Archive pour août 2006

Jeudi 31 août 2006

Le prix de la rentrée scolaire : bonnes et mauvaises querelles

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Comme chaque année, beaucoup d’articles commentent le coût de la rentrée scolaire. Et, à cette occasion, nous avons toujours droit au même débat, incriminant les commerçants, sur la base d’indices qui, sans être contradictoires, alimentent vrais et faux débats.

Je conviens qu’en cette période difficile pour le pouvoir d’achat, les familles ont bien des motifs de récrimination. Mais en 2006, les prix ont été sages. A vouloir tout focaliser sur le prix des seules fournitures scolaires, on oublie bien des dérives dont les familles et les institutions scolaires sont responsables.

1) Le poids global des dépenses scolaires

C’est une dépense lourde. Même dans un pays où l’éducation publique revendique sa gratuité, la rentrée scolaire coûte cher. De 45,20 € en maternelle à 793,54 € en seconde technologique, selon les estimations de la CSF (Confédération Syndicale des Familles).

a) Selon les modes de calcul, le coût moyen d’entrée en sixième se décompose comme suit :

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b) Si l’on fouille dans toutes les dépenses annexes, l’accroissement des débours est encore plus impressionnant.

Dans son édition du 30/08, le journal Var Matin donnait ces quelques estimations :

- 4 € 2 photos d’identité

- 7,5 € Télécarte 50 unités

- 20 à 50 € Certificats médicaux

- 60 à 180 € Inscriptions activités sportives

Aux célibataires, tout cela paraîtra anecdotique. Pour un couple ayant deux enfants scolarisés en banlieue ou en province, ces dépenses annexes peuvent représenter, carte de transport incluse, 200 à 600 € supplémentaires, sans luxe excessif.

2) La responsabilité des acteurs économiques dans le coût de la rentrée scolaire

Si l’on isole de ces dépenses globales le prix des seules fournitures scolaires, les 202,71 € dépensés en magasin se décomposent comme suit (source FFF) :

- Vêtements de sport 58,06 €

- Papeterie 49,76 €

- Cartable , calculatrice, trousse 94,89 €

a) Evolution des prix

Si l’on en croit les associations de consommateurs, l’inflation sur ces articles aura été de 1,51 % selon la CSF et de 0,31 % pour la FFF.

Personne ne peut nier cette évidence : la concurrence a joué à plein et les prix sont restés sages, malgré l’augmentation de l’énergie qui a incontestablement renchérie le prix du papier.

b) Les prix auraient plus augmenté en hyper ?

Je n’en crois rien. Toutes les données professionnelles dont je dispose démontrent qu’au contraire, les prix ont baissé dans nos rayons. Mais…admettons !!! D’où tire-t-on qu’il faille se focaliser sur le taux d’augmentation plutôt que sur le niveau des prix lui-même. Je reprends les statistiques de la FFF et je constate que le « panier » est le suivant :

- Magasins spécialisés (Virgin, Fnac) 270,06 €

- Hypers 182,66 €

88 euros d’écart, soit plus de 32 % moins cher en hyper.

Ces chiffres devraient suffire à faire taire bien des commentaires qui, à défaut d’être fondés, vont finir, croyez-moi, par démotiver nos acheteurs et chefs de rayon qui ont sacrément bien travaillé cette année.

3) Trois pistes pour optimiser la dépense

Gros poste de dépenses, mais relative sagesse des prix : si l’on veut bien accepter ce constat et arrêter de faire porter aux commerçants la seule responsabilité des dérives, je retiens des débats actuels trois pistes d’amélioration.

a) Responsabilité des directeurs d’école

Sur Europe 1, il y a déjà une semaine, j’entendais des parents d’élèves pester contre d’impossibles listes d’articles à se procurer en magasin, comme toutes ces calculettes très chères…alors que bien des modèles, de prix inférieur, suffiraient. Les directeurs d’école en convenaient. Peut-être serait-il plus efficace que les parents d’élèves s’organisent, discutent avec les professeurs et ne considèrent plus comme obligatoires ou non négociables ces listes qui ne devraient servir que de repères. (Pour cela, il est vrai, il faudrait encore que les établissements fassent parvenir ces listes avant les vacances et non la veille de la rentrée !!!)

b) Responsabilité des familles

A la télé, dans les magazines, sur les rayons, la pub racole pour les produits de marque, les produits les plus chers. L’offre est tentante. Mais est-ce bien aux distributeurs qu’il appartient de limiter ou de censurer leur offre ? Leur métier, au contraire, ne consiste-t-il pas à assurer le choix et à laisser les familles arbitrer ?

L’argument selon lequel les parents sont nécessairement débordés par leurs enfants me paraît grotesque. Il existe aujourd’hui des produits à marque de distributeur ou des marques industrielles toute simples qui sont 30 à 60 % moins chères que les produits sous licence. Faites vos choix. Les parents qui ont acheté des cartables ou des trousses Von Dutch, Chipie, Airness, Kanabeach…and co, éprouvent peut-être quelques frustrations ex-post, mais ils ne sont pas forcément les mieux placés pour réclamer une augmentation des allocations scolaires.

c) Les allocations

Cette année, trois millions de ménages modestes vont toucher une aide de 268 € par enfant de 6 à 18 ans. On peut faire la fine bouche. « Ca ne coûte pas cher de réclamer plus ». Mais, objectivement, si on compare ce chiffre avec le coût moyen global précédemment évoqué, c’est tout de même une belle allocation.

Là où la critique est juste, c’est quand elle dénonce l’uniformité des versements. A juste titre, Henri Joyeux, de la FFF, rappelle que, selon les niveaux de classe, le coût de la rentrée scolaire peut être multiplié par 7 ou 8. La modulation de ces aides apparaît alors comme nécessaire, d’autant qu’il est question de ramener à l’école bien des enfants dont les familles (et pas simplement en banlieue) ont accepté qu’ils s’en soustraient.

Michel-Edouard Leclerc

Mercredi 30 août 2006

Une démarche HQE pour le siège des Centres E. Leclerc

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© Cabinet Wilmotte

Je réponds à une interpellation de Babylone (sous la rubrique « Quartier libre & d’hiver » (11/07/06)) qui me demandait, à propos du nouveau siège du groupe : « qu’y avez-vous intégré…en termes d’économies d’énergie, de matériaux dégradables ou récupérables ? »

Depuis une dizaine d’années, les 600 salariés qui travaillent dans les différentes sociétés du groupe au niveau national (Galec, Edel, Scamark, Siplec, etc.) étaient éparpillés dans Paris, dans trois lieux séparés, l’un près de la Porte de la Chapelle, les deux autres à Issy-les-Moulineaux….

L’accroissement de l’activité du Groupe, l’adoption de nouvelles technologies de communication, la nécessité de disposer de « showrooms » plus importants, capables de recevoir toutes les productions du monde, filmées et diffusées sur internet ou en vidéo… plutôt que sur papier…, tout cela nécessitait que l’on dispose de locaux plus vastes, techniquement adaptés, disposant d’un meilleur confort de travail.

Un groupe d’adhérents a été désigné en 2001 pour s’occuper du projet. On ne peut pas dire qu’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, se soit mobilisé pour nous garder dans sa ville. La mairie d’Ivry-sur-Seine nous a superbement accueillis. Les équipes de Jean-Michel Wilmotte (architecte) ont conçu un immeuble très vaste, dans lequel viendront nous rejoindre d’autres firmes locataires.

Il manque encore à ce nouveau quartier (sur les bords de Seine) des facilités de transport et des aménagements pour une meilleure circulation. Mais l’ensemble est opérationnel et, depuis cet été, chacun peut profiter de locaux dont tout le monde (salariés et adhérents) s’accorde pour dire qu’ils ont été bien conçus. Quelques 8 000 fournisseurs y sont attendus, dès septembre, pour de nombreux rendez-vous (le métier reprend son rythme). Des dizaines de sociétés prestataires viendront y travailler avec le millier d’adhérents et de collaborateurs qui, chaque jour, fait vivre la Coopérative.

Les Centres E. Leclerc ont choisi d’adhérer à la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale). Une démarche volontaire, lancée au début des années 1990, qui ne ressort ni d’une réglementation, ni d’un label à proprement parler, mais qui est défendue par une association d’aménageurs urbains, d’architectes, et soutenue par les collectivités locales.

1) Les axes prioritaires pour la construction de ce siège visaient d’abord la réduction des consommations d’énergie. Le traitement de l’enveloppe du bâtiment a été étudié pour optimiser les performances thermiques des façades. Deux initiatives remarquables : le traitement des façades en « double peau » (et un triple vitrage pour les parois de verre) qui limite les variations de température et l’utilisation de l’énergie renouvelable. Le bâtiment se trouve en effet juste à côté de la « TIRU », une usine d’incinération des ordures ménagères qui alimente le réseau de chauffage urbain grâce à un procédé de valorisation des déchets dont les calories sont récupérées pour chauffer nos bâtiments.

2) L’environnement : Dans le choix des matériaux (bois, revêtements, isolants), les architectes ont opté pour des produits issus de filières certifiées. Dans les patios, les nombreux espaces verts et sur les terrasses, l’arrosage est assuré par un ingénieux système de récupération des eaux pluviales.

3) La qualité sanitaire : Le cabinet COTEBA a imaginé un système innovant de traitement de l’air. Celui-ci circule dans les bureaux par un dispositif de grilles en titane et de lampes UV qui détruisent les bactéries. Un procédé utile en cas d’épidémie de grippe ou de légionellose !

Le système de circulation d’air dispose d’un détecteur de CO² et d’un dispositif perfectionné de filtration des poussières.

L’immeuble est totalement non fumeur.

L’attention a été portée sur le bannissement de toute substance allergisante dans l’emploi des matériaux (faux-plafonds, moquette, parois isolantes et peintures) et idem pour les plantes vertes.

4) Le confort de travail : Outre une ergonomie offrant de vastes espaces individuels de travail (même dans les bureaux paysagers), la luminosité et le bruit ont fait l’objet d’optimisation.

a) Les façades vitrées sont équipées de stores intégrés orientables permettant de réduire l’éblouissement. Les luminaires et les peintures murales limitent les reflets et sont adaptés au travail sur écran.

b) Un dispositif d’isolation phonique et l’adoption de matériaux permettant d’absorber les bruits (plafonds perforés en métal dans les bureaux, revêtements en panneaux de bois dans les espaces communs) complètent cette architecture de qualité.

L’association HQE a défini un référentiel de 14 « cibles », valorisant des méthodes économes et respectueuses de l’environnement dans les systèmes d’éco-construction, d’éco-gestion de tous les flux, le confort acoustique et olfactif, le traitement de l’eau, etc.

Oui, il nous fallait être à la hauteur de notre engagement pour l’environnement. Tout cela n’est probablement pas parfait. Tout cela aussi avait un coût. Mais nos adhérents ont estimé qu’à terme, un tel investissement ne pouvait de toute façon que valoriser ce patrimoine.

Bien sûr, il va nous falloir apprendre à vivre dans ces nouveaux bâtiments. Nous verrons comment tout cela survit à l’usage…

Michel-Edouard Leclerc

Mardi 29 août 2006

Fabius, Jospin, Lang, Strauss-Kahn et l’offense faite à Ségolène

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Je ne sais pas si les participants à l’Université d’été du PS, ce week-end à La Rochelle, sont satisfaits de l’image qu’ils ont donnée d’eux-mêmes. Mais une chose est sûre : le concert des éléphants, le soir, quand retombe le rideau, a quelque chose de fascinant. Et de franchement pathétique.

Fascinant… parce que selon une règle bien connue de ceux qui sont passés maîtres dans l’art de la communication, tout bruit, tout commentaire ou toute critique exagérément faits autour d’un adversaire, surtout s’il est déjà populaire, ne conduisent qu’à renforcer sa « visibilité », sa notoriété, sa légitimité. Ségolène n’a jamais autant engrangé…

Pathétique… ? A défaut d’opposer leurs idées, d’afficher leur propre programme ou d’exprimer leurs différences, les propos des multiples prétendants socialistes s’apparentent au comportement de certains critiques cinématographiques : « Trop populaire, trop médiatique », comme on dirait « trop commercial pour être un bon film, un vrai film, une œuvre… ». On croirait lire certaines tribunes de Télérama ou des Cahiers du Cinéma quand de farouches opposants à toute culture populaire font la fine bouche devant l’audimat.

1) Dans le genre, le clown le plus triste, c’est quand même notre Jack Lang. Franchement, comme le rappelle Guy Konopnicki dans Marianne (26/08), « Jack Lang n’a pas été le plus inutile des ministres, ni d’ailleurs des socialistes ». Mais faut-il être « faux derch » pour reprocher à Ségolène Royal de n’être « qu’une production du système médiatique » quand lui…maître du genre… abusa du système !!!

2) Pas mal non plus la sortie de Laurent Fabius : « Si on pense qu’on peut s’en sortir par le look, ce n’est pas possible » dit-il sans élégance. Ramenant la popularité de Ségolène à sa seule capacité médiatique, il sait être encore plus goujat : « Bien sûr, il faut utiliser les techniques nouvelles et ce que d’aucuns appellent l’interactivité, la relation directe entre la société civile et les lieux de pouvoir. Mais les tuyaux ne donnent pas le contenu. La technique ne remplace pas la politique. Il faut avoir des idées, des convictions, exposer les enjeux, dire quelles sont nos décisions demain et quels seront nos actes ». Toutes capacités dont Ségolène, évidemment, serait dépourvue !

3) Dominique Strauss-Kahn aime les femmes. Il le dit et cela se sait. Plus malin, il évite l’attaque directement machiste, mais c’est pour mieux se positionner en homme d’expérience. Mais l’expérience est-elle définitivement incompatible avec la popularité ?

4) C’est ce que semble croire Lionel Jospin qui revendique la sienne. Ce à quoi Ségolène répond par avance : « J’entends dire çà et là qu’il faudrait pour diriger la France une expérience que très peu possèdent ici-bas. Mais cela ne suffit pas. Je sais surtout que ce qui compte, c’est la capacité à mobiliser l’expérience collective… ».

Ah, décidément, « tous contre Ségolène ! ».

Mais ils devraient être plus prudents, nos éléphants. Outre qu’à leur tour, avec leurs petites phrases, ils alimentent la peopolisation qu’ils dénoncent par ailleurs, ils placent l’élue de Poitou-Charentes sur orbite. Et, finalement, la confirment dans ses choix : ne pas dévoiler trop tôt un programme dont tous, hypocrites, réclament « les bonnes feuilles ». Un piège puisque, parallèlement, militants et éléphants s’évertuent à rappeler qu’il faut jouer collectif et faire prévaloir les idées du parti.

De toute façon, tactiquement, Ségolène joue sur du velours. « Le PS tourne aujourd’hui « La Croisière s’amuse » (Jean-Luc Mélenchon dixit). Et dans cette ambiance, suicidaire est celui qui voudrait entamer un débat de fond !

Comme beaucoup de citoyens, j’ai hâte de connaître les principaux engagements de Ségolène Royal sur l’Europe, la mondialisation, l’entreprise et l’économie de marché, l’environnement, la réforme du système éducatif, etc. Pas question, quels que soient, demain, les candidats, d’aller déposer un chèque en blanc dans l’urne.

Mais les reproches qui lui sont faits par ses pairs sentent la bile et me paraissent finalement terriblement machistes ! Et en tout cas, je ne vois pas qui, dans les accusateurs, pourrait se soustraire aux mêmes critiques. Tous ont connu la popularité. Tous ont connu les mêmes conditions d’exercice du pouvoir, en tant que ministre ou sur le plan local. Alors…Messieurs les éléphants, ayez l’affirmation plus modeste…

Dans Le Figaro Magazine (26/08), Isabelle Adjani a livré à JC Buisson une passionnante interview. On y lit cette phrase très vraie : « Je suis indéniablement en décalage avec le rythme du monde moderne qui exige que l’on ait tout fait avant même d’avoir entrepris quoi que ce soit ». La notion de « devenir » n’existe presque plus.

Sur le même mode, mais à l’inverse, oserais-je dire qu’il n’est pas décent, quel que soit le candidat à la présidence de la République, d’attendre de lui (ou d’elle) qu’il en ait déjà les attributs, les idées, l’aura et le crédit…avant même que d’avoir jamais été en fonction !

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 24 août 2006

Lutte contre le tabagisme : le ridicule aussi peut tuer !

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© Everett collection

Oui je sais, j’exagère ! Mais quand même ! Il y a des initiatives qui par leurs excès, leur caractère grotesque et déplacé, vont finir par discréditer une cause pourtant juste et nécessaire. Laissez- moi vous narrer…

Cela se passe chez nos voisins Anglais. Comme nous, les habitants de la perfide Albion aiment se repaître des nombreuses rediffusions de dessins animés, le soir, pendant la consommation du fish & chips ! Et comme chez nous, ils ont « leurs beaufs », des téléspectateurs, généralement impassibles devant toutes les détresses du monde, mais prêts à lever l’épée contre n’importe quelle chimère pour se donner une image de bon citoyen !

L’objet du litige ? Un cigare. Celui sur lequel avidement tire Tom, l’inusable chat de « Tom et Jerry ».

Peu importe à ces téléspectateurs que ces dessins animés soient de véritables petits joyaux de la production cinématographique mondiale. Peu leur importe qu’ils aient été réalisés il y a plus d’un demi-siècle. Ils ont protesté et exigé la censure.

Non, non, ne croyez pas qu’ils avaient trop fumé la moquette.

L’outrage était d’une provocation intolérable : en pleine campagne de lutte contre le tabagisme, l’un des épisodes dernièrement projeté sur les écrans montrait (5 secondes) un Tom, ingénieux et séducteur, tentant d’épater sa chatte de compagne en roulant sa cigarette d’une seule patte. Dans une autre diffusion, il parodie les parodies déjà les plus parodiées, représentant un grand patron fumant un barreau de chaise.

Evidemment, d’un simple point de vue pédagogique, ça fait tâche dans le tableau, à l’heure où les enfants s’agglutinent devant l’écran, entre deux pubs, en nourrissant leur diabète.

Moi, ce qui m’épate, ce n’est pas seulement la connerie des gens. (Les mêmes qui applaudissent leur télé dès qu’on leur offre une paire de seins ou de fesses, ou qui s’avalent un chef d’oeuvre de découpe humaine à la tronçonneuse, se donnent des airs vertueux en s’offrant un combat sans risque, ni frais).

Non, ce qui me laisse pantois, c’est l’attitude du CSA anglais (je ne sais pas comment on le nomme !) qui a accédé à la demande des téléspectateurs et exigé le redécoupage des scénettes incriminées. Le Parisien (23/08/06) confirme que la compagnie Turner va devoir épurer les 162 épisodes de Tom et Jerry en repeignant, une à une, les images litigieuses.

A d’autres époques, on connut ce type de censure. Le génial Morris, créateur de Lucky Luke aimait à rappeler que les premiers supports de bande dessinée avaient exigé, à la demande je crois d’autorités politiques, de faire disparaître le fameux revolver du cow-boy. La main de Lucky Luke en prit alors la forme. Plus récemment encore, la cigarette que mâchouillait notre héros s’est vue transformée en ridicule brindille.

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Mais, dans ces deux exemples, l’initiative vint des auteurs eux-mêmes ou avec leur accord.

Dans le cas de Tom et Jerry, la censure s’autorise à resculpter une œuvre artistique, au mépris des droits de son auteur, en lieu et place d’un éventuel avertissement en base line.

Je vous parie une cartouche de Gitane papier maïs, goudron certifié, qu’à la prochaine exposition Daumier au Louvre, il se trouvera des excités pour exiger qu’on occulte les fameux « cigares patronaux ». Vous imaginez ! Nos enfants ne comprendraient pas la persistance de ces images décadentes avec les actuelles campagnes contre le tabagisme !!!

Il faudra aussi « revisiter » les manuels d’histoire et retoucher les photos emblématiques des Che Guevara, Fidel Castro, Nikita Khrouchtchev et Harry Truman, en effaçant ces gigantesques attributs fumants, témoins de leur virilité historique… A moins que nos amis Anglais, cédant au regard posthume d’un Churchill devenu furax, ne finissent par découvrir le sens du ridicule.

Mon Dieu, protégez-nous des méfaits du tabac. Mais si en plus vous pouviez nous protéger des cons…Alléluia

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 21 août 2006

Nicolas Hulot, candidat virtuel : un effet Coluche ?

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Convention Perspectives E.Leclerc 2003 I © Ph. Jacob

On peut penser ce que l’on veut du bonhomme. Admirer son sens de la communication, ses talents de pédagogue, la constance de son combat pour l’environnement, ou… s’agacer de ses excès d’ego, son incapacité à dépasser les coups de gueule, ses mises en scène héritées de Cousteau (toujours au premier plan, devant la caméra, privant le spectateur d’un regard direct sur les merveilleuses images que par ailleurs il sait nous offrir !).

Moi, je ne vous le cache pas, il m’irrite, mais je l’aime bien ! Je suis convaincu que les hommes de sa trempe tels que le furent aussi Haroun Tazieff, Jig (petit nom de Cousteau) ou même aujourd’hui Bono, peuvent faire bouger «le système ». Ils ne sont prisonniers d’une idéologie. Certes, ils roulent pour eux-mêmes. Mais leur liberté de ton, leur liberté tout court, les rend crédibles aux yeux d’un large public, même si souvent, pour prendre la parole, ils se sentent obligés de « forcer le trait ».

Son interview dans le JDD (30/07/06) va faire des vagues. Sans mauvais jeu de mot, il a produit un petit tsunami sur les plages où s’encanaillaient, devant les paparazzis de la presse people, les têtes d’affiche (leurs bodies aussi) de la gentry politique.

C’est qu’il fait mal, le bougre : pas de cadeau, ni pour Chirac qu’il a longtemps conseillé, ni pour Sarkozy qu’il a cru convaincre, ni pour le couple Royal dont il comptabilise les silences. Même les verts passent gentiment sous les sables abrasifs de Nicolas Hulot.

Que dit-il en substance ?

1. Qu’il y a urgence. Le péril climatique ne menace pas seulement la biodiversité des espèces. Il menace aussi les hommes.

2. A l’échelle des mutations attendues, les organisations internationales comme les partis politiques nationaux ont certes pris conscience du problème. Mais au-delà des promesses et des principes, aucune mobilisation, quelles que soient les bonnes volontés ou les réalisations, n’est à la hauteur du défi.

3. Trois domaines focalisent l’attention de N.H :

L’énergie, secteur pour lequel il prône un plan drastique d’économies, une fiscalité pour pénaliser les produits voraces, et l’élargissement du bouquet des énergies renouvelables.

Le transport : il n’a pas de mot plus acerbe pour fustiger une industrie automobile qui d’un côté crée la tentation avec des voitures qui dépassent 200 km/h, et de l’autre côté un discours public qui culpabilise la vitesse et la surconsommation.

L’agriculture enfin, dont il imagine qu’il faut repenser le modèle, trop polluant, et trop consommateur de ressources.

4. Il sait, notre Nicolas, que du passage du principe aux actes, il y a le poids des lobbies, des corporations, des intérêts privés. Et c’est pour dénoncer un substantiel manque de courage dans la classe politique, qu’il met son poids dans la balance en réclamant des initiatives concrètes et majeures.

Dans l’histoire de la vie politique française, des hommes ont déjà su taper sur la table pour soutenir des causes tout aussi louables. On se rappellera l’Abbé Pierre, et son franchissement de ligne rouge, pour accéder à la politique. Plus récemment, ce fut Coluche, qui, plus encore que les Restos du Cœur, diffusa et donna ses lettres de noblesse au discours Humanitaire.

L’intervention de Nicolas Hulot produira, sans aucun doute, le même effet. Les médias cet été lui ont donné un fort écho. Pour le moment, les partis politiques ont réagi en mode mineur. Nul doute qu’ils seront obligés de remonter au créneau, et de prouver leur engagement.

Les vacances sont bientôt terminées. Elles pouvaient servir d’alibi. Dès le premier septembre (le temps de Universités politiques), la chasse sera ouverte. Je parle de la chasse aux initiatives, aux programmes ! Et pour une fois, le plus fervent des chasseurs, croyez-moi, s’appellera Nicolas Hulot.

Michel-Edouard Leclerc

Jeudi 17 août 2006

« Travail, rigueur, compétition, fierté nationale… » Les valeurs sportives sont-elles de droite ?

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© 2006 Yahoo!

Essayez de parler de la famille, du travail, de la patrie. Dans la presse, mais même dans votre entourage. Erigez ces thèmes en valeur, dîtes votre adhésion… Et vous serez d’office catalogués. Au mieux, vous serez relégués au cœur du peloton des ringards, des conservateurs, des vieux. Au pire, vous serez renvoyés, sans passer par la case purgatoire, dans la galaxie des Villiers, des Le Pen, jusqu’à la droite de la droite !

Des valeurs de droite ?

Ségolène Royal a tenté de briser ce tabou : elle a osé parler d’une revalorisation de la politique familiale. Elle a même été jusqu’à fustiger les effets négatifs des 35 heures sur notre enthousiasme national. Aussi sec, son propre camp, n’a eu d’autre réaction que d’assimiler son comportement à celui de Sarkozy, symbole diabolisé de la droite institutionnelle. Tout de suite, on lui a fait un procès de mimétisme. Seules quelques voix issues de la base, l’ont soutenue pour dire que des thèmes comme la famille ou la sécurité ne sauraient être des valeurs exclusives de la droite.

Même réaction, même si ce fut plus mitigé, dans le domaine économique. Quand T. Breton parle de champions nationaux, ou quand D. de Villepin évoque les intérêts de la nation en matière industrielle, ils suscitent un franc scepticisme, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de ne pas y voir un effet d’esbroufe. Mais au-delà du sarcasme et de la critique sur la gestion des moyens, l’appel à la nation n’est pas un thème, qui hormis Chevènement ou Max Gallo, mobilise le peuple de gauche !

Contradictions françaises

Vu de l’étranger, on a vite fait de relever un paradoxe typiquement gaulois. D’une manière un peu maso, nous fustigeons le nationalisme des autres peuples (polonais, américain, russe…) mais dans la pratique, nous sommes les premiers à défendre « nos » agriculteurs, la spécificité de « notre » culture, dans toutes les instances internationales. Au point de nous voir taxés de chauvins et de cocardiers (sur les bancs de l’ONU ou de l’OMC). « Nos » libéraux, parlent d’adaptation à la compétition internationale, mais persistent à mener une politique jugée nationaliste (GDF/Suez) par nos partenaires européens. A gauche, même faux semblant. Prétextant lutter contre les excès du libéralisme, nos anti-mondialistes, devenus alter, rejoignent eux aussi les thèses protectionnistes de la droite, sous couvert d’un vocabulaire qu’ils voudraient pourtant différent !

Un héritage idéologique

Faut-il voir dans ces contradictions l’incapacité de toute une génération d’assumer l’échec des idéologies d’hier et de les dépasser. Assurément ! Il n’est que de constater les difficultés d’un Michel Rocard ou Dominique Strauss-Kahn pour justifier la reconnaissance par la gauche de l’économie de marché. Oserais-je dire, après toutes ces années de chiraquie, qu’à droite, les thèmes de la compétition et de la concurrence ne font pas recette non plus.

Il n’est qu’un domaine où l’ensemble de la société française reconnaît à l’effort, et à la compétition inter-nation, toutes ces vertus. C’est celui du sport. J’exagère ?

La métaphore du sport

J’ai retrouvé sur mon bureau toute la presse éditée pendant ces quelques jours de vacances. Depuis la finale du Mondial jusqu’aux médailles de Manaudou, les « Unes » tentent de faire vibrer les Français au spectacle de nos victoires (je veux dire celles de nos sportifs !)

Tiens, relisez les trois pages du Parisien ce week-end « le bel été du sport français » : « les tricolores ont brillé sur tous les fronts ces dernières semaines : le football, la natation, le cyclisme (Cyril Dessel sur le Tour de France), le tennis (Amélie Mauresmo et Richard Gasquet), le rallye (Sébastien Loeb)… Les deux mois en or du sport tricolore ».

Penchez-vous sur les articles, observez les sous-titres, fouillez dans les petits caractères. Que dit-on de cette performance ? A quoi l’attribue-t-on ? « Au Travail » dixit Mauresmo et Raquil (champion d’Europe sur 400 mètres et relais 4 fois 400), à « La Famille » (il n’est que de lire l’autocritique des Bleus, et la référence à l’esprit de solidarité retrouvé pendant les quarts de finale,) à la « fierté nationale » aussi, telle qu’en témoigne l’émotion sur les podiums ou au levé de drapeau.

Et dans les gradins, les politiques comme les chefs d’entreprise (les sponsors) applaudissent aussi. Consensuel. C’est même la course à l’échalote, entre ministres du gouvernement et candidats d’opposition, pour s’afficher et récupérer ces performances cocardières.

Dans ce domaine, qui oserait contester les expressions de ce nationalisme sportif en le qualifiant de droitisant. Ils seraient bien ridicules, ceux qui s’y essaieraient ! Ils seraient incompris.

L’influence de l’idéal sportif

Malgré bien des avatars (le dopage !), le sport a su instaurer et défendre ses valeurs. L’idéal sportif a été relativement préservé des querelles idéologiques. Si, dans les dictatures staliniennes ou nazies, les valeurs du sport furent récupérées et asservies, tel ne fut pas le cas de nos démocraties. Et c’est tant mieux.

Pour ma part, j’essaierais d’inverser le sens des influences. La métaphore du sport peut nourrir une efficace pédagogie dans tous les domaines de la société. L’idéal sportif rend compatible les valeurs de solidarité et de compétition, d’effort et d’esthétique, d’ascèse et de jouissance. Toute situation qui fait cruellement défaut dans les domaines économique et politique.

Thierry Breton a missionné un grand patron de presse, Claude Perdriel (Le Nouvel Observateur, Challenges) pour voir comment on pourrait réconcilier la culture nationale des Français, et une économie de marché de plus en plus ouverte sur le monde. Je l’invite à méditer et à valoriser ce véritable modèle culturel : la loi du sport !

Michel-Edouard Leclerc

Lundi 7 août 2006

Nitrates en Bretagne : Nettoyage des algues vertes… Avant le lavage des cerveaux ?

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© AFP

L’une des théories à la mode concernant l’avenir du capitalisme, c’est « la création de valeur par destruction de valeur ». Ce qui se passe en Bretagne avec l’épandage excessif des lisiers et le retraitement des algues vertes, semble donner raison à nos gourous ! Jugez-en.

Cela se passe dans la baie de Saint Michel en Grève. Conséquence de la concentration des élevages porcins et, (jusqu’à une période récente de l’épandage sauvage et disproportionné des lisiers), le nitrate a fini par polluer la nappe phréatique, mais aussi les cours d’eau et le bord de mer, s’invitant dans les élevages de coquilles Saint-Jacques et sur les plages, sous forme d’algues vertes qui prolifèrent depuis plus de 10 ans.

A marée basse, les plages de Plestin les Grèves sont littéralement recouvertes d’un tapis vert, très odoriférant en cas d’élévation de température. (Ne souriez pas, il a fait très chaud en Bretagne ces 15 derniers jours !). Une centaine de communes sont concernées. Elles tentent de ramasser les quelques 70 000 m3 d’algues qu’il leur faut épandre (répandre !) à l’intérieur des terres, dans des trappes constituées par des carrières, des anciennes décharges etc.

Les agriculteurs ont longtemps été imperméables à la pression des écologistes qui dénonçaient, un peu trop systématiquement il est vrai, l’activité des éleveurs, sans même leur proposer d’alternative. Le syndicalisme agricole s’était enfermé dans une ligne indéfendable du style « le nitrate n’a jamais tué personne ! ».

Les mentalités ont évolué. La profession s’est engagée dans un énorme programme d’investissement (stations d’épuration, de décantage, revalorisation (tiens ! tiens !) de cette « matière première » en différents types de compost. Mais le mal a été fait. Et paradoxe, salement, c’est sous une couleur verte qu’il s’affirme.

Des élus, ont eu l’idée que la pollution, ça peut aussi rapporter gros. En tout cas, « qu’on peut faire avec ». Ils ont lancé un programme expérimental de lavage et de retraitement des algues vertes, programme réalisé par une société privée qui s’obstine à vouloir traiter les « ulvans », sorte de sucres dont ces algues sont porteuses, capables de modifier les argiles qui rentrent la composition de l’aliment du bétail. Les nano particules de cet argile « améliorent l’action des enzymes » et peuvent « remplacer les antibiotiques facteurs de croissance, interdits depuis janvier 2006 » (Pierre-Yves Tanguy, société Olmix, organisme traitant).

Je vous entends. Vous frémissez et faites la fine bouche. Moi aussi. Les plus réalistes (les plus cyniques ?) retiendront que selon le centre d’étude et de valorisation des algues qui pilote cette initiative, outre l’alimentation animale, les propriétés de ces nano particules intéressent l’industrie pour les applications possibles à la matière plastique, à l’emballage alimentaire, et même dans l’automobile (Ouest France du 29/07/06).

Les défenseurs de l’environnement commencent maintenant à ruer dans les brancards. Et on les comprend !

On peut effectivement argumenter, en parlant de l’intérêt d’une telle expérimentation. Dans l’absolu, si n’était le contexte, pourquoi pas ?

Mais alors que le gouvernement a refusé d’appliquer aux agriculteurs le principe « pollueurs/payeurs » qu’il exige de tout industriel, cette expérimentation s’apparente ici à une provocation. Le programme a été lancé sans qu’aucun discours ne soit venu étayer et crédibiliser une politique de lutte contre la pollution à la source.

Difficile d’y voir une intention maligne. Mais les associations écologistes ont quelques bonnes raisons de s’interroger : le CNRS pointe le nez sur ce dossier, financé sur fonds publics. Et fort de la qualité du test (10 à 12 tonnes traitées par jour) le PDG d’Olmix interpelle désormais régions et départements en rappelant que le marché potentiel est immense et que « nos besoins en algues seront énormes ».

« Polluez sans gêne, nous traitons la merde pour vous », voilà un modèle économique qui s’est déjà imposé dans toute l’activité du recyclage. Mais les défenseurs de l’environnement, dans cette partie de la Bretagne, contestent sa généralisation. Auraient-ils vraiment tort ?

Michel-Edouard Leclerc

Vendredi 4 août 2006

Le capitalisme et les actionnaires : la méthode F. Riboud à l’épreuve de la croissance, des OPA, et de la nécessaire innovation !

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© Stéphane de Sakutin / AFP / Archives

Pendant longtemps et injustement, la personnalité d’Antoine, son père, l’avait, dans l’objectif des analystes, repoussé dans l’ombre. Il avait pourtant habilement fait ses classes, imposé sa marque, posté ses hommes et déjà dit sa différence. Pour le connaître un peu, j’imagine qu’il a accumulé pas mal d’amertume et d’impatience, même s’il donne l’impression de n’en avoir cure.

Aujourd’hui en tout cas, il cartonne. La claque, prise en défaut, en rajoute. Superbe « papier » dans toute la presse économique et financière. Franck, s’il le voulait, pourrait largement fanfaronner.

Mais non, on le sent plus actif que jamais, sans doute gavé d’Actimel (Actimoi !!!) et même prêt à quelques acquisitions. Bravo Franck !

Je reviens un bref instant sur l’interview publié hier dans le Figaro (03/08/06). J’y ai péché trois commentaires intéressants :

1. D’abord un constat qui intéresse la distribution. Hyper et super, nous dit FR, ont fini de manger leur pain noir face au hard discount, du fait notamment des marques distributeurs. (A l’occasion, on observera ici ses qualités de vendeur : pas d’agressivité à l’égard des MDD, alors qu’on connaît sa capacité à flinguer les marques concurrentes : voilà qui s’appelle ménager ses clients distributeurs ! )

Il insiste : « c’est au tour du hard discount de connaître un ralentissement ». L’observation est confirmée par tous les panélistes. Reprise par un grand industriel, elle devrait convaincre tous ceux qui, analystes, politiques ou journalistes, n’y croient toujours pas et continuent d’apprécier nos stratégies commerciales à la seule aune de la part de marché du HD.

2. Ensuite, l’idée de « l’incubateur ». J’aime bien cette expression. Dans une grosse entreprise, c’est rarement la structure centrale qui propose les innovations. Les pionniers, les avant-gardes, les preneurs de risque vivent en marge, en périphérie des Sièges. Franck a l’honnêteté de reconnaître l’importance qu’a prise, pour le lancement de ses gammes bio, une structure interne décentralisée, dédiée à ce projet. C’est mieux qu’une élégance (il aurait pu s’attribuer l’initiative !). C’est la perception et la reconnaissance d’un mode d’organisation qui n’est pas coutumier en France.

Dans mon groupe aussi, une bonne part des nouveaux projets s’appuie directement sur le volontariat d’adhérents qui n’ont pas ainsi à se prémunir contre l’inertie supposée des structures centrales. Je retiens l’idée (j’y suis poussé par quelques collaborateurs) : il faut formaliser cet espace incubateur, lui donner quelques moyens et légitimité.

3. Les risques d’OPA et de raids hostiles. Les journalistes du Figaro (JF Arnaud et JO Martin) n’ont pas été dupes. Franck a évidemment des airs de gamin pris les doigts dans la confiture quand on lui reproche le bruyant lobbying anti-OPA, mis en place l’année dernière, à partir d’une supposée menace de Pepsico ! Celui-là même qui avait poussé toute une partie de la classe politique, Premier Ministre en tête, à entonner les plus chauds hymnes au patriotisme. « Je peux vous certifier que je n’y ai pas participé. Ce sont les marchés qui ont spéculé». Holy Franck, nous te croyons les yeux fermés !

Plus fondamentalement, sa « sortie » sur les mécanismes anti-OPA me laisse sceptique, au moins pour une part. Je m’explique :

a. D’accord avec lui pour dire que « des bons résultats dans la durée sont la meilleure protection vis-à-vis des actionnaires ». L’actionnaire qui recherche un investissement à moyen terme privilégie forcément la qualité du management, une stratégie bien visible, ancrée dans une culture d’entreprise qui assure la cohésion du management et la motivation des équipes.

Mais on parle là d’un actionnariat proche du management.

b. Le problème aujourd’hui, avec l’évolution des pratiques financières, c’est l’émergence d’une catégorie croissante d’actionnaires, (fonds de pension, zappeurs ou pur players), attentifs aux sollicitations immédiates du marché plus qu’au potentiel de croissance de l’entreprise. Des financiers sensibles au gain immédiat ou de court terme, plutôt qu’à des perspectives étalées dans le temps.

Alors, quand Franck dit « qu’il n’y a pas de protection capitalistique valable quand on propose à vos actionnaires une prime disproportionnée pour leur acheter leurs actions », c’est vrai dans l’absolu (combien de gentlemen agreement ou même de pactes familiaux, mal ficelés, n’ont pas su résister à ces surenchères ! Il n’est d’ailleurs que de se rappeler l’affaire Mittal-Arcelor !)

Mais tout de même qui ne tente rien n’a rien. Si rien n’est infaillible, pourquoi tenter le diable. Une défense, fut-elle complexe, peut rendre un raid dissuasif (trop onéreux ou trop difficile). Face à cette catégorie d’actionnaires, je ne comprends pas qu’on puisse rechercher l’aide des pouvoirs publics si l’on a pas soi-même cherché à bétonner « le capital » de l’entreprise. Ou construit des alliances, telles que celles dont bénéficie L’Oréal/Bétancourt/Nestlé, ou même Auchan (bien que non coté). Oui, ici, le discours de FR me paraît bien fragile. En tout cas, ne pas travailler à la consolidation d’un noyau dur me paraît, quelle que soit l’entreprise, comme un risque inutile. Et j’ai du mal à penser que malgré le discours de FR, chez Danone, on n’y travaille pas !

Michel-Edouard Leclerc