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Essayez de parler de la famille, du travail, de la patrie. Dans la presse, mais même dans votre entourage. Erigez ces thèmes en valeur, dîtes votre adhésion… Et vous serez d’office catalogués. Au mieux, vous serez relégués au cœur du peloton des ringards, des conservateurs, des vieux. Au pire, vous serez renvoyés, sans passer par la case purgatoire, dans la galaxie des Villiers, des Le Pen, jusqu’à la droite de la droite !
Des valeurs de droite ?
Ségolène Royal a tenté de briser ce tabou : elle a osé parler d’une revalorisation de la politique familiale. Elle a même été jusqu’à fustiger les effets négatifs des 35 heures sur notre enthousiasme national. Aussi sec, son propre camp, n’a eu d’autre réaction que d’assimiler son comportement à celui de Sarkozy, symbole diabolisé de la droite institutionnelle. Tout de suite, on lui a fait un procès de mimétisme. Seules quelques voix issues de la base, l’ont soutenue pour dire que des thèmes comme la famille ou la sécurité ne sauraient être des valeurs exclusives de la droite.
Même réaction, même si ce fut plus mitigé, dans le domaine économique. Quand T. Breton parle de champions nationaux, ou quand D. de Villepin évoque les intérêts de la nation en matière industrielle, ils suscitent un franc scepticisme, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de ne pas y voir un effet d’esbroufe. Mais au-delà du sarcasme et de la critique sur la gestion des moyens, l’appel à la nation n’est pas un thème, qui hormis Chevènement ou Max Gallo, mobilise le peuple de gauche !
Contradictions françaises
Vu de l’étranger, on a vite fait de relever un paradoxe typiquement gaulois. D’une manière un peu maso, nous fustigeons le nationalisme des autres peuples (polonais, américain, russe…) mais dans la pratique, nous sommes les premiers à défendre « nos » agriculteurs, la spécificité de « notre » culture, dans toutes les instances internationales. Au point de nous voir taxés de chauvins et de cocardiers (sur les bancs de l’ONU ou de l’OMC). « Nos » libéraux, parlent d’adaptation à la compétition internationale, mais persistent à mener une politique jugée nationaliste (GDF/Suez) par nos partenaires européens. A gauche, même faux semblant. Prétextant lutter contre les excès du libéralisme, nos anti-mondialistes, devenus alter, rejoignent eux aussi les thèses protectionnistes de la droite, sous couvert d’un vocabulaire qu’ils voudraient pourtant différent !
Un héritage idéologique
Faut-il voir dans ces contradictions l’incapacité de toute une génération d’assumer l’échec des idéologies d’hier et de les dépasser. Assurément ! Il n’est que de constater les difficultés d’un Michel Rocard ou Dominique Strauss-Kahn pour justifier la reconnaissance par la gauche de l’économie de marché. Oserais-je dire, après toutes ces années de chiraquie, qu’à droite, les thèmes de la compétition et de la concurrence ne font pas recette non plus.
Il n’est qu’un domaine où l’ensemble de la société française reconnaît à l’effort, et à la compétition inter-nation, toutes ces vertus. C’est celui du sport. J’exagère ?
La métaphore du sport
J’ai retrouvé sur mon bureau toute la presse éditée pendant ces quelques jours de vacances. Depuis la finale du Mondial jusqu’aux médailles de Manaudou, les « Unes » tentent de faire vibrer les Français au spectacle de nos victoires (je veux dire celles de nos sportifs !)
Tiens, relisez les trois pages du Parisien ce week-end « le bel été du sport français » : « les tricolores ont brillé sur tous les fronts ces dernières semaines : le football, la natation, le cyclisme (Cyril Dessel sur le Tour de France), le tennis (Amélie Mauresmo et Richard Gasquet), le rallye (Sébastien Loeb)… Les deux mois en or du sport tricolore ».
Penchez-vous sur les articles, observez les sous-titres, fouillez dans les petits caractères. Que dit-on de cette performance ? A quoi l’attribue-t-on ? « Au Travail » dixit Mauresmo et Raquil (champion d’Europe sur 400 mètres et relais 4 fois 400), à « La Famille » (il n’est que de lire l’autocritique des Bleus, et la référence à l’esprit de solidarité retrouvé pendant les quarts de finale,) à la « fierté nationale » aussi, telle qu’en témoigne l’émotion sur les podiums ou au levé de drapeau.
Et dans les gradins, les politiques comme les chefs d’entreprise (les sponsors) applaudissent aussi. Consensuel. C’est même la course à l’échalote, entre ministres du gouvernement et candidats d’opposition, pour s’afficher et récupérer ces performances cocardières.
Dans ce domaine, qui oserait contester les expressions de ce nationalisme sportif en le qualifiant de droitisant. Ils seraient bien ridicules, ceux qui s’y essaieraient ! Ils seraient incompris.
L’influence de l’idéal sportif
Malgré bien des avatars (le dopage !), le sport a su instaurer et défendre ses valeurs. L’idéal sportif a été relativement préservé des querelles idéologiques. Si, dans les dictatures staliniennes ou nazies, les valeurs du sport furent récupérées et asservies, tel ne fut pas le cas de nos démocraties. Et c’est tant mieux.
Pour ma part, j’essaierais d’inverser le sens des influences. La métaphore du sport peut nourrir une efficace pédagogie dans tous les domaines de la société. L’idéal sportif rend compatible les valeurs de solidarité et de compétition, d’effort et d’esthétique, d’ascèse et de jouissance. Toute situation qui fait cruellement défaut dans les domaines économique et politique.
Thierry Breton a missionné un grand patron de presse, Claude Perdriel (Le Nouvel Observateur, Challenges) pour voir comment on pourrait réconcilier la culture nationale des Français, et une économie de marché de plus en plus ouverte sur le monde. Je l’invite à méditer et à valoriser ce véritable modèle culturel : la loi du sport !





