilosité et sa dépendance à toutes les formes de corporatisme. Quand on pense que de l’affaire irakienne au référendum européen, et jusque dans le soutien à la candidature olympique de Paris, « la France universelle » s’autoproclamait porteuse du meilleur modèle social de développement : « Pschitt ! ».

Ce matin, sur toutes les ondes, s’expriment les « vainqueurs », le flamboyant Jack Lang en tête. Mais qui peut décemment prétendre avoir gagné ! Et qu’apportent au pays ces partisans de l’autocongratulation…

Le Président, le gouvernement : Ceux-là, c’est sûr, ont perdu leur autorité. Dans leur chute, ils entraînent celle de l’Etat tout entier. On peut, à la suite de F. Bayrou ou de certains constitutionnalistes (G. Carcassonne, R. Badinter), parler d’une crise des Institutions. (Je reviendrai, demain, sur ce sujet). Mais si nous venons de vivre une crise de régime, c’est moins celle de la Vème République que de la pratique chiraquienne du pouvoir. Ce « pataquès », cette poussée de « chienlit », on les doit moins à notre déficit de démocratie qu’aux dérives de nos décideurs politiques. Ils ont été franchement mauvais. Comme jamais, depuis longtemps (depuis la dernière dissolution ?).

En tout cas, Villepin y a perdu sa « superbe ». Le gouvernement va avoir du mal à reprendre la main. Les querelles d’hommes sont à leur paroxysme. Les parlementaires de l’UMP, douchés et en colère (un 49-3, une loi aux forceps…pour finir de la sorte !!!), auront, n’en doutons pas, la tentation du coup de pied de l’âne. Même les plus fidèles de la Chiraquie (à part JL Debré bien sûr) n’ont plus d’illusion sur « l’éclairage » du monarque.

Le « mouvement social » : Assurément, l’affaire a été une sorte d’aubaine pour les syndicats. A Villepin, ils peuvent dire merci. Ils ont retrouvé une unité, exprimée dans les manifestations et face au gouvernement. Même Chérèque a pu sortir de son rôle de Saint Sébastien. Mais :

1) Le quasi aval des syndicats pour les mesures qui vont remplacer le CPE…brise l’alliance salariés-étudiants. Ces derniers, encore enivrés par l’outrance de leur « ultimatum », se retrouvent seuls, étourdis et sans autre forme de projet.

2) Recentré sur ses revendications antérieures, le mouvement syndical a certes obtenu le retrait du CPE, mais n’apparaît crédité d’aucune proposition alternative et concrète.

L’opposition : Justement, il lui appartenait de relayer le mouvement social. Le PS (plus que le PC) s’est remis en selle. Le CPE a permis de « botoxer » les crevasses post-référendaires. Mais nulle part on n’a vu briller (même pas émerger) les contre-propositions, pour l’emploi, qu’on était en droit d’attendre d’elle.

Sur cette question des rigidités sociales, l’attitude du PS n’a pas permis de faire sauter les tabous. Au contraire, nous voilà revenus à l’intangibilité des critères de licenciement. On ne touche pas au Code du Travail. Tant pis si c’est un obstacle à l’emploi dans la PME. Les jeunes chômeurs attendront 2007.

Il reste à espérer que nos acteurs politiques et sociaux (professionnels inclus) aient suffisamment conscience de ce drame.

Nous sommes quelques-uns, sur ce blog, à nous revendiquer du « camp de l’action ». L’important, en effet, c’est de chercher à rebondir (« ne pas subir »). Ils sont plus nombreux qu’on le croit ces Français qui veulent qu’on réforme, qu’on innove, qu’on modernise. L’économiste, J. Marseille, dit : « Quand la France est au fond du trou, elle rebondit » (Libé, 8 et 9/04/06). Pour ma part, j’aime bien la métaphore que me rappelle souvent Edouard, mon père : « On est dans la merde ! Mais n’oublions pas qu’il faut aussi du fumier pour faire pousser les fleurs ».

Alors, ne prenons pas de pincettes, essayons de semer là-dessus…

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 10 avril 2006

Emploi : qui veut encore du CPE ?

Il faut dire les choses comme elles sont ! Les chefs d’entreprises sont pour une plus grande flexibilité dans la conclusion comme dans le dénouement des contrats de travail. Mais la majorité ne veut pas, (ou ne veut plus) du CPE. Et personnellement, je rejoins ceux qui estiment que même remanié, amendé, ripoliné, le CPE ne mérite pas qu’on le défende mordicus, ni qu’à cause de lui, on mette le feu à la démocratie.

Contrairement au CNE, dont le concept répond à une vraie exigence (levée de certains freins à l’embauche des TPE et artisans), le CPE est un produit vérolé, en tout cas trop hybride, pour être compris par les salariés, et utilisé sans risque juridique par les entreprises.

1. Il revient à Laurence Parisot d’avoir, dès les prémices de cette affaire, tiré la sonnette d’alarme. Elle a refusé l’instrumentalisation du Medef, ce qui eut été encore bien plus nuisible que les « forcing » de Villepin. Elle a obligé le politique à assumer « la méthode », préservant ainsi la capacité de renouer le dialogue social. Elle a (en quelque sorte) évité qu’on ternisse encore un peu plus l’image de l’entreprise et des patrons, si mise à mal dans l’utilisation à tout crin du mot « précarité ». (Je dis ceci d’autant plus sincèrement que je n’adhère pas au Medef !).

2. Est-ce à dire que les patrons étaient tous contre l’idée du CPE ? Certainement pas. Contrairement à ce qu’on a dit ici ou là, la mesure n’a pas été concoctée dans la seule tête des énarques. A de multiple reprises, ces dix dernières années, j’ai vu nombre de patrons, à l’image d’un Dassault, d’un Bellon, pester contre les excès du CDI, et « l’impossibilité de licencier » « sans casse » pour l’entreprise.

La demande, que dis-je, la pression sur le politique était forte. Elle était d’ailleurs légitime. Et les syndicats faisaient l’autruche : « on ne touche pas aux acquis… ».

3. Mais pour autant qu’existait cette demande de caractère général, celle-ci n’était exclusive d’aucune autres mesures, d’ailleurs jugées prioritaires (abaissement des charges, amélioration des qualifications etc.…). L’idée d’en faire une mesure spécifiquement destinée aux jeunes était d’autant plus absurde qu’en terme de coût (qualification) ou d’ancienneté, ce n’est pas cette population qui rend les licenciements les plus délicats.

4. Aussi, ce qui nous gêne tous, dans cette affaire, ce sont les vices de fabrication, les erreurs de marketing et les mauvais arguments de vente qui font du CPE un mauvais produit.

Vice de fabrication ? Tout a été dit. Période d’essai trop longue, automaticité froide du licenciement…

Erreur de marketing ? A qui est destiné le CPE. Aux « jeunes des banlieues sous-qualifiés », « aux jeunes tout court » ? Autant la cible du CNE est claire, autant celle du CPE ne l’est pas. Pas étonnant que les diplômés se soient sentis visés.

Les arguments de vente ? Surfant en catastrophe sur les réactions populaires, les membres du gouvernement ont joué une partition tellement cacophonique qu’on s’est cru dans une partie de poker menteur :

Ex :

a) « Vous les gosses de riches, n’êtes pas concernés, pensez aux

jeunes défavorisés »

b) « Mais vous les diplômés, concevez quand même que le CPE c’est

mieux pour vous qu’un CDD ou qu’un de ces stages dont vous

dénoncez les abus. Etc…

5. Dans ce contexte, je ne m’étonne pas des résultats de l’enquête CEGOS, (La Lettre de l’Expansion du 3/04/06). Une majorité de patrons hésiterait à recourir au CPE, et 44% y renonceraient à coup sûr.

6. Le politique a fait semblant de ne pas entendre cette résistance patronale. Thierry Breton a cru devoir tancer les indélicats. L’Union des Patrons Artisans (UPA), a peur qu’on revienne sur le CNE… Mais finalement, à la suite de Laurence Parisot, le représentant le plus musclé du patronat, Denis

Gautier-Sauvagnac (UIMM) convient que le bâton est désormais merdeux.

7. Je l’ai dit ici. Les 500 chefs d’entreprise qui composent le mouvement Leclerc n’étaient pas demandeurs du CPE. (Les magasins du groupe emploient 85 000 salariés dont 91% en CDI). Nous sommes d’accord avec Laurence Parisot pour qu’on réfléchisse, dans la refonte du droit du travail, « aux motifs de rupture, à la période d’essai et plus généralement à la séparabilité de l’entreprise et de l’employé ».

Mais surtout, nous souhaitons qu’on s’attaque à tous les obstacles structurels qui freinent l’embauche, (revalorisation du travail manuel, filière courte de qualification, rapprochement école entreprise …etc.).

Encore faut-il qu’on sorte du bourbier actuel. S’obstiner dans l’erreur du CPE, c’est se priver de toute possibilité de réforme avant longtemps dans ce pays.

Michel-Edouard Leclerc