Archive pour le 7 juin 2006

Mercredi 7 juin 2006

Lundi de Pentecôte : l’Esprit Saint n’est pas tombé sur tout le monde !

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Je pose cette question : combien de temps faudra-t-il pour qu’un gouvernement décide de remettre à l’ouvrage cette loi de 2004, déjà malmenée en 2005, qui nous vaut une telle pagaille sur le marché du travail ? Oui, qui osera ? Qui tentera de remettre un peu de bon sens (et de bon ordre) dans ces dispositions aussi hypocrites qu’incohérentes.

1) Attention : je ne conteste pas le principe qui consiste à vouloir consacrer aux personnes âgées et aux handicapés le fruit d’une journée de travail. Les 2 milliards d’euros acquittés par les employeurs privés et publics, vont permettre à la Caisse Nationale de Solidarité (CNSA) de répartir quelques mannes pour moderniser les établissements de retraite, les services de médicalisation, créer 16 000 emplois supplémentaires d’aides spécialisées et financer l’allocation personnalisée d’autonomie.

Même si le souvenir des victimes de la canicule de l’été 2003 s’est estompé (15 000 victimes, dit Yves Thréard (Le Figaro, 5/06/06), personne n’oserait avoir le mauvais goût de contester la finalité ou l’urgence de l’investissement.

Dans une note du 2/05/05, j’avais contesté la méthode qui consiste à mettre les salariés dans l’obligation de cotiser de cette manière alors que ni les chômeurs, ni les retraités ne sont impliqués.

Ce qui s’est passé lundi dernier devrait achever de convaincre les professionnels, les syndicats et les politiques de modifier le système, tant devient ridicule l’étalage d’une hypocrisie et d’une incohérence jamais atteintes.

2) Quand l’Etat permet à ses administrations de donner le mauvais exemple, comment peut-il parler de solidarité, d’action collective et responsable, et se référer à la loi….

- Lundi dernier, l’Education Nationale et la Fonction Publique avaient fermé leurs portes, idem les collectivités locales et les hôpitaux, même La Poste !

- Je ne crois pas non plus que les parlementaires aient siégé !

- Dans ces conditions, le patron de la CGPME est fondé à dénoncer une inégalité criante entre les administrations et les PME incapables, elles, de « prendre en charge le versement de ces cotisations et « d’offrir » cette journée à leurs salariés ».

Hypocrisie donc, quand l’Etat fait la morale au privé mais autorise les services publics à se défiler.

Hypocrisie encore quand l’Etat interdit la circulation des poids lourds pour ne pas gêner tous ceux qui auront eu le droit de prendre la route pour un week-end prolongé !

3) La fausse bonne idée, c’est d’avoir fait croire au libre choix ! Comme si, dans des entreprises confrontées à la concurrence ou à la saisonnalité d’un marché, on avait le choix.

- Dans la distribution, certaines enseignes étaient ouvertes, d’autres pas. Loin de toute rationalité économique, beaucoup de mes adhérents ont préféré fermer plutôt que de maintenir un personnel pléthorique un lundi de week-end et alors que la moitié des clients ont profité du soleil.

Quelquefois aussi, les enseignes qui ont choisi d’ouvrir se sont vu menacées d’une grève (les 150 magasins Ed). Localement, on frise les guerres picrocholines, comme ces rééditions de conflits surgis l’année dernière : une délégation de salariés dont le magasin est fermé vient faire le piquet pour forcer la main aux salariés du magasin concurrent dont le comité d’entreprise avait légalement choisi de rester ouvert !

- Liberté de choix, vraiment ? Oui, assurément pour ceux qui sont dans les administrations ou le siège des grandes entreprises, mais…pas pour les petites entreprises, ni même les sociétés de services dépendantes de la pression du public.

Résultat ? 44 % des salariés du privé auraient travaillé ce lundi. Imaginez ce que cela implique au niveau de la vie familiale. Pas besoin de chercher plus loin une autre explication pour justifier l’absentéisme dans les entreprises. A quel coût et en provoquant quelles perturbations ?

Pour ma part, je considère que les défenseurs de « la journée travaillée mais pas payée » devraient, en toute cohérence, exiger une application uniforme de la loi. A défaut, qu’on procède par un prélèvement fiscal général et qu’on arrête d’interférer de la sorte sur l’organisation du travail.

Michel-Edouard Leclerc