Archive pour mai 2006

Mercredi 31 mai 2006

Pas de plan B pour l’Europe : Après l’échec du « oui », l’absence d’alternative noniste conforte l’impuissance collective !

Comme beaucoup, j’ai lu dans Le Monde (23 mai) l’appel de Laurent Fabius pour un sursaut européen. L’initiative serait désopilante si elle n’engageait que son auteur, tristement prisonnier de sa posture. (En d’autres temps, Laurent Fabius fut l’un des plus chauds pédagogues du passage à l’euro et du modèle économique qu’il engendre !!!). Mais force est de reconnaître qu’il y a urgence …ne serait-ce que pour permettre à la nouvelle génération de Français et d’Européens d’élaborer un projet fédérateur.

Depuis la deuxième guerre mondiale, deux générations d’hommes et de femmes ont construit sur la cendre ce formidable espace de liberté. Ce week-end, j’entendais les réflexions d’ados qui, préparant des concours, regardaient des cassettes vidéo relatant cette riche période. C’est fou ce qu’on oublie vite. Notamment tout cet apport positif, vite banalisé et effacé par la face plus sombre des échecs.

Tout de même, quelles belles avancées : la paix entre des peuples qui avaient de bonnes raisons d’appeler à la revanche ; la croissance avec des réalisations économiques symboliques fortes, parmi lesquelles Airbus, Ariane… Cinquante ans de progrès quasi ininterrompu du pouvoir d’achat, même si, depuis les années 90, les écarts se creusent. Et aussi le formidable développement des régions les plus pauvres de l’Europe (on a oublié, et pourtant ce n’est pas si vieux, les bidonvilles de Naples ou de Madrid, la pauvreté rurale en Grèce, au Portugal, en Irlande…). Je ne parle même pas de la présence diplomatique du Vieux Continent, si présent jusque dans les années 90, dans l’organisation des affaires de la planète.

L’ancien système s’est essoufflé dans la dernière décennie. Il fallait recomposer. Le programme était indigeste. Les élites dans le camp du « oui » étaient trop fatiguées pour en faire la pédagogie. Le « non » au référendum a brisé, qu’on le veuille ou non, les derniers élans de cette aventure.

Inutile de chercher à culpabiliser, pas plus qu’il ne faut se complaire dans l’auto-flagellation ou le catastrophisme. En religion comme en politique, le dolorisme n’est qu’une forme d’égocentrisme, une excuse pour l’inaction.

L’après-référendum exigeait qu’on se remette à l’ouvrage. Un an après, c’est toujours la panne. Du côté des institutions, il n’y a décidément pas de plan B. C’était donc un mensonge ! Et du côté français ? Pas plus de ouiistes que de nonistes n’ont vraiment relancé de projets.

Résultats ? La négo avec la Turquie continue (pourquoi pas, mais était-ce ce que prédisaient les jusqu’au-boutistes du non ?). L’UE s’élargit, la commission met des barrières, mais les centres de décision se diluent. Les chemins que prennent les Polonais, tant du point de vue de la politique étrangère, militaire, qu’intérieure, ne laissent pas augurer que l’Europe puisse parler d’une seule voix avant longtemps.

L’Europe économique, technologique continue certes d’avancer. Mais sans panache, et son développement est encore plus qu’avant très dépendant des forces du marché.

Puisque nous sommes désormais rentrés dans la campagne présidentielle, espérons qu’on sorte de nos basses querelles internes et qu’on parle de l’avenir de nos enfants.

Oui, qu’on nous parle d’Europe ! Qu’on ne dise pas que l’Europe ne peut pas faire rêver. Ca nous changera de toute façon du pitoyable feuilleton Clearstream, une mauvaise « série B » !

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 24 mai 2006

« quiestlemoinscher.com » : ça jase dans le métier…non sans contradiction !

img_blog_240506_quiestlemoi.jpg

Je répondrai, en début de semaine prochaine, à toutes les critiques et suggestions qui ont été émises concernant le site « quiestlemoinscher.com ». Une telle initiative ne peut que susciter débat, voire polémique. Je n’en attendais pas moins.

Mais avant de me mettre au vert pour ce pont de l’Ascension (j’aurai l’œil et le bon rivé sur notre blog), je voudrais, avec un brin d’humour, interpeller deux de mes interlocuteurs.

Normal que des concurrents disent leur irritation et cherchent la parade ! J’en aurais fait autant et ne sous-estime pas leur capacité à réagir !

Si les dirigeants d’Intermarché ont plutôt pris la chose avec fair-play, les commentaires ont été plus acerbes du côté des enseignes Carrefour et Champion. Je ne doute pas que, sur le terrain, leur réaction sera terrible ! Mais l’argument émis par Monsieur Yraeta, Directeur France, aurait pu être plus pertinent. Comme nous l’a fait remarquer l’un des internautes (camille, 23/05/06), comment peut-on se référer à l’indice « Linéaires » qui compare 149 articles pour affirmer être le moins cher…et reprocher à E. Leclerc de ne relever que…3 500 articles.

Je n’ai jamais prétendu que notre indice correspondait exactement au « panier de la ménagère ». Il n’existe aucun observatoire actuellement capable de fournir ces données comparées. Pour l’heure, notre comparateur est bien celui qui, sur le marché, s’en approche le plus. Et toujours est-il qu’il est bien plus représentatif que les indices partiels (Que Choisir, Linéaires) qui ont servi de supports aux affirmations des enseignes.

J’en profite aussi pour retourner le compliment à la rédaction du mensuel « Linéaires ». Dans sa lettre lineaires.com (23/05/2006), Benoît Merlaud définit «quiestlemoinscher.com » comme un site plein de partis pris !

Parmi les critiques que j’y relève, il y a des choses justes. Il nous faudra y répondre. Mais quand même, il ne faudrait pas prendre les enfants de Landerneau pour des canards sauvages.

- Je veux bien qu’on discute de la pondération du « panier » retenu dans l’indice (j’ai fourni dans mes notes précédentes des classements sur les marques nationales ou sur l’exhaustif qui nous placent toujours en tête).

Mais si notre comparateur souffre de possibles améliorations, qu’on me permette de rappeler qu’il constitue un progrès significatif par rapport à l’indice Linéaires qui ne fait référence à aucune méthodologie : ni du point de vue de la représentativité, ni de la pondération, ni de la fréquence (une fois par an !). C’était une bonne initiative, d’ailleurs stimulante…mais tout de même, reconnaissez-le, amis de Linéaires, sans « aucune comparaison » avec la représentativité de notre outil, fût-il améliorable !!!

- J’imagine que Que Choisir, comme Linéaires, aura à cœur de vouloir « démonter » la méthodologie de « quiestlemoinscher.com ». Même remarque. L’indice Que Choisir est utile, il nous booste, même s’il nous donne des boutons parfois. Mais s’il vous plaît, évitons la défense des prés carrés.

J’aimerais insister sur ce point capital : si l’on persiste à opposer des indices partiels à la volonté d’effectuer des comparaisons plus exhaustives, et si l’on continue de faire croire à la pertinence d’un relevé de 150 articles, savez-vous ce qu’il adviendra ? Il suffira aux enseignes de « massacrer » un nombre très limité de prix pour rendre plus jolie la « photo » des performances maison. Et ceux qui dénonçaient les pratiques de « l’îlot de pertes dans l’océan de profits » prendraient alors la responsabilité de produire ce même effet déjà trop souvent attribué à la grande distribution !!!!

A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 23 mai 2006

Face au cancer des adolescents, une démarche inédite

Si la querelle des prix est mon quotidien, ma vie professionnelle est aussi l’occasion de rencontres étonnantes et d’émotions fortes ! C’est ainsi que je me suis trouvé engagé, aux côtés de plusieurs de nos adhérents, dans une démarche initiée par La Ligue contre le Cancer pour aider les adolescents à « mieux gérer la maladie ».

C’était la semaine dernière, à l’Ecole des Arts et Métiers. Un chercheur, le Professeur Franck Chauvin, présentait une étude sur le retentissement psychosocial du cancer sur les jeunes gens. J’y assistais aux côtés du Professeur Henri Pujol, un super grand bonhomme tant par son expertise médicale que par son humanisme. Et une dizaine de jeunes, rescapés du cancer.

Même si mon groupe finance, depuis trois ans, ce programme, c’était pour moi une découverte.

Ils sont 7 millions en France, âgés de 15 à 24 ans. Chaque année, 1 700 d’entre eux sont touchés par un cancer, la troisième cause de mortalité des adolescents. Pourtant, le système français de santé ne les reconnaît pas comme une « classe d’âge » spécifique.

Conséquence directe et souvent dramatique : leur prise en charge thérapeutique et psychologique correspond mal à leurs besoins et leurs attentes.

Considérés comme des adultes à partir de 15 ans et 3 mois (sic), les adolescents sont orientés :

- soit vers des services pédiatriques, avec des enfants tout jeunes, loin de leur univers de préoccupation,

- soit vers les services adultes dont la moyenne d’âge est supérieure à…50 ans.

On n’imagine pas les conséquences cliniques et psychologiques de ce type de cohabitation. Période de rébellion, d’émancipation, de construction de soi, l’adolescence représente justement une phase cruciale de transition entre l’enfance et l’âge adulte pas toujours facile à aborder. La survenance de la maladie y ajoute son cortège de difficultés et de risques qu’il faut pourtant apprendre à gérer dans la durée.

Jugez-en : de la place dans la famille à l’insertion socioprofessionnelle, en passant par les relations avec les frères et sœurs et les problèmes d’orientation scolaire, l’adolescent doit affronter un parcours qui lui est propre, évidemment distinctif de celui des tout jeunes enfants ou des adultes avec lesquels on le fait cohabiter.

J’ai ressenti tout le drame de l’un de ces garçons, aujourd’hui jovial, rayonnant, survivant de la maladie. Il en parle avec simplicité, parce que, justement, il veut être compris pour que ça change ! C’est à 16 ans, qu’un jour de printemps, la nouvelle lui est tombée dessus. Direct hôpital, chimio en vue. Et parce qu’il faut faire vite, sans autre précaution, le voilà bombardé de l’univers douillet de l’enfance dans un épineux problème d’adulte. S’il veut plus tard avoir des enfants, il faut préserver sa semence des effets indirects de son traitement clinique. Il n’a jamais connu l’amour physique. Le voilà prélevé sans avoir connu l’émoi. Voilà qu’il doit s’imaginer futur père, alors qu’il ne sait pas encore ses chances de survie ! Imaginez à quelle vitesse il a, le temps de cette opération, vieilli dans sa tête.

Avec d’autres jeunes, il s’est engagé dans une association « Jeunes Solidarité Cancer » et veut nous associer, mes adhérents et moi, dans un programme expérimental pour que les adolescents atteints d’un cancer puissent trouver bien sûr les réponses sanitaires, mais aussi l’accompagnement humain que nécessite leur âge. Le besoin, par exemple, d’être entre eux, au sein d’une même classe d’âge, avec une assistance psychologique adaptée. Un cadre aussi qui permette d’introduire un peu plus de sérénité dans une relation triangulaire forcément difficile entre équipe soignante, famille et adolescent malade.

Les exemples existent, notamment en Grande Bretagne. En France, certains hôpitaux ont pratiqué des regroupements, ce qui a permis aux adolescents de se retrouver, de parler ensemble de leurs problèmes.

Ce que souhaite aujourd’hui La Ligue et cette association « Jeunes Solidarité Cancer », c’est la multiplication de ces expériences. Evidemment, j’étais là parce que j’étais sollicité. Inutile de vous dire que parallèlement à ce programme de dépenses, je me suis sacrément « enrichi » en écoutant de tels témoignages.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 22 mai 2006

Prix dans la grande distribution : à quoi sert le comparateur « quiestlemoinscher.com » ?

img_blog_220506_dalton_01.jpg

Les fidèles de ce blog, pros, journalistes ou internautes passionnés par les questions de consommation, auront donc bénéficié d’une sorte de teasing. Depuis plus d’un mois, je testais mes arguments, j’écoutais, vous écoutais. Et la semaine dernière, alors que mes collaborateurs m’assuraient être prêts, je décidais le lancement du premier site d’évaluation comparée des performances prix des enseignes françaises (univers GSA). Avec la ferme volonté de l’étoffer progressivement et d’en faire une référence durable.

1) Pourquoi un site d’évaluation des performances comparées des GSA ?

Dans tous les secteurs de la consommation, hors l’univers PGC, la concurrence s’effectue principalement sur les prix. Dans l’automobile, le transport, la location de voitures, les voyages, l’hôtellerie, le principe de formulation de l’offre est clair : une prestation, un prix ! Des rabais ? Oui, mais clairement en déduction d’un prix de référence facilement lisible et comparable. Tel n’est pas le cas de la surenchère à laquelle se livrent depuis plusieurs années les chaînes d’hypermarchés.

a) Dans l’univers PGC, la loi Galland a opacifié, depuis 5 ans, cette lecture directe du prix. A l’exception des pratiques dans l’univers HD, ou même des MDD, la concurrence inter enseignes s’est focalisée sur les promos, les bons d’achat, les gratuits. Normal ! La loi Galland empêchait chaque distributeur de se différencier substantiellement par les prix. C’était d’ailleurs là l’objectif plus ou moins avoué des industriels quand ils plaidaient le maintien du système : aligner tout le monde sur un prix de marché !

Dès lors, le consommateur a perdu ses repères : « Sur le fond de rayon, les hypers se ressemblent tous !».

Dans cette configuration, tout le marketing d’enseigne s’est focalisé sur l’activité promotionnelle. En partie, à notre initiative d’ailleurs avec l’invention du ticket E. Leclerc. Mais pour autant que ces formules de bons d’achat permettaient de « restituer » une partie de la marge arrière, le consommateur ne pouvait y trouver son compte qu’en zappant entre les catalogues.

b) La réforme Jacob/Dutreil va, dès ce printemps (les négos sont finies) permettre un regain d’offensive et différencier les prix. Encore plus l’année prochaine (progressivité de la déductibilité des marges arrière). Illusion, naïveté ? Non, avant la loi Galland, les écarts étaient bien supérieurs. Aucune raison que mes adhérents, passée une phase d’adaptation, ne puissent reprendre l’offensive.

2) Comment apprécier et mesurer les écarts de performance ?

Deux types d’indices sont actuellement sur le marché.

a) Des indices partiels. Celui de Que Choisir ou de certains journaux. (Cf. mes deux notes précédentes). Quel que soit leur intérêt, ils recouvrent trop peu d’articles pour être significatifs. Les professionnels ne peuvent s’appuyer sur ces publications (Que Choisir l’interdit) pour s’y référer dans leur communication. Leur impact jette le trouble plus qu’il n’informe.

b) Des indices professionnels. Ils sont confectionnés par des panélistes (Iri-Secodip, Panel International, GFK, etc.). Les consommateurs ne les connaissent pas. Ils portent sur 1 500 à 15 000 articles relevés. Personne ne conteste le sérieux de ces sociétés, ni leur méthodologie. C’est dans ce vivier que nous avons décidé de puiser pour comparer les performances de nos adhérents par rapport à leurs concurrents : un gisement de 200 000 produits relevés dans 2 013 magasins, soit un peu plus de 28 millions d’observations à chaque vague de relevé (pour le moment trimestrielle).

3) Quels critères de comparaison ?

C’est la question-clé. Celle qui établit la crédibilité de la démarche. Je synthétise :

a) Les produits relevés : A l’issue de la confrontation de toutes les détentions dans 17 enseignes, il ressort environ 3 500 articles comparables. Dans ce panier, on trouve la plupart des grandes marques nationales et internationales, des MDD et des 1ers Prix. Il est relativement représentatif des achats effectués par les consommateurs dans les hypers. Je dis « environ 3 500 articles » car les comparaisons s’effectuant par paire (Leclerc vs Inter, Leclerc vs Auchan, etc.), il peut s’avérer que seulement 3 300 ou au contraire jusqu’à 3 600 articles soient détenus en commun. Observation variable donc, mais significative et, en tout cas, nettement plus que les indices se contentant de relever 100 ou 150 articles !

b) Les sites : Nous ne sommes pas des tiers observateurs au milieu de la concurrence que se livrent les enseignes. Ce rôle, c’est celui des pouvoirs publics, des organisations de consommateurs ou des médias. Pour ma part et pour mes adhérents, il s’agit de « matcher » nos concurrents. Ce comparateur a d’abord pour but d’étalonner nos performances.

Evidemment, là où il n’y a pas de Leclerc, on ne dispose pas des moyens de comparaison de prix. Mais le maillage du réseau E. Leclerc permet de couvrir une bonne partie du territoire national. Le site établit donc une comparaison Leclerc vs ses concurrents au niveau national, au niveau régional et dans nos zones de chalandise. Ces zones ont été définies sur la base de la proximité (le premier critère de fréquentation d’un magasin), dans le respect de règles de calcul de zones isochrones (implantations accessibles en temps équivalent de transport).

c) Les scores : Ils sont exprimés en pourcentage d’écart par rapport à E. Leclerc : en plus ou en moins.

4) Quelques premiers commentaires

Le site est donc accessible depuis ce lundi 7h00.

a) Ce n’est pas un listing de prix : Impossible de mettre en ligne tous ces millions de relevés effectués par plus de 200 personnes. Il suffirait qu’un concurrent (ou un Leclerc) fasse varier un prix quelques minutes après publication, pour que l’info nécessite une actualisation…techniquement impossible à date. Le système est lourd, nous allons l’améliorer. En attendant, nous avons choisi d’exprimer des « écarts de panier » en pourcentage.

b) La « photo » présente un classement. Pas de volonté de dénigrement. D’ailleurs dans certaines villes (peu, heureusement), des centres E. Leclerc ne sont pas forcément leaders. Et même si, en général, ils le sont, il peut y avoir de faibles écarts avec les seconds. Il faut donc y regarder de près.

Et puis, cette publication entraînera des variations de prix dans toutes les enseignes. C’est donc bien dans la durée qu’il faudra apprécier les performances.

c) J’insiste aussi. Le relevé ne prend pas en compte l’activité promotionnelle (les prix sont relevés en rayon). Difficile, vu l’abondance, la fréquence et le caractère parfois éphémère des remises, rabais, bons d’achat différés, tickets…d’en tenir compte sur un site national. Il convient donc de prendre toutes les informations du comparateur pour ce qu’elles sont : une photo de la performance prix qui doit être complétée sur le plan local par l’appréciation des offres promotionnelles du moment. L’observation vaut pour les Leclerc comme pour les concurrents.

5) Evolution

Ce site, nous allons le faire vivre. Il va falloir tenir compte des critiques, des remarques. Inutile de vous dire que ça fuse de tous les côtés. Je m’engage à le rendre encore plus transparent, plus lisible, et d’y intégrer toutes les suggestions techniques que nous pourrions appréhender. C’est un investissement lourd, mais nous le voulons évolutif et durable.

J’entends le discours : « Leclerc fait sa pub ». Absolument ! J’assume. Je nous savais moins chers. Je veux le prouver. Si d’autres contestent, qu’ils attaquent, qu’ils étayent leurs arguments, qu’ils produisent leurs preuves.

Qu’ils baissent leurs prix aussi ! Cette obligation que nous nous sommes donnés « en interne » doit permettre de raviver la concurrence sur les prix. C’est évidemment mon objectif. S’il suscite d’autres initiatives, tant mieux !

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 16 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : la question des indices

Je poursuis ma réflexion sur la performance affichée des enseignes en matière de prix. Je continue de plaider pour des comparaisons qui portent sur des paniers d’achat réalistes, suffisamment exhaustifs, représentatifs de la consommation des ménages, et non pas pour des indices limités à quelques articles.

Sous ma note du 10 mai, « Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ? », j’ai répondu à Erosoft , sur l’impossibilité d’afficher nominativement chaque enseigne dans le classement effectué par le Panel de Gestion.

Je réponds maintenant à Clément. Ce dernier laisse entendre qu’au fond, ce qui compte ce n’est peut-être pas la performance totale d’une enseigne, mais sa capacité à être moins chère sur « le cœur » de ce qui constitue nos achats quotidiens.

img_blog_160506_tab01.jpg

La société Panel de Gestion à laquelle je faisais référence dans ma note précédente, publie effectivement un indicateur intermédiaire entre ce qu’on peut appeler une liste de « prix d’appel » (100 à 500 articles) et la liste de tous les articles comparables (jusqu’à 15 000 articles). C’est le tableau que j’ai affiché ci-dessus. Panel International classe les enseignes selon leur performance prix sur un groupe d’articles dits « majeurs » (1 500 articles de grande marque principalement).

Cet indice a l’avantage d’être plus « compact » et en apparence plus proche des préoccupations consommateurs. Il n’en reste pas moins insatisfaisant. Il ne reflète pas, même s’il s’en approche, le panier des achats mensuels des foyers français. Par exemple : il n’intègre pas les marques de distributeurs, ni les premiers prix. Je travaille d’ailleurs à la confection d’un indicateur encore plus représentatif. Wait and see…

Mais voyons donc ce qu’il a dans le ventre cet indice majeur du Panel.

On peut constater que notre enseigne est toujours en tête, même si les écarts sont très resserrés entre les quatre premières enseignes. Cela n’a rien d’étonnant puisque les produits de cette liste sont parmi les plus « bagarrés » et souvent vendus en limite légale de seuil de revente à perte.

Ce premier relevé portait sur 3 400 magasins (17 enseignes) en ce début d’année 2006. Panel vient de nous faire parvenir sa dernière enquête du mois d’avril. Je vous livre les résultats. Notre enseigne est toujours première et recommence à creuser l’écart.

Explication : Au premier trimestre, alors que nos concurrents essayaient (avec un certain succès) de reprendre des parts de marché, nos adhérents étaient doublement pénalisés :

- D’abord, j’avais fait passer des consignes très légalistes. Non par souci de moralité. Mais tout simplement parce que notre enseigne était suffisamment dans le collimateur d’une administration omniprésente pour qu’on prenne des risques excessifs en matière pénale.

- Et le risque était d’autant plus grand que nous avions pris le parti de prendre notre temps pour conclure les négociations commerciales annuelles. Nos adhérents ne disposaient pas d’une connaissance complète des conditions d’achat, ni du seuil de revente à perte.

Fin mars, c’était chose faite.

img_blog_160506_tab_02.jpg

L’enseigne est maintenant sur les rails. Les adhérents disposent des armes pour se battre. Il faudra probablement attendre encore quelques semaines pour que la perception de la performance recrée un trafic supplémentaire. Mais avec une bonne campagne de publicité (prix bas + ticket), « ça devrait le faire » !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 11 mai 2006

Commerce Equitable en grande distribution : qui conteste ?

img_blog_110506_producteur.jpg

Saviez-vous qu’il existe dans le domaine social et environnemental des censeurs autoproclamés qui s’érigent ainsi en gardiens du Temple. Des gens qui, sans garantie de compétence, sans agrément préalable, sans autre argument ni justification que leur propre affirmation, notent, critiquent et vont jusqu’à dénigrer des entreprises… selon qu’elles acceptent ou non de les prendre pour interlocuteur ou prestataire. Une forme de chantage auquel se livre depuis plusieurs années un collectif « l’éthique sur l’étiquette » à l’égard de notre enseigne. Je ne me doutais pas à quel point certains de ses représentants pouvaient sans vergogne vouloir à tout prix chercher la polémique ou le discrédit.

Vendredi soir, un coup de téléphone de l’AFP. La journaliste, profitant de l’événement (la quinzaine du commerce équitable) m’interroge sur la performance des Leclerc et de l’intérêt de ce nouveau marché. Elle demande mon avis sur la norme française mise en place par Renaud Dutreil et sur la crédibilité du label Max Havelaar. Et tout d’un coup cette question : « comment assumez-vous la contradiction entre les valeurs de la grande distribution et la vente des produits équitables ? ».

Je reste un moment interloqué. J’essaie de rentrer dans la problématique, comprends que la journaliste relaye là une accusation ou un débat lancé par une des associations opérant dans cette filière. Je tente d’argumenter.

1/ La critique et les contre arguments

° Dans tous les pays occidentaux, les produits du commerce équitable sont en GD sans susciter ce genre de polémique typiquement française ;

° Dans les pays nordiques, mais en Suisse surtout (cf. ma note du 12 janvier 2006) c’est la Migros ou les Coop (dont les philosophies sont proches de la nôtre) qui ont introduit cette forme de commerce;

° En France justement, le marché restait trop marginal et confidentiel, faute d’être présent dans les linéaires des hypers.

° De toute façon, ce sont les producteurs qui nous ont interpellés ou sont venus nous chercher.

Je sais, pour avoir dialogué avec des représentants de ces associations, qu’Artisans du Monde ou Azimuts Artisans du Népal défendent une forme de « distribution sélective ».

Pour eux, qui incarnent l’esprit pionnier, mais aussi une forme de pureté idéologique, c’est toute la chaîne qui doit être équitable (du producteur au distributeur !). Mais l’argument philosophique ne serait pertinent que si les producteurs eux-mêmes l’appliquaient ou défendaient ce point de vue.

° Or, dans beaucoup de coopératives du Sud, même labellisées Max Havelaar, seul un certain pourcentage de la production peut encore être commercialisé sous ce label. Nombre de petits producteurs de bananes, d’ananas, de goyaves, mais aussi de coton…. « crèveraient » s’ils ne devaient commercialiser que des produits équitables. Il faut bien être pragmatique. Comme le souligne Victor Ferrera (Max Havelaar) la labellisation cautionne une démarche forcément progressive. Elle doit justement permettre la « montée en puissance » du commerce équitable.

Dès lors que, dans une même coopérative, on admet la cohabitation d’une démarche conventionnelle et d’une démarche équitable, pourquoi en faire grief à la distribution, et à la seule distribution française ?

° Plus fondamentalement, que cherche-t-on ? La pureté de la Ligne, la certification militante ? Ou l’enrichissement et le développement harmonieux des petits producteurs qui ont choisi ce mode de commerce. Et que croyez-vous qu’ils préfèrent : un débouché marginal, dans des boutiques sympathiques mais un peu chères… ou un accroissement des ventes dans les enseignes phares de la société de consommation ?

Moi, j’ai une idée de la réponse. En tout cas, cette polémique je ne l’ai pas cherchée. Je crois les différents circuits cohabitables et nécessaires. Je comprends l’amertume des pionniers, leur irritation devant le risque de récupération, ou de dérive marketing ! Une possible anxiété financière aussi, vu la mise en concurrence des réseaux. Parlons-en. Pour ma part, je suis prêt à donner un coup de main s’il s’agit d’optimiser des achats collectifs, ou promouvoir d’autres acteurs de la filière. Oui, même des « petits réseaux»  qui auraient besoin d’un coup de main.

Mais s’il vous plait, n’habillons pas des querelles corporatistes d’un semblant de débat philosophique dont les risques seraient de rendre incompréhensible cette démarche aux yeux des consommateurs.

En tout cas, je suis sincèrement convaincu, à l’instar de Tristan Leconte (Alter Eco), de Jean-Pierre Blanc (Malongo) ou de Stéphane Comar (Ethiquable) que l’accroissement des débouchés via la GD va permettre de dégager des ressources supplémentaires pour tous les producteurs du Sud, et au marché français de rattraper son retard !

En bénéficiant de l’attractivité (et de la crédibilité) de nos enseignes qui pratiquent des marges plus basses (20 à 25 %) et disposent d’une logistique performante, les produits du commerce équitable deviennent encore plus accessibles à tous les consommateurs (j’observe d’ailleurs, que lorsqu’ils étaient vendus chez Monoprix, à un prix évidemment plus élevé que dans nos réseaux, la présence de ces produits en GD ne suscitaient aucune polémique !).

2/ L’émergence d’une mauvaise polémique

Voilà donc ce que j’ai répondu à l’AFP. Je croyais avoir été convaincant. Mais voilà. Un collectif qui a pour nom « l’éthique sur l’étiquette » conteste notre légitimité dans le commerce équitable : « le groupe figure parmi les enseignes les plus mal notées pour ses engagements relatifs aux droits fondamentaux ».

Non mais ! Qui ose encore parler ainsi ? On se croirait revenus aux temps où les cellules du PC tenaient Tribunal, ou ces AG dans lesquelles on se faisait interpeller : « mais d’où parles-tu, camarade, quelle est ta légitimité ? ».

Je reconnais aux ONG un rôle essentiel d’alerte, d’éveil et de critique. Et si j’ai engagé ces dix dernières années notre enseigne dans de multiples investissements humanitaires, écologiques, sociaux ou culturels, c’est pour beaucoup, par conviction, mais aussi, fort de leur interpellation. Mais si je consulte aujourd’hui tous les bilans sociaux et environnementaux des entreprises apparemment bien notées par ce collectif « l’éthique sur l’étiquette » je n’ai vraiment pas à rougir. Nous ne cherchons pas à vendre d’OGM tant que le débat scientifique n’offre pas d’autres garanties. Nous commercialisons des bois certifiés (FSC, TFT, etc.), privilégions les bonnes pratiques forestières pour favoriser la substitution avec d’autres composants. C’est en pionniers et seuls que nous avons pris le risque de supprimer les sacs plastiques, nous avons anticipé la récupération des huiles des batteries et des piles. Sur le plan social, nous sommes ceux qui pratiquons le plus d’audits sociaux, etc, etc…

Trêve de plaidoirie. Même si nous ne sommes pas au « top », nous ne méritons certainement pas cette entreprise de dénigrement. Qu’ils aillent se faire voir…

Ce collectif n’est pas une entreprise de notation sociale. Notre Groupe est déjà accompagné dans ses démarches par de multiples experts et consultants. Mais, j’en profite pour glisser ce message. S’il s’agit d’un chantage, nous ne céderons pas. Dans une enquête récente de 60 millions de consommateurs, l’association WWF primait le comportement d’une enseigne de distribution qu’elle oppose au peloton des autres distributeurs. Un hasard : cette enseigne est partenaire financier de WWF !!!

Nous n’avons pas besoin des conseils de « l’éthique sur l’étiquette ». Reconnaissez qu’ils s’y prennent en tout cas assez mal ! Mais si cela nous vaut une mauvaise « notation », tant pis. Après tout, pour servir la cause, seuls comptent les actes.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 10 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ?

img_blog_100506_prix.jpg

Je ne veux pas transformer ce blog en espace promo pour mon enseigne. Mais suite à mon post du 05/05/06 (« Promos et baisses de prix : le couple infernal ! »), j’ai cru déceler dans certains commentaires un doute sur notre performance en matière de prix.

Eh bien, qu’on se rassure, et que nul n’en doute ! Nous avons toujours été les moins chers, même si, pendant quelques mois, l’écart entre enseignes s’est resserré, du fait notamment des baisses de prix réalisées chez Carrefour, puis Intermarché.

1/ Le comportement des enseignes

Je ne conteste pas la performance de mes concurrents. Et, je ne dis pas que sur tel ou tel article, voire sur quelques centaines d’articles, d’autres enseignes aient pu ponctuellement nous doubler. Sur ces trois derniers mois notamment, Carrefour a été très agressif, surtout dans la moitié Ouest de la France (en région parisienne, cela n’a pas trop bougé !). Les dirigeants de Carrefour n’ont pas fait mystère de vouloir reprendre « à tout prix » des parts de marché. Il se dit que José Luis Duran a donné à ses Directeurs consigne de s’aligner systématiquement sur E. Leclerc (ce qui, excusez du peu, est déjà la première confirmation de notre leadership).

Ce faisant, nos adhérents se sont trouvés dans l’impossibilité légale de suivre leur rival à la baisse, sur nombre d’articles, au moment où la DGCCRF débarquait au Siège et dans les magasins pour faire respecter la loi ! A 75 000 euros d’amende par infraction constatée, il y avait de quoi hésiter.

Intermarché a aussi sorti son artillerie. Les Mousquetaires, indignés par les silences de l’Administration (tout au moins son ambiguïté) n’ont pas pris d’autres précautions, et ont à leur tour surenchéri sur Carrefour. Et considérant qu’ils s’étaient fait avoir en respectant scrupuleusement la légalité, les dirigeants d’Auchan s’y sont mis aussi finalement.

2/ La mesure par les indices partiels

Au total, et si l’on s’en tient à un nombre assez limité d’articles, chacune des enseignes a pu se prévaloir d’être « le moins cher ». Pour faire passer ce discours, elles ont opportunément pu s’appuyer sur la publication d’indices partiels, celui de Linéaires ou de Que Choisir par exemple.

a/ Linéaires a publié mi janvier 2006 un classement corroborant le positionnement de Carrefour à la première place (indice 98,1) suivi de E. Leclerc, Système U et Géant (indice 99) puis Champion et Auchan (indice 99,2).

b/ Que Choisir, dans son numéro de février, a calculé à son tour la valeur du panier moyen dans la distribution, sur à peu près la même période (automne 2005). Dans son palmarès, c’est Auchan qui montait sur le podium, suivi d’Intermarché, puis de Carrefour, Géant et E. Leclerc.

En fait, si ces classements ne sont pas mensongers, ils ne sont pas du tout représentatifs.

L’indice de Linéaires a été établi à partir des prix de 102 produits seulement, relevés dans 179 magasins.

Le panier de référence de Que Choisir se compose de 109 articles seulement, quand bien même les prix sont relevés dans plus d’un millier de grandes surfaces.

Ces indicateurs ont aussi un autre défaut : ils focalisent l’attention sur la composition alimentaire des achats, quand on sait qu’ils représentent, certes un poste important, mais néanmoins décroissant dans les investissements des ménages.

Donc, avec ce type d’indice, Auchan a un jour la médaille, une autre fois, c’est Carrefour ou E. Leclerc, etc.

3/ L’évaluation exhaustive de la performance Prix

Aucun distributeur ne se risquerait à bâtir sa stratégie à partir de ces quelques données ponctuelles. C’est l’indice OPUS de Panel International, qui sert non seulement de référence, mais aussi d’outil d’analyse et de décision pour bon nombre d’enseignes. En tout cas, elles se servent d’indicateurs équivalents.

La Société du Groupe Nielsen, relève par vagues successives, les prix de 18 enseignes de distribution (Atac, Auchan, Carrefour, Cora, Champion, Maxi Coop, Casino, Match, Monoprix/Prisunic, Intermarché, Eco Marché, Système U, Franprix, Shopi, Géant, etc.) dans 3 400 magasins, ce qui permet d’établir une comparaison plus pertinente et reconnue des professionnels.

Je vous livre les deux derniers résultats de ces enquêtes :

a/ Classement effectué au 2ème semestre 2005

img_blog_100605_tableau01.jpg

b/ Relevé 1er trimestre 2006

img_blog_100506_tableau02.jpg

C’est sur la base de ces indicateurs que j’ai toujours affirmé que mon groupe était le moins cher.

Attention : ce classement est indiciel. Il exprime un rang et une moyenne. Cela n’exclut pas qu’ici ou là, un Leclerc puisse se faire damer le pion par un rival. Dans tout Groupe, il y a des fonceurs et des craintifs. Mais l’indice Opus le prouve, c’est la première catégorie qui est majoritaire dans notre enseigne.

On peut observer aussi que les écarts entre les 3 ou 4 premières enseignes sont limités. C’est encore un effet de « feu » la loi Galland qui ne permettait pas, jusqu’à fin 2005, de beaucoup se différencier. Mais, depuis le 1er avril, les négociations commerciales (version Jacob / Dutreil) permettent aux distributeurs de connaître leur nouveau seuil de revente à perte. De ce fait, il nous est possible de mieux faire.

Je confirme donc l’information publiée dans Linéaires, décidément bien informés (mai 2006). Nos adhérents cherchent à recreuser l’écart, en révisant encore à la baisse plusieurs centaines de prix. A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 9 mai 2006

Affaires Clearstream, Battisti, Goldman : Juges, politiques et médias entretiennent la confusion des genres

img_blog_090506_flingueurs.jpg

Week-end prolongé : le temps de parcourir tous les journaux qui se sont accumulés. Evidemment, la presse a fait ses choux gras des multiples « Affaires ». Mais quand on relit toute cette prose avec un certain détachement (en évitant de devenir trop cynique), le mélange des genres saute aux yeux. Les éditorialistes se font procureurs. Les hommes politiques plaident dans les interviews. La justice s’est déplacée dans les médias. Loin de toute sérénité, elle n’est plus que spectacle. « Du sang et des jeux » crie le peuple, finalement désabusé ! Plus qu’une crise de régime (cf ma note du 13 avril dernier), c’est une confusion des pouvoirs (et des devoirs !) qui s’installe au point que je me demande si ce n’est pas ça… la manipulation d’opinion la plus grave. Une manipulation dont juges et médias finissent par être eux-mêmes les agents, voire les complices.

Affaire Goldman :

Pierre Goldman, politique et voyou, a toujours fasciné l’intelligentsia (Catherine Deneuve, l’univers de Libé, etc.…)… Odeur de souffre comme du temps des ambiguïtés situationnistes : idéologie à bon compte, habillage romantique d’une rébellion sans soutien populaire, fascination pour les réseaux mafieux ! Anti-héros de la politique, PG a été assassiné le 20 septembre 1979 sur un trottoir. Règlement de comptes ? Contrat ? Mystère !

Un ex-chef de la répression du banditisme (Lucien Aimé-Blanc) publie un livre (« L’Indic et le Commissaire », Editions Plon). Il livre ses états de service, ses états d’âme, la part de révélations sans laquelle cette biographie n’attirerait aucune attention. Alors, il lâche des noms. Pour expliquer le crime. Et aussi celui d’Henri Curiel, présumé porteur de valises du FLN.

A part un journaliste de Marianne, pas un chroniqueur ne moufte sur le procédé, sur sa légalité, sur le pied de nez aux institutions. Y a t’il un « ministère » de la justice. Celle-ci va-t-elle auditionner l’ex-commissaire ? Entendra-t-on un porte-parole du syndicat de la magistrature, ou quelques démocrates de nos Sorbonne pour dénoncer la substitution des rôles ? Non. On nous dit qu’il y aurait prescription, plus de comptes à rendre.

Un homme a été tué par balles, la justice a enquêté sur ce crime. Et quand vient la révélation, l’affaire est déjà close. Justice et médias ont fait pacte de silence. La vérité peut se noyer dans les eaux usées des affaires classées.

Affaire Clearstream (1) :

Déchaînement médiatique comme jamais vu depuis que « les chiens » (dixit Mitterrand) s’acharnaient sur Bérégovoy. Toutes les rédacs, la semaine dernière, toutes les unes, ce week-end, ont par avance statué et qualifié la Manipulation. Ils nous livrent une version théâtralisée (Shakespearienne) d’un Watergate à la française. A côté, le Roi Lear, c’est de la roupie de « sang sonnet ».

Mais quid de l’affaire elle-même. Je ne parle pas des rivalités Villepin-Sarko, mais des ventes de frégates à Taiwan, de l’enquête sur la corruption. Celle qui mentionnait les Roland Dumas, les Deviers-Joncour, un officier du renseignement tombé spontanément de sa fenêtre, un dignitaire taiwanais (à moins qu’il ne s’agisse d’un homme d’affaires, je ne sais plus…) qui se serait suicidé…, et les étranges rivalités au sein de EADS.

Une affaire d’état disait-on. Des juges visaient la Gauche. Le corbeau citait des hommes politiques à Droite et à Gauche. La chronologie des faits est abondamment relatée dans la presse, mais pas l’état de l’enquête. Alors, ce règlement politique, un écran de fumée ?

Affaire Clearstream (2) :

Puisque tout est mélangé, et qu’on ne sait plus de quelle affaire on parle, les juges ont décidé de s’inviter dans les médias. L’audition du Général Rondot est à la une du Monde. Le rapport « confidentiel défense », signé du même Général, est à la une du Nouvel Obs.

Le lecteur est en droit de se poser la question que ne posent pas les médias : qui a fourgué l’info? Qui du juge, d’un homme politique ou de je ne sais qui, a fait passer les rapports ? Et dans quels buts? Si c’est le juge, faut-il en conclure qu’ils en attendent un rebondissement, une faute (une déclaration), des acteurs politiques ? Au risque de rendre nulle la procédure ? Cela signifierait que l’enquête est au point mort ! Et si le fournisseur est un homme politique ou un fonctionnaire, dans quel intérêt agit-il ? L’intérêt public vraiment ? J’ai l’impression qu’il y a des corbeaux partout.

J’épluche la presse. Pas un confrère du Monde ou du Nouvel Obs qui n’interpellent leur rédac-chef, pour leur demander jusqu’à quel point ils participent eux-mêmes de la manip.

Dans sa tribune (7 et 8 mai 2006) le médiateur du Monde, Robert Solé, publie les critiques acerbes de certains lecteurs :

« C’est non seulement illégal, mais particulièrement lâche. Cette pratique déplorable ouvre la porte à toutes les dérives et manipulations, ainsi qu’à toutes les exploitations politiques. Avant que la justice ait pu trancher et découvrir les responsables, ceux-ci sont déjà désignés et cloués au pilori, avec des dégâts irréversibles dans l’opinion qui en conclura, qu’il n’y a pas de fumée sans feu… »

Ou encore « Cette affaire monte en importance, elle doit être aussi grave que celle des chaussures de Monsieur Dumas avec laquelle vous nous teniez naguère en haleine… ».

Les journalistes pourront toujours se retrancher derrière cette affirmation : « sans la presse, ces affaires ne sortiraient pas ou seraient étouffées. » Oui, sans doute. Mais, sauf erreur, aucun obstacle ne se dressait devant nos juges, qui mandatent, perquisitionnent jusque dans les ministères. La Justice n’a qu’à convoquer. Elle a d’ailleurs, tous les juristes en conviennent, matière à le faire ! Quand pour relancer ses ventes, la presse multiplie les unes avec le cœur confidentiel de l’enquête, il n’est pas dit qu’elle serve seulement la démocratie.

Affaire Clearstream (3) :

Décidément, ils sont bien curieux, les rapports qu’entretiennent les médias avec la politique. Et vice-versa. Si prompts à dénoncer le non-respect du secret de l’instruction, c’est dans la presse, plutôt que chez le juge, que nos hommes politiques répondent, plaident, s’épanchent et s’exposent.

En son temps, Jospin fit savoir qu’il se tenait, malgré son titre, à la disposition d’un juge-enquêteur. Villepin n’a pas eu la patience d’attendre le papier bleu. Par orgueil sans doute, mais trop fébrilement, il s’est précipité sur les micros et a grillé ses cartouches. Chez Elkabbach, où je l’ai trouvé mauvais, dans Le Figaro, ou encore dans cette conférence de presse… dont il ne reste plus rien, après que l’affaire fut relancée par une Alliot-Marie en colère (on la disait co-manipulatrice – elle est la patronne de Rondot – et on la découvre ignorante de la présence de son mari sur les notes du Général !!! )

Si le tribunal médiatique n’offre qu’une justice au rabais, pourquoi les politiques s’y livrent-ils alors sans retenue ?

Oui, décidément, elle est bien curieuse cette folle propension des plaideurs à se précipiter sous le joug des médias alors qu’ils savent impitoyables et irresponsables (au sens juridique) ces « bourreaux de papier ».

Affaire Battisti :

J’ai beaucoup apprécié l’éditorial de Denis Jeambar dans L’Express (28 avril 2006). Contre une coterie parisienne, qui de BHL à ma romancière préférée Fred Vargas, s’est amourachée de Cesare Battisti, il ose rappeler les attentats, les morts, l’affaire en cours et la demande d’extradition de la Justice italienne.

Battisti a choisi de s’exprimer dans un livre (Ma cavale, co-édition Grasset/Rivages). Il plaide sans contradicteur, sans devoir rendre compte à quiconque. Je ne sais évidemment s’il est ou non coupable. Mais, s’il s’agit de se confesser, est-ce aux lecteurs français de lui donner l’absolution ?

Belle âme, Olivier Nora, PDG de Grasset, ose cet argument : « je ne voudrais pas vivre dans un pays où on ne pourrait pas publier (ce livre). » Soit. Mais là encore, quid de l’enquête, du droit, de la justice pour les victimes présumées.

Trop facile ! Quelle est donc cette justice qui s’accommode d’un bras d’honneur aux institutions et au peuple Italien. Devons-nous finalement accepter cette contrition romanesque sans tenir compte de ce qu’elle est : un plaidoyer. La Justice Française ne semble pas s’émouvoir. La presse n’invoque plus la morale. Battisti a le droit aux critiques littéraires, et pour le reste, cette affaire n’inspire ni les juges, ni les médias, ni… les politiques.

Eh bien, mes amis, toute cette bouillie me fait peur. J’ai conscience, dans ce commentaire, d’être hors de mes terres, de mes champs d’expertise. Mais, le citoyen en moi est choqué. Il me semble que tout autant que le fascisme et le populisme, la confusion des genres (qui les engendre) est extrêmement dangereuse. Cette apparence de justice, cette recherche de vertus réclamées par un monde médiatique qui dispute aux politiques l’expression du bien public, nourrie les suspicions et le ressentiment. On en oublierait les leçons d’avril 2002. J’ai peur qu’on entende bientôt une voix forte entonner un « tous pourris, ils se valent bien… ». Oui, je vous le dis… ça ne sent pas bon !

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 2 mai 2006

Promos et baisses de prix : le couple infernal !

Emmanuelle Evina, rédac chef de Points de Vente, titrait son édito du 20/03 : « Fidélisation obligée ». Se situant elle-même dans la catégorie des consommateurs zappeurs, E.E. n’hésitait pas à rappeler ce principe : « Lorsque les clients non porteurs de carte d’enseigne se sentent brimés, à coup sûr, ils ne reviennent pas. » L’expérience très récente que viennent de vivre nos adhérents, nécessiterait de compléter le diagnostic : « Lorsque les clients porteurs de carte estiment percevoir moins d’avantages (tickets), ils vont aussi voir ailleurs ».

1) Le problème soulevé par E.E. concerne toutes les enseignes, obligées à la fois de discriminer positivement les porteurs de carte et d’offrir néanmoins des avantages aux « non porteurs » pour pouvoir recruter les consommateurs encore étrangers au dispositif de fidélisation.

Les centres E. Leclerc avaient, il y a 4 ans, trouvé la parade en faisant en sorte que tous les consommateurs puissent être titulaires d’une carte. Et pour cela : minimiser les contraintes de souscription, insister sur la gratuité de la carte, éviter toute confusion avec les cartes de paiement, ne pas forcer la main des consommateurs pour souscrire ces dernières, et donner une visibilité maximale à l’avantage carte. De fait, la carte E. Leclerc est devenue un portefeuille engrangeant les bénéfices cumulés des bons d’achat émis dans chaque magasin. Fonction restreinte, certes, quasi unique, mais très lisible.

Le pari fut gagnant. Plus de 8 millions de cartes émises, meilleur taux de fidélité (30 %). Pour les Centres E. Leclerc, le tandem carte-bon d’achat était le ticket gagnant. Et cette politique permettait à l’enseigne, bridée sur le prix des grandes marques à cause de la loi Galland, d’installer durablement sa différence.

2) A l’approche du 1er janvier, les Centres E. Leclerc ont considéré que la réforme Jacob/Dutreil permettait aux distributeurs de baisser plus substantiellement leurs prix. Dans cette optique, ils ont transféré une part importante des avantages « ticket » dans une politique de prix qu’ils voulaient plus agressive. Mais cette politique a souffert d’un manque de visibilité et a suscité la frustration des porteurs de carte dont le montant des bons d’achat ne s’accumulait plus dans la même proportion que l’année dernière en pied de ticket de caisse.

Puristes, peut-être un peu trop confiants (manifestement trop confiants !), nous étions persuadés que « everyday low prices » était d’intérêt supérieur à « moins 5 % sur moins cher, tu meurs ». Le scepticisme d’une frange de la clientèle, celle qui avait été fidélisée par la politique de ticket, a contrecarré ce projet.

En fait, nous avons commis deux erreurs.

- Une mauvaise coordination : la baisse de prix avait été anticipée dès octobre/novembre. Elle était donc supposée acquise pour les consommateurs. Lorsque fin janvier, nos clients ont constaté l’insuffisance de tickets, l’argument du transfert de marge ne pouvait plus opérer.

- A cela s’est ajouté un déficit de pédagogie, pas d’information consommateurs suffisante.

Erreurs, donc, signalées ici par plusieurs internautes. Erreurs relevées aussi par Olivier Dauvers dans sa Tribune Conso n° 28 du mois d’avril, et commentées dans le dernier LSA. Et, je le confirme, erreurs d’autant plus faciles à reconnaître que nous avons tout de suite imaginé les mesures correctives.

Nous avons très vite réagi, reprogrammé de nombreuses opérations promotionnelles telles que celles qui sont actuellement en cours. Le ticket est bien de retour chez E. Leclerc. Mais vu l’inertie, l’impact différé de toute nouvelle communication, ces trois mois de flottement auront malheureusement coûté quelques dixièmes de point de part de marché à l’enseigne.

Comme d’habitude sur ce blog, disons-le sans langue de bois : c’est cher payé pour avoir oublié que, dans le commerce, c’est comme en amour : « la fidélité exige la constance dans le prix bas, mais se nourrit aussi d’une multitude de petits cadeaux ». Il sera intéressant de voir comment les autres enseignes vont, à leur tour, gérer ce défi : financer la fidélisation et baisser les marges pour nous suivre dans la baisse des prix. Les observateurs auront certainement remarqué que sur ce front, l’enseigne est sacrément en train de reprendre la main !

Michel-Edouard Leclerc