Archive pour juin 2006

Lundi 26 juin 2006

Jean Roba, l’un des géants de l’Ecole Belge de la BD, a tiré sa révérence !

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Ses albums se sont vendus à 25 millions d’exemplaires. Ils ont été traduits dans une quinzaine de langues. Il fait partie des « tout grands » de la bande dessinée, aux côtés d’Uderzo, de Morris ou de Franquin, les grands héritiers franco-belges d’Hergé et de Jacobs. Et pourtant, il n’aura eu le droit, le jour de sa mort, qu’à quelques lignes dans les journaux français. C’est Olivier Delcroix, dans Le Figaro, qui aura eu l’audace de saluer sa mémoire avec les mots les plus généreux et les plus reconnaissants.

Il faut dire qu’aujourd’hui, dans l’univers des adolescents, les histoires de Jean Roba paraissent bien naïves. « Boule et Bill, c’est un univers heureux, idéalisé » (D. Couvreur, Le Soir). C’est le reflet de ce que Jean Roba appelait la Belgique joyeuse des années 30, celle qui voulait fuir les problèmes de la guerre et du chômage.

Chez lui, il y a quelques semaines, il avait gentiment répondu à une longue interview que je publierai dans la prochaine livraison de « Itinéraires dans l’Univers de la Bande Dessinée ». Quel homme accueillant et généreux il était.

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Déjà terriblement fatigué, il avait rouvert certains de ses albums et commenté avec ironie ce que d’aucuns appellent le monde « désuet » de Boule et Bill. « Oui, c’est sûr, dans mes dessins, il n’y a pas d’étalage de violence, ni d’actions frénétiques, tout au plus, de temps en temps, un vase cassé, un accident de voiture. Mais je revendique un humour simple, fait d’esthétique et de sensibilité ».

L’homme ne prétendait pas révolutionner le monde avec des coups de crayon. Même si parfois il s’irritait discrètement de ce que les journalistes ne l’interviewaient que pour parler de Franquin, son ami et mentor dans Spirou, il revendiquait sa propre capacité à saisir tous les codes d’une adolescence prolongée, qui se plaît dans l’esprit d’aventure, la fréquentation des copains et une propension à sourire au moindre gag.

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Attention : petite remarque pour ceux qui ne connaissent pas bien l’histoire de la BD et qui néanmoins voudraient briller dans les dîners en ville. Dans Boule et Bill, le cocker, ce n’est pas Boule, mais Bill. N’y voyez aucune perversité. Boule, c’était le fils de Roba, ainsi surnommé à l’école parce que rondouillard. Et Bill, c’était, en 1959, le nom du chien de Roba !

C’est Laurent Verron qui, chez Dargaud, a repris la série depuis déjà trois ou quatre ans.

A l’heure des jeux vidéo, les petits héros de Jean Roba continuent de caracoler en tête des ventes en hypermarché. Belle récompense pour cet homme qui s’est éteint discrètement, la semaine dernière. Il avait dû, comme d’autres, se battre avant de connaître le succès : en dessinant d’abord des vitraux, en devenant photographe ou en faisant de la pub ! Et puis, finalement, la gloire avec les gros tirages.

Beau pied de nez aussi à tous les ingrats qui, au nom de la modernité, n’osent même plus prendre la plume pour saluer le travail d’un bonhomme qui, avec des histoires courtes, simples (il a aussi dessiné des histoires de l’Oncle Paul), aura semé des petits grains de bonheur dans l’éducation de millions de lecteurs.

Un peu de reconnaissance, s’il vous plaît !

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Michel-Edouard Leclerc

Mardi 20 juin 2006

Marie-Antoinette (par S. Coppola) et Chirac-Villepin (par Villepin) : les fins de règne se ressemblent !

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Monarchie :

Nombreux sont les observateurs de la société française qui parlent, à l’instar de Patrick Devedjian, d’une « dérive monarchique dans le fonctionnement des institutions ». De fait, Jacques Chirac est de plus en plus isolé à force d’avoir terriblement restreint les pouvoirs du Parlement, l’audience de la Majorité, et confiné le locataire de Matignon dans un rôle de « Premier Ministre de convenance » (dixit toujours P. Devedjian, Le Monde, 19/06).

Révolution :

Sans doute parce qu’elle a flairé le vent de la révolte, Christine Boutin a suggéré, samedi, de changer l’ordre des couplets de la Marseillaise et envisage de proposer, en octobre, une version « moins sanguinaire et moins révolutionnaire » (Libé, 19/06).

Prémonition, alerte surgie d’un inconscient collectif ? Elle n’est pas seule en tout cas à s’intéresser à la période révolutionnaire. Roger-Gérard Schwartzenberg, prof à Sciences Po, député radical devait sortir de la projection de Coppola quand dixit : « Villepin est dans la position d’indifférence aux attentes populaires que pouvait incarner Marie-Antoinette en 1788 » (Le Parisien, 17/06/06). Voilà un rôle pour Galouzeau dans la suite que la réalisatrice américaine pourrait réaliser, cette fois-ci, pas à Versailles, mais dans les arènes de Lutèce : « On a d’un côté la légion romaine très organisée de l’UMP et de l’autre les tribus gauloises de l’ex-gauche plurielle… » (toujours RGS). Décidément, la vie politique française va offrir à Hollywood ses plus beaux scénarios.

Royalisme :

Alors que l’Amérique s’obstine à revisiter (à la manière des metteurs en scène des casinos de Las Vegas) la figure légendaire de Marie-Antoinette, la presse française multiplie les métaphores royalistes : « En déplacement sur ses terres, Ségolène Royal a été victime d’un lancé de fraisiers » (Le Parisien, idem). Les médias ont tous salué « le sourire qu’arborait la reine des Deux-Sèvres ». Peu ont signalé que l’entarteur bénéficiât d’une solide « garde à vue » (normal !), mais aussi que sur plainte Royale, la justice fut saisie. On peut faire bonne figure devant les caméras du peuple, mais les lettres de cachet, c’est pas pour les chiens !

A propos de cachet : Celui de Forgeard, tel Fouquet, dont la provocante richesse, après celle de Zacharias et quelques autres, a fini par irriter toute la Cour. On parle de légiférer contre ces nouveaux assignats dont, hier encore, des sénateurs vantaient les mérites. Sur le principe, je n’ai rien contre les stock-options (je n’en ai pas moi-même !). Mais c’est fou ce qu’on peut dire comme conneries quand, pris à piquer l’argent de la quête, le riche passe à confesse : « Je n’ai pas fauté… Je veux être très franc avec vous : je suis comme un paysan, j’aurai 60 ans le 8 décembre prochain. Même si je suis tout en haut de l’échelle, je reste un ingénieur… J’appartiens au monde du travail, je ne suis pas un capitaliste… ».

Je n’ai rien personnellement contre cet homme qu’on disait expert. Mais voilà des propos bien naïfs pour un prince. Pas étonnant que les Français persistent dans leur aversion pour la réussite capitaliste si les élites n’assument pas !

Dans cette affaire, il y a deux affaires : un délit d’initié potentiel (à voir !), mais aussi un vrai délit de management. A qui veut-on faire croire qu’en trois mois, des difficultés « certes significatives, mais qui sont fréquentes dans la construction aéronautique… » se transforment en catastrophe à un million de dollars pièce ! En relisant l’interview de NF (17/06), je m’imaginais dans la même situation. Non, impossible. On m’aurait, à juste titre, salement tancé, peut-être même aurais-je dû tirer ma révérence ! Manifestement, on ne règne pas sur le même monde.

EADS, par-ci, GDF, par-là. Les scénarios ne sont pas tout à fait les mêmes. Mais le public, actionnaire, salarié ou client, aura bien du mal à comprendre les atermoiements de nos princes. Hier, le gouvernement justifiait les hausses de tarif du gaz en se cachant derrière l’indexation avec le cours du pétrole. Le Palais faisait fi des critiques, qu’elles viennent de Que Choisir, de clients belges, ou d’actionnaires européens.

Demi-tour. Désormais, le PDG, Cirelli, ancien de chez Raffarin, tente de masquer la privatisation en se faisant défenseur du service public : « L’entité doit être préservée » (malgré la fusion !). Et, grand prince, Gérard Mestrallet (Suez) demande qu’on veille à « privilégier les aspects industriels, les intérêts des salariés, des actionnaires et des clients ». Mais quels autres intérêts faudrait-il donc privilégier ?

Fin de règne :

Quel rapport, me direz-vous, entre Villepin, Forgeard, Zacharias, Marie-Antoinette et Fouquet ? Eh bien, justement, une fin de règne. Rarement les princes tombent seuls. Dans leur chute, incapables d’assumer leur superbe, ils ont besoin d’entraîner leur Cour. Sophie de Menthon (club Ethic) qui intervient souvent aux « Grandes Gueules » de RMC, a vu juste : « Pour les Français, les problèmes du capitalisme sont les problèmes de la droite, associée aux puissances d’argent. Aux élections prochaines, ils risquent de renvoyer tout ce petit monde à la Bastille » (je cite de mémoire).

Situation prérévolutionnaire ? Peut-être pas. Mais pour le coup, certains députés UMP seraient prêts à sacrifier Villepin-Marie-Antoinette. Tel Jean Leonetti (député des Alpes-Maritimes) qui ironise : « Quand Grand Chef Matignon parle, majorité inquiète ». En défense, placide, Bruno Le Maire, conseiller de Galouzeau rétorque : « Il faut que les choses percolent, le temps jouera pour nous ». D’accord…

Les princes déchus peuvent espérer qu’un jour on les réhabilite et qu’on révise les méchants procès qu’on leur fit. Seulement voilà, le problème, c’est qu’en général, à ce moment-là, ils ont eux-mêmes été percolés par l’Histoire.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 19 juin 2006

Toulouse, ce week-end : à l’occasion du Marathon des Mots, dans l’intimité des artistes

Toujours cette obsession. Quand les grandes chaînes publiques de télé concentrent leur offre quasi exclusivement sur le divertissement, quand l’éducation peine à développer le goût de la lecture, quand les éditeurs, faute de moyens ou de consensus, rechignent à promouvoir le livre à la TV et qu’enfin, nous dit-on, les enfants passent désormais deux à trois heures devant un écran…quelle place accordera-t-on, dans les années qui viennent, au livre, à la découverte des textes, à ces auteurs à qui nous devons tant…

Samedi, dans le hall du TNT, j’écoutais, au milieu de dizaines d’habitants de la ville rose, Patrice Chéreau dire sa dette à Dostoïevski. A ce monument de la littérature qu’est son chef d’œuvre : « Les Frères Karamazov ». Emouvant, passionnant, convaincant !

Et plus loin dans la ville, dans les cafés, les bonnes librairies, le Cloître des Jacobins, Russell Banks, Eduardo Mendoza, François Cheng ou Pierre Assouline dialoguaient avec le public (plus de 60 000 personnes attendues).

Créé en mai 2005 à l’initiative d’Olivier Poivre d’Arvor et d’Olivier Gluzman, ce Marathon des Mots invite 200 écrivains, comédiens, artistes ou compagnies de théâtre, pendant quatre jours et trois nuits. Un festival unique en son genre.

Au Salon du Livre de Paris, comme dans beaucoup de manifestations provinciales, le rapport du lecteur aux écrivains se limite souvent au temps d’une dédicace. Rencontre fugace, prolongement sympathique de l’achat d’un livre, mais sans réelle possibilité d’engager le dialogue. Comme, par exemple, de pouvoir demander à Erik Orsenna, Stéphane Freiss ou Michael Lonsdale leur livre préféré, les œuvres qui les ont marqués…

Depuis plusieurs années, Olivier Poivre d’Arvor m’avait sollicité pour l’accompagner dans cette aventure. Je ne regrette pas cet investissement personnel et professionnel. Il a fallu lever quelques réticences de nos amis libraires parmi lesquels Christian Thorel, propriétaire de l’une des plus belles librairies françaises : Ombres Blanches. Il a fallu le convaincre, rassurer ses pairs pour que, discrètement, nous puissions apporter à la manifestation quelques moyens supplémentaires.

Au programme, des lectures organisées autour de quelques invités d’honneur : Umberto Eco, Michel Tournier, et des hommages à Christian Bourgois (qui a fait découvrir en France les principales figures de la « Beat generation », mais aussi Fernando Arrabal, Toni Morrison, Salman Rushdi et Tolkien !!!). Hommage à Marguerite Duras aussi, rendu par les voix de Jacques Higelin, Daniel Mesguich, Sami Frey…

Lors de l’inauguration, sur la péniche-restaurant récemment acquise par notre ami, Jean-Michel Rives, sculpteur après avoir été rugbyman, les politiques sont, pour une fois, plus discrets. Eux aussi sont friands de pouvoir échanger quelques mots avec les écrivains. C’est ce qui est extrêmement sympathique dans ces manifestations. Les masques, ceux du business ou de la politique, tombent faute de spectateurs ou par indifférence des médias dont l’attention est focalisée sur les artistes. Personne ne conteste l’intérêt du pôle de cancérologie dont Philippe Douste-Blazy se fait le promoteur devant le micro qui se tend. Mais si les photographes shootent dans sa direction, c’est pour fixer sur la pellicule la rencontre du Prix Nobel chinois de littérature, Gao Xingjian (il vit à Paris et écrit désormais en français !), avec le slameur, Grand Corps Malade, ou Bernard Lavilliers.

A travers l’expression jubilatoire du public et toutes ces manifestations d’intérêt pour la culture, on mesure à quel point la pauvreté de l’offre culturelle à la télé repose sur une erreur marketing évidente.

Il se crée ici, à Toulouse, le même engouement qu’ailleurs. A Nantes, les « Folles Journées » de René Martin rassemblent près de 80 000 personnes autour de la musique classique (qu’on dit pourtant moribonde). A Saint-Malo, Michel Le Bris permet aux élèves et à leurs parents de rencontrer, chaque mois de mai, plus d’une centaines d’écrivains « Etonnants Voyageurs ». Le Marathon des Mots à Toulouse témoigne qu’en matière culturelle, les attentes ne sauraient se résumer au seul repère de l’audimat et des box-offices.

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 13 juin 2006

U.E.-biologique : un label pour les produits bio européens, mais pas au rabais !

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Querelle idéologique, corporatiste, ou débat d’utilité publique ? La question de la création d’un label européen pour les produits bio agite la mouvance écologiste, mais aussi les entreprises agroalimentaires et les syndicats agricoles français. C’est en principe, en fin d’année, que la décision sera prise. En fait, elle est pratiquement entérinée. La seule question officiellement en suspens : le label sera-t-il obligatoire ou non ?

Mais sous le boisseau, couve une vraie problématique, celle de l’industrialisation de ce mode de production, historiquement associé au modèle de la petite entreprise (du moins dans l’hexagone) alors que le bio devient, fort de son succès (et de ses marges !), un enjeu pour les grandes entreprises agroalimentaires.

L’enjeu : l’industrialisation du marché bio

Depuis une réglementation qui date (déjà) de 1991, l’U.E. a laissé les professionnels organiser le marché autour de chartes nationales plus ou moins contraignantes. En France, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) a toujours préconisé une politique de rigueur et n’a jamais hésité à faire le ménage en son sein. Avec les fédérations espagnoles et italiennes, nos agriculteurs bio font pression pour que la Commission défende une position dure : cahier des charges restrictif, label obligatoire.

L’enjeu est d’importance.

En Suisse, en Allemagne ou dans les pays nordiques, le secteur s’est fortement adapté à l’accroissement du marché et à son industrialisation. Dans ces pays, à l’instar de ce qui se passe sur le marché du commerce équitable, la grande distribution joue un rôle moteur (Cf. ma note sur les Coop Suisse). Les marques d’enseigne (MDD) sont perçues comme co-garantes de la qualité bio. Dans la production ou la distribution, bio et marketing font bon ménage.

En France, le bio a longtemps été l’apanage d’un secteur artisanal très atomisé. Le label était même devenu la marque d’une ruralité revendiquée par des producteurs qui en ont fait une arme face aux excès du productivisme agroalimentaire.

Mais désormais, les grands de l’agroalimentaire y investissent (produits laitiers, volaille, confiture, biscuiterie). Danone, Nestlé veulent devenir leaders. Un même schéma d’évolution, donc, que dans l’Europe du Nord.

Et si le marché hexagonal stagne conjoncturellement, du fait de sa cherté, les perspectives d’échanges intracommunautaires vont de plus en plus faire la part belle aux produits de nos voisins.

Le risque d’un label au rabais

Pour ma part, je ne suis pas opposé à ce qu’on rende obligatoire un même label dans l’U.E.. Les consommateurs n’en exprimaient pas encore vraiment le besoin. Les labels actuels que l’on trouve sur le marché français, sont tout à fait pertinents tant du point de vue de leurs engagements que de leur lisibilité. Mais si l’on met en perspective le doublement ou le triplement du marché, autant devancer les problèmes et harmoniser les sigles.

Mais je suis entièrement d’accord avec les exigences émises par certaines fédérations françaises (dont Inter Bio Bretagne) qui craignent un texte qui ne retiendrait du cahier des charges bio européen que les plus petits éléments communs dénominateurs.

Faut-il, comme elles le souhaitent, exiger de descendre encore le seuil fixant la présence des OGM à 0,9 % de la composition d’un produit ? Pourquoi pas. (De toute façon, cette disposition n’aura d’efficacité que si on arrive à contenir et à marginaliser les cultures OGM. A défaut, je ne vois pas comment on pourra empêcher les pollinisations croisées. Et que restera-t-il des possibilités de produire bio dans ce cas-là ?).

Mais en tout état de cause, il serait stupide que la Commission Européenne retienne, contre l’avis de la FNAB et d’Inter Bio, un texte qui autoriserait l’usage de pesticides chimiques et l’assemblage (dans les plats préparés, par exemple) de produits non issus de l’agriculture biologique.

On peut être fana du bio ou pas. On peut, ou non, revendiquer, label bio au poing, une démarche plus politique. Mais même si l’on s’en tient à la simple rationalité économique, l’intérêt de rendre obligatoire un label bio, c’est d’en assurer la capacité différenciante par rapport à un marché normalisé. Les consommateurs, pas plus d’ailleurs que les acteurs économiques, n’auraient intérêt à ce que l’on brade le label bio.

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 12 juin 2006

« quiestlemoinscher.com » : comparateur et publicité comparative ?

Le sujet n’intéresse pas tous les internautes, mais beaucoup me posent des questions, ici ou par mail. Désolé donc pour ceux que le sujet fatigue. Si je ne leur répondais pas, vu l’actualité de mon enseigne, j’aurais l’impression de commettre un délit de fuite. Donc…

Suite au lancement, puis à la fermeture du premier comparateur de cette importance en France, je relève cette question, très fréquemment exprimée : « Pourquoi ne pas confier vos relevés de prix à un comparateur indépendant qui les mettrait en ligne. Pourquoi les enseignes de la grande distribution ne permettraient-elles pas à une association de consommateurs ou aux pouvoirs publics d’effectuer plus objectivement ces comparaisons ? ».

Je réponds bien volontiers à cette demande et j’y réponds avec un a priori favorable, non sans avoir, à cette occasion, insisté sur une confusion qui conduit les consommateurs à raisonner « site comparateur » alors qu’il s’agit de « publicité comparative ».

1) Un site comparateur neutre ?

Je ne demande que cela. En droit comme dans les faits, rien ne me paraît faire obstacle à une initiative de ce type. C’est d’ailleurs ce que fait modestement l’UFC-Que Choisir. La limite de l’exercice est cependant évidente. Pour être crédible, un tel site devrait disposer de moyens financiers et informatiques bien supérieurs.

Rien n’empêche non plus les pouvoirs publics de s’y atteler. La DGCCRF dispose d’un réseau de vérificateurs et de techniciens compétents.

Ces deux types « d’observateurs » ont l’avantage d’offrir une certaine garantie d’objectivité. Pour autant, toutes les questions qui nous ont été posées la semaine dernière, resteraient pertinentes. Ces « comparateurs » ne pourraient s’exonérer d’une méthodologie et d’une recherche de représentativité dont la mise en œuvre passe aussi par des choix subjectifs, des partis pris et des compromis. Si l’on veut éviter une instrumentalisation politique, par exemple, telle que l’influence d’un syndicat (association de consommateurs) ou du gouvernement (la DGCCRF est un outil dans ses mains !), il faudra bien justifier d’exigences éthiques et professionnelles qui, dans les sites actuels, font totalement défaut. Ni le site de Que Choisir, ni celui du Ministère des Finances ne publient leur méthodologie, leur liste de prix, ni un échantillon représentatif d’un quelconque panier ou d’une offre spécifiée.

Il y a aussi les comparateurs privés, type « kelkoo.com », « meilleurtaux.com », etc. Pourquoi pas ? Ils ont des moyens financiers (la pub des annonceurs). Reste que les infos émanant des comparateurs privés sont souvent « façonnées » par les fournisseurs eux-mêmes, sans que le public ne sache réellement s’il s’agit d’un « référencement payant » ou d’une préconisation objective et non rémunérée.

Bref, je suis plutôt d’accord avec ceux qui souhaitent que ce genre d’infos soient proposées par les associations de consommateurs. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas, ou alors dans des formats trop limités. Voilà pourquoi je me suis intéressé à passer par les voies offertes par la législation sur la pub comparative.

2) L’intérêt et les limites de la pub comparative

Puisque E. Leclerc n’est pas un simple observateur objectif et qu’il ne peut « nourrir un comparateur neutre », toute tentative de prouver sa performance passe par le seul cadre possible, la pub comparative.

C’est un cadre très restrictif. La législation est européenne, mais en France, les tribunaux restent campés sur des interprétations très strictes (trop) qui, de fait, empêchent cette forme de communication de se développer. C’est d’ailleurs sur cette base que nous avons dû fermer le site. Nous en reparlerons.

Mais si j’insiste sur ce point, c’est pour rappeler que si elle se doit d’être loyale et vérifiable, une publicité comparative n’a pas à être neutre. Sinon ce ne serait pas une publicité.

Quand, dans ses essais comparatifs, la Fnac faisait valoir les avantages des produits dont elle s’assurait l’exclusivité de la vente, elle ne pipait aucunement les dés. Elle faisait de la pub, tout en véhiculant une information qu’elle estimait objective et intéressante. Idem pour les pétroliers quand ils vantent les vertus comparées de leurs carburants additivés versus les carburants normalisés. Les pétroliers ont choisi eux-mêmes le terrain de leur comparaison, la qualité du produit, plutôt que les prix (ce qui serait à leur désavantage).

La directive européenne 84/450 a procédé à une harmonisation des conditions d’utilisation de la publicité comparative dans les états membres. La Cour de Justice européenne précise que « le choix du nombre de comparaisons auxquelles l’annonceur souhaite procéder entre les produits qu’il offre et ceux qu’offrent ses concurrents relève de l’exercice de sa liberté économique » ((arrêt PippigAugenoptik du 8/04/2003). Le fait de choisir un angle spécifique de comparaison n’est pas illicite, ni répréhensible.

Je conclus donc : Oui, l’idéal serait l’existence d’un site comparateur neutre, balayant l’offre la plus large possible. Je n’empêche personne de s’y atteler. Je veux bien y contribuer.

En attendant cette initiative, et en l’absence de celle-ci, je ne fais que revendiquer le droit d’effectuer une publicité comparative de prix. Qu’on m’oppose le rempart d’une éthique et d’une méthodologie, oui ! Qu’on m’oppose des conditions qui rendent l’exercice techniquement ou difficilement réalisable, c’est de l’hypocrisie.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 9 juin 2006

Quartier libre

Je suis en déplacement en cette fin de semaine. Je reviendrai, la semaine prochaine, sur les suites à donner à notre site « quiestlemoinscher.com » et à la polémique que son lancement a suscitée.

Evidemment, je connaissais par avance les difficultés de l’exercice. Je n’avais pas anticipé que certains de mes concurrents rejetteraient le débat de fond et préfèreraient faire fermer le site.

Peu importe. J’ai toujours dit que cette initiative avait vocation à être durable. Mon enseigne a prévu de rebondir.

En attendant ce débat et d’autres, je vous propose de poster ici, comme nous l’avons fait dans d’autres « Quartier libre », les notes et les commentaires qui vous tiennent à cœur, en essayant, s’il vous plaît (énième rappel), d’éviter tous ces spams, publicités indirectes et trolleries qui rendent parfois difficile la lecture de ces pages.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 7 juin 2006

Lundi de Pentecôte : l’Esprit Saint n’est pas tombé sur tout le monde !

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Je pose cette question : combien de temps faudra-t-il pour qu’un gouvernement décide de remettre à l’ouvrage cette loi de 2004, déjà malmenée en 2005, qui nous vaut une telle pagaille sur le marché du travail ? Oui, qui osera ? Qui tentera de remettre un peu de bon sens (et de bon ordre) dans ces dispositions aussi hypocrites qu’incohérentes.

1) Attention : je ne conteste pas le principe qui consiste à vouloir consacrer aux personnes âgées et aux handicapés le fruit d’une journée de travail. Les 2 milliards d’euros acquittés par les employeurs privés et publics, vont permettre à la Caisse Nationale de Solidarité (CNSA) de répartir quelques mannes pour moderniser les établissements de retraite, les services de médicalisation, créer 16 000 emplois supplémentaires d’aides spécialisées et financer l’allocation personnalisée d’autonomie.

Même si le souvenir des victimes de la canicule de l’été 2003 s’est estompé (15 000 victimes, dit Yves Thréard (Le Figaro, 5/06/06), personne n’oserait avoir le mauvais goût de contester la finalité ou l’urgence de l’investissement.

Dans une note du 2/05/05, j’avais contesté la méthode qui consiste à mettre les salariés dans l’obligation de cotiser de cette manière alors que ni les chômeurs, ni les retraités ne sont impliqués.

Ce qui s’est passé lundi dernier devrait achever de convaincre les professionnels, les syndicats et les politiques de modifier le système, tant devient ridicule l’étalage d’une hypocrisie et d’une incohérence jamais atteintes.

2) Quand l’Etat permet à ses administrations de donner le mauvais exemple, comment peut-il parler de solidarité, d’action collective et responsable, et se référer à la loi….

- Lundi dernier, l’Education Nationale et la Fonction Publique avaient fermé leurs portes, idem les collectivités locales et les hôpitaux, même La Poste !

- Je ne crois pas non plus que les parlementaires aient siégé !

- Dans ces conditions, le patron de la CGPME est fondé à dénoncer une inégalité criante entre les administrations et les PME incapables, elles, de « prendre en charge le versement de ces cotisations et « d’offrir » cette journée à leurs salariés ».

Hypocrisie donc, quand l’Etat fait la morale au privé mais autorise les services publics à se défiler.

Hypocrisie encore quand l’Etat interdit la circulation des poids lourds pour ne pas gêner tous ceux qui auront eu le droit de prendre la route pour un week-end prolongé !

3) La fausse bonne idée, c’est d’avoir fait croire au libre choix ! Comme si, dans des entreprises confrontées à la concurrence ou à la saisonnalité d’un marché, on avait le choix.

- Dans la distribution, certaines enseignes étaient ouvertes, d’autres pas. Loin de toute rationalité économique, beaucoup de mes adhérents ont préféré fermer plutôt que de maintenir un personnel pléthorique un lundi de week-end et alors que la moitié des clients ont profité du soleil.

Quelquefois aussi, les enseignes qui ont choisi d’ouvrir se sont vu menacées d’une grève (les 150 magasins Ed). Localement, on frise les guerres picrocholines, comme ces rééditions de conflits surgis l’année dernière : une délégation de salariés dont le magasin est fermé vient faire le piquet pour forcer la main aux salariés du magasin concurrent dont le comité d’entreprise avait légalement choisi de rester ouvert !

- Liberté de choix, vraiment ? Oui, assurément pour ceux qui sont dans les administrations ou le siège des grandes entreprises, mais…pas pour les petites entreprises, ni même les sociétés de services dépendantes de la pression du public.

Résultat ? 44 % des salariés du privé auraient travaillé ce lundi. Imaginez ce que cela implique au niveau de la vie familiale. Pas besoin de chercher plus loin une autre explication pour justifier l’absentéisme dans les entreprises. A quel coût et en provoquant quelles perturbations ?

Pour ma part, je considère que les défenseurs de « la journée travaillée mais pas payée » devraient, en toute cohérence, exiger une application uniforme de la loi. A défaut, qu’on procède par un prélèvement fiscal général et qu’on arrête d’interférer de la sorte sur l’organisation du travail.

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 2 juin 2006

« quiestlemoinscher.com » : réponses aux détracteurs et pistes d’amélioration !

Deux millions de pages consultées en un peu plus d’une semaine, des encouragements, des suggestions par centaines et des critiques aussi…

Evidemment, les critiques les plus vives sont venues des concurrents. Mais, paradoxalement aussi, d’organisations qui, pionnières dans la constitution de ce genre d’indice, s’interrogent sur la légitimité de notre démarche et déplorent probablement aussi la perte d’une forme d’exclusivité. Curieuse réaction pourtant que la leur.

Des associations de consommateurs (dont nous ne contestons pas le rôle) nous reprochent un manque de transparence, une absence de méthodologie…alors qu’elles-mêmes s’en sont toujours exonérées. Qu’on en juge : elles contestent la représentativité de nos relevés (qui portent sur 3 500 produits) alors que leurs propres indices n’en contiennent qu’une centaine. Elles contestent un projet de publication trimestrielle dont nous souhaitons augmenter la fréquence, alors qu’elles n’éditent leur indice qu’une fois par an.

Nos concurrents nous reprochent d’avoir inclus dans les indices une part importante de marques de distributeur et de premiers prix. Ils investissent eux-mêmes des millions en publicité pour promouvoir ces marques et dire qu’elles sont moins chères. Pourquoi faudrait-il les éliminer de la comparaison ? Ils prétendent que les premiers prix ne sont pas comparables, mais nous reprochent aussitôt l’absence de comparaison avec les hard-discounters qui pourtant vendent principalement des premiers prix. Cherchez l’erreur !

Il faut relativiser ces polémiques. La publication de cet indicateur, le premier de cette importance en France, a pris de court les pouvoirs publics, les organisations de consommateurs et les professionnels. A défaut de relever le défi, certains concurrents n’auront d’autre riposte que le dénigrement ! C’est gênant, ça jette le trouble, lève des doutes. Mais tant pis. Notre démarche est durable. La méthode s’enrichira des nombreuses suggestions. On réparera les erreurs, on communiquera plus clairement sur la méthodologie, et pour autant que la technologie et la déontologie le permettront, nous multiplierons les initiatives pour répondre aux différentes attentes.

Pour l’heure, il nous faut commencer à répondre à un certain nombre de questions, exprimées sur ce blog, dans la boîte aux lettres du site « quiestlemoinscher.com », ou encore dans la presse (Le Monde du 31/05/06).

Question 1 : Est-ce E. Leclerc qui effectue les relevés de prix ?

Réponse : Non. Les relevés de prix sont effectués par un panéliste réputé, Panel International. Par vagues successives, cette société mobilise 200 à 300 enquêteurs qui visitent 1 500 à 2 000 magasins de 17 enseignes pour relever les prix de 200 000 articles (20 à 28 millions d’observations).

Question 2 : Est-ce E. Leclerc qui passe commande. Qu’est-ce qui garantit le sérieux des relevés ?

Réponse : Toutes les données sont collectées par le panéliste qui en revend certaines aux industriels et d’autres aux distributeurs contractants. C’est ce qui explique qu’aucun concurrent ne conteste véritablement la qualité des relevés. Ils les achètent pour la plupart et s’en servent, depuis des années, pour étalonner leur propre performance. Nous n’avons fait qu’utiliser ces données préexistantes, dont le sérieux n’a jusqu’à maintenant jamais été remis en cause.

Question 3 : Le panéliste (Cf. Le Monde du 31/05) se défend d’être responsable du périmètre produits choisi par E. Leclerc pour calculer les indices

Réponse : Ce point est totalement exact. La société Panel « se contente » d’être un fournisseur de données. Pour préserver son indépendance vis-à-vis des distributeurs, cette société n’intervient pas dans l’exploitation des résultats. Chacun de ses clients peut demander que les relevés de prix soient classés, traités ou présentés par catégorie, par site, partiellement ou exhaustivement au gré des besoins… C’est bien nous qui avons choisi de présenter les résultats sous forme d’écarts indiciels. Mais c’est Panel qui garantit la qualité des relevés de prix.

Le Panel envoie ses enquêteurs relever les prix de façon exhaustive. Compte tenu des différences de taille de magasins, des politiques d’assortiment, des ruptures, il en ressort une liste forcément plus limitée d’articles comparables détenus par chaque enseigne. Les indices publiés ne sont donc pas le fruit du hasard ou d’une quelconque manipulation. Les articles de grandes marques sont ceux qui sont le plus détenus dans les grandes surfaces. Idem pour les produits de marques de distributeur, dont le panéliste effectue les relevés en évinçant par avance les produits techniquement non comparables.

Question 4 : Vous ne communiquez pas sur la liste des 3 500 articles constituant votre panier ?

Réponse : Si l’on veut que les relevés de prix se déroulent de façon non discutable, une condition essentielle est que nos magasins, pas plus que les concurrents, ne soient pas informés par avance de la liste des produits relevés, ni de la période de réalisation du relevé. C’est le panéliste qui assure cette objectivité en décidant, à l’intérieur d’une même période, l’ordre des passages en magasin. Les relevés, sur une même zone, sont effectués la même semaine.

Je comprends la frustration sincère de consommateurs qui auraient aimé pouvoir visualiser les articles dont on parle « derrière les indices ». Nous étudions cette question. Il est pratiquement inenvisageable, pour des raisons techniques, de publier le classement de plus de 20 millions d’observations par article, par enseigne et par zone. Aucun comparateur de cette dimension n’existe sur le marché. Et même les indices partiels (Ministère des Finances, Que Choisir, Linéaires) ne le font pas. En revanche, il est techniquement possible, même si c’est une opération lourde, de publier une liste de la plupart des articles faisant l’objet de ces relevés. Le travail est en cours.

Qu’on me permette de rétorquer à nos détracteurs que les organisations de consommateurs se sont elles-mêmes exonérées de cette transparence (aucune liste publiée, ni justification de la composition du panier d’articles). Ceux qui nous reprochent un manque de méthodologie n’ont jamais publié la leur !

Ne soyons donc pas naïfs. Si on nous le réclame, c’est certainement aussi pour accroître les coûts et les difficultés techniques qui apparaîtront immanquablement.

Question 5 : Des doutes ont été émis sur la représentativité du panier d’articles relevés dans l’indice. Et notamment, la pondération entre les grandes marques et les marques de distributeur est contestée par vos concurrents.

Réponse : Notre indice n’est pas un indice de cherté. Nous n’avons jamais prétendu qu’il était représentatif d’un panier d’achats. Si l’INSEE, le CREDOC, etc., utilisent des indicateurs globaux de ce type, il n’en existe pas qui se réfèrent à des observations concrètes au niveau d’une zone de chalandise, ni même d’une enseigne.

Nous nous sommes placés d’un point de vue purement professionnel et avons comparé notre offre avec celle de nos concurrents. L’offre de la plupart des enseignes est composée de grandes marques, de marques de distributeur et de premiers prix. Cette segmentation correspond au choix proposé par chaque enseigne aux consommateurs.

Notre souhait a toujours été d’approcher une certaine forme d’exhaustivité, en tout cas de couvrir une comparaison très large d’articles.

Question 6 : Vos concurrents considèrent qu’un indice exhaustif fait la part belle à E. Leclerc.

Réponse : Absolument. C’est justement notre thèse. Certains concurrents ne sont performants que sur les prix d’appel (technique, dénoncée par les organisations de consommateurs, dite de « l’îlot de pertes dans l’océan de profits »). Et le temps d’une promotion ou d’un anniversaire, toutes les enseignes peuvent prétendre être les moins chères dans un indice limité à quelques centaines d’articles. Mais si l’on compare une offre plus large, notre enseigne est depuis toujours la moins chère, quelles que soient les publications des panélistes. Je défie quiconque de publier un relevé de cette importance qui infirme ce propos.

Question 7 : Des distributeurs estiment que la part accordée aux MDD est trop forte et qu’elle favorise E. Leclerc

Réponse : Au nom de quel principe méthodologique ? Quel pourcentage aurait-il fallu retenir pour comparer plus « honnêtement » nos offres respectives ? Aurions-nous dû attendre que tel distributeur, en retard sur le déploiement de ses gammes premiers prix, ait atteint notre niveau ? Cette polémique n’a aucun sens, d’autant que le consommateur compare ce qu’on lui présente.

Les observateurs retiendront qu’à travers cette critique, nos concurrents reconnaissent implicitement que nos MDD sont moins chères.

Question 8 : Comment pouvez-vous comparer des produits de marques de distributeur ?

Réponse : La comparaison des produits MDD est une pratique habituelle des distributeurs dans l’univers GSA. La méthode employée par les panélistes suit des règles partagées par la profession : seules les références dont la description produit (quels ingrédients, selon quels pourcentages, etc.) et le grammage (plus ou moins 5 %) sont identiques, ont été comparées. Certains distributeurs le contesteraient après publication de nos indices ? Pourtant, je le répète, cela fait des années qu’ils achètent aux panélistes tous ces relevés de prix dont ils n’ont jamais contesté la méthodologie.

Question 9 : Pourquoi ne vous comparez-vous pas aux hard-discounters ? Avez-vous peur de leur politique de prix ?

Réponse : Si le hard-discount ne figure pas dans cette première livraison du comparateur, c’est par souci de méthodologie. Et de déontologie aussi. Mais nous allons essayer de résoudre le problème.

Par choix, et compte tenu de leur surface, les HD proposent un nombre très limité d’articles : selon les enseignes, entre 500 et 1 200 références. Puisque nous poursuivions l’objectif d’établir une comparaison la plus large possible, l’introduction du HD dans le comparateur aurait fait passer l’offre comparable de 3 500 articles à 320/330 articles en moyenne. Nous serions alors tombés dans le travers que nous dénoncions avec les indices trop partiels.

Quant au procès qui nous est fait sur le niveau de prix, je renvoie aux comparaisons nationales que nous avons postées dans la note méthodologique du site « quiestlemoinscher.com ». Les premiers prix de nos enseignes sont 16 à 31 % moins chers qu’en HD. C’est bien par déontologie et pour tenir compte des problèmes précédemment évoqués que nous n’avons pas voulu altérer cette première édition du comparateur en incluant le HD. Mais nous y travaillons.

Question 10 : Les zones de chalandise : des consommateurs ne comprennent pas le découpage, ni l’absence, dans le comparateur, d’enseignes qui leur sont plus accessibles que celles qui ont été parfois retenues

Réponse : D’abord, il faut le reconnaître, il y a eu des erreurs : une vingtaine environ sur les 2 000 magasins comparés. C’est en cours de rectification.

Mais, c’est vrai, la méthodologie mérite d’être expliquée pour lever certaines incompréhensions.

- La couverture nationale : On nous reproche de ne pas avoir couvert toutes les zones, ni toutes les enseignes. La remarque est juste. Mais c’est normal. Puisque nous avions choisi d’étalonner la performance des E. Leclerc, nous ne pouvions nous comparer aux autres dans les régions où nous ne sommes pas implantés.

- La couverture locale : Les consommateurs déterminent leur propre zone de chalandise à partir de leur domicile. Il n’est pas possible, vu leur nombre, de procéder de la sorte. Les experts du Panel ont déterminé des zones autour de nos magasins en fonction des temps de circulation (principe des zones isochrones). Au sein de ces zones, les principaux concurrents les plus proches ont été identifiés avec, chaque fois que cela a été possible, trois concurrents minimum et sept maximum. Nous avons ainsi construit 500 zones de comparaison autour de nos magasins.

Question 11 : Certains concurrents prétendent que vous avez sciemment évincé des enseignes performantes et choisi des petits magasins moins performants (Le Monde cite des magasins de 300 m²)

Réponse : Pur mensonge : le panéliste, dans sa méthode, n’a retenu que les concurrents d’une taille supérieure ou égale à 800 m² pour pouvoir quand même citer des enseignes de supermarchés. Pour les prochaines éditions, nous relèverons ce seuil à 1 200 m². Mais attention, si, dans les villes moyennes où nous sommes implantés, nous ne retenions pas les Intermarché, Champion, Atac ou Système U qui sont souvent nos principaux concurrents, on nous accuserait, à l’inverse, de ne pas les avoir retenus malgré leur taille.

Question 12 : Peut-on se contenter d’un indice trimestriel alors que les prix de certains produits changent pratiquement tous les jours ?

Réponse : C’est effectivement la limite de la démarche. Comme tous les autres indices actuellement publiés, le site « quiestlemoinscher.com » ne représente qu’une « photo » à un instant donné. La plupart des autres indices sont annuels. Le nôtre est, pour le moment, trimestriel, parce que tributaire des organismes qui effectuent les relevés. Mais c’est déjà un plus.

Nous nous sommes engagés dans une démarche de progrès. Outre l’intégration de nombreuses suggestions, nous réfléchissons à une fréquence de mise à jour plus adaptée aux besoins réels des consommateurs. Nous y travaillons.

Michel-Edouard Leclerc