Archive pour le 23 mai 2006

Mardi 23 mai 2006

Face au cancer des adolescents, une démarche inédite

Si la querelle des prix est mon quotidien, ma vie professionnelle est aussi l’occasion de rencontres étonnantes et d’émotions fortes ! C’est ainsi que je me suis trouvé engagé, aux côtés de plusieurs de nos adhérents, dans une démarche initiée par La Ligue contre le Cancer pour aider les adolescents à « mieux gérer la maladie ».

C’était la semaine dernière, à l’Ecole des Arts et Métiers. Un chercheur, le Professeur Franck Chauvin, présentait une étude sur le retentissement psychosocial du cancer sur les jeunes gens. J’y assistais aux côtés du Professeur Henri Pujol, un super grand bonhomme tant par son expertise médicale que par son humanisme. Et une dizaine de jeunes, rescapés du cancer.

Même si mon groupe finance, depuis trois ans, ce programme, c’était pour moi une découverte.

Ils sont 7 millions en France, âgés de 15 à 24 ans. Chaque année, 1 700 d’entre eux sont touchés par un cancer, la troisième cause de mortalité des adolescents. Pourtant, le système français de santé ne les reconnaît pas comme une « classe d’âge » spécifique.

Conséquence directe et souvent dramatique : leur prise en charge thérapeutique et psychologique correspond mal à leurs besoins et leurs attentes.

Considérés comme des adultes à partir de 15 ans et 3 mois (sic), les adolescents sont orientés :

- soit vers des services pédiatriques, avec des enfants tout jeunes, loin de leur univers de préoccupation,

- soit vers les services adultes dont la moyenne d’âge est supérieure à…50 ans.

On n’imagine pas les conséquences cliniques et psychologiques de ce type de cohabitation. Période de rébellion, d’émancipation, de construction de soi, l’adolescence représente justement une phase cruciale de transition entre l’enfance et l’âge adulte pas toujours facile à aborder. La survenance de la maladie y ajoute son cortège de difficultés et de risques qu’il faut pourtant apprendre à gérer dans la durée.

Jugez-en : de la place dans la famille à l’insertion socioprofessionnelle, en passant par les relations avec les frères et sœurs et les problèmes d’orientation scolaire, l’adolescent doit affronter un parcours qui lui est propre, évidemment distinctif de celui des tout jeunes enfants ou des adultes avec lesquels on le fait cohabiter.

J’ai ressenti tout le drame de l’un de ces garçons, aujourd’hui jovial, rayonnant, survivant de la maladie. Il en parle avec simplicité, parce que, justement, il veut être compris pour que ça change ! C’est à 16 ans, qu’un jour de printemps, la nouvelle lui est tombée dessus. Direct hôpital, chimio en vue. Et parce qu’il faut faire vite, sans autre précaution, le voilà bombardé de l’univers douillet de l’enfance dans un épineux problème d’adulte. S’il veut plus tard avoir des enfants, il faut préserver sa semence des effets indirects de son traitement clinique. Il n’a jamais connu l’amour physique. Le voilà prélevé sans avoir connu l’émoi. Voilà qu’il doit s’imaginer futur père, alors qu’il ne sait pas encore ses chances de survie ! Imaginez à quelle vitesse il a, le temps de cette opération, vieilli dans sa tête.

Avec d’autres jeunes, il s’est engagé dans une association « Jeunes Solidarité Cancer » et veut nous associer, mes adhérents et moi, dans un programme expérimental pour que les adolescents atteints d’un cancer puissent trouver bien sûr les réponses sanitaires, mais aussi l’accompagnement humain que nécessite leur âge. Le besoin, par exemple, d’être entre eux, au sein d’une même classe d’âge, avec une assistance psychologique adaptée. Un cadre aussi qui permette d’introduire un peu plus de sérénité dans une relation triangulaire forcément difficile entre équipe soignante, famille et adolescent malade.

Les exemples existent, notamment en Grande Bretagne. En France, certains hôpitaux ont pratiqué des regroupements, ce qui a permis aux adolescents de se retrouver, de parler ensemble de leurs problèmes.

Ce que souhaite aujourd’hui La Ligue et cette association « Jeunes Solidarité Cancer », c’est la multiplication de ces expériences. Evidemment, j’étais là parce que j’étais sollicité. Inutile de vous dire que parallèlement à ce programme de dépenses, je me suis sacrément « enrichi » en écoutant de tels témoignages.

Michel-Edouard Leclerc