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Lundi 26 juin 2006

Jean Roba, l’un des géants de l’Ecole Belge de la BD, a tiré sa révérence !

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Ses albums se sont vendus à 25 millions d’exemplaires. Ils ont été traduits dans une quinzaine de langues. Il fait partie des « tout grands » de la bande dessinée, aux côtés d’Uderzo, de Morris ou de Franquin, les grands héritiers franco-belges d’Hergé et de Jacobs. Et pourtant, il n’aura eu le droit, le jour de sa mort, qu’à quelques lignes dans les journaux français. C’est Olivier Delcroix, dans Le Figaro, qui aura eu l’audace de saluer sa mémoire avec les mots les plus généreux et les plus reconnaissants.

Il faut dire qu’aujourd’hui, dans l’univers des adolescents, les histoires de Jean Roba paraissent bien naïves. « Boule et Bill, c’est un univers heureux, idéalisé » (D. Couvreur, Le Soir). C’est le reflet de ce que Jean Roba appelait la Belgique joyeuse des années 30, celle qui voulait fuir les problèmes de la guerre et du chômage.

Chez lui, il y a quelques semaines, il avait gentiment répondu à une longue interview que je publierai dans la prochaine livraison de « Itinéraires dans l’Univers de la Bande Dessinée ». Quel homme accueillant et généreux il était.

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Déjà terriblement fatigué, il avait rouvert certains de ses albums et commenté avec ironie ce que d’aucuns appellent le monde « désuet » de Boule et Bill. « Oui, c’est sûr, dans mes dessins, il n’y a pas d’étalage de violence, ni d’actions frénétiques, tout au plus, de temps en temps, un vase cassé, un accident de voiture. Mais je revendique un humour simple, fait d’esthétique et de sensibilité ».

L’homme ne prétendait pas révolutionner le monde avec des coups de crayon. Même si parfois il s’irritait discrètement de ce que les journalistes ne l’interviewaient que pour parler de Franquin, son ami et mentor dans Spirou, il revendiquait sa propre capacité à saisir tous les codes d’une adolescence prolongée, qui se plaît dans l’esprit d’aventure, la fréquentation des copains et une propension à sourire au moindre gag.

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Attention : petite remarque pour ceux qui ne connaissent pas bien l’histoire de la BD et qui néanmoins voudraient briller dans les dîners en ville. Dans Boule et Bill, le cocker, ce n’est pas Boule, mais Bill. N’y voyez aucune perversité. Boule, c’était le fils de Roba, ainsi surnommé à l’école parce que rondouillard. Et Bill, c’était, en 1959, le nom du chien de Roba !

C’est Laurent Verron qui, chez Dargaud, a repris la série depuis déjà trois ou quatre ans.

A l’heure des jeux vidéo, les petits héros de Jean Roba continuent de caracoler en tête des ventes en hypermarché. Belle récompense pour cet homme qui s’est éteint discrètement, la semaine dernière. Il avait dû, comme d’autres, se battre avant de connaître le succès : en dessinant d’abord des vitraux, en devenant photographe ou en faisant de la pub ! Et puis, finalement, la gloire avec les gros tirages.

Beau pied de nez aussi à tous les ingrats qui, au nom de la modernité, n’osent même plus prendre la plume pour saluer le travail d’un bonhomme qui, avec des histoires courtes, simples (il a aussi dessiné des histoires de l’Oncle Paul), aura semé des petits grains de bonheur dans l’éducation de millions de lecteurs.

Un peu de reconnaissance, s’il vous plaît !

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Michel-Edouard Leclerc