
Convention Perspectives E.Leclerc 2003 I © Ph. Jacob
On peut penser ce que l’on veut du bonhomme. Admirer son sens de la communication, ses talents de pédagogue, la constance de son combat pour l’environnement, ou… s’agacer de ses excès d’ego, son incapacité à dépasser les coups de gueule, ses mises en scène héritées de Cousteau (toujours au premier plan, devant la caméra, privant le spectateur d’un regard direct sur les merveilleuses images que par ailleurs il sait nous offrir !).
Moi, je ne vous le cache pas, il m’irrite, mais je l’aime bien ! Je suis convaincu que les hommes de sa trempe tels que le furent aussi Haroun Tazieff, Jig (petit nom de Cousteau) ou même aujourd’hui Bono, peuvent faire bouger «le système ». Ils ne sont prisonniers d’une idéologie. Certes, ils roulent pour eux-mêmes. Mais leur liberté de ton, leur liberté tout court, les rend crédibles aux yeux d’un large public, même si souvent, pour prendre la parole, ils se sentent obligés de « forcer le trait ».
Son interview dans le JDD (30/07/06) va faire des vagues. Sans mauvais jeu de mot, il a produit un petit tsunami sur les plages où s’encanaillaient, devant les paparazzis de la presse people, les têtes d’affiche (leurs bodies aussi) de la gentry politique.
C’est qu’il fait mal, le bougre : pas de cadeau, ni pour Chirac qu’il a longtemps conseillé, ni pour Sarkozy qu’il a cru convaincre, ni pour le couple Royal dont il comptabilise les silences. Même les verts passent gentiment sous les sables abrasifs de Nicolas Hulot.
Que dit-il en substance ?
1. Qu’il y a urgence. Le péril climatique ne menace pas seulement la biodiversité des espèces. Il menace aussi les hommes.
2. A l’échelle des mutations attendues, les organisations internationales comme les partis politiques nationaux ont certes pris conscience du problème. Mais au-delà des promesses et des principes, aucune mobilisation, quelles que soient les bonnes volontés ou les réalisations, n’est à la hauteur du défi.
3. Trois domaines focalisent l’attention de N.H :
L’énergie, secteur pour lequel il prône un plan drastique d’économies, une fiscalité pour pénaliser les produits voraces, et l’élargissement du bouquet des énergies renouvelables.
Le transport : il n’a pas de mot plus acerbe pour fustiger une industrie automobile qui d’un côté crée la tentation avec des voitures qui dépassent 200 km/h, et de l’autre côté un discours public qui culpabilise la vitesse et la surconsommation.
L’agriculture enfin, dont il imagine qu’il faut repenser le modèle, trop polluant, et trop consommateur de ressources.
4. Il sait, notre Nicolas, que du passage du principe aux actes, il y a le poids des lobbies, des corporations, des intérêts privés. Et c’est pour dénoncer un substantiel manque de courage dans la classe politique, qu’il met son poids dans la balance en réclamant des initiatives concrètes et majeures.
Dans l’histoire de la vie politique française, des hommes ont déjà su taper sur la table pour soutenir des causes tout aussi louables. On se rappellera l’Abbé Pierre, et son franchissement de ligne rouge, pour accéder à la politique. Plus récemment, ce fut Coluche, qui, plus encore que les Restos du Cœur, diffusa et donna ses lettres de noblesse au discours Humanitaire.
L’intervention de Nicolas Hulot produira, sans aucun doute, le même effet. Les médias cet été lui ont donné un fort écho. Pour le moment, les partis politiques ont réagi en mode mineur. Nul doute qu’ils seront obligés de remonter au créneau, et de prouver leur engagement.
Les vacances sont bientôt terminées. Elles pouvaient servir d’alibi. Dès le premier septembre (le temps de Universités politiques), la chasse sera ouverte. Je parle de la chasse aux initiatives, aux programmes ! Et pour une fois, le plus fervent des chasseurs, croyez-moi, s’appellera Nicolas Hulot.





