Archive pour le 13 juin 2006

Mardi 13 juin 2006

U.E.-biologique : un label pour les produits bio européens, mais pas au rabais !

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Querelle idéologique, corporatiste, ou débat d’utilité publique ? La question de la création d’un label européen pour les produits bio agite la mouvance écologiste, mais aussi les entreprises agroalimentaires et les syndicats agricoles français. C’est en principe, en fin d’année, que la décision sera prise. En fait, elle est pratiquement entérinée. La seule question officiellement en suspens : le label sera-t-il obligatoire ou non ?

Mais sous le boisseau, couve une vraie problématique, celle de l’industrialisation de ce mode de production, historiquement associé au modèle de la petite entreprise (du moins dans l’hexagone) alors que le bio devient, fort de son succès (et de ses marges !), un enjeu pour les grandes entreprises agroalimentaires.

L’enjeu : l’industrialisation du marché bio

Depuis une réglementation qui date (déjà) de 1991, l’U.E. a laissé les professionnels organiser le marché autour de chartes nationales plus ou moins contraignantes. En France, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) a toujours préconisé une politique de rigueur et n’a jamais hésité à faire le ménage en son sein. Avec les fédérations espagnoles et italiennes, nos agriculteurs bio font pression pour que la Commission défende une position dure : cahier des charges restrictif, label obligatoire.

L’enjeu est d’importance.

En Suisse, en Allemagne ou dans les pays nordiques, le secteur s’est fortement adapté à l’accroissement du marché et à son industrialisation. Dans ces pays, à l’instar de ce qui se passe sur le marché du commerce équitable, la grande distribution joue un rôle moteur (Cf. ma note sur les Coop Suisse). Les marques d’enseigne (MDD) sont perçues comme co-garantes de la qualité bio. Dans la production ou la distribution, bio et marketing font bon ménage.

En France, le bio a longtemps été l’apanage d’un secteur artisanal très atomisé. Le label était même devenu la marque d’une ruralité revendiquée par des producteurs qui en ont fait une arme face aux excès du productivisme agroalimentaire.

Mais désormais, les grands de l’agroalimentaire y investissent (produits laitiers, volaille, confiture, biscuiterie). Danone, Nestlé veulent devenir leaders. Un même schéma d’évolution, donc, que dans l’Europe du Nord.

Et si le marché hexagonal stagne conjoncturellement, du fait de sa cherté, les perspectives d’échanges intracommunautaires vont de plus en plus faire la part belle aux produits de nos voisins.

Le risque d’un label au rabais

Pour ma part, je ne suis pas opposé à ce qu’on rende obligatoire un même label dans l’U.E.. Les consommateurs n’en exprimaient pas encore vraiment le besoin. Les labels actuels que l’on trouve sur le marché français, sont tout à fait pertinents tant du point de vue de leurs engagements que de leur lisibilité. Mais si l’on met en perspective le doublement ou le triplement du marché, autant devancer les problèmes et harmoniser les sigles.

Mais je suis entièrement d’accord avec les exigences émises par certaines fédérations françaises (dont Inter Bio Bretagne) qui craignent un texte qui ne retiendrait du cahier des charges bio européen que les plus petits éléments communs dénominateurs.

Faut-il, comme elles le souhaitent, exiger de descendre encore le seuil fixant la présence des OGM à 0,9 % de la composition d’un produit ? Pourquoi pas. (De toute façon, cette disposition n’aura d’efficacité que si on arrive à contenir et à marginaliser les cultures OGM. A défaut, je ne vois pas comment on pourra empêcher les pollinisations croisées. Et que restera-t-il des possibilités de produire bio dans ce cas-là ?).

Mais en tout état de cause, il serait stupide que la Commission Européenne retienne, contre l’avis de la FNAB et d’Inter Bio, un texte qui autoriserait l’usage de pesticides chimiques et l’assemblage (dans les plats préparés, par exemple) de produits non issus de l’agriculture biologique.

On peut être fana du bio ou pas. On peut, ou non, revendiquer, label bio au poing, une démarche plus politique. Mais même si l’on s’en tient à la simple rationalité économique, l’intérêt de rendre obligatoire un label bio, c’est d’en assurer la capacité différenciante par rapport à un marché normalisé. Les consommateurs, pas plus d’ailleurs que les acteurs économiques, n’auraient intérêt à ce que l’on brade le label bio.

Michel-Edouard Leclerc