Archive pour le 20 juin 2006

Mardi 20 juin 2006

Marie-Antoinette (par S. Coppola) et Chirac-Villepin (par Villepin) : les fins de règne se ressemblent !

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Monarchie :

Nombreux sont les observateurs de la société française qui parlent, à l’instar de Patrick Devedjian, d’une « dérive monarchique dans le fonctionnement des institutions ». De fait, Jacques Chirac est de plus en plus isolé à force d’avoir terriblement restreint les pouvoirs du Parlement, l’audience de la Majorité, et confiné le locataire de Matignon dans un rôle de « Premier Ministre de convenance » (dixit toujours P. Devedjian, Le Monde, 19/06).

Révolution :

Sans doute parce qu’elle a flairé le vent de la révolte, Christine Boutin a suggéré, samedi, de changer l’ordre des couplets de la Marseillaise et envisage de proposer, en octobre, une version « moins sanguinaire et moins révolutionnaire » (Libé, 19/06).

Prémonition, alerte surgie d’un inconscient collectif ? Elle n’est pas seule en tout cas à s’intéresser à la période révolutionnaire. Roger-Gérard Schwartzenberg, prof à Sciences Po, député radical devait sortir de la projection de Coppola quand dixit : « Villepin est dans la position d’indifférence aux attentes populaires que pouvait incarner Marie-Antoinette en 1788 » (Le Parisien, 17/06/06). Voilà un rôle pour Galouzeau dans la suite que la réalisatrice américaine pourrait réaliser, cette fois-ci, pas à Versailles, mais dans les arènes de Lutèce : « On a d’un côté la légion romaine très organisée de l’UMP et de l’autre les tribus gauloises de l’ex-gauche plurielle… » (toujours RGS). Décidément, la vie politique française va offrir à Hollywood ses plus beaux scénarios.

Royalisme :

Alors que l’Amérique s’obstine à revisiter (à la manière des metteurs en scène des casinos de Las Vegas) la figure légendaire de Marie-Antoinette, la presse française multiplie les métaphores royalistes : « En déplacement sur ses terres, Ségolène Royal a été victime d’un lancé de fraisiers » (Le Parisien, idem). Les médias ont tous salué « le sourire qu’arborait la reine des Deux-Sèvres ». Peu ont signalé que l’entarteur bénéficiât d’une solide « garde à vue » (normal !), mais aussi que sur plainte Royale, la justice fut saisie. On peut faire bonne figure devant les caméras du peuple, mais les lettres de cachet, c’est pas pour les chiens !

A propos de cachet : Celui de Forgeard, tel Fouquet, dont la provocante richesse, après celle de Zacharias et quelques autres, a fini par irriter toute la Cour. On parle de légiférer contre ces nouveaux assignats dont, hier encore, des sénateurs vantaient les mérites. Sur le principe, je n’ai rien contre les stock-options (je n’en ai pas moi-même !). Mais c’est fou ce qu’on peut dire comme conneries quand, pris à piquer l’argent de la quête, le riche passe à confesse : « Je n’ai pas fauté… Je veux être très franc avec vous : je suis comme un paysan, j’aurai 60 ans le 8 décembre prochain. Même si je suis tout en haut de l’échelle, je reste un ingénieur… J’appartiens au monde du travail, je ne suis pas un capitaliste… ».

Je n’ai rien personnellement contre cet homme qu’on disait expert. Mais voilà des propos bien naïfs pour un prince. Pas étonnant que les Français persistent dans leur aversion pour la réussite capitaliste si les élites n’assument pas !

Dans cette affaire, il y a deux affaires : un délit d’initié potentiel (à voir !), mais aussi un vrai délit de management. A qui veut-on faire croire qu’en trois mois, des difficultés « certes significatives, mais qui sont fréquentes dans la construction aéronautique… » se transforment en catastrophe à un million de dollars pièce ! En relisant l’interview de NF (17/06), je m’imaginais dans la même situation. Non, impossible. On m’aurait, à juste titre, salement tancé, peut-être même aurais-je dû tirer ma révérence ! Manifestement, on ne règne pas sur le même monde.

EADS, par-ci, GDF, par-là. Les scénarios ne sont pas tout à fait les mêmes. Mais le public, actionnaire, salarié ou client, aura bien du mal à comprendre les atermoiements de nos princes. Hier, le gouvernement justifiait les hausses de tarif du gaz en se cachant derrière l’indexation avec le cours du pétrole. Le Palais faisait fi des critiques, qu’elles viennent de Que Choisir, de clients belges, ou d’actionnaires européens.

Demi-tour. Désormais, le PDG, Cirelli, ancien de chez Raffarin, tente de masquer la privatisation en se faisant défenseur du service public : « L’entité doit être préservée » (malgré la fusion !). Et, grand prince, Gérard Mestrallet (Suez) demande qu’on veille à « privilégier les aspects industriels, les intérêts des salariés, des actionnaires et des clients ». Mais quels autres intérêts faudrait-il donc privilégier ?

Fin de règne :

Quel rapport, me direz-vous, entre Villepin, Forgeard, Zacharias, Marie-Antoinette et Fouquet ? Eh bien, justement, une fin de règne. Rarement les princes tombent seuls. Dans leur chute, incapables d’assumer leur superbe, ils ont besoin d’entraîner leur Cour. Sophie de Menthon (club Ethic) qui intervient souvent aux « Grandes Gueules » de RMC, a vu juste : « Pour les Français, les problèmes du capitalisme sont les problèmes de la droite, associée aux puissances d’argent. Aux élections prochaines, ils risquent de renvoyer tout ce petit monde à la Bastille » (je cite de mémoire).

Situation prérévolutionnaire ? Peut-être pas. Mais pour le coup, certains députés UMP seraient prêts à sacrifier Villepin-Marie-Antoinette. Tel Jean Leonetti (député des Alpes-Maritimes) qui ironise : « Quand Grand Chef Matignon parle, majorité inquiète ». En défense, placide, Bruno Le Maire, conseiller de Galouzeau rétorque : « Il faut que les choses percolent, le temps jouera pour nous ». D’accord…

Les princes déchus peuvent espérer qu’un jour on les réhabilite et qu’on révise les méchants procès qu’on leur fit. Seulement voilà, le problème, c’est qu’en général, à ce moment-là, ils ont eux-mêmes été percolés par l’Histoire.

Michel-Edouard Leclerc